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Près de 300 gourdes pour bébé analysées : ces produits « sains » ressemblent davantage à des boissons sucrées qu’à de vrais repas

Près de 300 gourdes pour bébé analysées : ces produits « sains » ressemblent davantage à des boissons sucrées qu'à de vrais repas

Une étude réalisée au Royaume-Uni sur près de 300 petits pots révèle que nombre de gourdes « saines » pour bébé s’apparentent davantage à des boissons sucrées qu’à de vrais repas.

Menée dans six grands supermarchés de Glasgow, cette recherche publiée dans la revue médicale Archives of Disease in Childhood et relayée par le site StudyFinds remet frontalement en cause l’image très positive des gourdes souples pour nourrissons. Texture trop liquide, taux de sucre élevé, apport en protéines insuffisant : les chercheurs s’interrogent même sur la pertinence de les présenter comme des « aliments de complément » pour les bébés au Royaume-Uni.

Une étude de terrain dans les rayons bébé des supermarchés britanniques

Les chercheurs du collège de médecine vétérinaire et de sciences de la vie de l’université de Glasgow, associés à l’organisme britannique First Steps Nutrition Trust, ont passé au crible l’intégralité des aliments humides prêts à consommer pour bébé vendus dans six grandes surfaces de Glasgow à l’automne 2024.

  • 298 produits au total
  • 16 fabricants différents
  • Quatre types d’emballage : gourdes avec bec (spouted pouches), gourdes sans bec, petits pots en verre, barquettes

Objectif affiché : vérifier si ces aliments, présentés comme des « compléments » à l’allaitement ou au lait infantile, répondent réellement aux besoins nutritionnels et aux capacités orales des jeunes enfants au début de la diversification.

Une méthode très encadrée pour juger la texture

Pour évaluer la consistance, l’équipe s’est appuyée sur le cadre de l’« International Dysphagia Diet Standardisation Initiative », un outil créé à l’origine pour classer les aliments destinés aux personnes ayant des troubles de la déglutition.

Les chercheurs ont testé chaque produit à l’aide d’une fourchette et d’une cuillère, avant de le classer sur une échelle allant du liquide très fluide à l’aliment solide nécessitant une véritable mastication. Deux évaluateurs indépendants ont noté 95 % des produits, avec une forte concordance des résultats (67,3 % de scores identiques et presque tous les autres à un point près).

En parallèle, ils ont relevé les données nutritionnelles figurant sur les étiquettes : sucres, protéines, calories pour 100 g, qu’ils ont ensuite comparées à celles du lait maternel, utilisé comme référence de base pour un nourrisson au début de la diversification.

Gourdes pour bébé : souvent trop liquides et trop sucrées

Les gourdes avec bec représentent la majorité de l’offre observée : environ 60 % des 298 produits, dont près des deux tiers ciblent des bébés de 6 mois ou moins, une période cruciale pour l’apprentissage des textures.

La moitié des gourdes analysées avaient une texture de liquide, et près des deux tiers contenaient plus de sucre que le lait maternel.

Quand « aliment de complément » rime avec boisson sucrée

Les chiffres mis en avant dans l’étude sont parlants :

  • 49 % des gourdes avec bec se comportent comme des liquides à l’épreuve de texture
  • Seules 10 % de ces gourdes peuvent être considérées comme des aliments « tendres » demandant un vrai effort oral
  • À l’inverse, parmi les autres emballages (pots, barquettes, gourdes sans bec), moins de 7 % sont liquides et 77 % entrent dans la catégorie des aliments tendres

Sur le plan nutritionnel, l’écart est tout aussi marqué :

  • 61 % des gourdes avec bec présentent une teneur en sucres supérieure à celle du lait maternel
  • Seulement 8 % des produits dans d’autres emballages dépassent ce seuil de sucre
  • Près de 29 % des gourdes avec bec offrent moins de protéines que le lait maternel
  • À l’inverse, 92,5 % des produits non conditionnés en gourdes dégagent davantage de protéines que le lait maternel

L’apport énergétique global reste en retrait : environ deux tiers de l’ensemble des produits, toutes catégories confondues, ne fournissent pas plus de calories par 100 g que le lait maternel.

