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Fermé depuis plus d’un siècle : cet appartement privé de Gaudí à Barcelone rouvre après trois ans de restauration

Fermé depuis plus d'un siècle : cet appartement privé de Gaudí à Barcelone rouvre après trois ans de restauration

Au cœur de Barcelone, un appartement resté fermé plus de cent ans dans la célèbre Casa Batlló vient d’être dévoilé au public.

À Barcelone, en Espagne, la Casa Batlló d’Antoni Gaudí ouvre pour la première fois au public un étage longtemps resté dans l’ombre : un vaste appartement privé au troisième étage, fermé depuis plus d’un siècle. Comme le rapporte le site culturel international My Modern Met, ce lieu intime a fait l’objet de trois ans de restauration minutieuse, pour un budget dépassant les 4 millions d’euros.

Un appartement de famille resté habité jusqu’en 2019

Lorsque l’industriel du textile Josep Batlló commande à Antoni Gaudí la transformation de son immeuble en 1904, l’architecte catalan repense entièrement le bâtiment. Il redessine la façade ondoyante, ajoute deux étages, crée le toit-sculpture devenu emblématique, et modèle les intérieurs avec ces formes organiques qui font aujourd’hui la réputation de la Casa Batlló, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Au fil du temps, la plupart des espaces sont intégrés au circuit de visite du monument, installé sur le Passeig de Gràcia, l’une des grandes artères de Barcelone. Une exception notable persiste toutefois : le troisième étage, qui reste un appartement privé occupé par les descendants de la famille Batlló.

Ce n’est qu’en 2019 que l’histoire bascule. La dernière occupante, Mercedes Arbiol Muntané, descendante directe de la lignée, décède. L’appartement se fige alors, chargé de meubles, de traces de vie quotidienne, et surtout d’éléments d’origine jamais transformés pour les besoins d’un musée.

Pendant plus d’un siècle, le troisième étage de la Casa Batlló a continué à fonctionner comme un véritable appartement de famille, préservant un intérieur domestique authentique, à l’écart du parcours touristique.

Pour les spécialistes du patrimoine, ce cas est rarissime : un logement signé Gaudí, utilisé sans discontinuer comme résidence, qui a évolué naturellement au rythme des habitants plutôt que sous le contrôle de conservateurs.

Une restauration de trois ans centrée sur l’authenticité

La fondation qui gère la Casa Batlló confie alors un vaste chantier à l’architecte restaurateur Xavier Villanueva. Pendant trois ans, une équipe de conservateurs et d’artisans intervient, avec une ligne directrice claire : retrouver le plus possible l’œuvre originale de Gaudí sans la réinventer.

Les couches de peinture et les ajouts successifs sont retirés avec prudence. À mesure que les équipes avancent, des éléments inattendus surgissent.

  • Des stucs floraux réapparaissent, avec des motifs végétaux délicats.
  • Les plafonds aux courbes ondulantes, typiques de Gaudí, se dévoilent sous des finitions plus récentes.
  • Des portes réutilisées par l’architecte depuis d’autres parties de la maison sont identifiées.
  • Un modèle de poignée de porte, jusque-là non répertorié, conçu spécialement pour la Casa Batlló, est mis au jour.

Chaque fois que la matière d’origine le permet, les artisans consolident plutôt que de remplacer. Le bois, les sols et les plâtres d’époque sont conservés. Quand des éléments manquent, les restaurateurs les restituent à l’identique, en recourant à des techniques artisanales traditionnelles, proches de celles du début du XXe siècle.

Le chantier vise moins à « refaire du Gaudí » qu’à dégager ce qui subsiste du travail initial, en respectant les matériaux et les gestes d’origine.

Un intérieur contemporain signé Paola Navone

Une fois le cadre architectural restauré, la Casa Batlló fait un choix fort : ne pas transformer l’appartement en « musée d’époque » figé. L’institution invite la designer italienne Paola Navone et son OTTO Studio à imaginer un aménagement contemporain, en dialogue avec l’architecture de Gaudí.

L’objectif : redonner à ces 440 m² l’atmosphère d’un lieu habité, plutôt que celle d’une reconstitution historique. Le mobilier, les luminaires et les objets sont créés sur mesure.

