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L’ONU adopte une nouvelle carte du monde : l’Afrique y apparaît enfin à sa vraie taille

L'ONU adopte une nouvelle carte du monde : l'Afrique y apparaît enfin à sa vraie taille

À l’initiative du Togo, l’Organisation des Nations unies vient d’approuver une nouvelle carte mondiale, qui rebat les cartes géographiques et symboliques, notamment pour l’Afrique.

Adoptée début septembre à New York par une écrasante majorité d’États membres, cette carte dite « équitable » rompt avec la représentation traditionnelle héritée de l’Europe des grandes découvertes. Comme le rapporte le site d’information My Modern Met, elle vise à rétablir la véritable place de chaque continent, en particulier celle de l’Afrique, longtemps réduite à une taille trompeusement modeste.

Un vote massif à l’ONU emmené par le Togo et l’Union africaine

Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a voté l’adoption d’une nouvelle carte du monde, par 164 voix contre 1. La résolution a été portée par le Togo, avec le soutien des 54 autres États de l’Union africaine.

Cette nouvelle carte ne change pas la géographie, mais l’image mentale que la planète se fait d’elle-même, en redonnant à l’Afrique sa véritable ampleur.

Pour la délégation togolaise, citée par My Modern Met, l’enjeu dépasse la simple technique cartographique. Il touche au regard porté depuis des siècles sur le continent africain et, plus largement, sur ce que l’on appelle souvent le « Sud global ».

La résolution ne supprime aucune carte existante. Elle incite en revanche les organisations internationales, les États, les écoles et même les entreprises technologiques à privilégier des projections qui respectent mieux la taille réelle des terres émergées.

Pourquoi les cartes actuelles minimisent l’Afrique

La plupart des cartes murales utilisées dans les classes françaises et dans de nombreuses applications numériques reposent encore sur ce qu’on appelle la projection de Mercator. Mise au point au XVIe siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator, elle a été pensée à l’origine pour les marins européens, afin de faciliter la navigation à la boussole.

Son principe : transformer la surface sphérique de la Terre en un rectangle où les lignes de latitude et de longitude apparaissent droites et se croisent à angle droit. Très pratique pour tracer des routes maritimes, ce système déforme toutefois fortement la taille des continents selon leur distance à l’équateur.

Sur une carte de type Mercator, le Groenland semble aussi grand que l’Afrique, alors que l’Afrique est en réalité environ 14 fois plus vaste.

Concrètement, les régions proches des pôles apparaissent exagérément agrandies, tandis que celles situées autour de l’équateur, comme la majeure partie de l’Afrique, paraissent réduites. Ce biais visuel ne relève pas uniquement de la curiosité scientifique : il nourrit aussi une hiérarchie implicite entre les régions du monde.

Aux yeux de la délégation togolaise, cette tradition cartographique a participé à une « minimisation symbolique » de l’Afrique, présentée comme plus petite, moins imposante, moins centrale qu’elle ne l’est réellement.

« Les cartes façonnent notre vision du monde » : l’argument togolais

Avant le vote, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a défendu cette réforme devant l’Assemblée générale. Il a rappelé que l’Afrique n’est pas seulement un vaste continent, mais aussi un espace très peuplé, divers, jeune et stratégique pour l’économie mondiale.

« Les cartes façonnent notre compréhension du monde, a déclaré Robert Dussey. Elles guident l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives. »

Pour le chef de la diplomatie togolaise, continuer à utiliser massivement une projection qui réduit visuellement l’Afrique, alors même que ce continent pèse toujours plus dans les échanges internationaux, revient à entretenir un déséquilibre symbolique. L’enjeu se situe donc autant sur le terrain culturel que politique.

La démarche s’inscrit aussi dans une volonté plus large de corriger certains héritages visuels de l’ère coloniale, sans effacer l’histoire, mais en proposant d’autres représentations dans les manuels scolaires, les atlas, les médias et les logiciels de cartographie.

