Des nuits hachées, des oublis qui se multiplient : chez certaines personnes âgées, mauvais sommeil et troubles de la mémoire vont de pair. Des chercheurs de l’université Emory, à Atlanta, se sont intéressés à ce profil à risque et à la vitamine D. Leurs résultats intriguent, mais ils appellent à la prudence.
L’essentiel
L’étude a porté sur 54 adultes âgés en moyenne de 67 ans, qui dormaient mal et présentaient des troubles cognitifs légers.
Ceux qui déclaraient prendre au moins 5 000 UI de vitamine D par jour obtenaient des scores de mémoire et de réflexion supérieurs d’environ 13 % à ceux des personnes n’en prenant pas.
Les doses plus faibles n’étaient associées à aucune différence.
Il s’agit d’une étude préliminaire, sur un petit groupe, qui ne prouve pas que la vitamine D protège le cerveau. Une telle dose ne doit pas être prise sans avis médical.
Ce que les chercheurs ont observé
L’étude a été menée par une équipe de l’école d’infirmières de l’université Emory, autour de Victoria Pak, professeure associée. Elle a été publiée cet été dans la revue scientifique Sleep Medicine et financée par l’Institut national américain sur le vieillissement.
Les chercheurs ont recruté 54 adultes de 50 ans et plus, âgés en moyenne de 67 ans, dont un peu moins de la moitié d’hommes. Tous avaient deux points communs :
un trouble cognitif léger, diagnostiqué ou suspecté, mesuré par le test MoCA (un score entre 18 et 25 sur 30). Ce test évalue la mémoire, l’attention, le langage ou l’orientation ;
un sommeil perturbé, évalué par des questionnaires validés. Presque tous (98 %) étaient de mauvais dormeurs, et plus de quatre sur dix souffraient d’une somnolence excessive dans la journée.
Les participants ont indiqué s’ils prenaient de la vitamine D en complément, et à quelle dose. La moitié environ en prenait, dont 12 personnes à raison d’au moins 5 000 UI par jour.
Le résultat principal est net sur le papier. Après prise en compte d’autres facteurs, les personnes prenant au moins 5 000 UI par jour obtenaient au test MoCA un score supérieur de plus de 13 % à celui des personnes n’en prenant pas. En revanche, aucune différence n’apparaissait avec des doses inférieures. La forme de la vitamine (D2, d’origine végétale, ou D3, d’origine animale) ne changeait rien.
« Chez les personnes âgées qui souffrent à la fois de troubles du sommeil et de troubles cognitifs légers, cette période pourrait représenter une fenêtre d’intervention cruciale, lorsque les changements cognitifs apparaissent mais qu’il reste possible de soutenir la santé du cerveau », souligne Victoria Pak.
Sommeil, mémoire et vitamine D : des liens étroits
Le sommeil et la mémoire entretiennent une relation à double sens. Pendant la nuit, le cerveau consolide les souvenirs de la journée et élimine certains déchets. Mal dormir de façon chronique pèse donc sur les capacités cognitives. À l’inverse, les maladies neurodégénératives perturbent souvent le sommeil. Selon l’université Emory, environ la moitié des personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer modérée à sévère souffrent de troubles du sommeil.
La vitamine D est surtout connue pour son rôle dans la solidité des os. Elle intervient pourtant aussi dans le fonctionnement des muscles et des nerfs, ainsi que dans la régulation du cycle veille-sommeil. Des récepteurs à la vitamine D sont présents dans de nombreuses zones du cerveau. Plusieurs travaux ont par ailleurs associé un manque de vitamine D à l’insomnie et aux réveils nocturnes.
Les seniors sont particulièrement exposés au manque. Avec l’âge, la peau produit moins de vitamine D sous l’effet du soleil, et l’on passe souvent moins de temps dehors. Sous nos latitudes, les taux baissent aussi fréquemment en fin d’hiver.
Une piste encourageante, pas une preuve
Ces résultats méritent d’être lus avec prudence, et les auteurs sont les premiers à le souligner. Plusieurs limites importantes s’imposent :
L’échantillon est très petit : 54 personnes au total, dont seulement 12 dans le groupe à forte dose. Les chercheurs qualifient eux-mêmes le lien observé de « marginalement significatif ».
C’est une photographie à un instant donné, pas un essai où l’on compare un groupe traité à un groupe placebo. L’étude montre une association, pas un effet de cause à effet.
Les doses reposent sur les déclarations des participants eux-mêmes.
D’autres facteurs peuvent jouer. Les personnes qui prennent des compléments à forte dose ont peut-être aussi d’autres habitudes favorables à leur santé.
