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Le somnambulisme est presque exclusif aux humains : les chercheurs pensent avoir trouvé pourquoi, et ce n’est pas le cerveau

Le somnambulisme est presque exclusif aux humains : les chercheurs pensent avoir trouvé pourquoi, et ce n'est pas le cerveau

Rare chez les autres espèces, le somnambulisme intrigue les scientifiques. Un anthropologue canadien avance une explication liée à l’environnement nocturne de nos ancêtres.

Dans un article relayé par le média argentin Infobae à partir de la revue américaine Popular Science, un chercheur de l’université de Toronto (Canada) propose une lecture étonnante du somnambulisme humain. Ce trouble, qui touche surtout les enfants, serait presque exclusif à notre espèce, non pas à cause de notre cerveau, mais en raison du lieu où dormaient nos ancêtres.

Un trouble du sommeil presque propre à l’être humain

Le somnambulisme est défini comme un épisode moteur survenant pendant le sommeil, le plus souvent sans souvenir au réveil. Selon Popular Science, cité par Infobae, il concernerait environ 5 % des enfants et 1,5 % des adultes. Une proportion suffisante pour être bien connue, mais assez faible pour rester mystérieuse sur le plan évolutif.

Pour David R. Samson, professeur associé d’anthropologie évolutive à l’université de Toronto, les humains ne sont sans doute pas les seuls mammifères à présenter des comportements moteurs étranges pendant la nuit. En revanche, ils seraient les seuls chez qui le somnambulisme, tel qu’il est défini en médecine du sommeil, apparaît avec une telle fréquence.

Le somnambulisme humain apparaît comme une anomalie persistante dans l’histoire de l’évolution, plus fréquente chez nous que chez les autres primates.

Cette singularité renvoie, selon lui, à une différence très concrète entre notre espèce et les autres grands singes : l’endroit où chacun passe la nuit.

Pourquoi les gorilles ne « marchent » pas en dormant

La comparaison proposée par Samson est simple. La plupart des primates dorment en hauteur : dans des nids construits dans les arbres, des cavités, ou sur des plateformes surélevées. Un gorille qui se lèverait en plein sommeil, marcherait de quelques pas et perdrait l’équilibre risquerait une chute dramatique, souvent mortelle.

Pour ces animaux, tout comportement de type somnambulique serait donc sévèrement « sanctionné » par la sélection naturelle. Autrement dit, les individus ayant tendance à se lever en dormant auraient moins de chances de survivre et de se reproduire.

Chez les humains, l’histoire aurait été différente. Les premiers groupes auraient progressivement adopté des lieux de repos beaucoup plus sécurisés au sol.

Le « caparçon de sommeil » qui a protégé nos ancêtres

Samson décrit ce qu’il appelle un « caparçon de sommeil » : une combinaison de facteurs protecteurs mise en place par les premiers groupes humains :

  • campements organisés au sol ;
  • protection sociale du groupe ;
  • présence du feu ;
  • refuges rudimentaires ;
  • surveillance nocturne partagée.

Cette « coque de sécurité » aurait réduit le coût immédiat d’un épisode de somnambulisme. Se lever en dormant, marcher quelques mètres, ouvrir une porte ou contourner un obstacle devenait bien moins dangereux que pour un primate perché sur une branche.

Avec ce filet de sécurité collectif, la pression de la sélection se serait relâchée : le somnambulisme n’était plus systématiquement éliminé.

Les biologistes parlent de « sélection relaxée » pour décrire ce phénomène : lorsqu’un trait défavorable cesse d’être fortement pénalisé par le milieu, il peut persister dans la population, même s’il n’apporte aucun avantage.

Un cerveau à moitié endormi, un corps en action

Sur le plan physiologique, le somnambulisme survient principalement pendant le sommeil profond non REM, c’est-à-dire en dehors des phases de sommeil paradoxal. David R. Samson parle à ce sujet de « disjonction des états ».