À peine 8 % des gourdes jugées vraiment adaptées

Les chercheurs avaient défini trois critères pour considérer qu’un produit soutient réellement une alimentation de complément adaptée :

  • Texture nécessitant un minimum de mastication ou de manipulation en bouche
  • Apport en énergie et en protéines supérieur à celui du lait maternel
  • Teneur en sucres inférieure ou égale à celle du lait maternel
  • Type de produit Nombre total Respecte les 3 critères Ne respecte aucun critère
    Gourdes avec bec 178 14 (≈ 8 %) 48 (≈ 29 %)
    Autres emballages 120 37 (≈ 32 %) 2

    Les aliments vendus en pots, barquettes ou gourdes sans bec s’en sortent nettement mieux. Les auteurs de l’article scientifique estiment que la plupart des gourdes avec bec ne devraient pas être présentées comme de véritables « aliments de complément ».

    Manger, ce n’est pas seulement avaler : l’enjeu du développement oral

    L’étude rappelle que la diversification alimentaire ne se résume pas à apporter des calories et des nutriments. Elle sert aussi à entraîner la bouche et la mâchoire du bébé.

    Les recommandations pédiatriques invitent les parents à faire progresser les bébés vers des textures grumeleuses, écrasées puis des aliments à saisir avec les doigts entre 8 et 10 mois.

    Les gourdes avec bec contrarient cette progression de deux façons :

    • Le contenu doit être assez fluide pour passer par un petit orifice, ce qui exclut quasiment toute présence de morceaux
    • Nombre de parents et d’enfants consomment la gourde « à la paille », en aspirant directement, ce qui réduit au minimum l’effort de la langue et des mâchoires

    Les chercheurs mettent en garde contre le risque d’un retard dans l’acceptation des morceaux et dans le développement des compétences orales si ces produits sont utilisés massivement ou très longtemps.

    Un problème de sucres « libres » dès la petite enfance

    L’autre alerte porte sur la nature des sucres contenus dans ces recettes très mixées. Lorsque les fruits et légumes sont finement réduits en purée, les parois cellulaires se rompent et libèrent ce que les nutritionnistes appellent les « sucres libres », plus rapidement absorbés par l’organisme que les sucres contenus dans les aliments entiers.

    Selon les données citées par les auteurs, les caries liées à une consommation élevée de sucres constituent déjà la première cause d’hospitalisation des enfants de 5 à 9 ans en Angleterre. Des apports sucrés trop importants très tôt dans la vie ont, en outre, été associés à des risques à plus long terme pour la santé.

    Les emballages affichent pourtant fréquemment la mention « sans sucres ajoutés ». Une affirmation techniquement exacte – aucun sucre n’est rajouté – mais jugée trompeuse par les chercheurs au regard de la quantité de sucres libres effectivement présente après mixage intensif.

    Les auteurs demandent de revoir l’étiquetage de ces produits

    Les scientifiques ne recommandent pas le retrait pur et simple des gourdes pour bébé des rayons. Ils interpellent en revanche clairement les autorités publiques britanniques sur la manière dont ces produits sont classés et présentés.

    Les régulateurs « devraient envisager un changement de catégorisation et d’étiquetage pour préciser quels produits sont des aliments et quels produits sont des boissons, afin de décourager l’usage des gourdes avec bec et de permettre aux parents de faire des choix éclairés ».

    Derrière cette formulation, l’enjeu est double : ne pas laisser les parents croire qu’ils offrent un « repas » équilibré lorsqu’ils donnent en réalité l’équivalent d’une boisson sucrée, et limiter l’association très précoce entre alimentation et produits ultra-pratiques, faciles à aspirer, mais pauvres en textures.

    Les auteurs insistent sur les limites de leur travail : les mesures de texture ont été effectuées sur des aliments froids alors que les plats salés sont généralement réchauffés, ce qui les rendrait encore plus liquides. Ils soulignent aussi avoir travaillé à partir des informations fournies par les fabricants sur les emballages, sans analyse en laboratoire, et sur un échantillon de magasins situés uniquement à Glasgow à une période précise.

    Qu’en est-il en France pour les petits pots et les gourdes bébé ?

    La réglementation française et européenne encadre strictement les aliments destinés aux nourrissons et jeunes enfants, avec des exigences en matière de composition, d’additifs ou encore de contaminants. Les fabricants doivent respecter des profils nutritionnels spécifiques, mais les textes laissent une certaine marge sur les textures et les recettes tant que les seuils de sécurité et de composition sont respectés.

