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Bataille de la Somme : des archéologues découvrent une tranchée inconnue et des positions d’artillerie allemandes, 109 ans plus tard

Bataille de la Somme : des archéologues découvrent une tranchée inconnue et des positions d'artillerie allemandes, 109 ans plus tard

Dans le nord de la France, des archéologues australiens ont mis au jour de nouvelles traces de la bataille de la Somme, sur un ancien secteur du front.

Plus d’un siècle après les combats, un chantier de fouilles mené près de Pozières, dans la Somme, vient de révéler une tranchée inconnue et des positions d’artillerie allemandes. Comme le rapporte le quotidien allemand Berliner Zeitung, cette opération pilotée par la Flinders University d’Adélaïde apporte un éclairage précis sur l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire militaire australienne pendant la Première Guerre mondiale.

Une tranchée oubliée mise au jour près de Contalmaison

Le chantier se situe dans le secteur de Copse Alley, près du village de Contalmaison, non loin de Pozières, dans le nord de la France. Là, au cœur de l’ancien champ de bataille de la Somme, les archéologues ont identifié un élément que les cartes et archives n’avaient pas conservé : un tronçon de tranchée jusqu’alors non répertorié.

Selon la Flinders University, cette tranchée s’inscrit dans le dispositif allemand qui faisait face aux lignes alliées en 1916. Elle complète le réseau déjà connu de boyaux et de positions enterrées. Les chercheurs y voient un maillon manquant dans la compréhension des premières heures de l’attaque australienne sur ce secteur.

La tranchée inconnue et les emplacements de pièces d’artillerie allemande mettent en lumière un pan resté dans l’ombre du champ de bataille de Pozières.

Les fouilles ont commencé en juillet dans le cadre d’un programme baptisé « Project Pozières ». Leur objectif : reconstituer, quasiment heure par heure, les deux premiers jours de l’offensive australienne de juillet 1916 et retrouver précisément les positions occupées par trois bataillons.

Des grenades actives, un fusil et des restes d’artillerie

La liste des objets exhumés illustre l’intensité des combats. La Flinders University fait état de plusieurs pièces majeures retrouvées dans et autour de la tranchée :

  • onze grenades à main encore actives ;
  • un fusil complet et plusieurs éléments de fusils ;
  • une pioche et deux pelles de tranchée ;
  • une gourde de soldat ;
  • un câble de transmissions ;
  • de grandes quantités d’éclats d’obus, de billes de shrapnel et de fragments de projectiles.

« L’ampleur du matériel récupéré était exceptionnelle », a commenté le responsable des fouilles, l’archéologue Daryl Wesley, cité par l’université australienne. Il explique que le secteur a manifestement été beaucoup plus durement bombardé que ce que suggéraient les estimations initiales.

Les munitions encore actives, dont les onze grenades, ont nécessité des précautions particulières, comme sur tout ancien champ de bataille de la Somme, où les services de déminage français restent régulièrement mobilisés. Ces vestiges rappellent que le sol concentre encore une forte densité d’engins explosifs cent ans après le conflit.

Reconstituer les premières 48 heures de l’offensive australienne

Le « Project Pozières » vise à replacer précisément les unités australiennes dans le paysage de 1916. Les chercheurs cherchent notamment à localiser les positions occupées par le 11e, le 9e et le 1er bataillon australien lors des premières 48 heures de combat, en juillet 1916.

Selon la Flinders University, les fouilles ont permis de retrouver une position d’artillerie qui correspond à une mention figurant dans le journal de marche du 11e bataillon : une batterie de pièces d’origine belge, qualifiées de « haubitzen » (obusier en français). Ce type de recoupement entre sources écrites et données de terrain permet de vérifier, confirmer ou parfois corriger les documents d’époque.

Le scientifique Andrew Wilkinson souligne que les vestiges concordent largement avec les archives militaires, tout en révélant des éléments inattendus, comme la tranchée supplémentaire à Copse Alley.

Andrew Wilkinson, directeur scientifique du projet, explique que ces découvertes viennent à la fois valider de nombreuses indications tirées des journaux de marche et enrichir la carte du champ de bataille. Le fusil mis au jour doit désormais être étudié en détail. L’université souhaite, si possible, l’associer à une unité précise, voire à un soldat identifié grâce aux numéros de série ou à des marquages d’origine.

Vingt spécialistes originaires d’Australie, de France, du Royaume-Uni et de Nouvelle-Zélande participent à cette opération internationale. Une nouvelle campagne de fouilles est déjà programmée pour 2027 dans le cadre d’un autre volet de recherche, baptisé « Project Warhorse ».

Pozières, épisode sanglant de la bataille de la Somme

À l’été 1916, l’Australie appartient encore à l’Empire britannique et se bat aux côtés du Royaume-Uni contre l’Allemagne. Les troupes australiennes sont engagées sur le front occidental, en France et en Belgique. Pozières, petit village de la Somme, se retrouve au centre d’un affrontement d’une rare intensité.

