Un motard néerlandais a avalé la planète au guidon d’une Yamaha R1 presque d’origine. Son prochain défi le mène désormais vers les glaces de l’Arctique.
Sjaak Lucassen, aventurier néerlandais passionné de motos sportives, a passé plusieurs années à sillonner la planète au guidon d’une Yamaha YZF-R1 de série. Un pari insensé raconté par le média spécialisé Motorpasión Moto, qui détaille un périple de plus de 200 000 km à travers déserts, jungles et montagnes, avant un nouveau projet encore plus fou : rejoindre le pôle Nord avec, encore une fois, une R1.
Un “addict” au voyage tombé amoureux des sportives
Bien avant de devenir une légende chez les motards globe-trotters, Sjaak Lucassen avait déjà la bougeotte. Fatigué de la foule estivale aux Pays-Bas, il décide d’expédier sa Honda CBR900RR Fireblade en Australie. Sur place, il aligne 38 000 kilomètres en seulement quatre mois, un rythme digne d’un gros rouleur professionnel.
Ce premier périple ne lui suffit pas. Depuis l’Australie, il file vers l’Indonésie. Puis l’idée s’impose : il veut faire le tour du monde, mais pas sur une moto “logique” comme une trail bardée de protections. Lui préfère les sportives, ces machines théoriquement faites pour les circuits et les routes lisses.
Sjaak Lucassen assume son choix de rouler en sportive partout sur la planète : pour lui, le plaisir de conduite prime sur la logique.
Lui-même se définit comme “addict au voyage”, “totalement amoureux du son du quatre-cylindres en ligne” et assure que ses yeux “s’illuminent” dès qu’il voit un bel endroit. Face à ceux qui le prennent pour un fou, il a une réponse toute trouvée à la question “pourquoi une R1, tu sais à quel point c’est dingue ?” : parce que, explique-t-il, cette moto “entre dans les virages” d’une façon qui le fait vibrer. Le cœur avant la raison.
Du tour d’Australie à la grande boucle planétaire
Son tour d’Australie et d’Asie en Honda CBR n’était qu’un échauffement. Avec cette première aventure, Sjaak accumule déjà une solide expérience : des dizaines de milliers de kilomètres, des passages en Indonésie, dans de nombreux pays d’Europe, en Russie jusqu’à Vladivostok, puis au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Bangladesh, au Népal, en Inde, au Pakistan et jusqu’en Afrique.
Après avoir posé les roues en Afrique du Sud, il rentre finalement chez lui, aux Pays-Bas. Là, une peur l’habite davantage qu’un désert ou une jungle : revenir à “une vie de 9 h à 17 h”, comme il le confie. L’idée de se retrouver enfermé dans une routine de bureau l’effraie autant que certains auraient peur de traverser un pays en guerre.
Il commence alors à raconter son parcours, à le médiatiser, notamment sur son propre site et dans des médias moto étrangers. Peu à peu, des sponsors le soutiennent. C’est à ce moment-là que l’aventure bascule dans une autre dimension, avec l’arrivée d’une Yamaha YZF-R1 en mars 2001. Cette fois, ce sera “la” grande boucle mondiale, celle qui va s’étendre jusqu’en 2006.
Une Yamaha R1 presque d’origine pour affronter la planète
Contrairement aux voyageurs qui préparent des machines hyper-spécialisées, Sjaak choisit de partir avec une R1 de série. Le moteur, le châssis et l’essentiel de la moto restent tels qu’ils sortent d’usine. Seule concession notable : il découpe la selle en deux pour pouvoir loger davantage de bagages. Un bricolage simple, loin des préparations extrêmes que l’on voit parfois chez les aventuriers mécaniques.
Moto utilisée pour le tour du monde : Yamaha YZF-R1
Configuration : quasi d’origine, selle modifiée pour l’emport de bagages
Durée approximative du périple : de 2001 à 2006
Distance parcourue : environ 211 000 km
Type de parcours : Europe, Afrique, Amériques, Asie, Moyen-Orient
Son itinéraire illustre cette approche radicale : traversée de l’Europe par ses zones les plus froides, descente jusqu’au détroit de Gibraltar, puis entrée au Maroc et passage par le gigantesque désert voisin du Sahara occidental. Tout cela sur une sportive à la position très sur l’avant, sans grandes protections, ni roues à gros crampons.
