Thermomix au camping grâce à la voiture électrique : le BMW iX3 fournit 3,7 kW et tracte 2 000 kg, quand la Renault 5 et la MG4 plafonnent entre 500 et 800 kg
En Allemagne, des tests menés par l’ADAC montrent que certaines voitures électriques transforment un simple emplacement de camping en « mini centrale » mobile.
Le magazine spécialisé allemand CARAVANING a passé au crible, à partir d’un test de l’ADAC, six voitures électriques capables d’alimenter des appareils externes au camping tout en servant de tracteurs pour caravane. Objectif : savoir quels modèles permettent à la fois de tirer un vrai caravane et de faire tourner confortablement un Thermomix, une cafetière ou une glacière loin de toute prise de courant.
Un test ADAC centré sur la fonction V2L des voitures électriques
Pour ce comparatif, CARAVANING s’est appuyé sur les mesures réalisées par l’automobile-club allemand ADAC sur six modèles : BMW iX3, BYD Seal, Kia EV5, MG4, Renault 5 et XPeng G9. Le test visait la fonction V2L, pour Vehicle-to-Load, c’est‑à‑dire la capacité de la voiture à fournir du courant à des appareils externes.
L’ADAC a notamment évalué :
la puissance électrique maximale pouvant être fournie sur la durée ;
la consommation propre du système V2L (ce qu’il consomme rien que pour fonctionner) ;
la réaction face aux appels de courant au démarrage des appareils ;
la gestion de la surcharge et du court‑circuit.
Les mesures de l’ADAC montrent que, bien utilisée, une voiture électrique peut remplacer une station électrique portable pour un séjour en caravane, tout en restant un tracteur performant.
CARAVANING a ensuite croisé ces données avec les caractéristiques de remorquage : charge tractable autorisée et existence d’un attelage homologué. Résultat : seuls trois modèles se révèlent réellement convaincants pour un usage « vacances en caravane ».
V2L : une rallonge géante… mais pas une prise de camping
La fonction V2L permet à la voiture de puiser dans sa batterie de traction pour alimenter un appareil externe : machine à café, compresseur, chargeur de vélo électrique, outils, voire un robot de cuisine puissant comme un Thermomix. L’énergie sort de la batterie principale, ce qui réduit d’autant l’autonomie disponible pour rouler.
Dans le cadre du camping, la voiture peut ainsi tenir lieu de « power station » silencieuse, sans fumées ni odeurs, à condition de bien gérer la réserve pour la suite du trajet.
V2L ne remplace pas automatiquement un raccordement électrique de camping conforme : brancher tout le circuit 230 V de la caravane sur la voiture sans installation adaptée est jugé dangereux et interdit.
Les experts cités par CARAVANING rappellent qu’une alimentation globale du véhicule tracté exige une solution conçue et installée par un professionnel qualifié. Les célèbres câbles « prise‑prise » bricolés restent proscrits.
Trois modèles écartés pour le remorquage de caravane
Sur les six voitures testées, trois sortent du jeu pour un usage caravaning classique. BYD Seal, MG4 et Renault 5 proposent bien une fonction V2L intéressante pour alimenter des appareils au quotidien. Mais leur capacité de remorquage, limitée entre 500 et 800 kg, les cantonne aux très petites remorques.
Pour le transport d’un vrai caravane familial, CARAVANING les juge « pas réalistes ». Le comparatif se concentre donc sur les trois autres candidats : BMW iX3, Kia EV5 et XPeng G9.
BMW iX3 : le champion pour les grosses caravanes et les gros appareils
Dans ce trio, le BMW iX3 s’impose comme le plus sérieux tracteur pour ceux qui voyagent avec une caravane conséquente. Selon la version, il peut tracter jusqu’à 2 000 kg avec remorque freinée, un seuil qui couvre une large partie des caravanes familiales modernes.
Côté alimentation électrique, le SUV bavarois domine aussi : le test ADAC a mesuré une puissance V2L soutenue de 3,7 kW, avec des pointes entre 4 et 5 kW pendant environ dix minutes avant arrêt de sécurité.
Avec 3,7 kW en continu et des pics à 4–5 kW, le BMW iX3 accepte sans broncher les démarrages gourmands d’appareils à moteur ou compresseur, très fréquents en camping.
Dans un usage concret, cela signifie qu’un Thermomix, une machine expresso puissante, une pompe ou certains outils électriques pourront être alimentés sans que la voiture se mette immédiatement en défaut, même si leur appel de courant au démarrage dépasse brièvement leur puissance nominale.
