En plein confinement, un couple du Hampshire, en Angleterre, s’attaque à sa clôture de jardin avant de mettre au jour un surprenant butin enfoui.
En ajustant de simples piquets de clôture dans leur jardin de Milford on Sea, dans le sud de l’Angleterre, un couple britannique a mis la main sur un ensemble de pièces anciennes évalué à au moins 230 000 livres sterling. Ce trésor, examiné par le British Museum puis confié à un commissaire-priseur, doit être vendu aux enchères en Suisse, rapporte le média public britannique BBC.
Un jardin banal, un geste anodin… et des « disques étranges »
Les faits remontent au 6 avril 2020, en plein premier confinement au Royaume-Uni. Comme beaucoup de foyers à cette période, ce couple du Hampshire profite du temps libre pour bricoler au jardin. En déplaçant des piquets de clôture, ils aperçoivent dans la terre argileuse de petits objets ronds, décrits comme de « curieux disques circulaires ».
Intrigués, ils les ramassent et les confient à leur fils adolescent. Ce dernier prend le temps de les nettoyer et réalise rapidement qu’il ne s’agit pas de simples rondelles de métal. Ce sont des pièces en or et en argent, très anciennes, dont les motifs commencent à apparaître sous la boue séchée.
En tout, 70 pièces en or et en argent ont été mises au jour dans ce jardin du Hampshire, formant un véritable trésor de l’époque Tudor.
Le couple, qui a choisi de rester anonyme, signale alors sa découverte, ce qui déclenche la procédure officielle prévue au Royaume-Uni pour ce type de trouvailles archéologiques.
Des pièces datant de la guerre des Deux-Roses aux années 1530
Selon les informations communiquées à la BBC par la maison spécialisée David Guest Numismatics, les pièces couvrent une période d’environ un siècle. Les plus anciennes remontent au règne du roi Henri VI, dans les années 1420, au cœur de la période troublée de la guerre des Deux-Roses. La majorité date toutefois des années 1530, soit la pleine époque Tudor.
Parmi ces monnaies, certaines portent les initiales de deux épouses d’Henri VIII : Catherine d’Aragon et Jane Seymour. Ces marquages permettent de dater précisément l’émission de plusieurs pièces dans la dernière phase du règne du roi, lorsque ce dernier est marié à sa troisième femme, Jane Seymour, au milieu des années 1530.
Cette association de règnes et de reines fait de ce lot un témoignage rare de la période où l’Angleterre bascule religieusement et politiquement, avec la rupture d’Henri VIII d’avec l’Église catholique de Rome.
Un « pactole » déjà colossal au XVIe siècle
Les spécialistes estiment que l’ensemble des 70 pièces représentait à l’époque une valeur d’environ 26 livres, cinq shillings et cinq pence et demi. Ce montant peut sembler modeste à un lecteur actuel, mais il s’agit, pour le XVIe siècle, d’une somme considérable.
Le commissaire-priseur David Guest, chargé de la vente, rappelle à la BBC qu’une maison à la campagne coûtait, dans les années 1530, de l’ordre de 25 livres. Le propriétaire du trésor avait donc enterré l’équivalent, ou presque, du prix d’une maison rurale de l’époque.
Pour David Guest, celui qui a enfoui ce trésor était « un individu très riche », capable de dégager une somme proche de la valeur d’une maison à la campagne au XVIe siècle.
Reste sans réponse la question centrale : pourquoi cette fortune a-t-elle été enterrée puis oubliée ? Maladie, accident, conflit local ou simple secret de famille jamais transmis… Aucune source ne permet aujourd’hui de le savoir avec certitude.
Du British Museum à la salle des ventes de Zurich
Conformément à la législation britannique sur les trésors archéologiques, la découverte a été déclarée et les pièces ont été confiées au British Museum, à Londres. L’institution les a examinées, authentifiées et évaluées, en lien avec le Treasure Valuation Committee, un comité officiel chargé de donner une estimation de marché pour ce type de découverte.
Après cette phase d’expertise, les musées britanniques intéressés ont la possibilité d’acquérir le trésor au prix fixé. Dans ce cas précis, aucun établissement n’a pu se porter acquéreur. Les pièces ont donc été restituées au couple en 2023, près de trois ans après leur découverte.
Celles-ci vont désormais être dispersées aux enchères. David Guest a annoncé que la vente se tiendrait à Zurich, en Suisse, le 5 novembre. La valeur plancher communiquée est d’au moins 230 000 livres sterling, mais le commissaire-priseur s’attend à un résultat supérieur.
David Guest prévoit que les pièces « dépasseront largement leur estimation initiale » en raison de leur excellent état de conservation et de leur intérêt historique.
Le produit de la vente reviendra au couple, comme le permet le droit britannique dans ce type de situation, une fois la procédure de trésor achevée.
« Ils ont touché le gros lot »
Interrogé par la BBC, David Guest résume d’une formule ce que beaucoup imaginent un jour : tomber sur un objet de grande valeur en retournant son jardin. Selon lui, « nous rêvons tous de trouver quelque chose qui vaille de l’argent dans nos jardins – eux ont vraiment touché le gros lot ».
Le spécialiste insiste aussi sur la rareté d’un tel ensemble. Peu de dépôts monétaires découverts ces dernières années remontent aussi loin dans le temps, jusqu’au règne d’Henri VI. Pour les numismates, ce lot offre un panorama concret de la circulation monétaire en Angleterre sur plus d’un siècle.
