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Tendance « therian » : ce que disent les psychologues sur ces ados qui s’identifient à un animal et le vrai signal d’alerte

Tendance « therian » : ce que disent les psychologues sur ces ados qui s'identifient à un animal et le vrai signal d'alerte

En Colombie, des adolescents se revendiquant « therians » inquiètent parents et professeurs, entre jeu d’identification animale et peur du trouble psychologique.

À mesure que la communauté « therian » gagne en visibilité sur TikTok et les autres réseaux sociaux, de nombreux parents colombiens se demandent si leur enfant traverse une simple phase d’expérimentation ou s’il faut craindre un trouble mental. Le quotidien colombien El Tiempo a interrogé deux spécialistes de la psychologie pour définir ce qui relève d’une tendance identitaire adolescente et ce qui constitue réellement un signal d’alerte clinique.

Que signifie vraiment être « therian » pour ces adolescents ?

Dans les vidéos repérées en Colombie, des jeunes se filment en imitant des animaux, portent des oreilles ou des queues factices, ou indiquent dans leur profil qu’ils se sentent liés à une espèce particulière. Ils se présentent comme « therians », un terme déjà connu dans certaines communautés en ligne.

Pour les psychologues interrogés, le cœur du phénomène n’est pas une perte de contact avec la réalité, mais une forme d’identification symbolique à un animal.

Le psychologue Carlos Enrique Garavito, responsable de la Commission nationale de politique publique du Collège colombien de psychologues, met en garde contre les diagnostics hâtifs. Selon lui, qualifier immédiatement la tendance « therian » de maladie mentale serait « précipité » et contraire à la rigueur scientifique. Il rappelle que parler de trouble suppose des études systématiques et des critères validés, et pas seulement l’observation de vidéos virales.

La psychologue clinicienne Laura Ramírez, spécialiste en évaluation clinique des troubles affectifs et émotionnels à la Fondation universitaire Konrad Lorenz, insiste sur un point central : un adolescent qui se définit comme « therian » « sait parfaitement qu’il est humain ». Il ne croit pas littéralement qu’il va se transformer en animal, souligne-t-elle. Il s’agit, selon elle, davantage d’une « connexion symbolique » avec un animal, associée à des traits de caractère, des émotions ou une façon de se représenter soi-même.

Une identification symbolique, pas une métamorphose

Pour Laura Ramírez, ces jeunes gardent claire la perception de leur condition réelle. Se sentir proche d’un loup, d’un chat ou d’un renard ne signifie pas qu’ils s’attendent à une transformation physique. Le lien se joue sur le plan psychologique et imaginaire, sans rupture avec la réalité partagée.

Cette nuance est décisive pour les spécialistes : tant que le contact avec la réalité est préservé, on ne parle pas de délire ni de psychose. Le phénomène est alors rangé du côté des pratiques identitaires et des appartenances de groupe, très marquées à l’adolescence.

Le rôle amplificateur des réseaux sociaux comme TikTok

Si les experts colombiens ne classent pas d’emblée les « therians » dans la catégorie des troubles mentaux, ils soulignent l’impact des réseaux sociaux dans la diffusion rapide de cette identité. Pour Carlos Enrique Garavito, ces plateformes jouent pleinement leur rôle de vitrine, en rendant visibles des préférences qui seraient restées isolées il y a quelques années.

Les réseaux sociaux créent un puissant effet de contagion identitaire, surtout chez les adolescents en quête de validation et de reconnaissance.

Le psychologue met toutefois en garde : ces tendances peuvent « capturer des personnes avec des vulnérabilités personnelles ». Un jeune déjà fragile, en manque de repères ou en souffrance, peut s’accrocher à ce type de mouvement pour donner un sens à ce qu’il ressent.

Laura Ramírez souligne, elle, le rôle des communautés numériques dans ce qu’elle appelle « l’entification rapide » : le fait d’adopter très vite une étiquette identitaire. Les plateformes connectent en quelques clics des adolescents qui partagent les mêmes références. Leurs pensées, leurs émotions et leurs expériences y sont validées par des pairs, ce qui renforce le sentiment d’appartenance à un groupe précis.

Quand la validation en ligne devient un piège

La psychologue met cependant en lumière un risque réel : ces espaces numériques peuvent amener certains jeunes à « romantiser les expériences complexes » et à se rallier à un mouvement sans se demander s’il correspond vraiment à ce qu’ils désirent ni s’il apporte quelque chose de précieux à leur vie.

