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Bataille de la Somme : plus d’un siècle après, des archéologues mettent au jour une tranchée restée inconnue

Bataille de la Somme : plus d'un siècle après, des archéologues mettent au jour une tranchée restée inconnue

Dans la Somme, en France, une équipe internationale d’archéologues vient de mettre au jour des vestiges inattendus de la Première Guerre mondiale.

Plus de cent ans après les combats de Pozières, dans le nord de la France, des chercheurs ont identifié une tranchée inconnue et du matériel militaire exceptionnellement bien conservé, rapporte le journal allemand Berliner Zeitung en s’appuyant sur les travaux de l’université australienne Flinders University. Ces fouilles éclairent sous un jour nouveau l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire militaire australienne, au cœur de la bataille de la Somme.

Une tranchée jusqu’ici absente des cartes près de Contalmaison

Le chantier de fouilles se trouve à Copse Alley, près du village de Contalmaison, dans le département de la Somme. Les chercheurs y ont dégagé un système de tranchées dont une section n’apparaissait dans aucun relevé connu, alors que le secteur a déjà été largement documenté par les historiens et les collectivités locales.

Les archéologues ont mis au jour un tronçon de tranchée jamais répertorié, associé à d’anciennes positions d’artillerie allemandes de 1916.

Selon la Flinders University, cette découverte s’inscrit dans le cadre du Project Pozières, une campagne de fouilles lancée en juillet avec un objectif précis : reconstituer au plus près les premières 48 heures de l’assaut australien contre les positions allemandes à l’été 1916, lors de la bataille de la Somme.

Les chercheurs cherchaient notamment à localiser les emplacements exacts tenus par trois unités australiennes, les 11e, 9e et 1er bataillons, ainsi qu’une position connue pour avoir accueilli d’anciennes pièces d’artillerie belges, mentionnée dans le journal de marche du 11e bataillon.

Un matériel militaire en quantité inhabituelle

La liste des objets exhumés montre la violence des combats et l’intensité du feu d’artillerie dans ce secteur. Les archéologues ont ainsi récupéré :

  • onze grenades à main encore actives, qualifiées de « grenades réelles » par l’université ;
  • un fusil complet et plusieurs pièces de fusil supplémentaires ;
  • une pioche et deux pelles de tranchée ;
  • une gourde de soldat ;
  • un câble de transmission destiné aux communications.

À cela s’ajoutent de très grandes quantités de fragments d’obus, de billes de shrapnel et de restes de grenades, caractéristiques des bombardements de masse pratiqués sur le front de la Somme.

« L’ampleur du matériel récupéré était exceptionnelle », a commenté le responsable des fouilles, l’archéologue Daryl Wesley, cité par la Flinders University. Selon lui, ce secteur avait été bien plus intensément pilonné par l’artillerie qu’attendu à partir des seules archives.

Les vestiges confirment un bombardement d’une intensité bien supérieure à ce que laissaient présager les documents historiques.

Les grenades actives représentent aussi un enjeu de sécurité. Dans ce type de chantier, la présence de munitions non explosées impose l’intervention de démineurs et un protocole strict, même plus d’un siècle après la fin des hostilités.

Recouper le terrain et les archives : un puzzle de 1916

Le directeur scientifique du projet, Andrew Wilkinson, souligne que ces fouilles permettent de confronter réalité du terrain et récits d’époque. D’après Berliner Zeitung, il indique que les découvertes correspondent globalement aux journaux de marche et aux rapports de l’époque, tout en apportant des éléments inattendus comme cette tranchée supplémentaire.

Les chercheurs insistent notamment sur la possibilité de rattacher le fusil retrouvé à une unité, voire à un soldat en particulier. La Flinders University souhaite analyser ce numéro d’arme et recouper les informations avec les registres militaires. Si cette attribution se confirme, elle offrirait une dimension très personnelle à la fouille, en reliant un objet enfoui depuis 1916 à un parcours individuel dans la bataille.

Le fusil mis au jour pourrait être rattaché à un bataillon précis, voire à l’identité d’un combattant australien.

Au total, 20 spécialistes venus d’Australie, de France, du Royaume-Uni et de Nouvelle-Zélande ont pris part à ce travail de terrain, illustrant le caractère international de la mémoire de la Somme. Une nouvelle phase de recherches, baptisée Project Warhorse, est déjà programmée pour 2027.

Pozières, un symbole des pertes australiennes sur la Somme

Pozières se trouve sur un plateau stratégique dominant les lignes allemandes autour de Thiepval. Lors de l’offensive de la Somme en 1916, ce village devient l’un des objectifs majeurs des forces alliées, dont les troupes australiennes, engagées au sein de l’Empire britannique.

Entre le 23 juillet et le 5 septembre 1916, trois divisions australiennes se succèdent dans ce secteur. Selon la Flinders University, ces unités subissent environ 23 000 pertes, en comptant les morts, les blessés et les disparus. Parmi eux, quelque 6 700 soldats australiens sont tués.

