Des « polluants éternels » liés aux batteries de voitures électriques détectés à des niveaux élevés près d’usines, jusqu’en France à Salindres (Gard), selon une étude
Des chercheurs alertent sur une nouvelle source de « polluants éternels » associés aux batteries lithium-ion, détectés près d’usines aux États-Unis, en Belgique et en France.
Une étude scientifique relayée par le média économique américain Business Insider met en cause certains composants chimiques des batteries lithium-ion, largement utilisées dans les voitures électriques. Ces substances, des PFAS, apparaissent à des niveaux jugés préoccupants autour de plusieurs sites industriels, dont une usine à Salindres, dans le Gard.
Des batteries de voitures électriques pointées du doigt
Les chercheurs se sont penchés sur les batteries lithium-ion, cœur technologique de la plupart des véhicules électriques et de nombreux appareils électroniques, comme les ordinateurs portables. Une partie de ces batteries utilise une famille spécifique de PFAS – des perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés – pour améliorer la conductivité électrique et limiter les risques d’incendie.
Ces substances sont souvent décrites comme des « polluants éternels » car elles se dégradent très peu dans l’environnement. Elles s’accumulent dans l’eau, les sols, les organismes vivants et peuvent persister pendant des milliers d’années.
Les chercheurs ont identifié un nouveau maillon de la contamination : la chaîne de production et de fin de vie des batteries lithium-ion, présentée comme un pilier de la transition vers la voiture électrique.
L’étude, publiée dans la revue scientifique Nature Communications, montre que ces produits chimiques se retrouvent dans l’air, l’eau, la neige, les sols et les sédiments autour d’usines spécialisées, aux États-Unis, en Belgique et jusqu’à Salindres, dans le Gard.
Un nouveau type de PFAS mis en cause : les bis-FASIs
Les scientifiques se sont concentrés sur une famille particulière de PFAS : les bis-perfluoroalkyl sulfonimides, abrégés en bis-FASIs. Ces composés entrent dans la fabrication de certains électrolytes de batteries lithium-ion.
En testant plus d’une douzaine de batteries destinées à des voitures électriques et à des appareils électroniques, les chercheurs ont détecté ces bis-FASIs à des concentrations variables, confirmant leur utilisation dans la chaîne industrielle.
Jennifer Guelfo, professeure associée en génie environnemental à l’université Texas Tech et coautrice de l’étude, estime que ces substances peuvent être comparées à des composés déjà tristement célèbres : les PFOA, un type d’anciens PFAS.
Selon Jennifer Guelfo, les bis-FASIs sont « comparables à d’anciens produits chimiques notoires comme le PFOA », en raison de leur persistance et de leurs effets observés sur la faune aquatique à de très faibles doses.
Les PFOA ont été progressivement retirés de la production aux États-Unis, mais continuent à polluer de nombreuses ressources en eau. Pour les bis-FASIs, les effets sur la santé humaine n’ont pas encore été étudiés en détail, soulignent les auteurs de la publication.
Des concentrations supérieures aux nouveaux seuils pour l’eau potable
Autour des sites industriels étudiés, les chercheurs ont relevé des niveaux de bis-FASIs de l’ordre de la partie par milliard dans certains milieux. Ces concentrations dépassent largement les seuils fixés par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) pour plusieurs PFAS dans l’eau potable.
L’étude rappelle toutefois que les technologies capables de traiter l’eau pour éliminer les PFAS existants permettent aussi de retenir les bis-FASIs. Ces procédés devraient gagner du terrain aux États-Unis, sous l’effet de la réglementation fédérale de l’EPA. Plusieurs industriels de l’eau et fabricants de produits chimiques contestent toutefois ces règles devant la justice américaine.
Les bis-FASIs sont utilisés dans certains électrolytes de batteries lithium-ion.
Ils appartiennent à la grande famille des PFAS, dits « polluants éternels ».
Ils ont été trouvés dans l’air, l’eau, la neige, les sols et les sédiments près d’usines.
Les concentrations relevées atteignent des niveaux jugés préoccupants par les chercheurs.
Des émissions dans l’air et la problématique des déchets de batteries
Les sources d’exposition ne se limitent pas à l’eau. Les données d’émissions atmosphériques rassemblées par les chercheurs montrent que ces composés peuvent aussi se retrouver dans l’air, puis voyager sur de longues distances. La pollution ne resterait donc pas cantonnée au voisinage immédiat des usines.
Autre voie de dissémination : les déchets. Une grande partie des batteries lithium-ion, qu’elles proviennent de véhicules électriques ou d’appareils électroniques, finit en centre d’enfouissement ou en décharge, où ces produits chimiques peuvent s’échapper vers les sols et les eaux souterraines.
L’étude rappelle qu’environ 5 % seulement des batteries lithium-ion sont aujourd’hui recyclées à l’échelle mondiale. D’ici 2040, les auteurs anticipent environ 8 millions de tonnes de déchets de batteries à gérer, si le rythme actuel de croissance du parc électrique se maintient.
Avec seulement une petite fraction de batteries recyclées, la montée en puissance de l’électromobilité risque de s’accompagner d’une accumulation massive de déchets contenant des PFAS.
Salindres, un site français parmi les zones surveillées
Les travaux publiés dans Nature Communications se sont concentrés sur plusieurs sites industriels de groupes chimistes qui déclarent produire ou utiliser des bis-FASIs. Parmi eux, 3M, Solvay et Arkema, qui détiennent des brevets ou mentionnent ces usages.