    Les gourdes souples pour bébé sont désormais largement présentes dans les rayons français, avec des arguments marketing proches de ceux observés au Royaume-Uni : promesse de naturel, de fruits et légumes mis en avant, et souvent la mention « sans sucres ajoutés ». Les mêmes mécanismes de libération de sucres libres par le mixage intensif s’y appliquent.

    Les autorités sanitaires françaises rappellent régulièrement quelques principes de diversification, comme le fait de proposer des textures progressivement plus épaisses et variées, et d’éviter l’habitude des boissons ou aliments trop sucrés dès le plus jeune âge. Les recommandations convergent sur plusieurs points :

    • Proposer les purées à la cuillère, plutôt qu’aspirées directement depuis la gourde
    • Introduire des morceaux fondants et des textures plus épaisses autour de la fin du premier semestre de vie
    • Limiter la fréquence des produits riches en sucres, même « sans sucres ajoutés »
    • Conserver le lait maternel ou infantile comme base de l’alimentation la première année

    En l’absence d’étude équivalente conduite en France sur l’ensemble du marché, il n’est pas possible d’affirmer que les chiffres seraient identiques à ceux relevés au Royaume-Uni. Le principe de prudence reste toutefois le même : traiter ces gourdes d’abord comme des produits pratiques, mais pas comme la base unique des repas.

    Quelques repères concrets pour les parents

    Sans se substituer à l’avis d’un pédiatre ou d’un professionnel de santé, l’étude britannique fournit des éléments de vigilance utiles pour les familles françaises :

    • Regarder la liste et la teneur en sucres, même en l’absence de sucres ajoutés
    • Favoriser, quand c’est possible, les petits pots ou préparations maison avec des textures évolutives
    • Transvaser le contenu de la gourde dans un bol ou sur une cuillère plutôt que laisser l’enfant aspirer au bec
    • Vérifier que l’enfant rencontre régulièrement des aliments à mâcher (morceaux fondants, aliments à prendre avec les doigts) dès que son développement le permet

    Les auteurs britanniques rappellent que l’étude ne permet pas de savoir à quelle fréquence et en quelles quantités ces produits sont réellement consommés par les bébés. Un usage occasionnel ou ponctuel en déplacement ne présente pas les mêmes enjeux qu’une utilisation quotidienne comme base principale des « repas ».

    À terme, la question posée par cette recherche dépasse les seuls rayons britanniques : faut-il continuer à considérer toutes les gourdes pour bébé comme des « petits pots » à part entière, ou accepter qu’une partie d’entre elles se rapprochent plutôt des boissons sucrées et les présenter comme telles au consommateur ? Pour l’instant, les chercheurs appellent surtout à une meilleure information et à une réflexion réglementaire, afin que les parents puissent ajuster leurs choix en connaissance de cause.

    Questions fréquentes

    Pourquoi la texture liquide des gourdes pour bébé pose-t-elle problème ?

    La texture très fluide contrevient à la progression recommandée vers des aliments grummeleux puis à mâcher entre 6 et 10 mois. Elle réduit au minimum l'effort des mâchoires et de la langue, retardant le développement des compétences orales du bébé.

    Qu'est-ce que les « sucres libres » dans les gourdes pour bébé ?

    Lorsque les fruits et légumes sont mixés intensément, les parois cellulaires se rompent et libèrent des sucres qui sont absorbés plus rapidement que dans les aliments entiers. Bien que le produit affiche « sans sucres ajoutés », il contient effectivement des sucres libres en quantité importante.

    Quel est le taux de sucre acceptable dans un aliment de complément pour bébé ?

    Selon l'étude, la référence utilisée est le lait maternel. Un produit adapté ne doit pas dépasser sa teneur en sucre. Cependant, 61 % des gourdes avec bec dépassent ce seuil.

    Les gourdes pour bébé doivent-elles être entièrement retirées de la vente ?

    Non, les chercheurs ne recommandent pas un retrait pur et simple. Ils demandent une révision du classement et de l'étiquetage de ces produits par les autorités publiques britanniques.

    Quels emballages sont les meilleurs pour un complément alimentaire adapté au bébé ?

    Les pots en verre, les barquettes et les gourdes sans bec s'avèrent nettement meilleurs, avec 77 % d'entre eux offrant une texture tendre adaptée et 92,5 % fournissant plus de protéines que le lait maternel.
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