Dans l’appartement, on trouve ainsi :

  • des luminaires dessinés pour mettre en valeur les formes courbes des plafonds ;
  • des tapis noués à la main, qui structurent les espaces et absorbent le son ;
  • des pièces de mobilier sculpturales, mais volontairement sobres pour ne pas rivaliser avec l’architecture ;
  • des objets artisanaux, qui rappellent le goût de Gaudí pour la matière et le fait main.

L’ensemble reste chaleureux, avec des couleurs et des textures qui soulignent le caractère organique de l’appartement. L’idée est d’accompagner Gaudí, non de le masquer.

Un parcours intime à travers 440 m² de pièces et de détails

Sur environ 440 mètres carrés, le troisième étage se déploie en une série de pièces aux ambiances marquées, conçues pour fonctionner comme un véritable logement bourgeois du début du XXe siècle.

La Sala Gaudí, pièce d’accueil et mémoire familiale

Les visiteurs sont d’abord accueillis dans la « Sala Gaudí ». Cette grande pièce s’ouvre sous des plafonds restaurés, ornés de motifs de branches d’olivier en stuc. Des assises rouge profond ponctuent l’espace, créant un contraste net avec les surfaces claires.

Le long des murs, de simples crochets à tableaux subsistent, témoins silencieux des œuvres et photos de famille qui y étaient accrochées. Ces détails conservent une dimension intime, rarement accessible dans les maisons d’architecte transformées en musées.

Cuisine bleue, salle de jeux et gastrobar

Plus loin, une salle de jeux se distingue par un lustre spectaculaire, inspiré du corail et des sirènes, clin d’œil à l’imaginaire marin qui traverse toute la Casa Batlló.

La cuisine, traitée dans des tonalités bleues apaisantes, prolonge ce thème. Juste à côté, un gastrobar complète l’ensemble, pensé pour des dégustations et des repas intimistes. Les nuances marines, chères à Gaudí dans cette maison, s’y déclinent sur les murs, le mobilier et le choix des matériaux.

Partout, la lumière naturelle circule librement. Gaudí avait conçu l’édifice pour favoriser la ventilation croisée et une forte présence de lumière, avec des puits de jour et des ouvertures soigneusement étudiées. L’appartement restauré met pleinement en valeur cette approche moderne de l’habitat.

En ouvrant ce troisième étage, la Casa Batlló offre une vision quotidienne de l’œuvre de Gaudí, telle qu’elle pouvait être vécue par une famille, et pas seulement admirée par des visiteurs.

Des salons privés plutôt qu’une salle de visite classique

La Casa Batlló ne fait pas de cet appartement une étape supplémentaire du circuit classique. L’établissement le positionne comme un ensemble de salons privés, réservés à des événements sur mesure : réunions, présentations, célébrations, dîners en petit comité.

Cette stratégie permet de conserver le sentiment d’intimité du lieu. Les groupes restent réduits et l’expérience s’apparente davantage à une réception dans une résidence que dans un musée. Pour les invités, l’architecture de Gaudí redevient ce qu’elle était à l’origine : un décor de vie, un écrin pour les échanges et la sociabilité.

L’appartement garde aussi la mémoire d’une occupation continue par la même famille, un élément rarement préservé dans les grandes demeures transformées en sites touristiques. L’atmosphère domestique, combinée à la restauration, crée une expérience assez singulière dans le paysage culturel barcelonais.

Ce que cela représente pour le patrimoine de Gaudí

Pour les spécialistes de l’architecture, l’ouverture de ce troisième étage constitue une source d’information précieuse. Les détails révélés – stucs, poignées, portes réemployées – complètent la connaissance du travail de Gaudí à une échelle très quotidienne : celle des circulations, des finitions, des usages domestiques.

Les choix de restauration, qui privilégient la conservation plutôt que la reconstitution, s’inscrivent dans une tendance de fond dans le monde du patrimoine : laisser visibles certaines traces du temps et des occupants successifs, au lieu d’effacer un siècle de vie pour revenir à un « état zéro » hypothétique.

Pour un visiteur français, l’intérêt tient autant à l’architecture qu’au rapport à l’habitat bourgeois du début du XXe siècle en Catalogne. Cet appartement montre comment un architecte majeur adapte son langage formel à un intérieur familial, avec des contraintes de confort et d’usage très concrètes.

