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Cinq fruits et légumes par jour : une nouvelle étude remet en cause le chiffre que tout le monde répète

Cinq fruits et légumes par jour : une nouvelle étude remet en cause le chiffre que tout le monde répète

Une vaste étude menée au Royaume-Uni et aux États-Unis remet en question le fameux « cinq fruits et légumes par jour », en ciblant un autre indicateur clé pour la santé du cœur.

Présentée par le média britannique The Independent, cette recherche issue de travaux publiés dans la revue académique The Conversation montre que respecter à la lettre les recommandations officielles ne garantit pas un apport suffisant en certains composés protecteurs, en particulier les flavanols, au Royaume-Uni comme aux États-Unis.

Un pilier des recommandations alimentaires mis sur la sellette

Depuis des années, la campagne « cinq fruits et légumes par jour » sert de repère simple pour encourager la consommation de végétaux. L’idée est claire : manger au moins cinq portions quotidiennes de fruits ou de légumes réduit le risque de maladies chroniques.

Les chercheurs à l’origine de cette nouvelle étude ne remettent pas en cause cet objectif en tant que tel. Ils soulignent qu’un peu de fruits et légumes vaut toujours mieux que rien. Mais ils posent une question précise : ce repère suffit-il à nous apporter les composés bioactifs les plus intéressants pour la santé, notamment pour le cœur ?

Respecter ses « cinq par jour » n’assure pas, loin de là, un apport optimal en flavanols, des molécules végétales liées à une meilleure santé cardiovasculaire.

Les flavanols appartiennent à une famille de composés présents dans de nombreux aliments d’origine végétale : thé, pommes, baies, cacao, certaines noix ou encore certains légumes. Des travaux antérieurs montrent qu’un apport d’environ 500 milligrammes par jour de flavanols suffit, pour la majorité des personnes, à entraîner des bénéfices mesurables, notamment sur le risque cardiovasculaire.

Une étude massive au Royaume-Uni et aux États-Unis

Pour évaluer concrètement la consommation de flavanols, les scientifiques, dirigés par le professeur de nutrition et de sciences des aliments Gunter Kuhnle, de l’université de Reading, ont analysé les données d’environ 30 000 participants issus de deux grandes études de cohorte :

  • au Royaume-Uni, la cohorte Epic Norfolk, conçue pour refléter la population générale, avec des données alimentaires de base recueillies dans les années 1990 ;
  • aux États-Unis, l’étude Cosmos, menée à partir des années 2010, auprès de volontaires généralement plus attentifs que la moyenne à leur alimentation.

Point clé de la méthodologie : les chercheurs n’ont pas simplement demandé aux volontaires ce qu’ils mangeaient. Ils ont mesuré directement un biomarqueur de flavanols dans les urines, un indicateur qui reflète ce que le corps a réellement absorbé, bien plus fiable que des questionnaires déclaratifs.

En s’appuyant sur un biomarqueur urinaire, l’étude contourne les limites classiques des carnets alimentaires et des souvenirs approximatifs des participants.

L’objectif : déterminer quelle proportion de personnes atteignait le seuil de 500 mg de flavanols par jour, et surtout si celles qui respectaient les recommandations de fruits et légumes figuraient parmi les mieux pourvues.

Moins d’un participant sur cinq atteint le seuil bénéfique

Les résultats apportent une réponse nuancée :

  • il est parfaitement possible d’atteindre 500 mg de flavanols par jour avec une alimentation ordinaire, sans recours à des compléments ;
  • mais dans les faits, moins d’un adulte sur cinq y parvient, que ce soit au Royaume-Uni ou aux États-Unis.

Aux États-Unis, environ 20 % des participants atteignent ce niveau. Suivre les recommandations nationales en fruits et légumes augmente légèrement la probabilité d’y parvenir, mais pas de manière spectaculaire.

Au Royaume-Uni, le constat surprend encore davantage. Parmi les personnes qui déclarent effectivement consommer leurs « cinq par jour », seulement environ 10 % absorbent au moins 500 mg de flavanols. Autre paradoxe : cette proportion se rapproche de 20 % chez ceux qui ne respectent pas les recommandations.

Dans la cohorte britannique, ceux qui mangent le moins de fruits et légumes affichent, en moyenne, un apport en flavanols plus élevé que les plus « vertueux ».

Pourquoi cinq portions ne suffisent pas forcément

La principale raison tient à la répartition très inégale des flavanols dans le règne végétal. Tous les fruits et légumes ne se valent pas. Certains en sont presque dépourvus. Les chercheurs citent par exemple :

  • chou-fleur, carottes, concombre : quasiment pas de flavanols ;
  • mangue, nèfle, kiwi : quantités très faibles ;
  • thé, pommes, baies : contributions importantes.

En d’autres termes, une assiette composée de cinq portions choisies au hasard peut parfaitement respecter la recommandation officielle tout en restant pauvre en flavanols. Les recommandations portent sur la quantité de fruits et légumes, pas sur leur richesse en composés bioactifs.

Au Royaume-Uni, l’énorme rôle… de la tasse de thé

Pour expliquer le paradoxe observé dans la cohorte britannique, les chercheurs pointent vers une habitude nationale : le thé. Quelques tasses par jour peuvent déjà fournir entre 200 et 300 mg de flavanols, soit une part majeure de l’objectif quotidien.

Au Royaume-Uni, la tasse de thé quotidienne pèse souvent davantage dans l’apport en flavanols qu’une portion de fruits ou de légumes prise au hasard.