Pour l’Australie, ces combats représentent l’un des épisodes les plus meurtriers de son histoire militaire. Le poids symbolique de Pozières est comparable, dans la mémoire nationale australienne, à celui de Verdun ou du Chemin des Dames pour la France.

La Somme, laboratoire du « guerre de positions » industrialisée

En 1916, la Somme devient un terrain emblématique du « guerre de positions » industrialisée. Des centaines de milliers d’hommes s’enterrent dans des réseaux de tranchées, protégés par des barbelés et des abris de béton, tandis que l’artillerie écrase le terrain de façon presque continue.

Entre juillet et novembre 1916, les armées britannique, française et allemande avancent de quelques kilomètres seulement, au prix de pertes humaines considérables. Les historiens estiment qu’environ un million de soldats sont tués, blessés ou portés disparus sur l’ensemble de la bataille. Le premier jour de l’offensive, le 1er juillet, l’armée britannique perd à elle seule près de 57 000 hommes, un choc durable dans la mémoire collective du Royaume-Uni.

Les objets retrouvés à Copse Alley, des grenades aux outils, illustrent concrètement ce type de guerre :

  • les grenades à main servaient au combat rapproché dans les tranchées ;
  • les pelles et pioches étaient indispensables pour creuser, renforcer ou modifier les lignes ;
  • les câbles de communication reliaient les postes de commandement aux premières lignes ;
  • les fragments d’obus témoignent du rôle central de l’artillerie lourde.

Que signifient ces fouilles pour la mémoire française de la Somme ?

Ces découvertes intéressent directement la France, où la bataille de la Somme reste un lieu fort de mémoire. Le département accueille de nombreux sites commémoratifs, nécropoles nationales et musées, fréquentés par des visiteurs français mais aussi par des familles britanniques, australiennes, néo-zélandaises ou canadiennes.

Les nouvelles données issues de Copse Alley peuvent contribuer à :

  • affiner la cartographie des tranchées dans le secteur de Pozières et Contalmaison ;
  • Mieux comprendre l’enchaînement des assauts, des contre-attaques et des tirs d’artillerie ;
  • mettre à jour les parcours de certaines unités, notamment australiennes ;
  • enrichir les parcours pédagogiques et les visites guidées proposées aux scolaires et au grand public.
  • Pour les communes de la Somme, ce type de programme scientifique renforce aussi la coopération avec les pays alliés de 1914-1918, qu’il s’agisse de projets de recherche, d’expositions ou de cérémonies commémoratives.

    La gestion de ces vestiges en France aujourd’hui

    En France, les fouilles sur les anciens champs de bataille de la Première Guerre mondiale s’inscrivent dans un cadre réglementaire précis. La recherche archéologique dépend des services de l’État, via le ministère de la Culture et ses services régionaux, qui instruisent les autorisations de fouilles et encadrent la conservation du matériel.

    Les munitions non explosées, très fréquentes sur la ligne de front historique, relèvent quant à elles des services de déminage de la sécurité civile ou de l’armée. Chaque année, des agriculteurs et des entreprises de travaux publics signalent des obus, grenades ou balles mis au jour lors de chantiers, ce qui montre que les sols restent marqués par le conflit.

    Élément Situation en France
    Fouilles archéologiques Encadrées par l’État, autorisations nécessaires, rapports scientifiques exigés
    Munitions découvertes Signalement obligatoire, intervention de démineurs spécialisés
    Objets personnels Étudiés par les musées, parfois attribués à des soldats identifiés
    Sites de mémoire Monuments, cimetières militaires, musées et parcours pédagogiques

    La perspective d’attribuer le fusil découvert à Copse Alley à un soldat précis rappelle des situations déjà connues en France, lorsque des plaques d’identité, des objets gravés ou des effets personnels permettent d’établir un lien avec un combattant disparu. Ces identifications alimentent à la fois la recherche historique et la dimension humaine de la mémoire du conflit.

    Un intérêt scientifique, pédagogique et humain durable

    Les fouilles de Pozières s’inscrivent dans un mouvement plus large : celui de l’archéologie du champ de bataille, qui ne s’intéresse plus seulement aux grandes stratégies, mais aussi à la vie quotidienne des soldats, à leurs conditions de survie et à l’usage concret du matériel.

    Pour un public français, ces recherches offrent plusieurs apports :

    • une meilleure compréhension des réalités matérielles de la Somme en 1916 ;
    • une mise en perspective internationale du rôle des troupes australiennes et des autres dominions ;
    • un complément précieux aux visites des musées et des mémoriaux de la région.

    La bataille de la Somme reste souvent résumée à quelques chiffres massifs de pertes humaines. Les objets exhumés à Copse Alley, comme cette tranchée oubliée ou ce fusil potentiellement rattachable à un nom, redonnent une échelle plus humaine à cet événement, en rappelant qu’il s’est joué à hauteur d’homme, dans des boyaux de terre qui continuent encore aujourd’hui de livrer leurs secrets.

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