Maisons d’architecte ouvertes au public : la situation en France

En France, plusieurs demeures d’architectes célèbres sont ouvertes à la visite, mais rarement dans des conditions comparables. Dans la plupart des cas, ces maisons fonctionnent comme des musées ou des lieux d’exposition.

Maison / œuvre Ville Usage actuel principal
Villa Savoye (Le Corbusier) Poissy Monument ouvert à la visite, géré par le Centre des monuments nationaux
Maison La Roche (Le Corbusier) Paris Musée et fondation
Villa E-1027 (Eileen Gray) Roquebrune-Cap-Martin Lieu de visite guidée, sans usage résidentiel

Dans ces exemples, le visiteur suit un parcours muséographique structuré, avec horaires, billetterie classique et conservation stricte des espaces. L’idée d’utiliser des pièces pour des dîners privés ou des réunions reste limitée, même si certains monuments proposent ponctuellement des privatisations.

Autre différence : en France, les maisons protégées au titre des monuments historiques font l’objet de règles strictes en matière de restauration. Les travaux sont encadrés par l’administration (architectes des bâtiments de France, directions régionales des affaires culturelles), avec des autorisations spécifiques. En Espagne, les mécanismes existent aussi, mais les marges de manœuvre peuvent différer selon le propriétaire et la nature de la protection, même au sein d’un site classé par l’Unesco.

Pour un lecteur français, l’exemple de la Casa Batlló illustre une tendance émergente : transformer des lieux patrimoniaux emblématiques en espaces d’expérience haut de gamme, tout en conservant une vraie exigence de conservation. En France, cette logique apparaît surtout dans certains châteaux ou hôtels particuliers privatisables, mais rarement dans les maisons d’architectes les plus connues.

Architecture domestique, confort et expérience de visite

L’ouverture de cet appartement rappelle le rôle central de la lumière, de la ventilation et des circulations dans la pensée de Gaudí. Dans un contexte où la rénovation énergétique et le confort d’été préoccupent de nombreux ménages en France, l’exemple de ce logement centenaire bien ventilé apporte un éclairage concret sur des solutions architecturales passives déjà pensées au début du XXe siècle.

Visiter ce type de lieu permet aussi de mieux saisir la différence entre un décor conçu pour être regardé et un cadre de vie pensé pour être utilisé au quotidien. Les seuils, les poignées, les hauteurs de portes ou la disposition des pièces témoignent d’un soin apporté aux gestes simples : ouvrir, s’asseoir, circuler, partager un repas.

Pour les amateurs d’architecture comme pour les professionnels, cet appartement restauré fonctionne ainsi comme un laboratoire à ciel ouvert sur l’habitat, son évolution et ses usages. Un regard utile au moment où les modes de vie, en France comme en Espagne, se transforment à grande vitesse, entre télétravail, coliving et recherche de lieux plus flexibles.

Questions fréquentes

Pourquoi cet appartement de Gaudí est-il resté fermé plus d'un siècle?

L'appartement du troisième étage de la Casa Batlló a continué à fonctionner comme un véritable logement familial, occupé en continu par les descendants de Josep Batlló, à l'écart du circuit touristique de la maison musée.

Qu'a-t-on découvert durant la restauration?

Les équipes ont révélé des stucs floraux aux motifs végétaux délicats, des plafonds aux courbes ondulantes typiques de Gaudí, des portes réutilisées et un modèle de poignée de porte jusque-là non répertorié, conçu spécialement pour la Casa Batlló.

Quel est l'objectif de Paola Navone en réaménageant cet espace?

Redonner à l'appartement l'atmosphère d'un lieu habité plutôt que celle d'une reconstitution historique, en créant un mobilier et des luminaires contemporains en dialogue avec l'architecture gaudienne, sans rivaliser avec elle.

Comment l'appartement est-il accessible au public?

La Casa Batlló le positionne comme un ensemble de salons privés réservés à des événements sur mesure: réunions, présentations, célébrations et dîners en petit comité, plutôt que comme une étape du circuit touristique classique.

Combien de temps et quel budget ont été nécessaires pour la restauration?

Trois ans de travail et plus de 4 millions d'euros ont été mobilisés pour une restauration minutieuse basée sur l'authenticité, où les équipes de conservateurs et d'artisans ont privilégié la consolidation des éléments d'époque à leur remplacement.
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