En Chine, un petit restaurant de barbecue fait le buzz avec un en-cas aussi surprenant que léger, pensé pour les clients obsédés par la balance.
Dans la ville de Shaoyang, dans la province du Hunan en Chine, un restaurant de barbecue s’est retrouvé au cœur d’un phénomène viral, rapporte le site d’actualité insolite Oddity Central. Son propriétaire, connu sous le nom de M. Ma, a inventé un en-cas qui promet le goût du barbecue… sans aucune calorie, ou presque. Et les clients affluent pour tester cette curiosité culinaire.
Des brochettes… que l’on ne mange pas
Le concept, déjà largement relayé sur la plateforme vidéo chinoise Douyin, intrigue. Le restaurant propose des « brochettes épicées de bambou » qui n’ont rien à voir avec les classiques brochettes de viande ou de légumes.
Le principe est simple : le restaurateur prend de simples bâtons de bambou, habituellement utilisés comme support pour embrocher les aliments, et les transforme en produit final. Ils sont :
généreusement frottés avec un mélange d’épices,
relevés de piment,
parsemés d’oignons nouveaux,
puis passés au barbecue pour leur donner un léger goût fumé.
Les bâtons sont ensuite servis tels quels, par lots de 50 unités. Le client ne croque pas dedans comme dans une brochette classique. Il les porte à la bouche, suce l’assaisonnement, profite du goût du grill, puis jette le bambou.
Ces brochettes en bambou sont pensées comme un en-cas « zéro calorie » : on en goûte les épices et la fumée, sans ingérer de nourriture.
Vendues 10 yuans (environ 1,40 euro) les 50, ces brochettes assaisonnées restent bon marché, ce qui contribue aussi à leur succès dans ce restaurant du sud de la Chine.
Un en-cas imaginé pour les clientes soucieuses de leur poids
À l’origine de cette idée, une observation très concrète de M. Ma. Le patron explique avoir remarqué que plusieurs femmes venaient tard le soir, s’asseyaient, mais n’osaient rien commander par peur de grossir. L’envie de savourer l’odeur du barbecue restait, mais l’angoisse des calories prenait le dessus.
De là lui est venue l’idée de proposer un « snack sans culpabilité ». Les clientes peuvent profiter :
du parfum du barbecue,
du piquant du piment,
du croquant virtuel suggéré par le bâton,
de l’ambiance conviviale d’une soirée grillades,
sans avaler de viande, d’huile, ni de sauce. L’en-cas joue sur le plaisir olfactif et gustatif plutôt que sur la satiété.
À l’origine, ces brochettes n’étaient qu’un coup marketing, une sorte de clin d’œil destiné à faire parler du restaurant sur Douyin, la version chinoise de TikTok. Le restaurateur comptait surtout sur l’effet « photo et vidéo » pour attirer quelques curieux.
Un buzz sur Douyin et des centaines de commandes par jour
La stratégie a largement dépassé ses attentes. Une vidéo montrant M. Ma en train de savourer lui-même ces brochettes de bambou assaisonnées s’est rapidement propagée. Les internautes ont réagi, partagé, commenté, parfois amusés, parfois sceptiques.
Résultat : le restaurant a vu affluer des clients désireux de tester ce drôle de produit. Oddity Central rapporte que l’établissement enregistre désormais des centaines de commandes quotidiennes pour ces brochettes épicées sans garniture.
Le succès est tel que le restaurateur peine à suivre la demande en bâtons de bambou, tout en dégageant environ 5 à 6 yuans de marge sur chaque commande.
À l’échelle d’un petit restaurant, le calcul est vite fait : sur ce seul produit, le bénéfice cumulé devient significatif, pour un coût de matière première minime. Le bambou reste très bon marché, l’essentiel de la valeur venant de l’idée et de l’assaisonnement.
Après les glaçons grillés et les cailloux sautés, un nouveau snack insolite
Le cas de ces brochettes en bambou s’inscrit dans une tendance plus large de snacks atypiques en Chine. Oddity Central rappelle notamment deux autres spécialités qui ont déjà fait parler d’elles : les « glaçons grillés » et les « cailloux de rivière sautés ».