Certaines zones cérébrales liées au mouvement et à l’activation se réveillent partiellement, alors que celles impliquées dans la conscience réfléchie, le jugement et la mémoire restent plongées dans le sommeil. Samson résume ainsi ce décalage, cité par Popular Science :

« Des parties du cerveau impliquées dans le mouvement et l’activation se mettent en marche, tandis que les régions liées à la conscience réfléchie, au jugement et à la mémoire demeurent dans un état proche du sommeil. Le corps peut se mouvoir avant que l’esprit éveillé soit pleinement arrivé. »

Dans la pratique, cela permet au corps d’accomplir des gestes complexes : descendre un escalier, ouvrir une porte, marcher dans un couloir obscur. De l’extérieur, la personne semble parfois pleinement réveillée. Pourtant, son cerveau n’a pas complètement quitté le sommeil profond.

Ce que vit le somnambule à l’intérieur

Autre aspect frappant pour Samson : le fossé entre ce que l’entourage observe et ce que la personne dit avoir rêvé. Il raconte à Popular Science un épisode vécu avec un ami, connu pour avoir des antécédents de somnambulisme.

Une nuit, alors qu’il se rend aux toilettes dans un couloir sombre, il aperçoit la silhouette de cet ami au loin. L’homme se jette soudain sur lui, le saisit, et tous deux s’engagent dans ce que Samson décrit comme une brève lutte désorientante dans le couloir. Puis, aussi abruptement que cela a commencé, l’ami lâche prise, fait demi-tour et retourne se coucher comme si rien ne s’était passé.

Le lendemain matin, le principal intéressé ne se souvient de rien. Il raconte en revanche un rêve intense et cohérent de son point de vue : dans son rêve, une paroi de bois tombait sur Samson, et il tentait de le sauver. « C’est l’un des aspects les plus saisissants de ces épisodes, explique le chercheur. De l’extérieur, le comportement peut sembler brutal, soudain, voire inquiétant. À l’intérieur, la logique du rêve peut être protectrice, intentionnelle et émotionnellement cohérente. »

Un trouble qui court dans les familles

Le somnambulisme n’est pas qu’une curiosité nocturne. Il présente aussi un net versant familial. Samson souligne le rôle de la génétique, même si aucun « gène du somnambulisme » unique n’a été identifié.

According to a longitudinal study mentioned by Popular Science and relayed by Infobae, the probabilities evolve significantly according to family history:

Antécédents familiaux Probabilité de somnambulisme chez l’enfant
Aucun parent somnambule Environ 22 %
Un parent somnambule Environ 47 %
Deux parents somnambules Environ 61 %

Le chercheur y voit une « composante familiale et génétique » nette. Il décrit plutôt une prédisposition à dormir si profondément que le retour complet à l’état d’éveil devient difficile. Le trouble apparaît plus souvent durant l’enfance, à une période où le sommeil profond non REM est particulièrement marqué et où les cycles veille-sommeil sont encore en maturation.

Quels facteurs déclenchants chez les humains ?

Au-delà de cette vulnérabilité de base, plusieurs éléments augmentent le risque d’épisodes chez les personnes prédisposées. Popular Science et Infobae mentionnent :

  • la privation de sommeil ;
  • la fièvre ;
  • le stress ;
  • la consommation d’alcool ;
  • certains médicaments, notamment ceux liés au sommeil ;
  • des troubles comme l’apnée obstructive du sommeil.

Pour les personnes sujettes à ces épisodes, tout changement de rythme de sommeil, de santé ou de traitement médicamenteux mérite une attention particulière.

Samson insiste sur le fait que le somnambulisme ne doit pas être réduit à une simple bizarrerie ou à un ressort comique utilisé dans les films. Ce trouble peut être un signal sur l’état global du sommeil et, parfois, sur la santé.

Somnambulisme : quelle réalité en France ?

En France, les mécanismes du somnambulisme décrits par le chercheur canadien sont considérés de la même façon par les spécialistes du sommeil. Les centres du sommeil hospitaliers, répartis sur le territoire, prennent en charge ce type de trouble dans le cadre des parasomnies, qui regroupent aussi les terreurs nocturnes ou certaines formes de réveils confusionnels.

