Une voiture électrique 54 % moins chère à entretenir ? Ce chiffre viral vient d’un duel ID.3 contre Golf diesel datant de 2021, l’ADAC évoque plutôt 20 à 30 %
En Espagne, un chiffre fait le buzz : un entretien de voiture électrique 54 % moins cher qu’un modèle thermique équivalent, mais la réalité paraît plus nuancée.
Le site technologique espagnol Xataka revient sur un chiffre devenu viral dans les médias : l’affirmation qu’une voiture électrique coûterait jusqu’à 54 % moins cher à entretenir qu’une voiture essence ou diesel. En s’appuyant sur une étude d’Autobild et sur les données de l’automobile club allemand ADAC, l’article montre que l’écart existe bien, mais qu’il tournerait plutôt autour de 20 à 30 % aujourd’hui.
D’où vient le fameux « 54 % d’économie » sur l’entretien ?
À l’origine, ce pourcentage spectaculaire provient de calculs réalisés par le média automobile Autobild. La comparaison portait sur trois modèles du groupe Volkswagen :
un Volkswagen ID.3, 100 % électrique ;
un Volkswagen Golf VII 1.6 TDI de 2016, diesel ;
un Volkswagen e-Golf de 2016, également électrique.
Autobild a additionné les coûts de révision et d’entretien sur la durée, puis les a comparés. Résultat : maintenir le modèle électrique revenait, selon leurs calculs, entre 40 % et 54 % moins cher que ses « frères » à moteur thermique.
Les écarts venaient surtout du prix des révisions en concession. Pour la Golf diesel 1.6 TDI, les visites d’entretien s’échelonnaient entre 393 et 547 euros. Le modèle hybride rechargeable étudié (mentionné dans la méthodologie d’Autobild) affichait des factures de 161 à 275 euros.
En face, le « carnet » du modèle électrique prévoyait des opérations de 200 à 300 euros, avec des passages à l’atelier moins fréquents. En projetant ces montants sur plusieurs années et plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, Autobild parvenait ainsi à ces 40 à 54 % d’économie en faveur de l’électrique.
Le chiffre de 54 % vient d’une comparaison précise, réalisée en Allemagne en 2021, entre un Volkswagen ID.3 et des Golf thermiques.
Pourquoi l’entretien d’une voiture électrique coûte moins cher
Selon les éléments repris par Xataka, plusieurs facteurs expliquent cet avantage structurel de l’électrique sur le plan de la maintenance :
Moins de pièces, moins de risques de panne
Un moteur thermique embarque de nombreux organes susceptibles de tomber en panne ou d’exiger un remplacement périodique. Parmi eux :
les changements d’huile, quasiment inexistants sur une voiture électrique ;
la courroie ou chaîne de distribution ;
les bougies ;
le filtre à particules ;
une multitude de pièces mobiles et d’accessoires spécifiques au moteur à combustion.
Dans un véhicule électrique, la mécanique est plus simple. Il n’y a pas de moteur à combustion, pas de système d’échappement complexe, pas de filtre à particules à entretenir, ce qui élimine autant de sources de pannes potentiellement coûteuses.
Des révisions plus espacées et plus légères
Les programmes d’entretien prévoient souvent des intervalles plus longs entre deux visites. Lors des révisions, les opérations restent plus limitées : contrôles de sécurité, filtres, liquides, éventuellement remplacement de pièces d’usure.
Cette combinaison – moins d’éléments à surveiller et moins de main-d’œuvre – explique une bonne partie des économies constatées sur la durée.
Des freins qui s’usent moins vite
Xataka rappelle aussi un point souvent méconnu : les freins d’une voiture électrique ont tendance à durer plus longtemps, surtout en usage urbain. La raison tient au système de freinage régénératif. Chaque décélération recharge partiellement la batterie en utilisant le moteur électrique comme générateur, ce qui réduit fortement l’usage des disques et des plaquettes.
