En Allemagne, de nouveaux crash-tests menés par DEKRA montrent que la manière dont un passager règle son siège peut totalement annuler l’effet protecteur de l’airbag et de la ceinture.
Un siège bien réglé, on y pense pour le conducteur, rarement pour le passager avant. Pourtant, des essais de collision réalisés par l’organisme d’expertise allemand DEKRA, rapportés dans une publication technique de l’organisation, démontrent que la position du siège passager joue un rôle décisif sur les blessures en cas d’accident, en particulier avec l’airbag et la ceinture.
Des crash-tests en série pour évaluer le siège passager
Les essais ont été conduits en Allemagne, sur trois véhicules strictement identiques projetés contre un obstacle dans les mêmes conditions. À bord, les ingénieurs DEKRA ont installé des mannequins de choc de gabarits différents afin de simuler des occupants très variés.
Un mannequin dit « 50th Male » : taille 1,75 m, 78 kg, représentant un homme adulte moyen.
Un mannequin « 5th Female » : taille 1,54 m, 52 kg, représentant une femme de petite taille.
Un prototype de mannequin « personne âgée » : 1,61 m, 73 kg, conçu pour reproduire la répartition corporelle d’une femme plus âgée.
Dans chaque crash-test, ces trois mannequins étaient tous présents dans la voiture, mais ils changeaient de place d’un essai à l’autre : siège conducteur, siège passager avant, place arrière. Pour le conducteur, le siège était toujours réglé en fonction de la morphologie du mannequin afin qu’il atteigne correctement les pédales et le volant.
Point clé de la campagne d’essais : le siège passager, lui, restait volontairement dans ce que les spécialistes appellent une « position centrale ». Selon DEKRA, cette configuration correspond au réglage le plus fréquemment observé dans la vie réelle, d’après un relevé de véhicules en circulation et l’analyse de données d’accidents.
Les experts de DEKRA ont cherché à reproduire la situation la plus courante : un siège conducteur bien ajusté, mais un siège passager laissé comme il vient, sans réglage fin.
Une protection très variable selon la morphologie
Les résultats se sont révélés particulièrement contrastés du côté passager. Pour le mannequin masculin moyen, la combinaison ceinture–airbag fonctionnait correctement lorsque le siège se trouvait dans cette position centrale. Le corps était bien maintenu, la ceinture travaillait sur les bonnes zones osseuses, et l’airbag complétait la retenue comme prévu.
En revanche, pour la femme de petite taille et pour le mannequin représentant une personne âgée, la donne changeait nettement. DEKRA souligne que la morphologie et la façon dont le corps s’enfonce dans l’assise modifient profondément l’efficacité des systèmes de retenue.
Pour la « 5th Female », c’est-à-dire la femme de petite taille, le siège aurait dû être réglé différemment pour assurer une bonne protection : plus haut et nettement plus avancé. Dans la position centrale standard, le positionnement n’était pas adapté à sa stature.
Avec un siège passager figé sur une position standard, seule la morphologie masculine moyenne profite pleinement de la protection conjointe de la ceinture et de l’airbag, relèvent les spécialistes de DEKRA.
Submarining : quand le bassin glisse sous la ceinture
Les essais ont aussi mis en lumière un phénomène redouté par les ingénieurs de sécurité automobile : le « submarining ». Il s’agit du glissement du bassin en dessous de la sangle ventrale de la ceinture lors du choc.
Sur le mannequin représentant une femme âgée, au centre de gravité plus bas et au corps plus enfoncé dans le coussin, ce phénomène est apparu nettement. Lors de l’impact, le bassin se dérobait sous la ceinture abdominale, qui remontait alors vers l’abdomen.
DEKRA rappelle que le submarining n’apparaît pas seulement avec certains gabarits. Il survient aussi lorsque l’occupant s’allonge ou incline fortement son dossier. Dans cette position « relax », le corps glisse plus facilement vers l’avant et la ceinture ne reste plus correctement appuyée sur les os du bassin et de l’épaule.
Selon DEKRA, se laisser aller, s’allonger ou « se vautrer » sur le siège avant peut se transformer en comportement mortel si un accident se produit.
Le dossier trop couché, un réflexe dangereux
Les experts rappellent que plus le dossier est couché, plus le risque de submarining augmente. Le torse part vers l’avant, tandis que le bassin recule et s’enfonce dans l’assise. La ceinture ne peut alors plus jouer pleinement son rôle de harnais, et la charge se concentre sur des zones très vulnérables, comme l’abdomen.
Dans cette configuration, l’airbag frontal ne compense pas ces mauvais réglages. Il reste conçu pour travailler en complément d’une ceinture déjà bien positionnée. Si l’occupant n’est pas correctement assis, l’airbag peut frapper trop haut ou trop bas, voire tourner la tête et le torse de manière défavorable.
