Alors que les premiers cheveux blancs apparaissent parfois dès la trentaine, des chercheurs évoquent des cas de « repigmentation » liés au stress, principalement observés au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Des sérums « anti-gris », des compléments alimentaires miracles, des promesses de repigmentation naturelle… Face à ces discours, le magazine britannique Good Housekeeping a interrogé des spécialistes, dont la dermatologue Dr Aamna Adel, pour savoir si les cheveux blancs peuvent réellement redevenir foncés, et dans quelles situations cette inversion semble possible.
Pourquoi les cheveux deviennent blancs avec l’âge
La couleur des cheveux dépend d’un pigment, la mélanine, produite par des cellules spécialisées, les mélanocytes, situées au niveau du follicule pileux. Tant que ces cellules fonctionnent, chaque nouveau cheveu pousse coloré.
Avec le temps, ces mélanocytes « s’épuisent ». La Dr Aamna Adel, dermatologue et fondatrice de la marque capillaire rhute, explique dans Good Housekeeping que lorsque les cellules pigmentaires cessent de produire de la mélanine, le cheveu suivant sort sans couleur.
Un cheveu gris ou blanc est en réalité un cheveu quasiment dépourvu de mélanine, poussé depuis un follicule dont les cellules pigmentaires se sont mises au repos ou ont disparu.
Ce processus ne se produit pas partout en même temps sur le cuir chevelu. D’où l’apparition progressive de quelques mèches argentées, puis de zones de plus en plus largement blanches, sur plusieurs années.
Prendre soin des follicules peut-il retarder les cheveux blancs ?
Une fois ce mécanisme compris, certains fabricants de soins affirment qu’en « protégeant le follicule » ou en « stimulant son énergie », on pourrait ralentir l’arrivée des cheveux blancs.
La Dr Adel nuance fortement ces promesses. Selon elle, soutenir la bonne santé du follicule et limiter ce qu’on appelle le stress oxydatif (agressions liées aux radicaux libres, pollution, tabac, rayons UV, etc.) pourrait théoriquement aider les mélanocytes à durer un peu plus longtemps.
Soutenir l’environnement du follicule peut, au mieux, contribuer à retarder l’arrivée de nouveaux cheveux blancs. Mais cela n’équivaut pas à faire réapparaître la couleur sur des cheveux déjà dépigmentés.
Elle rappelle aussi la difficulté technique des produits appliqués sur le cuir chevelu :
ils doivent traverser la couche de sébum et la peau ;
atteindre la partie vivante du follicule, située en profondeur ;
et, en théorie, « réactiver » des cellules qui ont déjà ralenti ou arrêté leur activité.
Pour la dermatologue, la barre est très haute : aucune preuve solide ne montre aujourd’hui qu’un soin appliqué localement peut, à lui seul, relancer durablement des mélanocytes éteints.
Peut-on vraiment inverser les cheveux blancs ?
Sur la question qui intéresse tout le monde – faire redevinir bruns, blonds ou roux des cheveux déjà gris ou blancs – la réponse des experts interrogés par Good Housekeeping est claire : pour le vieillissement naturel, cela reste très improbable.
La Dr Adel précise que re-pigmenter un cheveu déjà gris signifie tenter de faire repartir des cellules qui, dans la plupart des cas, sont déjà largement épuisées ou absentes. Les traitements capables de faire cela de manière fiable n’existent pas aujourd’hui.
Les efforts sérieux portent davantage sur la protection et le retard de la dépigmentation que sur le retour en arrière, surtout pour les cheveux qui sont blancs depuis longtemps.
En revanche, les spécialistes font une distinction entre deux contextes :
la canitie « classique » liée à l’âge : progressive, installée, très difficile à inverser ;
les cheveux blanchis par un facteur précis, comme un stress aigu ou une carence nutritionnelle, où une marge de réversibilité existe parfois.
Des cas « fascinants » liés au stress et à l’énergie cellulaire
Good Housekeeping rapporte des travaux scientifiques récents qui intéressent particulièrement les chercheurs : ceux qui lient stress, énergie cellulaire et changements de couleur des cheveux.
Le cheveu en croissance consomme énormément d’énergie. Celle-ci est fournie par les mitochondries, souvent décrites comme de véritables petites « centrales » énergétiques à l’intérieur de nos cellules.
Dans une étude citée par le média britannique, des chercheurs ont observé un lien direct entre la courbe de stress d’une personne et l’évolution de la couleur de ses cheveux :
Lorsque la période de stress augmentait nettement, certains cheveux perdaient de la couleur.
Lorsque le niveau de stress diminuait, ces mêmes cheveux retrouvaient partiellement ou totalement leur pigmentation.
Les cheveux gris analysés présentaient aussi davantage de protéines associées aux mitochondries et à la production d’énergie, suggérant un lien entre :
les signaux de stress envoyés par l’organisme ;
le fonctionnement énergétique des cellules du follicule ;
et la capacité à maintenir ou non la production de mélanine.
Ces observations montrent que, dans certains cas précis, le grisonnement n’est pas forcément une trajectoire définitive. Quand le facteur déclencheur s’apaise, une partie du processus peut se remettre en marche.
La Dr Adel insiste toutefois : ces cas concernent surtout des cheveux récemment décolorés par un stress aigu, chez des personnes encore jeunes, et ne valent pas pour la majorité des cheveux blancs installés avec l’âge.
