Dans la Venise du XVIIe siècle, une partie de l’aristocratie italienne utilisait un étonnant dispositif caché sous ses robes pour affronter les obligations mondaines.
Dans un article relayé par le site Venezia Today et cité par un média en ligne anglophone spécialisé dans les curiosités historiques, un accessoire méconnu, la « vanvera », refait surface. Utilisé par les nobles italiennes au XVIIe siècle, ce dispositif très discret avait une fonction pour le moins inattendue : gérer les flatulences lors des réceptions et soirées mondaines, sans compromettre l’étiquette. Un épisode singulier de l’histoire des bonnes manières, qui en dit long sur le rapport au corps à l’époque.
Un accessoire inventé pour sauver les apparences
Selon le récit rapporté par le média en ligne et par le site italien Venezia Today, la vanvera était surtout portée par des femmes de l’aristocratie. Les grandes robes structurées de l’époque facilitaient en effet la dissimulation de ce système sous les jupes, à l’abri des regards, lors des bals, dîners et salons très codifiés de la noblesse vénitienne.
Les origines exactes de la vanvera restent floues. Certains commentateurs évoquent une possible filiation avec des pratiques antiques, en Égypte ou dans la Rome impériale, mais aucune preuve historique solide ne confirme ces hypothèses. Le seul point commun aux différentes sources : cet objet serait bel et bien apparu dans les milieux nobles, au plus tard au XVIIe siècle, et aurait circulé dans certains cercles aristocratiques en Italie.
La vanvera avait une fonction très précise : permettre aux nobles de laisser échapper des gaz en pleine réception, sans bruit et sans odeur, tout en préservant leur image irréprochable.
À une époque où la bienséance imposait une maîtrise totale de soi en public, ce type d’artifice répondait à une véritable pression sociale. L’étiquette interdisait toute manifestation jugée vulgaire du corps, alors même que les repas de fête se révélaient souvent copieux et difficiles à digérer.
Comment fonctionnait la vanvera sous les robes des aristocrates
Un exemplaire de vanvera est aujourd’hui visible au Sex Machines Museum de Prague, un musée consacré aux objets liés à la sexualité et, plus largement, aux curiosités autour du corps. Cet objet donne une idée concrète de ce que pouvaient porter certaines nobles, dissimulé sous leurs robes.
Une poche en cuir pour étouffer le bruit et retenir les odeurs
La version exposée à Prague se présente sous la forme d’une poche en cuir reliée directement au postérieur de la personne qui la porte. Le système est conçu pour :
« capter » les gaz au moment où ils sont expulsés ;
étouffer le son produit par les flatulences ;
retenir les odeurs à l’intérieur du sac, le temps de l’événement mondain ;
permettre ensuite de vider discrètement le contenu, dans un endroit privé.
Le cuir sert de matériau souple et relativement étanche aux odeurs. Selon la description rapportée par le média anglophone, la personne qui portait la vanvera pouvait, une fois à l’écart, presser la poche pour l’évacuer et la remettre en place sous la robe, prête pour la suite de la soirée.
Des variantes plus complexes pour la chambre à coucher
Venezia Today mentionne aussi un autre type de vanvera, réservé cette fois à l’intimité de la chambre. Il ne s’agissait plus simplement d’une poche sous une robe, mais d’un système de tuyaux aménagé dans les lits des aristocrates.
Le dispositif, décrit comme plus volumineux et sophistiqué, fonctionnait ainsi : des canalisations discrètes partaient de la zone située sous les couvertures, remontaient le long du cadre du lit, puis traversaient le mur ou la fenêtre pour déboucher à l’extérieur. Les odeurs issues des flatulences nocturnes étaient ainsi dirigées hors de la pièce, sans gêner ni le conjoint, ni les domestiques, ni les éventuels invités.
Type de vanvera
Lieu d’usage
Objectif principal
Poche en cuir
Sous les robes, lors des réceptions
Étouffer le son et retenir les odeurs
Système de tuyaux de lit
Chambre des aristocrates
Évacuer les gaz vers l’extérieur
Boîte métallique parfumée
Sous-vêtements
Parfumer les gaz, sans réduire le bruit
Quand les flatulences sentent la lavande
Un autre média, Liekki Pieru, se penche sur une variante encore différente de la vanvera. Ici, il n’est plus question de cuir, mais d’une petite boîte métallique fixée directement aux sous-vêtements. Le principe reste le même : intercepter les gaz au moment de leur émission.
La particularité de cette version tient à son contenu. La boîte était remplie de plantes aromatiques séchées :
lavande ;
romarin ;
sauge ;
et parfois d’autres herbes parfumées.
Lorsque les gaz la traversaient, l’air se chargeait des effluves des herbes. Liekki Pieru rapporte une description imagée : les flatulences deviennent ainsi « parfumées comme une brise venant des champs de Provence ».
Cette version parfumée de la vanvera transformait littéralement l’odeur des gaz, mais ne réduisait pas le bruit, ce qui limitait son intérêt dans les salons aristocratiques.
Le dispositif ne masquait pas le son, ce qui en faisait un accessoire moins efficace que la poche en cuir pour préserver les convenances dans une pièce silencieuse. Selon le média, ce modèle parfumé serait resté plus marginal.
