Né sans bras, un jeune Britannique de 23 ans apprivoise une voiture de course adaptée, avec l’ambition d’atteindre un jour les 24 Heures du Mans.
Passionné de sport auto, le Britannique Callum Smith, 23 ans, est en train de bousculer les codes du pilotage, relate le média anglo-saxon Good News Network. Né sans bras, il s’entraîne aujourd’hui sur circuit au Royaume-Uni, au volant d’une voiture entièrement adaptée à ses pieds, avec un rêve très précis : décrocher une place sur la grille des mythiques 24 Heures du Mans, en France.
Un pilote né sans bras, mais pas sans rêves
Callum Smith est né sans aucun bras. Là où d’autres auraient renoncé à toute idée de conduire, il a transformé ses pieds en véritables mains. Il explique ainsi utiliser son pied droit pour écrire, jouer à la console ou manger en se servant d’un couteau et d’une fourchette classiques. La guitare aussi fait partie de son quotidien, toujours jouée avec ses pieds.
La passion pour la course remonte à la petite enfance. Selon Good News Network, tout commence lorsqu’il a 2 ans, devant la télévision, aux côtés de son grand-père Michael. Ensemble, ils regardent des courses de motos. Le bruit, la vitesse, la compétition : le décor est planté très tôt.
Longtemps, ce rêve de vitesse reste pourtant théorique. Le déclic arrive lorsqu’il prend son clavier – avec ses pieds – et envoie un mail à Team BRIT, une écurie britannique composée exclusivement de pilotes en situation de handicap. Dans ce message, il leur fait part de sa passion et leur demande une chance.
Avec un simple mail adressé à une écurie de course pour pilotes handicapés, Callum Smith a enclenché une trajectoire qui pourrait le conduire jusqu’aux 24 Heures du Mans.
Team BRIT répond favorablement. Le Britannique passe alors une série de tests avec des instructeurs, dont un exercice de contrôle en situation de glisse. Les essais sont concluants, et l’aventure commence.
Des premiers tours de piste à 177 km/h
Les progrès de Callum Smith sur circuit sont rapides. D’après Good News Network, il effectue son premier roulage sur piste en juillet 2025, sur le circuit de Donington Park, au Royaume-Uni. Ce tracé accueille notamment une manche du championnat du monde de Superbike. Il y atteint déjà 90 mph, soit environ 145 km/h.
Quelques mois plus tard, il pousse encore la limite. Sur le circuit de Silverstone, temple britannique de la Formule 1, il signe 100 mph en vitesse de pointe, près de 161 km/h, au volant de sa propre Audi A3 adaptée.
Depuis, il prépare activement l’obtention de sa licence de course. Pour cela, il enchaîne les séances d’essais à Donington Park au volant d’une BMW Série 1 spécialement modifiée par Team BRIT. L’objectif : maîtriser parfaitement un système de commandes totalement unique, conçu pour un pilote sans bras.
Une BMW contrôlée uniquement avec les pieds
La voiture préparée pour Callum Smith repose sur un principe central : tous les gestes habituellement effectués avec les mains doivent pouvoir être réalisés avec les pieds. Un large plateau remplace ainsi le volant classique. Son pied gauche s’en charge pour tourner ce plateau et orienter les roues.
Son pied droit, lui, gère l’accélérateur et le frein. Sur cette même zone, un commutateur regroupe plusieurs commandes : clignotants, klaxon, phares, essuie-glaces. Un concentré de fonctions sous un seul pied.
Dans la BMW modifiée de Team BRIT, le pied gauche de Callum fait office de volant, tandis que le pied droit contrôle pédales et commandes annexes.
Callum Smith reconnaît que cette organisation demande un énorme travail de coordination. À Good News Network, il souligne la difficulté de l’« œil-pied », autrement dit la nécessité de synchroniser son regard et la précision de ses mouvements avec les pieds. Il insiste aussi sur le poids de la direction en voiture de course, plus ferme que sur un véhicule de série, ce qui le surprend lors des premiers essais.
« Devenir le premier pilote sans bras en compétition »
Malgré ces contraintes, le jeune Britannique ne cache pas sa détermination. Selon ses propos rapportés par Good News Network, il se décrit comme très motivé, impatient de tout mettre au point pour rouler en course officielle. Il affiche une ambition claire : devenir « le premier à courir sans aucun bras » en compétition automobile.
Cette perspective dépasse le simple défi personnel. En réussissant à rouler à plus de 170 km/h grâce uniquement à ses pieds, il envoie un message fort sur les possibilités du sport adapté et sur l’innovation en matière de véhicules pour personnes handicapées.
Son horizon ultime : les 24 Heures du Mans. Cette course emblématique, disputée en France et inscrite au calendrier du Championnat du monde d’endurance (WEC), reste l’une des plus exigeantes au monde. S’aligner un jour sur cette épreuve représenterait une première historique pour un pilote sans bras.
Team BRIT, une écurie taillée pour les pilotes handicapés
Team BRIT, l’équipe qui accompagne Callum Smith, se présente comme la seule structure de course entièrement constituée de pilotes en situation de handicap. Elle développe des systèmes de commandes spécifiques pour chaque type de handicap : palettes au volant, boutons au niveau du siège, dispositifs de freinage et d’accélération reconfigurés.
