EUROTEL

Un chercheur de Harvard mange 1 000 sardines en 30 jours : voici ce que son corps a révélé

Un chercheur de Harvard mange 1 000 sardines en 30 jours : voici ce que son corps a révélé

Aux États-Unis, un jeune chercheur de Harvard a passé un mois presque exclusivement à la boîte de sardines. Son organisme a réagi de façon inattendue.

Dans un reportage relayé par le média allemand en ligne du groupe Süddeutsche Zeitung, le chercheur américain Nicholas Norwitz, formé à Harvard et Oxford, détaille un étonnant défi alimentaire : 30 jours à base de sardines en conserve, quasiment rien d’autre. Objectif affiché : mesurer, chiffres à l’appui, ce que ce « superaliment » fait réellement au corps humain.

Un mois de « jeûne aux sardines » pour tester un superaliment

Les sardines ont longtemps été vues comme un simple produit de placard, bon marché et pratique. En Allemagne, comme le rappelle le site, elles connaissent pourtant un regain d’intérêt, au point de manquer parfois en rayon chez des enseignes comme Aldi ou Lidl, notamment à cause de la baisse des captures au large du Maroc et de restrictions d’exportations.

Sur les réseaux sociaux, la mode #SardineSummer a propulsé ces petits poissons au rang de produit tendance. Leur image de « superaliment » riche en oméga-3, protéines et minéraux nourrit l’idée d’une alimentation simple et saine.

Pour aller au bout de cette logique, Nicholas Norwitz a mis en place un protocole très strict, qu’il qualifie lui-même de « Sardine fast », jeûne aux sardines :

  • durée : 30 jours d’affilée ;
  • ration : 100 grammes de sardines par tranche d’environ 22 kilos de poids corporel ;
  • boissons : uniquement de l’eau ;
  • compléments : électrolytes afin de compenser le manque de diversité alimentaire.

Ce type de pratique circule dans certains cercles de nutrition « low carb » et cétogène aux États-Unis. Les adeptes espèrent ainsi bénéficier des effets métaboliques d’un jeûne (perte de graisse, activation de mécanismes de recyclage cellulaire comme l’autophagie) sans sacrifier la masse musculaire grâce à l’apport élevé en protéines et micronutriments.

Pendant 30 jours, Nicholas Norwitz a fait de la sardine sa principale, voire unique source de calories, avec une perte de poids rapide mais aussi des effets inattendus sur sa forme physique, ses analyses sanguines… et même son odeur corporelle.

Perte de poids rapide, mais besoin de graisses ajoutées

D’après son récit, la première semaine a été marquée par des résultats spectaculaires sur la balance : près de trois kilos en moins, sans sensation de faiblesse au début. Il explique avoir continué à s’entraîner, se sentant « énergique, fort et très léger » pendant ses séances de sport.

La situation s’est compliquée à la fin de cette première semaine. Sa performance a chuté brutalement. En cause, selon lui : une alimentation très riche en protéines et en oméga-3, mais finalement trop pauvre en lipides totaux pour soutenir l’effort sur la durée, compte tenu de son faible niveau de graisse corporelle de départ.

Norwitz a alors ajusté sa méthode :

  • ajout de quelques cuillères d’huile d’olive à ses repas ;
  • emploi ponctuel d’huile de coco ou d’huile MCT, dérivée de l’huile de coco ;
  • maintien d’un très faible apport en glucides pour rester dans un état de cétose.

Avec ces graisses supplémentaires, son niveau d’énergie s’est stabilisé. Il met ensuite en garde les personnes ayant déjà un taux de masse grasse bas : selon lui, suivre ce type de régime à base quasi exclusive de sardines, sans apport lipidique suffisant, pousse l’organisme à tirer dangereusement sur les réserves restantes.