Pieds sur le tableau de bord : un geste à bannir
Les ingénieurs de DEKRA adressent aussi un avertissement très net à une habitude observée sur autoroute, notamment chez les passagers avant : mettre les pieds sur le tableau de bord.
En cas de déclenchement de l’airbag dans cette position, les jambes sont violemment projetées vers la tête. Selon les explications d’Andreas Schäuble, chercheur en accidentologie et biomécanique chez DEKRA, la ceinture ventrale ne s’appuie alors plus correctement sur l’os du bassin. Elle peut s’enfoncer profondément dans la cavité abdominale, provoquant des lésions internes particulièrement graves.
Les spécialistes allemands insistent : les pieds doivent toujours rester dans le repose-pieds, sans jamais monter sur le tableau de bord, même pour un court trajet.
Comment régler correctement le siège passager avant
Au terme de leurs essais, les experts de DEKRA formulent des recommandations très concrètes pour les occupants du siège passager avant, quelle que soit la voiture :
Distance avec la planche de bord : reculer le siège uniquement jusqu’à conserver environ trois doigts d’espace entre les genoux et la boîte à gants.
Hauteur du siège : lorsque le réglage en hauteur existe, viser une position où le regard se situe approximativement à mi-hauteur du pare-brise, comme pour le conducteur.
Inclinaison du dossier : conserver un dossier aussi droit que possible, de façon à garder les épaules bien en contact avec le dossier.
Appui-tête : réduire au maximum l’espace entre la tête et l’appui-tête, avec un sommet d’appui-tête situé au niveau du haut du crâne.
Position des jambes : garder les deux pieds dans le plancher, sans les croiser, sans les poser sur la console ni sur le tableau de bord.
Ces réglages visent à placer le corps dans la position prévue par les concepteurs de la ceinture et de l’airbag. Les systèmes de retenue modernes sont calibrés pour un occupant droit, fixé contre le dossier, et non pour une posture allongée ou décontractée.
Ce que cela implique pour les conducteurs et passagers en France
Les enseignements tirés en Allemagne s’appliquent aussi aux automobilistes français. Les voitures vendues en France répondent aux mêmes grands standards de conception en matière d’airbags et de ceintures de sécurité. Les principes de réglage sont donc identiques.
En France, le code de la route impose le port de la ceinture à toutes les places et la responsabilité du conducteur pour les passagers mineurs. Ces crash-tests DEKRA montrent que ce port doit s’accompagner d’un vrai réglage du siège, en particulier pour :
les personnes de petite taille, souvent tentées de trop reculer le siège ;
les personnes âgées, qui s’enfoncent davantage dans l’assise et risquent le submarining ;
les adolescents et jeunes adultes, enclins à s’allonger ou à mettre les pieds en l’air.
Les recommandations rejoignent celles diffusées par les campagnes françaises de sécurité routière : rester assis bien droit, ceinture plaquée sur le bassin et l’épaule, appui-tête ajusté au plus près. Le réglage de l’inclinaison et de la distance du siège fait partie intégrante de cette sécurisation.
Pourquoi les systèmes modernes ne compensent pas un mauvais réglage
Les véhicules récents embarquent des airbags frontaux, latéraux, parfois des rideaux gonflables, ainsi que des limiteurs d’effort et prétensionneurs de ceinture. Ces dispositifs donnent l’impression que la technologie va « tout rattraper ». Les essais de DEKRA montrent l’inverse : si la position de base n’est pas correcte, ces systèmes perdent une grande partie de leur efficacité.
Un airbag frontal, par exemple, se déploie en quelques millisecondes et selon une trajectoire calculée pour un occupant bien assis. Si le passager est trop avancé, trop reculé, tordu ou allongé, le sac gonflable peut heurter une zone fragile, ou manquer son rôle de coussin contrôlé.
Les prétensionneurs, eux, tirent sur la ceinture pour la tendre avant l’impact. Mais si la sangle abdominale n’est pas posée sur le bassin au départ, le système ne peut pas la replacer correctement en plein accident. L’erreur de réglage se transforme alors en sur-risque.
Quelques repères simples à retenir au quotidien
Pour un lecteur français, quelques réflexes pratiques se dégagent des tests menés par DEKRA en Allemagne :
Avant de démarrer, demander au passager avant de régler sa distance avec la boîte à gants plutôt que de se contenter d’attacher la ceinture.
Refuser systématiquement que quelqu’un voyage dossier très incliné à l’avant, même lors d’un long trajet.
Surveiller particulièrement la posture des seniors et des personnes de petite taille, en les aidant à remonter et avancer leur siège.
Rappeler que les pieds doivent rester au sol et que l’appui-tête n’est pas un accessoire, mais un élément clé contre le coup du lapin.
Ces ajustements ne demandent que quelques secondes à chaque montée en voiture. Les simulations de DEKRA montrent qu’ils peuvent faire la différence entre une ceinture et un airbag pleinement efficaces, ou au contraire largement neutralisés lors d’un choc violent.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.