Sur de nombreux trajets en ville, la pédale de frein est moins sollicitée, ce qui retarde le remplacement des éléments de freinage.
La simplicité mécanique et le freinage régénératif constituent les deux grands atouts de l’électrique sur les coûts d’entretien.
Un avantage aussi sur le « plein », mais pas dans tous les cas
Xataka souligne un autre aspect financier crucial : ce que coûte l’énergie au quotidien. Sur ce point, l’électrique garde un avantage net en ville, plus discutable sur autoroute.
En ville, l’électrique garde l’avantage
Selon les ordres de grandeur avancés par le média espagnol, un véhicule électrique urbain peut consommer entre 10 et 15 kWh/100 km. Avec une recharge domestique autour de 0,10 €/kWh, cela donne un coût d’environ 1 à 1,50 euro pour 100 km.
Face à cela, Xataka prend deux références thermiques :
un hybride consommant 4 l/100 km en ville ;
un modèle essence à 7 l/100 km en usage urbain.
Avec des prix de carburant actuels, la différence se chiffre à plus de cinq euros pour 100 km face à l’hybride, et jusqu’à neuf euros face à l’essence. Pour un automobiliste qui roule beaucoup en milieu urbain, les économies annuelles deviennent rapidement importantes.
Sur longue distance, l’écart se réduit fortement
Sur autoroute, les données évoquées par Xataka resserrent le match. Pour un véhicule électrique consommant 18 à 20 kWh/100 km :
à 0,50 €/kWh sur borne rapide, le coût se situe autour de 9 à 10 €/100 km, proche d’une voiture essence ;
à 0,80 €/kWh sur borne ultrarapide, l’électrique devient nettement moins compétitif que l’essence ou le diesel.
C’est donc surtout la recharge à domicile, ou à tarif réduit, qui rend l’électrique financièrement intéressant.
Pourquoi le chiffre de 54 % est jugé trompeur aujourd’hui
Xataka met en garde : le fameux 54 % repose sur des calculs de 2021. Or, plusieurs paramètres ont bougé depuis, notamment le prix de l’électricité, moins favorable aujourd’hui aux voitures électriques dans certains pays européens.
Surtout, l’article cite les derniers chiffres publiés par l’ADAC, l’automobile club allemand, souvent comparé au RACE espagnol ou à un mélange d’assistance routière et d’association de consommateurs.
Selon l’ADAC, l’économie réelle se situerait désormais plutôt entre 20 % et 30 % en faveur de l’électrique, et non 40 à 54 %.
L’électrique reste gagnant, mais l’écart se resserre. Les hausses de prix de l’énergie et l’ajustement des coûts d’entretien des nouveaux modèles expliquent ce réajustement.
Les zones grises : aides, stationnement, revente…
Xataka insiste sur un point : calculer ce que l’on « gagne » avec une voiture électrique ne se limite pas à additionner l’entretien et les pleins.
Aides publiques et stationnement en Espagne
En Espagne, les candidats à l’électrique peuvent intégrer dans leurs calculs :
les économies potentielles sur le stationnement dans les zones réglementées, certaines villes offrant des tarifs réduits aux véhicules zéro émission ;
les aides du Plan MOVES III, un programme de subventions à l’achat d’un véhicule électrique. Xataka rappelle toutefois que, selon la communauté autonome, l’obtention de cette aide n’est pas toujours garantie ni rapide.
Ces éléments peuvent améliorer le bilan économique d’un véhicule électrique, mais ils varient selon la région et ne sont pas assurés à long terme.
La grande faiblesse de l’électrique : la revente
Sur le marché de l’occasion, le constat est beaucoup moins favorable. Xataka souligne que les voitures électriques se déprécient rapidement. Plusieurs raisons sont avancées :
la dégradation progressive des batteries, qui réduit l’autonomie au fil des années ;
le rythme très soutenu des innovations, qui rend de nombreux modèles rapidement dépassés ;
la baisse des prix des modèles neufs, qui pèse mécaniquement sur les valeurs de reprise.