Des frontières aux déserts : une succession d’épreuves
Face au Sahara, Sjaak avoue avoir eu “de grands doutes”. Les militaires sur place ne se privent pas de lui dire qu’il n’a “aucune chance” de traverser avec “cette moto” et “ces pneus”. Loin de se décourager, il prend ces mots comme un défi. Il s’élance alors dans le désert à environ 160 km/h, “laissant tout le monde manger la poussière”, relate Motorpasión Moto.
À ceux qui lui assuraient qu’il ne passerait jamais le désert avec sa R1, Sjaak a répondu par l’accélérateur, filant à 160 km/h dans le sable.
Pour rejoindre la frontière avec la Mauritanie, il doit même s’intégrer à un convoi militaire, tant la zone reste sensible et difficile à sécuriser seul. Cette scène résume l’ensemble de son voyage : improvisation permanente, adaptation aux réalités locales, négociation avec les autorités et prise de risque maîtrisée.
Après l’Afrique, la trajectoire change de continent. De l’Afrique du Sud, il envoie sa moto vers l’Amérique du Sud, notamment l’Argentine. S’en suit un immense zigzag sur tout le continent : pays après pays, il remonte vers le nord jusqu’aux États-Unis, puis le Canada. De là, son périple le ramène en Asie et au Moyen-Orient, en passant par la Chine et d’autres territoires, pour finalement refermer sa grande boucle autour du globe.
Arrestations, blessures et armes pointées : le prix de la liberté
Si les photos montrent de grands sourires et des paysages spectaculaires, la réalité de ce voyage reste rude. Sjaak ne cache pas la difficulté. Il raconte avoir été “arrêté et immobilisé pendant une semaine”, sans préciser le pays, à cause de contrôles ou de suspicions liées à son étrange silhouette de motard étranger sur une sportive chargée.
Sur le plan mécanique, sa R1 subit aussi les effets de la distance et des pistes difficiles : il affronte plusieurs pannes graves, sans toujours disposer d’un atelier adapté à proximité. Côté santé, le Néerlendais se blesse sérieusement : un gros orteil fracturé, une cheville fortement tordue, le tout “sans aucun hôpital à proximité”.
Arrestations, pannes graves, enfants soldats, armes braquées sur lui : son tour du monde ne s’est jamais résumé à une simple balade touristique.
Dans certains pays en guerre ou instables, il dit s’être retrouvé face à des enfants soldats. Il raconte aussi ce moment précis où il a dû “regarder par le canon d’une arme, les mains en l’air, pendant que le soldat, lunettes de soleil sur le nez, armait son fusil”. Un épisode qui illustre la tension extrême de certaines régions traversées.
Les aléas de la route ne s’arrêtent pas là : enlisement dans la boue, chutes à répétition, passages de rivières sur des canoës de fortune, construction de bouts de pistes à la main pour franchir certains obstacles. Et malgré tout, à la fin, il boucle son tour du monde avec 211 000 km au compteur de sa R1, en rentrant vivant, épuisé mais riche d’histoires que, dit-il, même un livre entier ne suffirait pas à couvrir.
Objectif pôle Nord : une R1 sur la glace
Après un tel tour de force, beaucoup auraient rangé le cuir et choisi une vie plus tranquille. Sjaak, lui, regarde déjà vers l’horizon. Motorpasión Moto indique qu’il s’est fixé un nouveau défi : retourner vers le pôle Nord, à nouveau avec une Yamaha R1, cette fois-ci “un peu adaptée” aux conditions extrêmes.
Roulage sur glace, températures polaires, logistique complexe pour acheminer la moto et l’équipement : ce type d’expédition impose des modifications ciblées. Même si la source ne détaille pas ces changements, il s’agit en général de pneus spécifiques, de protections contre le froid et de solutions pour empêcher le carburant ou les fluides de geler.
Après la poussière des déserts et la boue des pistes, Sjaak Lucassen vise à présent les glaces du pôle Nord, toujours fidèle à la Yamaha R1.
Pour un passionné français de moto, cette démarche reste marginale mais inspirante. Elle montre qu’un modèle pensé à l’origine pour les circuits peut, avec un pilote déterminé et quelques adaptations, s’aventurer bien au-delà des routes classiques, y compris dans des environnements glacés.