Sardines : un concentré de nutriments dans une petite boîte

L’article rappelle que le statut de « superaliment » des sardines repose sur des données scientifiques solides. Une vaste revue brésilienne cité par le média recense la densité exceptionnelle de nutriments de ces poissons lorsqu’ils sont consommés entiers, avec la peau et les arêtes. On y trouve notamment :

  • du calcium, grâce aux arêtes ;
  • du magnésium et du potassium ;
  • du fer et du zinc ;
  • des acides aminés particuliers comme la taurine et l’arginine ;
  • des oméga-3 à longue chaîne (EPA et DHA).

Les analyses montrent également la présence de vitamine B12, de vitamine D, de sélénium et de coenzyme Q10. D’où la formule choc de Norwitz, reprise par le site : pour lui, la sardine est comme « l’enfant naturel d’une barre protéinée et d’un multivitamines qui vivrait dans la mer ».

Un taux d’oméga-3 digne… des dauphins

Au fil du mois, le chercheur dit s’être globalement senti en bonne forme. Il note un phénomène particulier : une nette résistance au froid. Selon lui, il ne ressentait plus vraiment les basses températures, même dehors à –1 °C.

Cette impression coïncide avec un résultat biologique frappant. Son « index oméga-3 », qui reflète la proportion d’oméga-3 dans les globules rouges, a fortement grimpé. Là où une bonne fourchette pour un adulte se situe autour de 8 à 11 %, il affirme être monté à près de 16 %. Il parle de valeurs « littéralement hors échelle ».

Le média rappelle qu’une étude situe l’index oméga-3 des grands dauphins aux alentours de 20 %. La comparaison fait son effet, sans permettre d’expliquer formellement la résistance au froid ressentie par Norwitz. Certaines études suggèrent toutefois que les oméga-3 pourraient jouer un rôle dans la production de chaleur par l’organisme.

Trop d’oméga-3 : un risque mis en avant par les experts

Les spécialistes interrogés dans l’article restent prudents face à ces approches extrêmes. Les bénéfices des oméga-3 d’origine marine sont largement documentés, mais l’ingestion massive d’un seul aliment sur plusieurs semaines expose, selon eux, à plusieurs problèmes :

  • manque de fibres alimentaires ;
  • insuffisance de certains composés végétaux protecteurs ;
  • carences possibles en vitamines clés pour l’immunité et la santé intestinale.

Autre alerte : la surdose d’oméga-3. La question se pose surtout à partir de compléments alimentaires, comme les capsules d’huile de poisson. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé en 2012 qu’une consommation allant jusqu’à 5 grammes par jour d’EPA et DHA combinés reste sans danger pour un adulte en bonne santé.

Avec la règle suivie par Norwitz – 100 g de sardines par 22 kg de poids corporel –, le site calcule qu’une personne d’environ 80 kilos dépasse cette limite théorique, en se basant sur un contenu moyen de 1,5 g d’oméga-3 pour 100 g de sardines.

Selon l’EFSA, une exposition prolongée à des doses élevées d’oméga-3 peut augmenter le risque de saignements, perturber l’immunité et modifier le métabolisme des graisses et du sucre.

La liste des effets potentiels de cette surconsommation, rappelée dans l’article, comprend :

  • une tendance accrue aux saignements, via une modification de la coagulation sanguine ;
  • une possible diminution de la capacité du système immunitaire à répondre aux infections ;
  • un excès de produits de dégradation oxydés des lipides dans l’organisme ;
  • des perturbations du métabolisme des graisses et des glucides.

Chez des personnes déjà malades, certains travaux associent même une forte supplémentation en oméga-3 d’origine marine à un risque accru de fibrillation atriale, un trouble du rythme cardiaque, surtout aux doses les plus élevées testées, autour de 4 g par jour.

Des effets sociaux très concrets : « une aura de sardine »

Au-delà des chiffres, l’expérience a eu une conséquence très concrète sur la vie quotidienne de Nicholas Norwitz. Il raconte avoir commencé à sentir nettement le poisson, même plusieurs heures après ses repas. Il parle d’une odeur qui semblait transpirer par la peau.

Dans son témoignage relayé par le média allemand, il évoque une « aura de sardine », persistante malgré le brossage intensif des dents. Ce parfum imposé à son entourage aurait provoqué des réactions gênées et même des tensions dans son couple. Un prix inattendu à payer pour ce défi alimentaire radical.