L’ADAC a jugé le comportement du BMW « robuste » face aux pics de charge. En revanche, l’autoclub n’a pas pu mesurer précisément la consommation propre du système V2L du iX3. D’après CARAVANING, la fonction V2L est proposée en Allemagne pour 740 euros dans un pack incluant un chargeur 22 kW, avec un adaptateur facturé 199 euros.
Pour quels campeurs le BMW iX3 est‑il adapté ?
Le BMW iX3 vise clairement les campeurs qui tractent un caravane de taille moyenne ou supérieure et qui envisagent d’utiliser régulièrement le V2L. Pour ces profils, la combinaison d’une forte capacité de remorquage et d’une tolérance élevée aux variations de charge en fait la première option retenue par CARAVANING dans cette sélection.
Kia EV5 : l’équilibre entre usage quotidien et vacances
Le Kia EV5 se positionne comme un compromis pour le quotidien et les vacances. L’ADAC a mesuré une puissance V2L en continu de 3,6 kW, très proche du BMW, avec une capacité de remorquage autour de 1 250 kg selon la version. Le modèle convient ainsi surtout aux petites et moyennes caravanes.
Le SUV coréen a lui aussi bien encaissé les appels de courant au démarrage des appareils. CARAVANING souligne en outre la clarté des messages d’erreur : en cas de surcharge, le véhicule affiche par exemple « consommation trop élevée », un message facilement compréhensible pour l’utilisateur.
Point faible : la consommation propre du système V2L. L’ADAC a relevé environ 390 W, même quand l’appareil branché ne consomme quasiment rien.
Sur une courte pause café, l’auto‑consommation de 390 W du Kia EV5 reste anecdotique. Sur une petite glacière branchée pendant des heures, elle pèse lourdement sur la batterie.
En pratique, alimenter une cafetière pendant dix minutes reste négligeable. Mais laisser une glacière de 50 W branchée toute la nuit via le V2L du Kia revient à ponctionner l’équivalent de 440 W en continu sur la batterie (390 W pour le système, 50 W pour la glacière).
Sur le Kia EV5, la fonction V2L est incluse de série sur les finitions supérieures, d’après les données compilées par CARAVANING, tandis que l’adaptateur est annoncé à 392 euros.
Pour quels campeurs le Kia EV5 est‑il adapté ?
Le Kia EV5 cible les campeurs équipés d’un caravane léger ou de taille moyenne et à la recherche d’un SUV utilisable au quotidien. La V2L semble taillée pour un usage ponctuel : café sur une aire, recharge d’un vélo électrique, alimentation d’un outil, plutôt que pour faire tourner en permanence un équipement gourmand au camping.
XPeng G9 : beaucoup de puissance, mais plus sensible
Troisième modèle retenu, le XPeng G9 associe une capacité de remorquage atteignant 1 500 kg à une puissance V2L durable de 3,4 kW. Pour la majorité des caravanes, cette fiche technique suffit largement.
Les tests de l’ADAC mettent toutefois en lumière une sensibilité plus marquée du système face aux appels de courant au démarrage. Là où BMW iX3 et Kia EV5 encaisseraient mieux les pics, le XPeng G9 se montre plus pointilleux.
Pour des appareils simples – chargeurs, éclairage, petite cafetière – le XPeng G9 convient bien. Pour des outils ou compresseurs, CARAVANING recommande de tester avant achat.
Le SUV chinois affiche un niveau d’auto‑consommation similaire à celui du Kia EV5, autour de 400 W. Sur de longues durées, cette dépense énergétique s’ajoute intégralement à celle de l’appareil alimenté. La fonction V2L est proposée de série sur le G9, avec un adaptateur facturé 120 euros dans les données recensées par le magazine.
Pour quels campeurs le XPeng G9 est‑il adapté ?
Le XPeng G9 vise les campeurs qui ont besoin de tracter jusqu’à 1,5 tonne et souhaitent profiter d’une V2L richement dotée. Il s’adresse notamment à ceux qui alimentent surtout des consommateurs simples et constants, plutôt que des équipements à fort appel de courant au démarrage.
Un système pratique… mais pénalisé par son propre appétit
Les mesures de l’ADAC révèlent une faiblesse commune à presque tous les véhicules testés : la forte consommation propre du V2L. Sur cinq des six modèles, elle se situe entre 390 et 500 W, y compris pour les trois véhicules retenus pour le caravaning.
Sur une machine à café de 2 kW qui fonctionne dix minutes, ce surplus reste marginal. En revanche, pour une petite charge permanente, l’addition grimpe très vite. CARAVANING cite un exemple parlant : une glacière de 50 W branchée sur le XPeng G9 fait en réalité appeler environ 450 W à la batterie, une fois l’auto‑consommation de 400 W intégrée.