Dans ces préparations, le procédé est proche :
une base quasiment inerte sur le plan nutritionnel (glaçons, pierres, ici bambou),
un assaisonnement travaillé, souvent pimenté,
et un fort potentiel de curiosité pour les réseaux sociaux.
Ces produits jouent clairement la carte du buzz et du second degré, tout en répondant à des préoccupations très actuelles : recherche de nouveauté, contrôle du poids, envie de contenu viral à partager.
Que changerait une telle idée en France ?
Transposé en France, un concept d’en-cas « zéro calorie » à base de brochettes en bambou poserait plusieurs questions. Sur le plan réglementaire, les autorités sanitaires françaises et européennes encadrent strictement les matériaux conçus pour entrer en contact prolongé avec la bouche ou les aliments.
Les bâtons de bois ou de bambou utilisés dans la restauration sont déjà réglementés. Ils doivent respecter des normes d’hygiène et de sécurité, comme les ustensiles de cuisine ou les emballages en contact avec les aliments. Proposer ces brochettes comme produit à part entière nécessiterait de s’assurer :
de l’absence de traitement chimique sur le bambou,
du respect des règles d’hygiène lors de l’assaisonnement et de la cuisson,
d’une communication claire au client sur le fait que le bambou ne se mange pas.
Sur le plan de l’accueil du public français, un tel en-cas pourrait trouver son public dans les bars, les concepts de street-food, voire certains restaurants de barbecue à volonté. Le pays connaît déjà de nombreuses alternatives « light » ou sans sucre visant les consommateurs soucieux de leur ligne : boissons aromatisées sans calories, bonbons sans sucre, ou encore bouillons très peu énergétiques servis en entrée.
L’idée d’un support comestible ou non comestible uniquement destiné à délivrer un goût n’est pas complètement étrangère. Certaines dégustations de vins ou de cafés s’appuient sur l’odeur et une gorgée recrachée pour limiter l’absorption d’alcool ou de caféine. Les brochettes en bambou chinoises prolongent cette logique sur le registre du barbecue.
Un gadget ou une vraie réponse à l’obsession des calories ?
Pour un lecteur français, ces brochettes soulèvent une question de fond : jusqu’où peut aller la quête du « sans calorie » ? Les nutritionnistes rappellent que le simple fait de sentir ou de goûter des aliments sans en avaler ne suffit pas à répondre aux besoins du corps. Une alimentation équilibrée reste indispensable, même dans le cadre d’un régime.
Les brochettes en bambou de Shaoyang ressemblent davantage à un jeu culinaire, une façon amusante de participer à une soirée barbecue sans forcément manger. Elles peuvent :
apporter un moment de convivialité à celles et ceux qui surveillent leur poids,
offrir une alternative ponctuelle quand on a déjà dîné,
servir de curiosité à partager entre amis pour l’expérience.
Pour autant, elles ne remplacent ni un repas, ni un véritable en-cas nourrissant. Un professionnel de santé en France considérerait ce type de produit comme un complément ludique et anecdotique, pas comme une solution de contrôle du poids à long terme.
Un exemple frappant du pouvoir des réseaux sociaux sur la restauration
L’histoire de M. Ma illustre aussi l’impact des réseaux sociaux sur les petits restaurants. Une idée simple, peu coûteuse et très photogénique suffit parfois à transformer un établissement de quartier en phénomène national.
En misant sur un visuel fort – des dizaines de brochettes parfaitement alignées, recouvertes d’épices rouges et vertes, grillées sur des braises – le restaurateur a su s’adapter aux codes actuels : format court, originalité, message clair. Le goût vient ensuite, comme une deuxième étape de l’expérience.
Une poignée de bâtons de bambou, quelques épices et une vidéo bien pensée ont suffi à remplir un restaurant chaque soir.
À l’avenir, d’autres établissements, en Chine comme en France, pourraient s’inspirer de cette démarche : créer des produits pensés dès le départ pour être filmés, partagés, commentés, quitte à frôler parfois le gadget. Entre marketing et innovation culinaire, la frontière devient ténue, et les brochettes en bambou épicées du Hunan en offrent une illustration spectaculaire.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.