Le média espagnol estime que le marché de seconde main électrique « a tout » pour continuer à perdre de la valeur, au moins à court terme. Pour un acheteur qui revend son véhicule au bout de quelques années, cette décote peut annuler une partie des économies réalisées sur l’entretien et l’énergie.
Ce que recommande Xataka aux automobilistes espagnols
Face à ces paramètres contradictoires, Xataka invite les lecteurs à adopter une approche très rationnelle et à clarifier leurs priorités. Le site formule une série de conseils pratiques, centrés sur l’usage réel du véhicule :
Déterminer précisément le type d’utilisation : trajets quotidiens, kilomètres annuels, fréquence des longs voyages.
Comparer le prix d’achat des versions essence/diesel et électrique pour mesurer le surcoût initial.
Demander aux concessions le détail des coûts d’entretien prévisionnels pour chaque motorisation.
Évaluer le coût d’installation d’une borne ou d’une simple prise de recharge au domicile, et chercher le meilleur tarif d’électricité.
Intégrer dans le calcul le coût du carburant ou de l’électricité, en tenant compte du surcoût des recharges rapides lors des voyages.
Décider si l’on compte garder la voiture longtemps ou la revendre au bout de quelques années, puis regarder les prix actuels de l’occasion pour les modèles ciblés.
Le média rappelle aussi une limite pratique : un petit véhicule avec une batterie de 50 à 60 kWh peut suffire pour un usage quotidien, mais impose des concessions sur les longs trajets. Le « coût » en temps de recharge dépendra alors de ce que chacun est prêt à accepter.
Que retenir pour un automobiliste en France ?
Pour un lecteur français, la logique reste largement comparable, même si les dispositifs d’aide diffèrent. En France, les équivalents du Plan MOVES III espagnol sont, par exemple, le bonus écologique ou la prime à la conversion, gérés par l’État. Leur montant et leurs conditions évoluent régulièrement, mais le principe reste le même : réduire le surcoût d’achat d’un véhicule électrique.
Les collectivités françaises peuvent aussi proposer des avantages locaux : gratuité ou réduction de stationnement pour les véhicules électriques, accès facilité à certaines zones à faibles émissions, ou encore aides à l’installation de bornes de recharge à domicile ou en copropriété.
Sur l’entretien, les mécanismes sont identiques à ceux décrits par Xataka : un moteur électrique comporte moins de pièces, nécessite moins de vidanges et génère en général moins de pannes mécaniques classiques qu’un moteur essence ou diesel. Les automobilistes français constatent eux aussi des révisions souvent moins chères et des freins plus durables en ville, même si les tarifs exacts varient d’un réseau à l’autre.
La question de la revente se pose dans les mêmes termes : forte décote de certains modèles électriques, inquiétudes sur l’état de la batterie, arrivée rapide de nouvelles générations plus performantes. Un acheteur français a donc tout intérêt, comme en Espagne, à réfléchir dès le départ à la durée pendant laquelle il compte conserver son véhicule.
Un calcul global, bien au-delà d’un pourcentage viral
L’article de Xataka montre qu’un pourcentage isolé, comme les fameux « 54 % d’économie », ne suffit pas pour prendre une décision. L’ADAC parle plutôt d’un avantage réel mais plus modeste, de l’ordre de 20 à 30 % sur l’entretien, auquel s’ajoutent les économies possibles sur l’énergie, les aides publiques et certains avantages locaux.
Pour un acheteur, l’enjeu consiste à réunir toutes ces pièces du puzzle et à les adapter à sa situation. Usage essentiellement urbain, possibilité de recharger chez soi, acceptation des temps de recharge sur autoroute, tolérance à la décote à la revente : chaque paramètre pèse dans la balance, souvent bien davantage qu’un chiffre viral partagé sur les réseaux sociaux.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.