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Un château médiéval perdu depuis des siècles retrouvé sur un campus universitaire : il était caché dans un bâtiment victorien

Un château médiéval perdu depuis des siècles retrouvé sur un campus universitaire : il était caché dans un bâtiment victorien

En Irlande, une enquête d’archéologue sur un campus de Dublin a mis en lumière un bâtiment bien plus ancien qu’il n’y paraît.

À la faveur d’un travail minutieux mené sur le campus de l’University College Dublin, un professeur d’archéologie a révélé que derrière les façades victoriennes d’un édifice universitaire se cachait en réalité un château médiéval réputé disparu. Cette découverte, rapportée par le média américain Fox News Digital à partir d’une annonce officielle de l’université irlandaise, bouleverse la connaissance de ce site emblématique au sud de Dublin.

Un château du Moyen Âge caché sous un décor victorien

L’affaire se déroule en Irlande, sur le campus de l’University College Dublin (UCD), au sud de la capitale. Le 18 septembre, l’université a annoncé que son professeur d’archéologie médiévale, Tadhg O’Keeffe, venait de mettre au jour un secret inattendu : le Roebuck Castle médiéval, que l’on pensait en ruine depuis des siècles, est en réalité toujours là, dissimulé dans la structure d’un bâtiment victorien du campus portant le même nom.

À première vue, Roebuck Castle n’a rien d’un château fort. L’édifice actuel affiche le style d’une grande demeure victorienne, remaniée en 1874, longtemps considérée comme une simple résidence modernisée, sans grand lien matériel avec la forteresse d’origine. La version médiévale du château était supposée avoir disparu au XVIIIe siècle, après être tombée en ruine.

Tout change lorsque Tadhg O’Keeffe commence à s’intéresser aux lieux. Spécialiste de l’architecture castrale médiévale, il se penche d’abord sur des aquarelles du XVIIIe siècle signées par l’artiste Gabriel Beranger. Ces dessins représentent le château médiéval avant les grands réaménagements du XIXe siècle. Intrigué par ces vues anciennes, l’archéologue décide d’examiner l’édifice actuel de l’intérieur.

Selon l’université de Dublin, « une partie substantielle » du château médiéval survit à l’intérieur du bâtiment moderne.

Ce qu’il observe le surprend : loin de n’être qu’un décor victorien, le bâtiment conserve en fait l’essentiel du noyau médiéval. O’Keeffe estime auprès de Fox News Digital que « 70 à 80 % du bâtiment est encore là, caché sous l’enduit victorien ».

Des indices d’architecte plus forts qu’un plan ou qu’une carte

Le professeur reconnaît qu’il n’était « pas très optimiste » au moment de lancer ses recherches. Mais une fois à l’intérieur, les indices se multiplient. Pour un œil non averti, les éléments anciens restent invisibles. Pour un spécialiste des châteaux, ils sautent aux yeux.

Parmi les signes relevés :

  • des murs inhabituellement épais, caractéristiques d’une construction défensive médiévale ;
  • une voûte en pierre et un toit en arc de pierre ;
  • un ancien corps de porte, clairement visible de l’intérieur ;
  • des fenêtres ébrasées, typiques de l’époque médiévale.

« Tout est recouvert d’enduit, donc on ne voit plus la maçonnerie d’origine, mais elle est clairement toujours là », explique-t-il. Les fenêtres ébrasées, dont l’ouverture intérieure est plus large que l’embrasure extérieure, servent notamment à laisser entrer la lumière tout en limitant l’exposition aux attaques. Ce détail architectural constitue pour lui une preuve solide de la datation médiévale.

Le Roebuck Castle originel remonte probablement au début du XIIIe siècle, peu après le début de l’invasion normande de l’Irlande à la fin du XIIe siècle. Le site occupe une position stratégique au sud de Dublin, dans une zone où de nombreuses fortifications ont été construites pour consolider le contrôle anglo-normand.

Le château, pensé perdu, s’avère avoir été simplement absorbé par les transformations d’une résidence des XVIIIe et XIXe siècles.

L’ancienne structure, tombée en ruine au XVIIIe siècle, avait été intégrée dans une résidence qui a ensuite subi d’importantes transformations, dont une refonte victorienne majeure en 1874. L’University College Dublin a acheté l’ensemble en 1986, sans soupçonner à quel point le cœur médiéval avait survécu.

Un château lié à des personnages de premier plan

Roebuck Castle ne se distingue pas seulement par son état de conservation inattendu. Les recherches de Tadhg O’Keeffe montrent que son histoire est également mieux documentée que celle de nombreux autres châteaux des environs de Dublin.

Le professeur souligne que l’on connaît, pour une bonne partie du Moyen Âge, les propriétaires successifs des lieux, ce qui reste rare pour ce type de fortification. Il précise que ces propriétaires étaient « des personnes d’une certaine importance ». L’un d’eux aurait été, en termes contemporains, l’équivalent du président d’une Cour suprême : « le plus haut responsable judiciaire en Irlande pour une partie du Moyen Âge », détaille l’historien auprès de Fox News Digital.

Autre résident notable, bien que temporaire : le roi Jacques II d’Angleterre et d’Irlande. Selon la tradition rapportée par O’Keeffe, il aurait séjourné brièvement à Roebuck Castle à la fin du XVIIe siècle. Cette présence royale renforce encore l’intérêt historique du site.

L’archéologue explique que les archives permettent de suivre les propriétaires du château jusqu’au début du XVIIe siècle, moment où le site semble avoir été abandonné. Il aurait ensuite souffert des guerres du milieu du XVIIe siècle, une période particulièrement violente en Irlande.