Voyage au long cours à moto : ce que font les Français
En France, la plupart des grands voyageurs à moto optent plutôt pour des trails ou des motos dites “adventure”, pensées pour accumuler les kilomètres et encaisser les pistes. Les grandes marques y proposent des modèles à suspensions longues, roues adaptées aux chemins et réservoirs généreux, bien plus à l’aise dans un col non goudronné qu’une sportive radicale.
Les motards français qui partent plusieurs mois ou années privilégient généralement :
Une position de conduite droite, moins fatigante sur la durée.
Des protections contre le vent et la pluie plus efficaces.
Une capacité de chargement importante (valises, top-case, sacoches).
Des pneus mixtes route/piste pour s’adapter aux terrains variés.
Pour les démarches administratives, ils doivent gérer le passage de frontières, les visas et les documents nécessaires pour la moto. En France, le document clé reste la carte grise, accompagnée de l’assurance et, le cas échéant, du “carnet de passages en douane” exigé par certains pays hors Union européenne pour importer temporairement un véhicule.
Les règles françaises encadrent aussi la préparation des motos : homologation des pneus, conformité de l’éclairage, niveau sonore du pot d’échappement. Un motard français qui souhaiterait imiter Sjaak Lucassen devrait donc veiller à ce que les éventuelles modifications apportées à sa moto restent conformes à la réglementation nationale avant le départ.
Ce que révèle une telle aventure pour les motards au quotidien
L’aventure de Sjaak Lucassen illustre un principe connu des motards expérimentés : le choix de la moto compte, mais la façon de rouler, d’anticiper et de s’organiser pèse au moins autant. Une sportive n’est pas conçue pour traverser des déserts, pourtant, avec de la préparation, de la persévérance et une certaine tolérance à l’inconfort, elle peut franchir des terrains inimaginables.
Pour un usage quotidien ou des vacances plus classiques, son parcours sert surtout d’exemple sur quelques points pratiques :
Tester son matériel sur des trajets plus courts avant de partir très loin.
Prévoir une trousse de réparation adaptée au type de moto.
Apprendre quelques bases de mécanique pour gérer les pannes courantes.
Se renseigner sérieusement sur la sécurité et la situation politique des pays traversés.
Cette approche permet d’éviter certains pièges qu’il a rencontrés : immobilisation longue à cause d’une pièce introuvable, isolement en cas de blessure, méfiance des autorités face à un profil jugé atypique.
Enfin, son futur projet au pôle Nord remet en lumière une forme de voyage à moto plus engagée que le simple road trip estival. Circuler dans des zones très froides exige par exemple des vêtements techniques spécifiques, une gestion attentive du carburant et un suivi serré de la météo pour éviter les épisodes de gel brutal ou de tempête de neige. Autant d’éléments qui, même à l’échelle d’un voyage en montagne en France, peuvent inspirer les motards désireux de rouler longtemps et loin en toute lucidité.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi Sjaak Lucassen a-t-il choisi une Yamaha R1 plutôt qu'une moto adaptée aux voyages ?
Parce que cette moto « entre dans les virages » d'une façon qui le fait vibrer. Sjaak privilégie le plaisir de conduite et l'amour du son du quatre-cylindres en ligne à la logique et à la sécurité, selon sa propre définition d'« addict au voyage ».
Quelles modifications Sjaak a-t-il apportées à sa R1 de série ?
Seule concession notable: il a découpe la selle en deux pour pouvoir loger davantage de bagages. Le moteur, le châssis et l'essentiel de la moto restent tels qu'ils sortent d'usine, loin des préparations extrêmes.
Combien de temps a duré le tour du monde complet ?
Le périple s'est étendu de 2001 à 2006, soit environ cinq ans, avec une distance parcourue d'environ 211 000 kilomètres à travers l'Europe, l'Afrique, les Amériques, l'Asie et le Moyen-Orient.
Quels ont été les plus grands dangers rencontrés par Sjaak ?
Arrestation d'une semaine, blessures graves sans hôpital à proximité (orteil fracturé, cheville tordue), pannes mécaniques en zones isolées, rencontres avec des enfants soldats et incidents avec des armes braquées sur lui dans des régions instables.
Quel est le prochain projet de Sjaak Lucassen ?
Rejoindre le pôle Nord avec une Yamaha R1, un défi encore plus fou que son tour du monde précédent.