  • La visibilité en ligne rend la communauté « therian » très accessible.
  • Les codes (vidéos, accessoires, hashtags) sont faciles à reproduire.
  • Les likes et les commentaires renforcent rapidement cette identité.
  • Des adolescents vulnérables peuvent s’y investir de manière excessive.

Dans ce contexte, Laura Ramírez invite les parents à se tenir informés des « mouvements » auxquels leurs enfants s’intéressent, à connaître leurs réseaux de soutien et les thèmes qui circulent dans leurs fils d’actualité. L’objectif n’est pas de surveiller en permanence, mais de pouvoir servir de repère lorsque le jeune se questionne.

Pourquoi les adolescents semblent-ils particulièrement concernés ?

El Tiempo rappelle que la communauté « therian » ne se limite pas aux mineurs. Carlos Enrique Garavito reconnaît que des adultes se reconnaissent aussi dans cette étiquette. Mais pour lui, la mode touche davantage les collégiens et lycéens, plus « sensibles et susceptibles de suivre des mouvements qui leur paraissent nouveaux ».

L’adolescence est une période où la recherche de soi, la pression des pairs et le besoin de se distinguer convergent de manière très intense.

Laura Ramírez s’appuie sur la théorie du psychologue Erik Erikson, qui décrit cette étape du développement comme une phase de « crise d’identité versus confusion des rôles ». À ce moment de la vie, la nécessité de se sentir accepté par son groupe est particulièrement forte, tout comme la sensibilité au regard des autres.

Dans cet environnement, adopter une identité « therian » peut répondre à plusieurs besoins :

  • se différencier des adultes et des normes scolaires ou familiales ;
  • intégrer un groupe soudé, avec ses codes et ses références ;
  • mettre des mots, même symboliques, sur des émotions difficiles à exprimer ;
  • tester différentes facettes de soi avant de se stabiliser.

Pour les psychologues colombiens, cette quête n’est pas anormale en soi. Elle fait partie de la construction identitaire, à condition qu’elle n’entraîne pas une rupture avec la réalité ou un repli massif.

Le vrai signal d’alerte : quand faut-il consulter ?

Ce qui préoccupe le plus parents et enseignants en Colombie, rapporte El Tiempo, n’est pas l’étiquette en tant que telle, mais la frontière entre curiosité en ligne et souffrance psychique. Les deux spécialistes convergent sur un point : le problème n’est pas d’abord l’identité « therian », mais la manière dont elle affecte le fonctionnement quotidien du jeune.

Les experts invitent à surveiller moins l’étiquette que ses conséquences sur la vie scolaire, familiale, sociale et émotionnelle.

Carlos Enrique Garavito explique que le recours à un professionnel devient souhaitable si l’adolescent commence à « détériorer ses domaines psychologiques », à négliger ses habitudes de vie ou à adopter des comportements qui le mettent en danger. Abandon progressif de l’école, isolement social, rupture des loisirs habituels, inversion du rythme jour-nuit sont autant de signaux à ne pas minimiser.

Laura Ramírez recommande, elle, de « demander de l’aide professionnelle » lorsque la manière dont le jeune se perçoit génère un « malaise de fond » : anxiété, tristesse persistante, symptômes dépressifs, impression de ne pas pouvoir vivre normalement hors de cette identité. Dans ces cas, l’accompagnement psychologique permet de comprendre ce que recouvre vraiment cette identification animale et d’évaluer si elle cache d’autres difficultés.

Situation Réaction conseillée par les psychologues
Jeune qui se dit « therian », mais poursuit sa vie scolaire et sociale sans difficulté majeure Dialoguer, rester attentif, sans dramatiser
Changement brusque de comportement, retrait, abandon d’activités Échanger avec le jeune, envisager une consultation psychologique
Apparition d’anxiété, de tristesse intense, de comportements à risque Consulter rapidement un professionnel de santé mentale

Ce que cela change pour des parents et éducateurs en France

Si le reportage d’El Tiempo se concentre sur la Colombie, le phénomène « therian » et plus largement les identités issues des communautés en ligne concernent aussi les collèges et lycées en France. Les principes évoqués par les psychologues colombiens rejoignent les repères habituellement donnés par les spécialistes français de l’adolescence.