Que se passe-t-il en cas de trésor trouvé en France ?
Pour un lecteur français, cette histoire pose une question immédiate : que se passe-t-il si l’on trouve, en France, un trésor comparable dans son jardin ou sous sa maison ? Le cadre juridique n’est pas le même que celui du Royaume-Uni, où une procédure de « Treasure » spécifique s’applique.
En France, le Code civil définit comme trésor tout bien caché ou enfoui, sur lequel personne ne peut justifier de propriété, et qui est découvert par pur hasard. La règle générale, lorsqu’il s’agit d’un terrain privé, est la suivante :
si le propriétaire du terrain découvre lui-même le trésor, il en devient intégralement propriétaire, sous réserve du respect des règles relatives aux objets archéologiques ;
si le trésor est découvert par une autre personne que le propriétaire du terrain, le trésor est partagé par moitié entre le découvreur et le propriétaire, là encore sous réserve du droit archéologique et patrimonial.
Lorsque la découverte présente un intérêt archéologique ou historique majeur, l’État peut intervenir. Les services régionaux de l’archéologie, rattachés au ministère de la Culture, peuvent prescrire des mesures de protection, voire une expropriation dans certains cas, avec indemnisation des propriétaires. Les trouvailles significatives doivent être déclarées en mairie ou aux autorités compétentes.
En France, une trouvaille ancienne d’importance ne se réduit pas à une question de valeur marchande : elle relève aussi du patrimoine national protégé par la loi.
Les personnes utilisant un détecteur de métaux doivent, en particulier, se conformer à une réglementation stricte. L’usage de ce matériel à des fins de recherche de trésors archéologiques, sans autorisation préalable, peut entraîner des sanctions pénales.
Un trésor Tudor, entre valeur marchande et mémoire historique
Au-delà de la somme attendue lors de la vente de Zurich, ce dépôt de 70 pièces Tudor intéresse les historiens à plusieurs titres. Il éclaire les pratiques de thésaurisation d’une élite fortunée du sud de l’Angleterre au début du XVIe siècle, dans un contexte de fortes tensions religieuses et politiques.
Les présences conjuguées de monnaies frappées sous Henri VI et d’autres portant les initiales de Catherine d’Aragon et de Jane Seymour suggèrent une accumulation patiente, avant un enfouissement volontaire. Les chercheurs peuvent, en étudiant les types de pièces, leur métal, leur usure et leur répartition chronologique, mieux comprendre la circulation de l’or et de l’argent dans l’économie anglaise de l’époque.
Pour les collectionneurs, la combinaison de plusieurs règnes, l’association directe avec Henri VIII et ses épouses, ainsi que la qualité des exemplaires, constitue un argument fort. Chaque pièce peut intéresser des profils différents d’acheteurs : spécialistes des Tudors, amateurs de la guerre des Deux-Roses ou numismates focalisés sur un type de monnaie particulier.
Conseils de prudence pour les trouvailles fortuites
En France comme au Royaume-Uni, une découverte fortuite de pièces anciennes ne doit pas être traitée comme un simple butin. Un réflexe prudent consiste à :
ne pas nettoyer de manière agressive les objets trouvés, pour éviter de les abîmer ;
prendre des photos du lieu exact de la découverte ;
contacter les autorités compétentes (mairie, service régional de l’archéologie, parfois gendarmerie) ou un professionnel reconnu ;
éviter toute revente discrète, qui peut se heurter au code du patrimoine.
Cette histoire de jardin ordinaire devenu gisement de trésor Tudor montre qu’un simple coup de pelle peut ouvrir une fenêtre inattendue sur cinq siècles d’histoire. Elle rappelle aussi qu’entre valeur financière et intérêt scientifique, les pièces exhumées du sol racontent toujours davantage qu’un simple gain potentiel.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi ce trésor a-t-il été enfoui dans le jardin ?
L'article ne fournit pas de réponse certaine. Selon David Guest, plusieurs hypothèses existent : maladie, accident, conflit local ou secret de famille jamais transmis, mais aucune source ne permet de déterminer avec certitude la raison.
Combien valait ce trésor à l'époque Tudor ?
L'ensemble des 70 pièces représentait environ 26 livres, cinq shillings et cinq pence et demi au XVIe siècle. Cette somme correspondait presque à la valeur d'une maison rurale des années 1530, ce qui montre qu'il s'agissait d'une fortune considérable.
Que se passe-t-il si l'on trouve un trésor semblable en France ?
En France, le propriétaire du terrain qui découvre lui-même un trésor en devient propriétaire intégral, sauf si un intérêt archéologique majeur amène l'État à intervenir. Si un tiers découvre le trésor, il est partagé par moitié entre le découvreur et le propriétaire.
Comment le couple a-t-il pu vendre le trésor ?
Le couple a déclaré la découverte conformément à la législation britannique. Le British Museum l'a examiné et évalué. Aucun musée ne s'étant porté acquéreur au prix fixé, les pièces ont été restituées au couple en 2023, qui peut les vendre librement aux enchères.
Quelles sont les pièces les plus anciennes du trésor ?
Les plus anciennes remontent au règne d'Henri VI, dans les années 1420, en plein période de la guerre des Deux-Roses. La majorité date toutefois des années 1530, soit la pleine époque Tudor.