Le village est installé sur une crête stratégique, depuis laquelle les Alliés peuvent menacer les positions allemandes de Thiepval. Entre le 23 juillet et le 5 septembre 1916, trois divisions australiennes se relaient pour attaquer et tenir Pozières sous un feu continu.

Selon la Flinders University, les Australiens subissent près de 23 000 pertes à Pozières, dont 6 700 morts, en à peine plus d’un mois de combats.

La bataille de la Somme, dont Pozières constitue un épisode, symbolise l’industrialisation du conflit : un front figé, des vagues d’assaut fauchées par les mitrailleuses et un recours massif à l’artillerie lourde. Entre juillet et novembre 1916, Britanniques, Français et Allemands ne progressent que de quelques kilomètres au prix d’un bilan humain considérable.

Le seul premier jour de l’offensive, le 1er juillet 1916, l’armée britannique perd environ 57 000 hommes, tués, blessés ou disparus. Sur l’ensemble de la campagne de la Somme, plus d’un million de soldats des différents camps sont tués, blessés ou portés disparus.

Ce que ces fouilles changent pour la mémoire australienne

Pour l’Australie, Pozières constitue un lieu de mémoire comparable à celui de la presqu’île de Gallipoli en Turquie. La recherche archéologique menée en France ne relève pas seulement de la curiosité scientifique : elle vient nourrir une histoire nationale encore très présente dans la société australienne.

En localisant avec précision les tranchées, les emplacements de pièces d’artillerie et les positions tenues par chaque bataillon, les équipes espèrent :

  • mieux comprendre les conditions concrètes dans lesquelles les soldats ont combattu ;
  • affiner les cartes et les itinéraires empruntés lors des assauts ;
  • identifier d’éventuels lieux de sépulture inconnus ;
  • apporter des éléments supplémentaires aux familles de disparus.

Ce type de travail participe aussi à la valorisation des sites de mémoire franco-australiens, comme le mémorial national australien de Villers-Bretonneux ou le centre d’interprétation Sir John Monash, déjà fréquentés par de nombreux visiteurs venus d’Australie.

Les recherches archéologiques de guerre en France

En France, ce type d’opération s’inscrit dans la longue durée. Près d’un siècle après l’armistice, la fouille de champs de bataille de 14-18 reste active, notamment sur la Somme, en Champagne et en Argonne. Des équipes françaises et étrangères interviennent régulièrement, souvent en lien avec l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, le ministère des Armées et les collectivités locales.

Les fouilles de Pozières s’ajoutent à d’autres opérations menées ces dernières années autour de Verdun ou sur la ligne Hindenburg. Elles obéissent à des protocoles stricts :

  • sécurisation systématique des munitions et explosifs retrouvés, en lien avec les démineurs ;
  • prise en compte du statut de sépulture potentielle de chaque site ;
  • documentation précise (plans, photos, relevés) pour alimenter les bases de données patrimoniales ;
  • cohérence avec les nécropoles nationales et les lieux de mémoire existants.
  • Lieu Type de recherches Période concernée
    Pozières – Contalmaison (Somme) Archéologie de tranchée, positions d’artillerie Première Guerre mondiale (1916)
    Verdun (Meuse) Abris, abattis, boyaux, abris bétonnés Première Guerre mondiale (1916–1917)
    Ligne Hindenburg (Aisne) Ouvrages défensifs allemands Première Guerre mondiale (1917–1918)

    Pourquoi l’archéologie éclaire autrement la Grande Guerre

    Contrairement aux archives écrites, l’archéologie de la Grande Guerre s’intéresse aux traces matérielles laissées par les soldats : objets du quotidien, restes d’armement, structures de tranchées, abris, dépôts de munitions. Ces éléments complètent les récits des combattants, souvent centrés sur l’événement et moins sur l’organisation concrète du terrain.

    Les chercheurs peuvent par exemple analyser :

    • la profondeur réelle des tranchées et la qualité de leur aménagement ;
    • la densité des impacts d’obus, qui traduit la violence des bombardements ;
    • la nature des équipements, révélatrice du niveau de préparation ou d’improvisation ;
    • la manière dont les soldats adaptaient leur environnement pour survivre.

    À Pozières, la découverte d’une tranchée inconnue et de positions de pièces d’artillerie allemandes montre que les lignes étaient plus complexes qu’on ne le pensait. Cette complexité peut expliquer certains échecs d’attaque ou la difficulté à tenir un secteur sous un feu presque continu.

    Pour les visiteurs français comme étrangers qui se rendent chaque année sur les anciens champs de bataille, ces nouvelles données permettent à terme d’enrichir les parcours de mémoire. Des panneaux, maquettes ou applications peuvent intégrer ces découvertes pour proposer une vision plus précise du front en 1916, au plus près de ce qu’ont vécu les soldats australiens, britanniques, français et allemands engagés à la Somme.

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