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Infidèle un jour, infidèle toujours ? Ce que dit vraiment la science sur ceux qui trompent à répétition

Aux États-Unis, des travaux scientifiques interrogent une conviction tenace : peut-on vraiment faire confiance à une personne qui a déjà trompé ?

Le magazine en ligne néerlandais Quest s’appuie sur plusieurs études américaines pour éclairer un mécanisme troublant : face à une infidélité passée, notre jugement varie aussi selon l’avantage que nous pensons en tirer.

Un passé d’infidélité qui devrait alerter

Dans une relation, le passé amoureux pèse souvent lourd. Une personne qui a trompé son ancienne compagne ou son ancien compagnon avec son nouveau partenaire présente, sur le papier, un motif évident de méfiance. Son comportement a montré qu’elle pouvait mentir, dissimuler ou rompre un engagement.

Pourtant, cette alerte ne suffit pas toujours. Beaucoup de personnes estiment que leur histoire est différente, plus forte ou plus sincère que la précédente. Elles peuvent aussi croire que l’infidélité passée s’expliquait par les difficultés de l’ancienne relation, et non par une tendance personnelle à tromper.

Le comportement passé influence la confiance, mais il ne constitue pas le seul élément pris en compte par ceux qui évaluent la loyauté d’une personne.

Des chercheurs de l’université de Californie à Los Angeles et de l’université d’État de l’Oklahoma, aux États-Unis, ont cherché à comprendre pourquoi des individus jugés déloyaux peuvent malgré tout apparaître dignes de confiance. Leurs travaux portent sur le rapport entre trahison, confiance et intérêt personnel.

L’intérêt personnel peut modifier notre jugement

Les expériences évoquées par Quest ont placé des participants face à des interactions impliquant des acteurs. Certains adoptaient un comportement de trahison, par exemple en révélant le secret d’une autre personne. D’autres restaient loyaux.

Sans surprise, les participants jugeaient les personnes qui trahissaient moins fiables que celles qui gardaient les confidences. Le résultat évoluait lorsque cette trahison apportait un bénéfice direct aux participants. Dans ce cas, les mêmes individus pouvaient soudain être perçus comme plus dignes de confiance.

Ce décalage aide à comprendre certaines relations qui commencent par une infidélité. La personne avec qui l’on trompe son partenaire ne semble pas toujours être vue comme un risque. Elle peut au contraire être perçue comme quelqu’un qui a choisi le nouveau partenaire, pris un risque pour lui ou lui a donné une place particulière.

La trahison peut aussi fournir une information utile

La chercheuse Jaimie Krems illustre ce mécanisme par le cas d’un ami qui raconte les secrets des autres sans révéler les vôtres. « Pensez à un ami qui raconte toujours les secrets des autres, mais qui ne partage pas les vôtres. Cet ami trahit d’autres personnes, mais il vous enrichit d’informations », explique-t-elle dans un communiqué cité par Quest.

Dans un cadre professionnel comme dans la vie privée, obtenir une information confidentielle peut procurer un sentiment de proximité ou d’avantage. Cette utilité immédiate risque alors de faire passer au second plan la question centrale : si cette personne trahit les autres, pourquoi resterait-elle loyale à notre égard lorsque ses intérêts changeront ?

  • Une trahison peut profiter à celui qui en bénéficie sur le moment.
  • Ce bénéfice peut atténuer la méfiance envers l’auteur de la trahison.
  • Le même comportement peut pourtant devenir inquiétant dès que l’on risque d’en être la cible.

Les personnes infidèles récidivent-elles davantage ?

Une étude menée notamment par l’université de Denver en 2017 apporte un élément concret au débat. Les chercheurs ont analysé le risque d’infidélité chez près de 500 personnes, en leur demandant de renseigner leurs deux premières relations sérieuses.

Selon les résultats rapportés par Quest, les participants ayant trompé dans leur première relation avaient trois fois plus de risques d’être infidèles dans la suivante que ceux qui étaient restés fidèles à leur premier partenaire.

Dans cette étude américaine, une infidélité lors d’une première relation sérieuse est associée à un risque trois fois plus élevé de tromper à nouveau dans la relation suivante.

Ce chiffre ne permet pas d’affirmer que toute personne ayant trompé recommencera. Il montre une association observée dans un groupe étudié, pas une fatalité individuelle. Une relation dépend de nombreux facteurs : les attentes des partenaires, leur manière de communiquer, leur rapport à l’engagement et les limites fixées ensemble.

Il rappelle aussi qu’une déclaration telle que « cela ne se reproduira plus » ne suffit pas, à elle seule, à effacer un comportement antérieur. La confiance se construit dans le temps, par des actes cohérents et par une parole qui correspond aux faits.

Ce que prévoit le droit français

En France, l’infidélité n’est pas une infraction pénale. Elle peut néanmoins avoir des conséquences dans le cadre d’un divorce. Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ; le devoir de fidélité figure dans le Code civil.

Lorsqu’un époux demande un divorce pour faute, l’infidélité peut être invoquée parmi les faits reprochés, à condition que les circonstances justifient cette demande devant le juge. Le droit français ne décide donc pas si une personne est « infidèle pour toujours ». Il examine, dans certains dossiers, les manquements au devoir marital et leurs conséquences sur la vie commune.

Pour les couples non mariés, les règles ne sont pas les mêmes. La fidélité peut représenter un engagement affectif majeur, sans relever du même cadre juridique que celui prévu pour les époux.

Faire la différence entre vigilance et certitude

Une infidélité passée peut constituer un signal à prendre au sérieux, surtout lorsqu’elle s’accompagne de mensonges répétés ou d’une absence de remise en question. Elle ne permet pas de prédire avec certitude le comportement futur d’une personne.

Dans la pratique, certains éléments méritent d’être discutés sans détour au début d’une relation :

  • la définition que chacun donne à la fidélité ;
  • les limites posées avec les anciennes relations et les nouvelles rencontres ;
  • la place des échanges secrets ou dissimulés ;
  • la manière de réagir après une rupture de confiance.
  • Le terme « infidélité » ne recouvre pas toujours la même réalité d’un couple à l’autre. Pour certains, elle renvoie uniquement à une relation sexuelle. Pour d’autres, un échange amoureux caché, une intimité émotionnelle entretenue en secret ou une activité numérique dissimulée peuvent déjà constituer une rupture de l’accord du couple.

    Le point déterminant reste donc l’existence d’un accord clair entre les deux partenaires. Lorsque les règles sont floues, chacun risque de croire agir dans une zone acceptable tandis que l’autre vit une trahison. Les études évoquées montrent surtout une chose : face à la déloyauté, notre intérêt personnel peut brouiller notre jugement, parfois bien avant que la confiance ne soit réellement mise à l’épreuve.

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