Les chercheurs ont ainsi ciblé des usines situées au Minnesota et dans le Kentucky aux États-Unis, dans la région d’Anvers en Belgique, mais aussi à Salindres, dans le Gard. Autour de ces installations, ils ont prélevé divers échantillons environnementaux pour mesurer la présence de bis-FASIs.
Business Insider rappelle que 3M, grand producteur historique de PFAS, a déjà accepté de verser 10 milliards de dollars à des collectivités américaines dans le cadre d’un règlement global sur la contamination de l’eau potable par ces polluants. Le groupe a annoncé vouloir cesser toute production de PFAS d’ici fin 2025.
Un autre accord a été conclu par Chemours, DuPont et Corteva, qui ont accepté de payer 1,19 milliard de dollars pour régler des milliers de procédures liées à ces contaminations.
Quels enjeux pour la France et pour les automobilistes français ?
Pour un lecteur français, ces travaux confirment que la question des PFAS ne se limite pas aux États-Unis ou à l’Europe du Nord. La présence d’un site étudié à Salindres montre que l’Hexagone est directement concerné par la surveillance de ces substances dans l’environnement.
En France, la problématique des PFAS fait déjà l’objet de débats politiques et d’enquêtes publiques, notamment autour de la vallée de la chimie près de Lyon et de certaines zones industrielles. Des agences comme l’Anses, équivalent français de l’EPA pour l’évaluation sanitaire des substances, publient régulièrement des avis sur la présence de PFAS dans l’eau potable ou les milieux naturels.
Pour les acheteurs de voitures électriques, cette étude ne remet pas en cause, en tant que telle, les bénéfices climatiques liés à la réduction des émissions de dioxyde de carbone. Les auteurs le rappellent explicitement : réduire les émissions de CO₂ grâce à l’électrique reste indispensable.
Mais elle met en lumière un angle mort : certains composants de la chaîne industrielle des batteries, notamment les additifs PFAS, peuvent générer une pollution durable si la production et la gestion des déchets ne sont pas mieux encadrées.
Un appel à des batteries plus « propres » sur toute leur durée de vie
L’étude se présente comme la première évaluation « du berceau à la tombe » de l’impact environnemental des bis-FASIs lorsqu’ils sont utilisés dans les batteries lithium-ion. Autrement dit, elle considère le cycle complet : production, usage et fin de vie.
Pour Jennifer Guelfo, chercheurs, ingénieurs, industriels et responsables politiques doivent travailler ensemble pour concevoir des technologies de batteries et des procédés de recyclage qui n’ajoutent pas une nouvelle couche de pollution.
« Nous devons évaluer avec soin ces produits chimiques utilisés dans les infrastructures d’énergie durable », insiste Jennifer Guelfo, en appelant à agir « avant que cela ne devienne un problème encore plus diffus ».
En France, les discussions autour des futures « gigafactories » de batteries, prévues notamment dans le nord du pays, intègrent déjà des enjeux de recyclage et de maîtrise des risques industriels. L’étude vient renforcer l’idée que ces projets devront intégrer, dès la conception, la question des additifs chimiques persistants.
Ce que sont les PFAS et pourquoi on les appelle des « polluants éternels »
Les PFAS forment une vaste famille de milliers de composés chimiques synthétiques, utilisés depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur. Ils entrent dans la composition d’emballages alimentaires, de textiles techniques, de mousses anti-incendie et, ici, d’électrolytes de batteries.
On les appelle « polluants éternels » car leurs liaisons chimiques, très stables, résistent aux processus naturels de dégradation. Résultat : ils s’accumulent au fil du temps dans les nappes phréatiques, les rivières, les sols et la chaîne alimentaire.
Caractéristique
PFAS (dont bis-FASIs)
Origine
Produits chimiques synthétiques issus de l’industrie
Usage
Antiadhésifs, imperméabilisants, mousses, électrolytes de batteries
Persistance
Très forte, dégradation extrêmement lente
Voies de contamination
Eaux, sols, air, aliments, poussières
Certains PFAS sont déjà associés, dans la littérature scientifique, à des risques accrus de maladies rénales chroniques, de troubles du foie, de cholestérol élevé ou encore à des poids de naissance plus faibles. Pour les bis-FASIs précisément, les données manquent encore, mais des effets ont été observés sur les organismes aquatiques à de faibles concentrations.
Des arbitrages complexes pour une transition énergétique durable
La montée en puissance de la voiture électrique et des énergies renouvelables repose largement sur des composants de haute technologie comme les batteries lithium-ion. L’étude publiée dans Nature Communications souligne que ces solutions, indispensables pour le climat, peuvent générer d’autres formes de pollution si les choix de conception ne sont pas anticipés.
Pour les pouvoirs publics français comme pour les industriels, l’enjeu est double : accélérer la décarbonation des transports tout en fixant des exigences strictes sur les substances utilisées, la maîtrise des rejets autour des usines et l’organisation d’une filière de recyclage performante des batteries.
Les lecteurs français concernés par l’achat d’un véhicule électrique peuvent retenir que les débats autour des PFAS se jouent surtout en amont, au niveau des sites de production et de la réglementation, plus que dans l’usage quotidien de la voiture. Les décisions prises aujourd’hui sur les technologies de batteries, les produits chimiques autorisés et les normes de recyclage pèseront sur l’empreinte réelle de l’électromobilité pour les décennies à venir.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.