Un objet à la croisée de l’hygiène et de l’obsession des bonnes manières
La vanvera n’est qu’un exemple parmi d’autres de ces inventions étranges, parfois oubliées, qui cherchent à contourner les limites du corps humain pour répondre à des normes sociales strictes. Le média anglophone qui met en avant cette histoire y voit le signe d’une « créativité folle » chez l’être humain.
Dans les sociétés d’Ancien Régime, le contrôle de soi en public constituait un marqueur clair de statut social. Pouvoir assister à de longs banquets, rester figé dans un corset serré, supporter des heures de conversation dans des salons surchauffés sans montrer la moindre gêne, relevait presque de la performance. La vanvera, dissimulée, agissait comme une sorte d’assurance contre l’embarras.
Ce type d’accessoire illustre aussi une forme précoce de préoccupation pour l’hygiène de l’air intérieur, avant même les connaissances modernes sur les gaz, les bactéries ou la ventilation des logements. L’idée de diriger les odeurs vers l’extérieur, grâce à un jeu de tuyaux, rappelle le principe des conduits d’aération ou des systèmes d’extraction installés plusieurs siècles plus tard.
La situation en France : entre étiquette et humour
En France, aucune source historique largement reconnue ne mentionne un équivalent strictement identique à la vanvera italienne dans les salons de la noblesse. Les milieux aristocratiques français de l’époque moderne partageaient toutefois des préoccupations très proches : contrôle de l’image, maintien d’une posture impeccable, rejet ostentatoire de tout ce qui rappelait le corps et ses besoins naturels.
Les traités de civilité français, publiés surtout à partir du XVIIe siècle, insistaient déjà sur la retenue. Ils recommandaient d’éviter les bruits gênants, de se retirer si nécessaire, et de masquer au maximum toute manifestation jugée inconvenante. Cette approche passait davantage par les règles de conduite que par des objets techniques comparables à la vanvera.
Dans la période contemporaine, le sujet des flatulences reste entouré de gêne, mais il est souvent traité avec humour. Les solutions actuelles prennent la forme de :
sous-vêtements filtrants qui promettent d’absorber une partie des odeurs ;
charbons actifs utilisés dans certains dispositifs individuels ;
sprays désodorisants pour les toilettes ;
recommandations médicales sur l’alimentation pour limiter les gaz.
Ces produits ou conseils relèvent aujourd’hui davantage du confort personnel et du marché du bien-être que de la stricte étiquette aristocratique. La comparaison souligne un point : là où les nobles italiennes du XVIIe siècle dissimulaient un sac en cuir sous leurs couches de jupons, les réponses actuelles passent plutôt par des textiles techniques ou des gestes du quotidien.
Ce que révèle la vanvera sur la santé et les mœurs
Sur le plan médical, la production de gaz intestinaux est un phénomène normal. Les spécialistes rappellent qu’il s’agit d’un effet mécanique de la digestion. Les tentatives pour bloquer totalement les flatulences peuvent même provoquer inconfort et douleurs. Les dispositifs comme la vanvera ne visaient donc pas à empêcher le phénomène, mais à le rendre socialement invisible.
Cette manière de traiter un sujet jugé honteux par un artifice caché trouve des échos dans d’autres domaines : parfums pour masquer les odeurs corporelles, corsets pour sculpter la silhouette, fards pour corriger le teint. La vanvera se place dans cette lignée d’objets destinés à effacer les « défauts » du corps dans l’espace public.
Pour un lecteur français d’aujourd’hui, cette histoire peut sembler anecdotique ou amusante. Elle éclaire pourtant un point précis : dès qu’une société érige des normes de comportement très rigides, l’ingéniosité technique s’invite rapidement pour tenter de concilier les contraintes du corps avec les exigences sociales, quitte à créer des objets aussi surprenants qu’une poche à gaz cachée sous une robe de bal.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
La vanvera était un dispositif porté sous les robes par les aristocrates véniennes du XVIIe siècle, conçu pour capturer et étouffer les bruits des flatulences tout en retenant les odeurs, permettant aux nobles de préserver leur image en public.
Comment fonctionnait la vanvera en cuir ?
Une poche en cuir était reliée au postérieur de la personne et captait les gaz au moment de leur expulsion. Le cuir étouffait le bruit et retenait l'odeur à l'intérieur, pouvant être vidée discrètement en privé en pressant la poche.
Existait-il d'autres types de vanvera ?
Oui, il y avait un système de tuyaux sophistiqué aménagé dans les lits pour diriger les gaz nocturnes vers l'extérieur, et une variante avec une boîte métallique remplie de lavande, romarin et sauge pour parfumer les émissions.
Pourquoi cet accessoire a-t-il été inventé ?
L'étiquette stricte de l'Ancien Régime interdisait toute manifestation vulgaire du corps en public. À une époque où les banquets étaient copieux et difficiles à digérer, la vanvera répondait à une forte pression sociale pour maintenir une apparence irréprochable.
La France avait-elle un équivalent à la vanvera ?
Aucune source historique largement reconnue ne mentionne un équivalent identique en France, bien que l'aristocratie française partageait les mêmes préoccupations de contrôle de l'image et de rejet de tout ce qui rappelait le corps et ses besoins naturels.