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Nouveau test antidrogue au volant : ce que risquent vraiment les conducteurs qui prennent des médicaments

Le Brésil s’apprête à déployer un nouveau test antidrogue lors des contrôles routiers. Les automobilistes sous traitement médicamenteux s’interrogent déjà sur les risques encourus.

Au Brésil, les contrôles de la « Lei Seca » (l’équivalent de la lutte contre l’alcool et la drogue au volant) vont changer de dimension avec l’arrivée annoncée du « drogômetro », un appareil capable de détecter certaines drogues dans l’organisme. De quoi inquiéter les conducteurs qui prennent des médicaments à base d’opioïdes, d’amphétamines ou de dérivés du cannabis. La chaîne d’information en ligne brésilienne G1, qui relaie les explications de responsables de la sécurité routière et d’un toxicologue, détaille les futures règles et les précautions à prendre.

Une nouvelle résolution qui ouvre la voie au “drogômetro” au Brésil

À l’origine de ces interrogations se trouve la résolution 1.031/2026 du Conseil national de la circulation (Contran), un organisme rattaché au ministère brésilien des Transports. Publié en août 2026, ce texte actualise les règles de la « Lei Seca » et encadre les nouveaux dispositifs de contrôle.

Cette résolution prévoit la possibilité d’utiliser des tests capables de repérer la présence de substances psychoactives dans l’organisme du conducteur : cannabis, cocaïne, amphétamines ou opioïdes, notamment. Des molécules qui se retrouvent aussi bien dans des drogues illicites que dans certains traitements médicaux.

Les autorités brésiliennes insistent sur un point : la loi ne change pas tout à fait de philosophie, elle se dote surtout de nouveaux moyens techniques.

La loi brésilienne sanctionne la conduite sous l’effet de substances qui altèrent la capacité psychomotrice, pas la simple présence de traces infimes dans l’organisme.

Adrualdo Catão, secrétaire national à la circulation (Senatran), rappelle ainsi, dans l’entretien relayé par G1 et BBC News Brasil, que l’infraction existe déjà : conduire sous l’emprise de drogues, au même titre que l’alcool, est prohibé depuis longtemps. Le « drogômetro » vient seulement compléter l’arsenal, aux côtés du traditionnel « bafômetro », l’éthylotest.

Comment fonctionne ce nouveau test antidrogue salivaire ?

Contrairement à l’éthylotest, qui mesure l’alcool dans l’air expiré, le « drogômetro » s’appuie sur un autre support : la salive. Plusieurs modèles existent déjà sur le marché international, mais le principe reste similaire.

Le test s’effectue à partir d’un prélèvement de salive sur une petite éponge, ensuite insérée dans l’appareil pour analyse.

Le médecin toxicologue Alvaro Pulchinelli Jr., de la société brésilienne Toxicologia Pardini (groupe Fleury), décrit un dispositif « simple » : une sorte d’éponge imbibée d’acide citrique est placée dans la bouche du conducteur. L’acide citrique, également présent dans des fruits comme le citron ou l’orange, stimule la production de salive et accélère la collecte du prélèvement.

Une fois la salive recueillie, l’éponge est insérée dans le « drogômetro », qui réalise la lecture. L’appareil recherche la présence de différentes molécules liées à des substances psychoactives. Le résultat, lui, s’affiche généralement sous une forme très visuelle.

Le toxicologue compare d’ailleurs ce type de test aux autotests de détection du Covid-19 : une bande réactive sur laquelle apparaissent une ou plusieurs lignes selon que le test est positif ou négatif pour une ou plusieurs substances ciblées.

Le délai annoncé, du prélèvement à la lecture définitive, est d’environ quinze minutes. Un laps de temps qui aura des conséquences organisationnelles sur les contrôles routiers, les autorités devant éviter des files d’attente trop longues lors des opérations de type « blitz » (contrôles massifs).

Pourquoi la salive, et non l’air expiré ou le sang ?

L’alcool se prête bien à une détection dans l’air expiré car il s’évapore facilement : il est volatil. Les autres drogues ne présentent pas cette caractéristique. Leurs molécules ne passent pas aisément dans le « souffle » du conducteur, ce qui rend inutilisable la méthode du simple tube à souffler.

La salive offre un compromis : elle permet de retrouver un certain nombre de substances, tout en évitant la lourdeur d’une prise de sang ou d’un recueil d’urine, bien plus invasifs. Pour l’expert brésilien, cette voie salivaire apparaît comme un outil plus acceptable sur le terrain, et mieux adapté à des opérations de grande ampleur.

Conducteurs sous traitement : seront-ils pénalisés ?

La possibilité d’un dépistage de drogues au volant soulève immédiatement une question très concrète : qu’en sera-t-il des personnes sous traitement médical ?

Au Brésil, comme en France, certains médicaments contiennent des substances psychoactives :

  • des opioïdes utilisés dans les traitements antidouleur ;
  • des dérivés d’amphétamines prescrits contre le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ;
  • des médicaments à base de cannabinoïdes pour différentes pathologies.

Adrualdo Catão assure que la nouvelle résolution ne vise pas ces patients. Le but déclaré des autorités n’est pas de sanctionner la simple consommation d’un médicament prescrit, mais d’empêcher la conduite lorsque les capacités motrices, les réflexes ou l’attention sont réellement affectés.