La projection Equal Earth, nouvelle référence recommandée

La résolution onusienne encourage particulièrement l’usage de la projection dite « Equal Earth ». Il s’agit d’une projection « d’aires égales », c’est-à-dire qu’elle conserve les proportions de surface entre les différentes régions du globe.

Conçue en 2018 par trois spécialistes de la cartographie – Bojan Šavrič, Bernhard Jenny et Tom Patterson – cette projection appartient à la famille des projections « pseudo-cylindriques ». Elle cherche un compromis entre fidélité des surfaces, équilibre visuel et lisibilité pour le grand public.

  • Elle maintient la taille relative des continents et des océans.
  • Elle limite les déformations extrêmes aux hautes latitudes.
  • Elle propose une forme du globe plus « organique », moins étirée vers le haut et le bas.

La nouvelle carte retenue par l’ONU ne bannit pas Mercator, mais recommande Equal Earth et, plus largement, toute projection qui ne déforme pas massivement les surfaces terrestres.

La campagne portée par le Togo demande ainsi aux Nations unies, aux gouvernements, aux établissements scolaires, aux organisations internationales et aux entreprises du numérique de privilégier Equal Earth ou des solutions équivalentes, lorsque l’objectif principal est de représenter équitablement les continents.

Des réticences, notamment aux États-Unis

La décision ne fait pas l’unanimité. Selon My Modern Met, les États-Unis ont exprimé de fortes réserves et ont voté contre la résolution. Washington présente cette réforme comme faisant partie d’un « projet idéologique plus vaste et plus radical ».

Les critiques les plus récurrentes portent sur deux points :

  • La crainte de voir reléguée au second plan la projection de Mercator, toujours très utilisée pour les océans, la navigation et certains usages techniques.
  • La dénonciation d’une lecture politique de la cartographie, perçue par certains responsables américains comme une remise en cause d’anciennes représentations auxquelles une partie du public reste attaché.
  • La résolution adoptée à l’ONU ne demande pourtant pas l’interdiction de la projection Mercator. Elle rappelle qu’aucune carte ne peut être parfaite : en passant du globe à une surface plane, il faut forcément sacrifier soit les angles, soit les distances, soit les surfaces.

    Chaque projection privilégie un critère au détriment d’un autre. Equal Earth mise sur l’équité des surfaces, là où Mercator favorisait avant tout la navigation.

    L’objectif affiché par les partisans du texte consiste donc à diversifier les cartes utilisées, pas à en imposer une seule pour tous les usages.

    Ce que cette nouvelle carte pourrait changer dans les écoles et les logiciels

    Si les États membres de l’ONU appliquent cette recommandation, les changements les plus visibles se produiront dans les salles de classe, les atlas et les services de cartographie numériques.

    Pour un élève, voir une Afrique imposante, un peu plus centrale, et un Groenland bien plus petit que sur les cartes classiques modifie le rapport aux distances et aux équilibres entre continents. Les surfaces de l’Amérique du Sud, de l’Asie du Sud et du Sud-Est, ou encore des îles du Pacifique, apparaîtront également de manière plus réaliste.

    Les grandes plateformes de cartographie en ligne pourraient aussi être amenées à proposer, dans leurs paramètres d’affichage, des projections alternatives mieux adaptées aux usages éducatifs. Certaines le font déjà partiellement pour des raisons techniques ou de design ; la résolution de l’ONU pourrait accélérer ce mouvement.

    Cartes et représentation du monde : quels enjeux pour la France ?

    En France, les programmes scolaires de géographie mentionnent déjà le fait qu’une carte n’est jamais neutre et qu’elle résulte de choix de projection. Toutefois, dans les salles de classe comme dans la culture visuelle quotidienne, les représentations de type Mercator restent très présentes.

    Le ministère de l’Éducation nationale pourrait à terme recommander davantage de cartes en projection d’aires égales pour les supports pédagogiques, en cohérence avec la décision des Nations unies. Les éditeurs de manuels scolaires et d’atlas pourraient également revoir leurs fonds de cartes de base.

