Aux Pays-Bas, une psychologue analyse ce besoin de gagner les discussions, souvent lié à une fragilité plus discrète qu’il n’y paraît.
Publié le 18 mars 2026, cet entretien du média néerlandais LINDA.meiden, consacré aux jeunes femmes et aux sujets de société, interroge une attitude fréquente dans les relations, au travail comme en famille : vouloir imposer son point de vue, même lorsque les faits ne vont pas dans son sens.
Le besoin d’avoir raison peut cacher une insécurité
Une discussion peut vite se transformer en rapport de force. Certaines personnes coupent la parole, refusent toute nuance ou cherchent à démontrer que leur interlocuteur se trompe. Pour Iva Pervan, psychologue interrogée par LINDA.meiden, cette posture ne traduit pas forcément une confiance solide.
« Avoir raison sur quelque chose donne un élan aux gens dans les discussions : ils prennent davantage confiance en eux, ressentent une forme de domination et ont l’impression d’en savoir plus ou mieux que l’autre », explique la psychologue Iva Pervan.
Selon elle, les personnes qui veulent systématiquement avoir le dernier mot se sentent souvent vulnérables dans l’échange. Reconnaître une erreur peut alors être vécu comme un échec personnel, et non comme une simple correction. La discussion devient moins un moment de partage qu’une épreuve où il faut défendre sa valeur.
Iva Pervan évoque aussi un sentiment d’infériorité sous-jacent. Une personne peut se sentir moins légitime, moins compétente ou moins écoutée, puis adopter une attitude dominante pour masquer cette impression. Elle cherche alors à faire croire que sa parole compte davantage que celle des autres.
Quand le cerveau privilégie ce qu’il connaît déjà
Le mécanisme ne repose pas uniquement sur l’émotion. La psychologue met également en avant la manière dont le cerveau traite les informations nouvelles. Lorsqu’une idée contredit une conviction déjà installée, la première réaction peut être le rejet.
« Lorsque nous recevons une nouvelle information de quelqu’un, la réaction naturelle du cerveau consiste à supposer qu’elle n’est pas vraie », indique Iva Pervan. Elle précise que le cerveau cherche à économiser ses efforts : accepter une information connue est plus simple que réexaminer ses certitudes.
Changer d’avis demande en effet de faire une pause, de comparer ce que l’on croyait savoir avec ce que l’on vient d’entendre, puis d’admettre que son raisonnement était peut-être incomplet. Cette étape peut être inconfortable, surtout quand la conversation est déjà tendue.
Le refus d’admettre une erreur n’est pas toujours un refus des faits : il peut aussi être une réaction de défense face à un sentiment de fragilité.
Chez une personne qui se sent déjà jugée ou mise en difficulté, cette tension peut renforcer le besoin de résister. Elle peut alors hausser le ton, répéter son argument ou déplacer le débat vers un autre sujet plutôt que de reconnaître qu’elle s’est trompée.
Des signaux qui peuvent alerter
Dans une relation, il ne s’agit pas de diagnostiquer son entourage à partir d’un désaccord isolé. Tout le monde peut se braquer après une journée difficile ou sur un sujet sensible. Le problème s’installe quand le même scénario revient constamment.
La personne refuse d’écouter jusqu’au bout un avis différent.
Elle transforme chaque échange en compétition.
Elle minimise ou ridiculise les arguments de l’autre.
Elle ne reconnaît jamais ses erreurs, même face à des éléments précis.
Elle fait monter la tension dès qu’elle se sent contredite.
Ces comportements peuvent épuiser l’entourage. Dans un couple, une amitié ou une équipe professionnelle, ils empêchent parfois de résoudre les désaccords concrets. Le débat ne porte plus sur le sujet initial, mais sur la nécessité de savoir qui va l’emporter.
Ne pas répondre à la confrontation par la confrontation
Face à quelqu’un qui veut toujours gagner, la tentation est forte de durcir soi aussi sa position. Iva Pervan conseille au contraire de ne pas alimenter ce duel. « Il est agréable d’avoir de l’égalité et du lien dans une conversation. Mais si quelqu’un veut toujours obtenir raison, il n’y a plus d’équilibre », estime-t-elle.
Pour la psychologue, entrer dans la lutte revient souvent à reproduire le comportement que l’on reproche. L’échange risque alors de se transformer en choc frontal, sans issue réelle pour l’une ou l’autre des personnes.
Si la relation compte et qu’un dialogue reste possible, mieux vaut aborder le sujet à un moment calme, loin d’une dispute. Il peut être utile de parler de l’effet produit par certaines attitudes, sans prétendre décider à la place de l’autre ce qu’elle doit penser ou faire.
Quelques repères pour préserver l’échange
Choisir un moment où personne n’est en colère.
Rester centré sur un fait ou une situation précise.
Éviter les attaques personnelles et les généralisations.
Mettre fin à la discussion si elle dégénère.
Accepter qu’un désaccord ne doive pas forcément être tranché sur-le-champ.
La psychologue rappelle aussi une limite concrète : on ne peut pas changer quelqu’un contre son gré. Lorsque les conflits se répètent et deviennent systématiques, prendre de la distance avec certaines discussions peut permettre de ne pas s’user dans des affrontements sans fin.
En France, le désaccord n’est pas une faute
En France aussi, la vie professionnelle et personnelle repose sur la capacité à confronter des points de vue. Dans le cadre du travail, un désaccord peut être exprimé sans remettre en cause la valeur ou la compétence d’un collègue. Les échanges deviennent plus constructifs lorsque chacun distingue les faits, les interprétations et les préférences personnelles.
Le dialogue assertif repose sur cette idée : exprimer clairement son besoin ou son avis tout en reconnaissant à l’autre le droit de ne pas partager la même position. Il ne demande pas de s’effacer ni d’acquiescer à tout. Il consiste à défendre son point de vue sans chercher à rabaisser celui d’en face.
Quand les disputes répétées provoquent une souffrance durable, de l’isolement ou une dégradation nette d’une relation, consulter un psychologue peut offrir un espace pour comprendre les mécanismes en jeu. Cette démarche ne remplace pas une discussion avec l’entourage, mais elle peut aider à repérer des réactions devenues automatiques.
Se reconnaître dans ce comportement
Iva Pervan invite aussi les personnes concernées à se questionner elles-mêmes. Pourquoi est-il si difficile d’admettre une erreur ? Cette attitude rappelle-t-elle un fonctionnement observé dans l’enfance ? A-t-on eu le sentiment de devoir parler plus fort pour être entendu, ou de devoir prouver sa valeur en permanence ?
« Les personnes qui osent reconnaître qu’elles ont tort et se montrent vulnérables montrent précisément leur force », affirme Iva Pervan.
Avant de répondre, une question simple peut aider : cherche-t-on réellement la vérité, ou cherche-t-on à gagner ? Cette courte pause permet parfois d’éviter une réplique défensive. Elle ouvre aussi la possibilité de dire : « Je n’avais pas envisagé cela » ou « Tu as peut-être raison sur ce point ».
Admettre une erreur ne retire rien à une personne. Dans une conversation équilibrée, cette capacité peut au contraire renforcer la confiance. Elle montre que l’on peut réviser son jugement sans perdre sa place, ni son respect de soi.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.