Pour Callum Smith, l’écurie a misé sur une approche extrême : supprimer complètement l’usage des bras et transférer toutes les fonctions aux pieds. Ce type de projet repose sur plusieurs volets :
ingénierie des commandes (plateau de direction, pédalier adapté) ;
sécurité renforcée (harnais, siège baquet, accès aux systèmes d’extinction) ;
formation progressive du pilote sur circuit ;
validation des adaptations par la fédération compétente pour obtenir une licence.
Une fois ces étapes franchies, Callum pourrait participer à des championnats réservés aux voitures de tourisme ou à des courses d’endurance pour voitures de série améliorées, avant, peut-être, de viser un engagement dans des compétitions de plus haut niveau.
Comment la France gère le pilotage adapté en sport auto
En France, l’accès à la conduite pour les personnes handicapées repose sur une réglementation spécifique et sur un réseau d’auto-écoles spécialisées. Pour la course automobile, le principe reste proche : l’instance sportive nationale examine les adaptations techniques et les capacités du pilote, puis délivre ou non une licence.
Un pilote français en situation de handicap doit généralement :
Passer une visite médicale auprès d’un médecin agréé, qui évalue les capacités physiques.
Faire homologuer les aménagements de son véhicule (commande au volant, pédalier inversé, etc.).
Suivre une formation adaptée, souvent au sein d’écoles de pilotage habituées au handicap.
Obtenir une licence de la fédération si toutes les conditions sont remplies.
En compétition, des dispositifs de commandes manuelles ou électroniques existent déjà pour des pilotes amputés d’un membre ou paraplégiques. Des systèmes de frein et d’accélérateur au volant, par exemple, se rencontrent aussi bien sur route que sur circuit.
Le cas d’un pilote sans aucun bras, tel que Callum Smith, reste exceptionnel par l’ampleur de l’adaptation à fournir. Il montre toutefois ce que pourrait permettre, à terme, le croisement entre ingénierie automobile, sport de haut niveau et inclusion des personnes handicapées.
Les enjeux techniques et physiques d’un pilotage « tout aux pieds »
Piloter à près de 180 km/h uniquement avec ses pieds pose des questions concrètes de sécurité et de performance. Les mouvements doivent rester très précis, même sous l’effet des forces latérales en virage ou des vibrations sur les bordures de piste.
Pour limiter les risques, les ingénieurs doivent travailler sur :
Enjeu
Objectif
Stabilité du plateau de direction
Éviter les mouvements parasites lors des bosses ou des freinages
Course de pédale
Adapter la sensibilité pour garder du contrôle au freinage et à l’accélération
Position assise
Installer le pilote de manière à libérer l’amplitude de ses jambes
Accès aux commandes
Rendre facilement actionnables clignotants, phares, essuie-glaces avec le pied
L’entraînement de Callum Smith doit aussi intégrer une préparation physique spécifique. Muscles des jambes, gainage, endurance : l’effort est comparable à celui d’un pilote classique, avec un stress plus important sur le bas du corps. Le travail de coordination œil-pied s’apparente à celui d’un pianiste, mais en conditions extrêmes et à haute vitesse.
Vers une évolution plus large des véhicules adaptés ?
L’expérience de Callum Smith peut servir de laboratoire pour d’autres usages. Certaines solutions imaginées pour la course automobile finissent parfois par inspirer les véhicules de route adaptés aux personnes handicapées. Une meilleure compréhension de l’ergonomie des commandes au pied, par exemple, pourrait profiter à des conducteurs amputés du haut du corps.
Les progrès des aides électroniques (direction assistée, freinage piloté, contrôle de trajectoire) facilitent aussi ce type d’innovation. En course, ces dispositifs restent encadrés par des règlements stricts, mais ils montrent le potentiel croissant de l’assistance au pilotage pour ouvrir la conduite à des profils qui, il y a quelques années encore, en étaient exclus.
Si Callum Smith atteint son objectif d’un jour prendre le départ des 24 Heures du Mans, son histoire marquera non seulement l’histoire de la course, mais aussi celle de l’accessibilité dans l’automobile, en France comme ailleurs.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment Callum Smith contrôle-t-il une voiture de course sans bras ?
Son pied gauche gère un large plateau remplaçant le volant pour orienter les roues, tandis que son pied droit contrôle l'accélérateur, le frein et des commutateurs pour les clignotants, le klaxon, les phares et les essuie-glaces.
Quelles sont les vitesses qu'il a déjà atteintes en piste ?
Lors de son premier roulage en juillet 2025 à Donington Park, il a atteint 145 km/h. À Silverstone, il a poussé jusqu'à 161 km/h en vitesse de pointe. Depuis, il continue ses essais pour maîtriser le système de commandes adapté.
Qu'est-ce que Team BRIT et quel est son rôle ?
Team BRIT est une écurie britannique constituée exclusivement de pilotes en situation de handicap. Elle développe des systèmes de commandes spécifiques pour chaque type de handicap et accompagne Callum Smith dans sa préparation à la course officielle.
Quels sont les prérequis pour obtenir une licence de pilote de course en France avec un handicap ?
Il faut passer une visite médicale auprès d'un médecin agréé, faire homologuer les aménagements du véhicule, suivre une formation adaptée et obtenir l'approbation de la fédération. L'instance sportive examine les adaptations techniques et les capacités du pilote.
Pourquoi les 24 Heures du Mans sont-elles importantes pour Callum Smith ?
Cette course emblématique disputée en France et inscrite au Championnat du monde d'endurance est l'une des plus exigeantes au monde. S'y aligner représenterait une première historique pour un pilote sans bras et enverrait un message fort sur les possibilités du sport adapté.