Un Français confronté à des épisodes fréquents ou dangereux (chutes, sorties du domicile, gestes violents dans le lit) peut en parler à son médecin traitant, qui l’oriente si besoin vers un neurologue ou une consultation spécialisée. L’objectif est d’identifier les facteurs favorisants : manque de sommeil, apnée du sommeil, effets secondaires d’un médicament, contexte de stress intense.

Les principes de prise en charge partent rarement de médicaments. Les spécialistes recommandent surtout :

  • une hygiène de sommeil régulière ;
  • la réduction des facteurs déclenchants connus (alcool, manque de sommeil) ;
  • la sécurisation de l’environnement nocturne : verrouillage discret des fenêtres, retrait des obstacles, éloignement des objets dangereux ;
  • un accompagnement psychologique si le contexte de stress est majeur.

Les rares affaires judiciaires liées à des actes commis pendant le somnambulisme, mentionnées aussi par Popular Science, ont déjà eu leur équivalent en France comme ailleurs, posant des questions complexes sur la responsabilité pénale lorsqu’une personne agit en état de parasomnie.

Comment comprendre ce trouble au quotidien ?

Pour un lecteur français, cette hypothèse venue de l’université de Toronto donne une grille de lecture inhabituelle : le somnambulisme ne serait pas un « bug » du cerveau uniquement, mais un effet secondaire toléré par l’évolution parce que nos ancêtres dormaient au sol, entourés par la protection du groupe.

Cette idée n’exclut ni les explications neurologiques, ni le rôle de la génétique ou de l’environnement. Elle les complète par une dimension historique et anthropologique : un même comportement serait mortel chez un primate arboricole, mais supportable, quoique parfois risqué, chez un humain au milieu d’un campement gardé.

Le somnambulisme apparaît alors comme le produit d’un cerveau complexe, plongé dans un sommeil profond, évoluant dans un environnement devenu plus sûr qu’une branche à plusieurs mètres du sol.

Pour les personnes concernées, cette perspective rappelle qu’un épisode nocturne n’est pas un signe de folie, mais l’expression particulière d’un cerveau pris entre deux états. Elle incite aussi à surveiller les signaux qui l’accompagnent : fatigue chronique, ronflements intenses pouvant évoquer une apnée du sommeil, stress prolongé, fièvre ou modification récente de traitement.

Enfin, ce regard anthropologique propose une façon concrète d’agir : à l’échelle d’un foyer, reconstituer une forme de « caparçon de sommeil » moderne. Il ne s’agit plus de camps de chasseurs-cueilleurs autour du feu, mais d’un environnement domestique pensé pour amortir les risques : lit stable, escaliers sécurisés, portes contrôlées, famille prévenue et attentive aux épisodes nocturnes. Un héritage lointain des nuits passées au sol, qui continue, discrètement, à façonner notre façon de dormir.

Questions fréquentes

Pourquoi le somnambulisme est-il si rare chez les autres animaux ?

Les autres primates dorment en hauteur dans les arbres et risquent une chute mortelle s'ils se lèvent en dormant. La sélection naturelle a donc éliminé ces comportements. Chez les humains, dormir au sol dans des campements protégés a réduit ce danger.

Comment se manifeste physiologiquement le somnambulisme ?

Il survient durant le sommeil profond non REM avec une « disjonction des états » : des zones cérébrales liées au mouvement s'activent partiellement tandis que celles de la conscience réfléchie restent endormies. Le corps peut accomplir des gestes complexes sans que l'esprit soit éveillé.

Le somnambulisme est-il héréditaire ?

Oui, il présente une forte composante génétique. Si aucun parent n'est somnambule, le risque est d'environ 22 %, il passe à 47 % si un parent l'est et à 61 % si les deux le sont.

Qu'est-ce que le « caparçon de sommeil » décrit par les chercheurs ?

C'est la combinaison de facteurs protecteurs créés par les premiers humains : campements au sol, protection collective, présence du feu, refuges rudimentaires et surveillance nocturne partagée, qui a réduit les risques du somnambulisme.

Quels facteurs peuvent déclencher des épisodes de somnambulisme ?

La privation de sommeil, la fièvre, le stress, l'alcool, certains médicaments et des troubles comme l'apnée obstructive du sommeil peuvent augmenter le risque chez les personnes prédisposées.
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