Pour un château de ce type, disposer d’une histoire aussi bien documentée reste exceptionnel dans la région de Dublin.

Un sauvetage par hasard, plus que par volonté patrimoniale

À en croire Tadhg O’Keeffe, la survie du château au cœur du bâtiment victorien ne tient pas à une stratégie de protection du patrimoine. « Il n’y avait aucune politique de préservation. Il n’y avait pas d’intérêt particulier pour le bâtiment médiéval », affirme-t-il.

Les propriétaires successifs semblent avoir opté pour la solution la plus rapide et la plus économique : conserver les murs médiévaux et les intégrer aux nouvelles constructions, au lieu de les raser pour rebâtir entièrement. « Ils ont clairement estimé que la manière la plus rapide de faire était simplement de laisser ces murs en place et de les incorporer », résume l’archéologue.

Résultat : sous une couche de plâtre, derrière des aménagements victoriens, le château médiéval est resté quasiment entier. Pour les spécialistes, cet exemple illustre à quel point l’empilement des époques peut parfois sauver des monuments anciens sans que personne n’en ait conscience.

Un message pour les autres châteaux “disparus” en Irlande

Pour Tadhg O’Keeffe, la leçon dépasse largement le seul cas de Roebuck Castle. Il estime que cette découverte doit inciter les chercheurs et les autorités irlandaises à revoir certains diagnostics un peu rapides sur d’autres sites réputés détruits.

« La grande leçon (…) est de ne jamais supposer que les choses ont disparu », insiste-t-il.

Selon lui, d’autres châteaux en Irlande, considérés comme perdus, pourraient en réalité survivre au sein de bâtiments plus récents, masqués par la pierre ou les enduits. « Il y a probablement beaucoup d’autres châteaux enfermés dans des bâtiments à travers le pays, que l’on suppose disparus — mais qui ne le sont pas du tout », avance-t-il.

Son travail à Roebuck Castle montre aussi le rôle clé des documents anciens. Sans les aquarelles du XVIIIe siècle de Gabriel Beranger, l’archéologue n’aurait peut-être jamais soupçonné l’ampleur de la structure médiévale conservée dans les murs actuels. L’association des sources iconographiques, des archives et de l’expertise architecturale se révèle ici décisive.

Des châteaux cachés sous nos yeux : le cas français

Pour un lecteur en France, l’histoire de Roebuck Castle fait écho à de nombreuses situations connues sur le territoire français. De nombreux châteaux ou fortifications médiévales ont été remaniés à la Renaissance, puis au XIXe siècle, parfois jusqu’à en perdre toute apparence moyenâgeuse. Pourtant, une grande partie de leur structure originelle reste souvent présente.

En France, les services régionaux de l’archéologie, les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les services des monuments historiques suivent ce type de sites. Lors de travaux de rénovation ou de réhabilitation, des diagnostics archéologiques peuvent être prescrits pour vérifier la présence d’éléments anciens : murs d’enceinte, tours, caves voûtées, anciens ponts-levis intégrés à des bâtisses plus récentes.

Certaines mairies, communautés de communes ou propriétaires privés se retrouvent ainsi à redécouvrir des structures médiévales intégrées à des maisons d’habitation ou à des bâtiments communaux. Dans ces cas, la question se pose souvent de la mise en valeur : ouverture au public, panneaux explicatifs, visites guidées ponctuelles ou intégration dans un circuit de découverte patrimoniale locale.

Comme à Dublin, des châteaux réputés disparus peuvent, en France aussi, se révéler dissimulés dans des constructions plus récentes.

Les équivalents français de l’University College Dublin jouent un rôle non négligeable. De nombreuses universités ou écoles d’architecture collaborent avec les collectivités et les services de l’État pour étudier ces bâtiments. Les étudiants y effectuent relevés, études de bâti et recherches d’archives, qui permettent parfois de réévaluer l’âge réel d’un édifice.

Ce que révèle cette histoire sur la manière d’étudier les bâtiments anciens

Au-delà de l’anecdote, l’exemple de Roebuck Castle illustre une règle de base de l’archéologie du bâti : un édifice très remanié ne dit pas tout de lui-même au premier regard. L’épaisseur des murs, la forme des ouvertures, le type de voûte ou la disposition des pièces livrent de précieuses indications, même si la pierre d’origine n’est plus visible.

Les voûtes en pierre, évoquées par Tadhg O’Keeffe, méritent par exemple une explication. Il s’agit de plafonds courbes constitués de blocs de pierre, montés en arc. Ce type de structure, fréquent au Moyen Âge, signale souvent une fonction défensive ou de stockage (salles basses, celliers, passages voûtés). Lorsqu’on les retrouve sous un décor plus récent, elles deviennent de véritables marqueurs chronologiques.

La découverte irlandaise rappelle aussi le rôle des transformations successives des bâtiments. Un château peut devenir manoir, puis résidence bourgeoise ou bâtiment administratif, sans que ses murs les plus anciens disparaissent. Chaque propriétaire ajoute sa couche : agrandissements, percement de nouvelles fenêtres, ajout d’escaliers, réenduisage complet. L’ensemble masque l’origine médiévale, mais ne l’efface pas.

Pour les amateurs de patrimoine, l’histoire de Roebuck Castle fournit une piste de regard différente. Un mur anormalement épais, une cave voûtée en pierre, une tour intégrée à une maison, des fenêtres ébrasées ou murées peuvent signaler un passé plus ancien que ne le laisse croire la façade. Avant de classer un bâtiment comme « ordinaire » ou « purement XIXe siècle », certains spécialistes recommandent donc d’y regarder de plus près, à l’image de ce qu’a fait Tadhg O’Keeffe à Dublin.

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