Dans le contexte français, les familles peuvent s’adresser à plusieurs interlocuteurs :

  • le médecin généraliste ou le pédiatre, pour un premier avis et une orientation ;
  • les psychologues ou psychiatres exerçant en libéral ou en centre médico-psychologique ;
  • l’infirmier ou le psychologue scolaire, présents dans certains établissements ;
  • les maisons des adolescents, structures dédiées à l’accueil et à l’écoute des jeunes.

Le principe reste le même que celui avancé par Carlos Enrique Garavito et Laura Ramírez : s’intéresser au retentissement concret des pratiques en ligne et des identités revendiquées. Un adolescent qui s’amuse à se filmer avec des oreilles de chat, tout en gardant des liens avec ses amis, en allant en cours et en respectant les règles familiales, ne présente pas le même profil qu’un jeune coupé de tout, enfermé dans sa chambre et en grande détresse émotionnelle.

Comment parler de la tendance « therian » avec un adolescent

Les psychologues colombiens insistent sur l’importance pour les parents de savoir « dans quel mouvement » leurs enfants s’inscrivent. Pour un lecteur français, cette recommandation peut se traduire par plusieurs attitudes concrètes.

  • Poser des questions ouvertes sur les contenus regardés et les communautés suivies, sans se moquer.
  • Demander ce que signifie pour le jeune le fait de se sentir proche d’un animal, ce que cela lui apporte.
  • Rappeler calmement le cadre réel : école, santé, règles familiales, sans nier l’univers imaginaire investi.
  • Proposer, si nécessaire, une rencontre avec un professionnel pour en parler dans un espace neutre.
  • Dans cette approche, la curiosité et l’écoute priment sur la confrontation. L’enjeu n’est pas d’arracher l’étiquette « therian », mais de vérifier qu’elle ne masque pas un mal-être plus profond.

    Un phénomène à replacer dans l’évolution de l’identité à l’adolescence

    Le cas de la communauté « therian » illustre plus largement la manière dont les adolescents d’aujourd’hui expérimentent leur identité à travers Instagram, TikTok ou d’autres plateformes. Les appartenances se structurent autour d’esthétiques, de récits et de symboles partagés, dont l’animal fait ici partie.

    Pour les psychologues interrogés par El Tiempo, le défi pour les adultes n’est pas d’éradiquer ces expérimentations, mais d’apprendre à en décrypter les effets. Une identification symbolique à un animal peut rester un jeu sérieux mais transitoire, ou devenir le révélateur d’une vulnérabilité. La différence se lit dans la continuité de la vie quotidienne, dans la qualité des liens et dans la capacité du jeune à ne pas se résumer à une seule étiquette, quelle qu’elle soit.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce qu'un « therian » exactement ?

    Un « therian » est un adolescent qui se définit par une identification symbolique à un animal, se filmant en imitant ses gestes, portant des accessoires comme des oreilles ou des queues factices, et se sentant liée à une espèce particulière. Cependant, le jeune sait parfaitement qu'il reste humain et ne croit pas à une transformation physique réelle.

    Est-ce qu'être « therian » indique un trouble mental ?

    Non, selon les experts consultés. Cette identification relève d'une tendance identitaire adolescente normale, tant que le jeune garde une perception claire de sa réalité et qu'il n'y a pas de rupture avec le contact avec le monde réel. Ce ne devient problématique que si cela affecte négativement son fonctionnement quotidien.

    Quel rôle jouent les réseaux sociaux comme TikTok dans cette tendance ?

    TikTok amplifie considérablement cette tendance en créant un effet de contagion identitaire. Les plateformes rendent visibles des préférences qui auraient été isolées auparavant, valident l'identité par les likes et commentaires, et connectent rapidement des adolescents vulnérables cherchant un groupe d'appartenance.

    Pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement concernés par cette tendance ?

    L'adolescence est une phase où la recherche de soi, la pression des pairs et le besoin de se distinguer convergent intensément. Selon la théorie d'Erik Erikson, c'est une période de « crise d'identité versus confusion des rôles » où le besoin de se sentir accepté par le groupe est très fort.

    À quel moment faut-il consulter un spécialiste si mon enfant est « therian » ?

    Le signal d'alerte n'est pas l'étiquette en elle-même, mais ses conséquences sur la vie quotidienne du jeune. Il faut consulter si cette identité affecte négativement sa vie scolaire, familiale, sociale ou émotionnelle, ou s'il montre des signes de rupture avec la réalité ou un repli massif.
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