Dans un pays où le thé reste un véritable réflexe, cela change la donne. Le Royaume-Uni figure ainsi parmi les pays d’Europe avec les apports en flavanols les plus élevés, en grande partie grâce à cette boisson qui ne figure pourtant dans aucune recommandation officielle.

Aux États-Unis, où le café domine largement, le thé apparaît davantage comme le marqueur d’un mode de vie globalement plus sain. Ceux qui en boivent mangent en général mieux, avec davantage de végétaux. Au Royaume-Uni, ce lien n’existe pas : forte consommation de thé et bonne alimentation ne vont pas automatiquement de pair.

Résultat : de nombreux Britanniques qui mangent peu de fruits et légumes affichent malgré tout un apport élevé en flavanols, porté par leur consommation de thé. À l’inverse, certains adeptes disciplinés du « cinq par jour » choisissent des végétaux pauvres en flavanols et boivent peu de thé, ce qui limite fortement leur apport.

Ce que les chercheurs remettent réellement en cause

L’étude ne dit pas que la campagne « cinq fruits et légumes par jour » ne sert à rien. Les auteurs la qualifient même de recommandation « importante », alors que la plupart des gens n’atteignent toujours pas ce seuil.

Elle pointe toutefois une limite : ce repère, centré sur la quantité, ne garantit pas un apport suffisant en bioactifs comme les flavanols ou les caroténoïdes (connus, entre autres, pour leur rôle dans la vision). La probabilité de consommer des quantités réellement protectrices de ces composés reste faible si l’on se contente de compter les portions sans se soucier de la nature précise des végétaux.

L’enjeu ne porte plus seulement sur « combien de portions », mais sur « quelles portions » privilégier pour maximiser les bénéfices santé.

Les auteurs suggèrent que les futures recommandations alimentaires pourraient accorder davantage de place à la notion de qualité bioactive des aliments végétaux. L’idée serait de ne plus seulement fixer un nombre de portions, mais de mettre en avant certaines familles d’aliments plus riches en composés protecteurs : fruits rouges, pommes, thé, cacao peu sucré, certains légumes colorés, etc.

Que signifie cette étude pour un lecteur en France ?

En France, le repère officiel reste lui aussi « au moins cinq fruits et légumes par jour ». Il s’inscrit dans le Programme national nutrition santé (PNNS), piloté par les autorités sanitaires. Là encore, l’objectif principal consiste à augmenter la consommation globale de végétaux, alors que la moyenne reste en deçà des recommandations.

La recherche décrite par The Independent ne remet pas en cause ce principe, valable aussi dans l’Hexagone. Elle invite en revanche à s’interroger sur la qualité des végétaux mis dans l’assiette. Un Français qui atteint ses cinq portions uniquement avec des légumes très pauvres en flavanols et sans consommer d’aliments riches en bioactifs peut passer à côté d’une partie des bénéfices potentiels.

Le thé joue un rôle moindre dans les habitudes françaises que chez les Britanniques, même si sa consommation progresse. Les principaux vecteurs de flavanols en France se rapprochent de ceux mis en avant par les travaux internationaux :

  • thé, surtout le thé vert ;
  • pommes et poires, consommées avec la peau lorsqu’elle est bien lavée ;
  • fruits rouges (fraises, framboises, myrtilles, mûres) selon la saison ;
  • raisins, cacao peu sucré, certains jus ou préparations à base de baies.

Les recommandations françaises actuelles ne détaillent pas le profil en flavanols de chaque aliment. Elles insistent plutôt sur la variété des couleurs, la saisonnalité et le fait d’alterner crudités et légumes cuits. Cette diversité augmente déjà la probabilité de couvrir un large spectre de composés bioactifs, sans cibler un chiffre précis de flavanols.

Comment mieux choisir ses fruits, légumes et boissons

Sans modifier le repère global des « cinq par jour », l’étude met en lumière quelques pistes concrètes pour tirer davantage profit des aliments végétaux :

  • Privilégier la diversité : multiplier les couleurs et les familles de végétaux augmente la variété des composés bioactifs consommés.
  • Intégrer régulièrement des fruits riches en flavanols : pommes, baies, raisins, notamment lorsqu’ils remplacent des desserts très sucrés ou gras.
  • Réfléchir aux boissons du quotidien : un ou plusieurs thés par jour, selon les habitudes et les conseils médicaux personnels, peuvent contribuer significativement aux apports.
  • Éviter de compter uniquement les portions : se demander aussi ce que chaque aliment apporte réellement, au-delà des seules vitamines et fibres.
  • Les flavanols ne constituent qu’un type de bioactifs parmi d’autres. D’autres familles comme les caroténoïdes, les anthocyanes ou certains composés soufrés (présents par exemple dans l’ail ou l’oignon) jouent également un rôle dans la prévention de diverses maladies. Les travaux rappelés par The Independent laissent entendre que ces composés, eux aussi, restent peu pris en compte dans les recommandations actuelles, alors même que leur importance en santé publique se précise.

    Pour un lecteur français, l’enjeu ne consiste donc pas à abandonner le repère des cinq fruits et légumes, mais à le considérer comme une base minimale à enrichir. Diversifier les végétaux, inclure des sources reconnues de flavanols et s’interroger sur la qualité globale de son assiette représentent des leviers concrets pour rapprocher son alimentation des profils les plus protecteurs observés dans les études de grande ampleur.

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