    Enjeu Situation actuelle fréquente Évolution possible avec Equal Earth
    Taille de l’Afrique Afrique visuellement proche de l’Europe ou de l’Amérique du Nord Afrique apparaissant nettement plus vaste que l’Europe et l’Amérique du Nord réunies
    Perception des pôles Groenland et Arctique exagérément agrandis Régions polaires visuellement réduites à leur surface réelle
    Sensibilisation des élèves Poids visuel du Nord global renforcé Équilibre visuel accru entre Nord et Sud

    Pour un lecteur français, ce changement ne modifie pas une frontière ou une distance mesurée. Il touche en revanche à la façon de se représenter les rapports de force à l’échelle planétaire. L’Afrique, déjà très présente dans les débats sur le climat, les migrations et les matières premières, pourrait prendre une place plus cohérente avec sa réalité géographique.

    Comment fonctionne une projection « d’aires égales » ?

    Techniquement, une projection cartographique d’aires égales, comme Equal Earth, garantit que deux régions de même superficie sur le globe auront la même superficie sur la carte, même si leurs formes exactes peuvent être légèrement déformées.

    Ce type de projection convient bien :

    • aux cartes thématiques (densité de population, répartition des ressources, émissions de gaz à effet de serre) ;
    • aux supports éducatifs cherchant à comparer des surfaces ;
    • aux cartes politiques mondiales, où la hiérarchie des tailles joue un rôle symbolique fort.

    À l’inverse, pour un navigateur ou un pilote, une projection comme Mercator garde un intérêt, car elle préserve les angles et permet de tracer des routes à cap constant. D’où l’idée défendue à l’ONU : choisir la carte en fonction de l’usage, et non par simple habitude.

    « Une carte juste ne change pas la géographie du monde, a souligné Robert Dussey, elle change la manière dont nous voyons le monde. »

    Pour les lecteurs comme pour les élèves, cette réforme rappelle que derrière chaque planisphère accroché au mur se cachent des choix, des arbitrages et parfois des héritages politiques. Comprendre ces choix aide à mieux lire les cartes… et à mieux comprendre la place réelle de l’Afrique et des autres continents sur le globe.

    Questions fréquentes

    Pourquoi la projection de Mercator fait-elle apparaître l'Afrique plus petite qu'elle ne l'est réellement ?

    La projection de Mercator, créée au XVIe siècle pour faciliter la navigation maritime, transforme la surface sphérique de la Terre en rectangle. Ce système déforme fortement la taille des continents selon leur distance à l'équateur, agrandissant exagérément les régions proches des pôles et réduisant celles situées autour de l'équateur, où se trouve la majorité de l'Afrique.

    Qu'est-ce que la projection « Equal Earth » ?

    La projection « Equal Earth » est une projection cartographique conçue en 2018 qui conserve les proportions de surface entre les différentes régions du globe. Elle cherche un compromis entre fidélité des surfaces, équilibre visuel et lisibilité, en maintenant la taille relative des continents et en limitant les déformations extrêmes.

    Quel était le vote à l'ONU et qui s'y est opposé ?

    La résolution a été adoptée le 4 septembre 2026 par 164 voix contre 1. Les États-Unis ont été les seuls à voter contre, exprimant des réserves sur ce qu'ils perçoivent comme un projet idéologique plus vaste et une remise en cause des représentations cartographiques traditionnelles.

    Cette résolution va-t-elle interdire l'utilisation de la projection Mercator ?

    Non, la résolution ne demande pas l'interdiction de la projection Mercator, qui reste très utile pour la navigation et certains usages techniques. Elle recommande simplement de privilégier des projections comme « Equal Earth » lorsque l'objectif principal est de représenter équitablement les continents.

    Quel est l'enjeu symbolique de cette nouvelle carte pour l'Afrique ?

    Selon le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey, les cartes façonnent notre compréhension du monde et influencent les perceptions collectives. Continuer à utiliser une projection qui réduit visuellement l'Afrique entretient un déséquilibre symbolique, particulièrement alors que ce continent pèse toujours plus dans les échanges internationaux.
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