Le rôle du stress dans les cheveux blancs « réversibles »
La dermatologue évoque des travaux qualifiés de « fascinants » montrant que des cheveux devenus gris pendant une période de forte tension psychologique peuvent, parfois, reprendre leur couleur lorsque le stress retombe.
Ce phénomène reste rare et très encadré scientifiquement. Il ne signifie pas qu’un simple soin relaxant ou quelques jours de vacances feront automatiquement disparaître des tempes grisonnantes.
En revanche, ces recherches confortent l’idée que le stress chronique ne se limite pas à des effets psychologiques. Il influe aussi sur des fonctions très visibles, comme la pigmentation des cheveux, via des cascades hormonales et des modifications de l’activité cellulaire.
Deux axes concrets pour chouchouter son cuir chevelu
1. Prendre soin du cuir chevelu
Les experts interrogés par Good Housekeeping estiment qu’une routine douce pour le cuir chevelu, régulière et non agressive, constitue une base raisonnable.
Le principe : conserver un environnement sain autour du follicule pour ne pas accentuer, par des irritations ou une inflammation chronique, le stress auquel sont soumises les cellules impliquées dans la pousse du cheveu.
Des sérums spécialisés, vendus parfois très cher, promettent de « soutenir l’énergie du bulbe » ou de « protéger la couleur naturelle ». Les données disponibles portent surtout sur la satisfaction des utilisatrices et utilisateurs, pas sur une inversion objectivable des cheveux blancs.
2. Adopter une alimentation favorable aux cheveux
La Harley Street Hair Clinic, clinique londonienne spécialisée dans la greffe et la santé des cheveux, souligne dans Good Housekeeping le poids de l’alimentation dans l’apparition de cheveux blancs précoces.
La clinique rapporte voir fréquemment des patients avec des cheveux blancs prématurés et des taux bas de fer, de cuivre et de vitamine D, trois éléments impliqués dans la pigmentation et le cycle de pousse.
Les praticiens recommandent, avant de multiplier les colorations, de vérifier et corriger d’éventuelles carences avec un professionnel de santé, puis de miser sur des aliments riches en nutriments clés, par exemple :
les lentilles, sources de fer contribuant à la synthèse de la mélanine ;
les poissons gras comme le saumon, pour la vitamine D impliquée dans le cycle pilaire ;
les graines de tournesol, qui apportent du zinc participant à la réparation des follicules.
Ces conseils visent surtout à limiter les cheveux blancs précoces ou liés à des déficits nutritionnels, pas à recolorer un cheveu déjà blanchi depuis longtemps.
Ce que cela signifie pour les lectrices et lecteurs en France
Pour un lecteur français, le message reste proche de celui délivré au Royaume-Uni. Les dermatologues et médecins capillaires en France rappellent également que :
la canitie liée à l’âge est un phénomène naturel génétiquement programmé ;
aucun soin cosmétique n’a, à ce jour, montré de capacité robuste à recolorer de façon durable des cheveux blancs installés ;
l’approche réaliste combine hygiène de vie, réduction du stress, alimentation équilibrée et, si souhaité, coloration.
Les équivalents français de la Harley Street Hair Clinic sont les centres spécialisés en dermatologie ou en chirurgie capillaire, souvent rattachés à des cliniques ou à des cabinets de dermatologues. Ils peuvent proposer :
un bilan sanguin pour traquer d’éventuelles carences (fer, vitamine D, oligo-éléments) ;
une évaluation de l’état du cuir chevelu et de la densité capillaire ;
des conseils personnalisés sur les soins, les compléments ou les colorations les mieux adaptés.
En cas de cheveux blancs jugés « trop précoces », le réflexe recommandé en France, comme au Royaume-Uni, consiste à consulter un médecin ou un dermatologue pour vérifier qu’il n’existe pas de cause sous-jacente corrigible : problème de thyroïde, carence, stress extrême ou pathologie plus rare.
Ce qu’il faut retenir avant de miser sur un soin anti-cheveux blancs
Les recherches relatées par Good Housekeeping autour de la repigmentation liée au stress ouvrent une piste scientifique stimulante. Elles laissent penser que, dans certains cas très précis, tous les cheveux blancs ne sont pas voués à le rester.
Pour l’instant, ces travaux ne débouchent pas sur un produit miracle. Ils renforcent plutôt l’intérêt d’actions globales :
mieux gérer son stress au long cours ;
surveiller et corriger les carences nutritionnelles ;
adopter une routine capillaire douce, orientée vers la santé du cuir chevelu ;
accepter que la plupart des cheveux blancs liés à l’âge relèvent encore aujourd’hui de la coloration plutôt que de la « réparation ».
La notion de mitochondries, souvent mentionnée dans ces travaux, désigne ces minuscules structures qui fournissent l’énergie nécessaire au fonctionnement des cellules. Dans le follicule, elles jouent un rôle dans la pousse du cheveu et le maintien de la production de mélanine. Certaines équipes de recherche testent déjà des molécules censées optimiser leur fonctionnement, mais ces pistes demeurent au stade expérimental.
En attendant d’éventuels traitements plus ciblés, les spécialistes, en France comme au Royaume-Uni, recommandent surtout de voir les cheveux blancs comme un marqueur de l’histoire personnelle. Quitte, si on le souhaite, à les assumer pleinement ou à les camoufler par la coloration, plutôt que de s’en remettre à des promesses de « renversement » encore loin d’être démontrées.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.