Javier Fernández Vela, dermatologue et trichologue : « Se laver les cheveux tous les jours peut être utile, et si on espace les lavages, la sensation de chute peut être plus forte par accumulation »
En Espagne, le dermatologue et trichologue Javier Fernández Vela démonte plusieurs idées reçues sur la chute de cheveux et le bon rythme de lavage.
Interrogé par le média en ligne espagnol spécialisé beauté et lifestyle, le docteur Javier Fernández Vela, dermatologue et trichologue à la clinique Esthea Médica, détaille ce qui favorise vraiment une chevelure en bonne santé, et ce qui relève du mythe, du lavage quotidien aux canas, en passant par le sèche-cheveux et les compléments alimentaires.
Se laver les cheveux tous les jours : un faux problème
Beaucoup de personnes redoutent de se laver les cheveux trop souvent, de peur d’accélérer la chute. Pour le spécialiste espagnol, cette inquiétude est infondée.
Pour Javier Fernández Vela, le lavage ne fait pas « tomber » un cheveu sain, il ne fait que révéler ceux qui étaient déjà en fin de vie.
Le dermatologue explique que, lors du shampooing, « se détachent surtout des cheveux qui étaient déjà en phase de chute et prêts à se détacher ». Autrement dit, le lavage ne déclenche pas la chute, il met au jour un phénomène déjà en cours au niveau du follicule.
Selon lui, la fréquence de lavage doit être adaptée à chaque personne : type de cheveux, quantité de sébum, éventuelles pathologies du cuir chevelu. Mais il insiste : « se laver les cheveux ne provoque pas la décision de chute d’un cheveu sain ». Le cheveu qui tombe sous la douche aurait, de toute façon, fini par tomber sur l’oreiller, la brosse ou les vêtements.
Le médecin ajoute même qu’un shampooing quotidien peut avoir un intérêt psychologique. En espaçant trop les lavages, on laisse s’accumuler les cheveux en phase terminale qui finissent par tomber en même temps au moment du lavage. Résultat : la sensation de chute paraît beaucoup plus impressionnante.
Se laver les cheveux tous les jours peut être utile, car en espaçant les shampooings, la sensation de chute peut être plus forte par accumulation.
Canas, calvitie, densité : ce qui relève du mythe
Non, les canas ne protègent pas de la calvitie
Autre croyance bien ancrée : les cheveux blancs tomberaient moins, voire protégeraient de la calvitie. Javier Fernández Vela est catégorique : « avoir des canas n’est pas une assurance contre la calvitie ».
Il distingue deux mécanismes totalement différents :
la canitie, c’est-à-dire la perte de pigmentation, liée à la diminution progressive de la fonction des cellules productrices de mélanine dans le follicule ;
l’alopécie androgénétique, où le follicule se miniaturise progressivement et produit des cheveux de plus en plus fins, courts et peu pigmentés.
Le fait qu’un cheveu perde sa couleur ne dit donc rien de sa tendance à s’affiner ou à se raréfier.
« Si j’arrache une cana, sept repoussent » : une idée sans fondement
Le spécialiste démonte aussi une phrase souvent entendue : arracher une cana ferait revenir plusieurs cheveux blancs. Il rappelle qu’« il n’existe aucun mécanisme biologique capable de transformer des follicules voisins parce qu’on a arraché un cheveu canos ».
Chaque follicule pileux dispose de sa propre « unité pigmentaire ». La perte de couleur apparaît de manière progressive et indépendante sur chaque follicule, pas par contagion.
Chute de cheveux et calvitie ne sont pas synonymes
Face à un épisode de chute, beaucoup de patients se disent : « si je perds autant de cheveux, je vais finir chauve ». Pour Javier Fernández Vela, il s’agit là encore d’un mythe à nuancer.
Ce qui l’inquiète le plus n’est pas le nombre de cheveux dans le siphon, mais ce que fait réellement le follicule.
Un efluvium télogène, par exemple, peut provoquer une chute spectaculaire, tout en restant réversible. À l’inverse, une alopécie androgénétique peut progresser discrètement : peu de cheveux visibles dans la douche, mais un affinement et une perte de densité année après année.
Sèche-cheveux, chaleur et peignage : attention aux mauvaises habitudes
Le dermatologue distingue clairement deux phénomènes : la perte du follicule (véritable chute) et la casse de la tige capillaire. Mal sécher ou surchauffer le cheveu ne fait pas tomber le follicule, mais fragilise la fibre.
Le calor excessif et répété peut :
endommager la cuticule, couche protectrice externe du cheveu ;
favoriser des altérations de la fibre, comme ce qu’il décrit sous le terme de cheveu « en pompa », avec une structure gonflée et irrégulière ;
provoquer davantage de casse, notamment sur cheveux déjà fragiles ou traités chimiquement.
Sa recommandation est simple : sécher à température modérée, sans coller la source de chaleur au cuir chevelu, et sans insister trop longtemps sur la même zone. Plus le cheveu est fin, décoloré, bouclé ou sensibilisé, plus il faut limiter l’agression thermique.
Couper les cheveux ne les fait pas pousser plus forts
Javier Fernández Vela revient sur une autre idée tenace : se couper les cheveux régulièrement les ferait « repousser plus forts ». « C’est l’un des mythes les mieux réfutés physiologiquement », assure-t-il.
Le cheveu normal, en poussant, adopte une forme légèrement conique. Quand on le coupe, son extrémité devient nette, plus « carrée ». Au toucher et à l’œil, cette pointe émoussée peut donner l’illusion d’un cheveu plus épais, alors que le diamètre réel n’a pas changé.
Il rappelle aussi que certaines personnes conservent des cheveux sur toute la tête, mais de plus en plus fins avec l’âge. Dans l’alopécie androgénétique, un même follicule produit progressivement des cheveux :
de diamètre inférieur,
plus courts,
moins pigmentés.