Surtout, ces résultats ne vont pas tous dans le même sens que ceux d’études plus solides. L’essai britannique VitaMIND a suivi pendant 24 mois des adultes de plus de 50 ans présentant un manque de vitamine D et un déclin cognitif lié à l’âge. Leur donner 4 000 UI par jour n’a apporté aucune amélioration mesurable de la cognition par rapport à un placebo.
Les chercheurs d’Emory présentent donc leurs résultats comme préliminaires. Ils devront être confirmés par des études plus larges, idéalement randomisées.
5 000 UI par jour : une dose à ne pas prendre seul
C’est le point le plus important pour le lecteur : cette étude n’est pas une recommandation à prendre 5 000 UI de vitamine D chaque jour.
Pour se repérer, 1 microgramme (µg) de vitamine D équivaut à 40 UI. Une dose de 5 000 UI correspond donc à 125 µg. En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments fixe la limite supérieure de sécurité pour un adulte à 100 µg par jour, soit 4 000 UI. Une prise quotidienne de 5 000 UI dépasse ce seuil.
La vitamine D est stockée dans l’organisme : un excès s’accumule. À terme, il peut entraîner une hypercalcémie, c’est-à-dire un excès de calcium dans le sang. Cela se traduit par de la fatigue, des nausées, une déshydratation, des calculs ou une atteinte des reins, et parfois des troubles du rythme cardiaque dans les cas graves. Le risque augmente quand on cumule plusieurs sources sans le savoir : ampoules, compléments multivitaminés, aliments enrichis.
En France, les médecins prescrivent souvent la vitamine D sous forme d’ampoules espacées, adaptées à la situation de chacun. Si vous dormez mal ou constatez des troubles de mémoire, parlez-en à votre médecin traitant. Il pourra évaluer vos besoins, et prescrire un dosage sanguin si nécessaire.
Les bons réflexes pour faire le plein de vitamine D
Profiter de la lumière du jour. Au printemps et en été, exposer régulièrement le visage et les bras quelques minutes par jour aide l’organisme à produire de la vitamine D, sans aller jusqu’au coup de soleil.
Miser sur les poissons gras. Sardines, maquereaux, harengs ou saumon en sont les meilleures sources alimentaires. Les recommandations nutritionnelles françaises conseillent de manger du poisson deux fois par semaine, dont une fois un poisson gras.
Varier les autres sources : jaune d’œuf, certains produits laitiers enrichis.
Protéger sa mémoire quand on dort mal
Plutôt que de chercher une solution miracle, les spécialistes rappellent quelques priorités :
Faire examiner son sommeil. Ronflements, pauses respiratoires ou somnolence dans la journée peuvent signaler une apnée du sommeil. Fréquente et souvent méconnue chez les seniors, elle est associée à un déclin cognitif plus marqué et peut être traitée.
Garder des horaires réguliers, s’exposer à la lumière du matin, bouger chaque jour et limiter les écrans en soirée.
Faire le point sur ses médicaments. Certains somnifères peuvent altérer la mémoire et augmenter le risque de chute chez les personnes âgées.
Surveiller sa santé cardiovasculaire. En 2024, une commission d’experts réunie par la revue The Lancet a estimé qu’environ 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur quatorze facteurs de risque. Parmi eux : l’hypertension, la baisse d’audition, la sédentarité ou l’isolement social.
Consulter en cas de doute. Des consultations mémoire existent dans de nombreux hôpitaux pour faire le point sur des troubles qui s’installent.
FAQ
Faut-il prendre 5 000 UI de vitamine D par jour pour préserver sa mémoire ?
Non. L’étude est préliminaire et ne prouve aucun effet protecteur. De plus, cette dose dépasse la limite de sécurité fixée en Europe pour un adulte (4 000 UI par jour). Toute supplémentation doit être discutée avec un médecin.
La vitamine D améliore-t-elle le sommeil ?
Un manque de vitamine D a été associé à l’insomnie et aux réveils nocturnes. En revanche, la preuve qu’une supplémentation améliore réellement le sommeil reste limitée.
Comment savoir si l’on manque de vitamine D ?
Seul un dosage sanguin permet de le vérifier. Le médecin le prescrit en fonction de la situation : âge, faible exposition au soleil, chutes, ostéoporose, certaines maladies.
Quels aliments contiennent le plus de vitamine D ?
Les poissons gras (sardine, maquereau, hareng, saumon) et l’huile de foie de morue en sont les meilleures sources. Le jaune d’œuf et certains produits enrichis en apportent aussi.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.