Pluie, sécurité et limites d’usage du V2L
Autre point relevé par CARAVANING à partir des notices constructeurs : tous les fabricants testés interdisent explicitement l’usage du V2L sous la pluie ou sur sol mouillé, même si l’adaptateur présente un certain niveau de protection aux projections d’eau.
Les six constructeurs examinés proscrivent l’utilisation du V2L sous la pluie ou en présence d’humidité, ce qui limite l’usage extérieur spontané.
Or, la fonction intéresse surtout en extérieur, précisément là où il n’y a pas de borne de camping. Les campeurs doivent donc prévoir un abri sec et protégé s’ils souhaitent alimenter leurs appareils via la voiture : auvent, tente de réception, cabane, garage ouvert…
Pour CARAVANING, le V2L doit être considéré avant tout comme une source de courant ciblée pour des appareils ponctuels, et non comme une alimentation extérieure universelle en toutes circonstances.
Ce qu’il faut vérifier avant de choisir un tracteur électrique
Sur la base du test de l’ADAC, CARAVANING dresse une check‑list pour ceux qui envisagent un véhicule électrique pour tracter un caravane :
Charge tractable : vérifier la charge remorquable freinée exacte pour la version choisie, qui varie selon le moteur, la batterie et parfois la finition.
Charge verticale (ou verticale sur flèche) : s’assurer qu’elle correspond au poids sur la tête d’attelage de la caravane et à sa répartition de charge, paramètre clé pour la stabilité de l’ensemble.
Attelage d’origine : privilégier une attache homologuée d’usine ou clairement validée par le constructeur pour le remorquage de caravane.
Type de prise V2L : identifier si le courant sort via une prise intérieure, un adaptateur sur la prise de charge ou les deux, l’adaptateur externe étant souvent plus pratique et plus puissant pour le camping.
Gestion des pics de courant : tenir compte de la tolérance de la voiture aux appels de courant si l’on prévoit d’utiliser des outils, pompes ou compresseurs.
Réserve d’autonomie : intégrer dans le calcul que chaque watt consommé au camping est prélevé sur la batterie de traction, et qu’il faut garder une marge suffisante pour rejoindre la prochaine borne.
Et en France, où en est‑on du V2L pour le camping ?
En France, plusieurs modèles de voitures électriques ou hybrides rechargeables disposent déjà de fonctions d’alimentation d’appareils externes, sur le même principe que les véhicules testés par l’ADAC en Allemagne. Certains SUV électriques commercialisés sur le marché français proposent des prises 230 V ou des adaptateurs sur la prise de recharge, avec des puissances comparables.
Pour le remorquage, les règles restent proches : chaque carte grise mentionne une charge remorquable maximale, et tous les modèles électriques ne sont pas homologués pour tracter une caravane. L’équivalent de l’ADAC, en matière de tests et de recommandations, peut être recherché du côté d’organismes comme l’Automobile Club Association ou de magazines spécialisés dans le caravaning et le camping‑car.
Les mêmes règles de sécurité s’appliquent aussi : un raccordement complet de la caravane à la voiture doit être conçu et posé par un électricien ou un installateur qualifié. Les branchements improvisés, notamment les câbles avec prises aux deux extrémités, restent à proscrire.
Thermomix, glacière et outils : bien utiliser sa voiture électrique au camping
Pour un campeur français envisageant d’utiliser un Thermomix ou une machine expresso sur un emplacement sans électricité, les enseignements du test allemand s’appliquent directement : une voiture pouvant délivrer entre 3 et 4 kW en continu autorise l’usage de la plupart des appareils de cuisine domestiques, à condition de :
brancher un seul appareil puissant à la fois ;
surveiller l’autonomie restante de la voiture ;
éviter tout usage sous la pluie ou dans une zone humide ;
prévoir un abri ventilé pour l’adaptateur et les prises.
Pour les outils électriques, compresseurs ou pompes, le facteur clé devient la tolérance aux pics de courant au démarrage. Les résultats de l’ADAC suggèrent de privilégier des modèles jugés « robustes » comme le BMW iX3 ou le Kia EV5, et de tester les combinaisons sensibles avant d’investir lourdement.
Ce type d’équipement transforme la voiture en véritable outil de vie au camping : alimentation de la cuisine extérieure, charge des vélos, fonctionnement d’un petit bureau nomade. À condition de respecter les règles de sécurité et de ne pas oublier que chaque café, chaque cycle de cuisson ou chaque heure de glacière consomme une partie du trajet retour.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.