Au stade ultime, le cheveu ressemble presque à un simple duvet, à peine visible. Le patient peut alors affirmer « je ne vois pas tant de chute », tout en présentant objectivement une couverture capillaire diminuée.
Peut-on regagner de l’épaisseur une fois le cheveu affiné ?
Pour le spécialiste, tout se joue dans le timing. Aux stades précoces, il est possible de récupérer au moins une partie du calibre perdu. D’où l’importance, souligne-t-il, d’un diagnostic et d’un traitement précoces face à une alopécie androgénétique.
Plus la miniaturisation est avancée et prolongée, plus le potentiel de récupération diminue, car les follicules finissent par se fibroser et se perdre.
À ce stade, il n’existe pas, selon lui, de solution pour faire renaître un follicule totalement détruit, même si des recherches sont en cours dans ce domaine. L’enjeu pour les patients est donc de ne pas laisser s’installer, pendant des années, un affinement progressif passé inaperçu.
Trois habitudes clés pour un cheveu plus sain
Invité à choisir trois gestes prioritaires pour préserver ses cheveux, Javier Fernández Vela met l’accent sur des mesures simples, loin des routines sophistiquées :
Limiter les agressions mécaniques et thermiques : réduire l’usage répété des plaques chauffantes, éviter le calor extrême, ne pas tirer brusquement sur les cheveux et se méfier des coiffures très serrées pratiquées tous les jours. Des tractions chroniques peuvent finir par déclencher une alopécie de traction.
Conditionner la fibre quand elle en a besoin : utiliser un après-shampooing lorsqu’il est adapté au type de cheveu. Le médecin rappelle que les conditionneurs « réduisent jusqu’à environ 50 % la friction pendant le peignage », diminuent la fragilité, la porosité et l’électricité statique, facilitent le démêlage, lissent la cuticule et améliorent la brillance.
Ne pas ignorer un changement durable de densité ou de calibre : un affinement progressif de la chevelure mérite un avis médical. Plus le diagnostic est précoce, mieux fonctionne le traitement, avant que la miniaturisation n’aille trop loin.
Les routines maison : utiles pour la fibre, pas pour traiter une alopécie
Le dermatologue distingue bien deux niveaux :
améliorer l’aspect cosmétique de la fibre capillaire ;
traiter une maladie du cuir chevelu, comme l’alopécie androgénétique.
Sur le plan cosmétique, certaines habitudes maison ont un intérêt : un lavage adapté au type de cheveux, associé à un conditioner, ainsi qu’une réduction du calor et des manipulations brusques. Cela rend les cheveux plus brillants, plus souples et moins cassants.
En revanche, pour une alopécie, il n’existe pas, selon lui, de « routine maison » universelle qui puisse remplacer un traitement médical ciblé.
Le produit sous-estimé : un bon après-shampooing… et un ancien traitement
Interrogé sur le produit abordable et efficace que les gens sous-estiment, le médecin cite d’abord un simple après-shampooing. Il n’a pas besoin d’être coûteux pour remplir sa mission : diminuer la friction au coiffage, réduire l’électricité statique, faciliter le démêlage, lisser la cuticule, limiter la casse et augmenter le brillant.
Pour une alopécie androgénétique bien diagnostiquée, il rappelle aussi l’intérêt du minoxidil, un traitement ancien et relativement accessible, qui dispose toujours d’une base scientifique solide, bien plus importante que certains sérums capillaires très sophistiqués mis en avant dans les rayons.
Le poids psychologique de la chute de cheveux
Après des années de consultations, Javier Fernández Vela confie que ses patients lui ont appris une chose : « le cheveu n’est jamais juste un cheveu ». Pour beaucoup, il représente l’identité, la jeunesse, la féminité ou la masculinité et une forme de contrôle de son image.
Une perte modérée médicalement peut être vécue comme énorme par la personne concernée.
Il raconte que certains patients renoncent à des activités du quotidien, comme aller à la piscine, par peur que la chute soit visible. Le dermatologue espagnol dit essayer de ne pas minimiser ces inquiétudes et de les aborder avec une approche à la fois humaine et fondée sur les données scientifiques disponibles.
Ce que le spécialiste ne ferait jamais subir à ses propres cheveux
Sur un plan très concret, Javier Fernández Vela explique qu’il éviterait trois agressions combinées sur sa propre chevelure :
le calor intense répété ;
les traitements chimiques agressifs comme certains défrisages ou lissages, susceptibles d’entraîner cheveux cassants, brûlures chimiques et cicatrices ;
la traction prolongée avec des coiffures très serrées, susceptibles de provoquer une alopécie de traction au fil du temps.
Ce que cela signifie pour un lecteur en France
Les propos du dermatologue espagnol rejoignent en grande partie les recommandations habituelles des dermatologues en France. La spécialité de trichologie, très développée en Espagne, correspond à la prise en charge des maladies des cheveux par les dermatologues français.
En France aussi, les médecins insistent sur :
le caractère normal d’une chute quotidienne de dizaines de cheveux ;
l’existence de cycles de vie du cheveu, indépendants de la fréquence des shampooings ;
la nécessité de consulter en cas d’affinement progressif, de zones clairsemées ou de changement durable de densité ;
l’importance de limiter les agressions physiques (chaleur, traction, frottements) et d’utiliser un après-shampooing adapté pour réduire la casse.
Les dermatologues français rappellent généralement qu’avant d’acheter des compléments ou des lotions, un diagnostic précis permet de distinguer un simple problème cosmétique d’une véritable pathologie capillaire, et d’orienter vers les traitements dont l’efficacité est la mieux démontrée, comme le minoxidil dans l’alopécie androgénétique.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.