Une version extrême d’un régime cétogène

En ajoutant progressivement des huiles à ses sardines, Norwitz a en réalité basculé dans une forme très stricte de régime cétogène. En supprimant presque totalement les glucides, il a forcé son corps à utiliser principalement des « corps cétoniques », produits par le foie à partir des graisses, comme carburant.

Ce mode de fonctionnement est souvent associé, dans la littérature scientifique, à :

  • une meilleure régulation de la glycémie ;
  • une diminution de certains marqueurs inflammatoires ;
  • chez certains, une sensation accrue de clarté mentale.

La forte perte de poids observée les premiers jours, deux à trois kilos dans son cas, s’explique en grande partie par la libération d’eau stockée avec le glycogène, la forme de réserve des glucides dans le corps.

Les spécialistes interrogés rappellent toutefois qu’un régime cétogène strict reste d’usage limité dans le temps pour la population générale. Sur la durée, l’absence de nombreux aliments végétaux variés expose à des manques nutritionnels, et les corps cétoniques eux-mêmes peuvent générer une haleine et des odeurs corporelles proches du solvant, ce que beaucoup décrivent comme un parfum d’acétone.

Ce que cela signifie pour un lecteur en France

Pour un lecteur français, le cas Norwitz illustre surtout les limites des expériences extrêmes popularisées sur YouTube ou TikTok. En France, les autorités sanitaires, comme Santé publique France ou l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), encouragent la consommation de poisson, notamment gras, mais dans un cadre varié et modéré.

Les recommandations générales insistent sur l’alternance des espèces (sardine, maquereau, saumon, hareng, truite…) et sur la diversité alimentaire : légumes, fruits, céréales complètes, légumineuses, produits laitiers, etc. L’idée de ne manger qu’un seul aliment pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, s’éloigne de ces principes de base.

Le cas de Nicholas Norwitz est par ailleurs très particulier. Ce docteur en sciences du métabolisme, qui a suivi des études de médecine à Harvard, suit déjà en temps normal une alimentation très pauvre en glucides et très riche en graisses. Il se définit comme un « Lean Mass Hyper Responder », un profil métabolique dont les taux de cholestérol réagissent de manière atypique à la diète cétogène. Les résultats qu’il obtient sur lui-même ne peuvent donc pas être généralisés.

Comment profiter des sardines sans tomber dans l’excès

L’expérience de ce chercheur américain met tout de même en lumière quelques enseignements utiles, repris par le média allemand et transposables à une consommation raisonnable :

  • Privilégier les sardines entières : manger peau et arêtes permet de profiter du calcium, du collagène et de nombreux micronutriments.
  • Surveiller le mode de préparation : les conserves à l’eau, en saumure ou à l’huile d’olive vierge sont préférables aux versions dans des huiles végétales raffinées.
  • Apporter des graisses de bonne qualité : l’huile d’olive vierge extra reste une option appréciée en France pour enrichir un repas à base de poisson.
  • Varier les assaisonnements : citron, moutarde, herbes aromatiques, vinaigre peuvent améliorer le goût et diversifier un peu les apports.

Pour des personnes attirées par des jeûnes courts ou des périodes d’alimentation très encadrée, les experts interrogés par le média soulignent l’intérêt de limiter ce type d’expérience à deux ou trois jours et de surveiller son apport en sel et en électrolytes, surtout si l’on ne consomme presque que des aliments en conserve.

Les sardines en boîte restent, pour un lecteur français, un allié pratique : longue conservation, prix encore abordable comparé à d’autres poissons, richesse en oméga-3 et en protéines. L’exemple de Nicholas Norwitz rappelle cependant qu’un « superaliment » ne cesse d’être bénéfique que s’il s’intègre dans une alimentation variée, et que pousser la logique à l’extrême peut générer des effets inattendus, qu’ils soient métaboliques… ou sociaux.

Défiler vers le haut