Les futurs tests devront être calibrés pour ne pas réagir à de simples traces correspondant à un usage médical conforme à l’ordonnance.

Avant toute généralisation, les « drogômetros » devront être évalués et certifiés par des organismes accrédités par l’Inmetro, l’Institut national de métrologie, de la qualité et de la technologie, l’équivalent brésilien de l’organisme chargé de la certification et de la métrologie.

Lors de ces évaluations, les spécialistes définiront des seuils : sous ces valeurs, le test devra rester négatif, même si des traces infimes des produits sont présentes. Si un appareil détecte des quantités tellement faibles qu’elles n’ont aucun impact sur la conduite, il ne sera pas certifié, promet le secrétaire national à la circulation.

Faut-il se munir d’un certificat médical ou d’une ordonnance ?

Les déclarations des autorités brésiliennes vont dans un sens rassurant pour les patients. D’après Adrualdo Catão, il ne sera pas demandé aux conducteurs de présenter une ordonnance ou un certificat médical pour justifier la prise de médicaments lors d’un contrôle.

L’argument avancé : si les appareils sont correctement calibrés en fonction de la loi, un usage thérapeutique, stabilisé et surveillé, ne doit pas faire virer le test au positif. Le critère central restera l’altération ou non de la capacité de conduire, pas la simple consommation légale d’un traitement.

Le responsable insiste aussi sur la finalité de la « Lei Seca » : la sécurité routière. L’objectif n’est pas de lutter contre le trafic de stupéfiants par ce biais, mais de retirer de la route les conducteurs vraiment inaptes parce qu’ils ont bu ou consommé des drogues.

Les autorités brésiliennes affirment que la cible prioritaire reste les conducteurs qui boivent ou se droguent avant de conduire, pas ceux qui suivent un traitement régulier prescrit par un médecin.

Un déploiement progressif, sur plusieurs mois

Selon G1, la résolution du Contran ne signifie pas que ces tests seront déployés du jour au lendemain dans toutes les opérations de contrôle. Plusieurs étapes restent à franchir au Brésil.

  • Évaluation technique et certification des différents modèles de « drogômetro » par des institutions reconnues par l’Inmetro.
  • Définition des seuils de détection et des protocoles d’utilisation, en conformité avec la loi brésilienne.
  • Organisation pratique des contrôles : comment intégrer un test de 15 minutes dans une opération de grande ampleur sans paralyser la circulation.
  • Les autorités évoquent un calendrier de « quelques mois » avant une utilisation effective sur le terrain. Ce temps de préparation doit aussi servir, selon elles, à expliquer la démarche au public et à éviter les malentendus, notamment chez les patients chroniques.

    Pour le toxicologue Alvaro Pulchinelli Jr., cette évolution va dans le sens d’une meilleure sécurité sur les routes brésiliennes, à condition de bien choisir les appareils et de définir des règles d’utilisation claires.

    Et en France, où en est le dépistage de drogues au volant ?

    Pour un lecteur français, la situation brésilienne présente des similitudes mais aussi quelques différences notables.

    En France, la conduite sous l’emprise de stupéfiants est déjà sanctionnée par le code de la route. Les forces de l’ordre effectuent des dépistages lors de contrôles routiers ou après un accident. La procédure repose notamment sur des tests salivaires, suivis le cas échéant d’analyses plus poussées.

    Ces tests de dépistage permettent de repérer certaines substances considérées comme stupéfiants, comme le cannabis ou la cocaïne. Comme au Brésil, le but affiché par les autorités françaises est de retirer de la circulation les conducteurs qui présentent un danger pour eux-mêmes et pour les autres usagers.

    Pour les personnes sous traitement, la logique est comparable : l’usage d’un médicament prescrit n’est pas assimilé à la consommation de stupéfiants illicites, mais des précautions existent. Certains traitements comportent des pictogrammes de mise en garde sur la conduite, et les médecins ou pharmaciens alertent leurs patients sur les risques potentiels de somnolence ou de baisse de vigilance.

    En cas de contrôle, la situation peut être examinée au cas par cas. Le principe général reste que la consommation d’un médicament, même légal, ne doit pas altérer la capacité de conduire. Les conducteurs sont donc invités à respecter scrupuleusement les indications de leurs soignants.

    Quels réflexes pour les conducteurs qui prennent des médicaments ?

    Au Brésil comme en France, la ligne directrice reste proche : un traitement médicamenteux ne doit pas, à lui seul, exposer à une amende s’il est pris correctement et qu’il ne diminue pas les capacités de conduite. Quelques réflexes s’imposent toutefois pour limiter les risques.

    • Demander systématiquement à son médecin ou à son pharmacien si le traitement peut gêner la conduite.
    • Respecter scrupuleusement les doses, les horaires de prise et les consignes d’usage.
    • Éviter de conduire lors du début d’un traitement qui peut provoquer somnolence ou vertiges, le temps de voir comment l’organisme réagit.
    • Ne jamais associer médicaments psychoactifs et alcool, association qui augmente les risques d’altération des réflexes.

    Un point mérite d’être souligné : même si la loi ne punit pas la simple présence de traces d’une substance, un conducteur peut être jugé inapte à conduire si son comportement sur la route montre une altération manifeste de ses capacités. Les médicaments psychoactifs nécessitent donc une vigilance constante.

    Un outil de plus contre les conduites à risque

    Dans la perspective brésilienne, le « drogômetro » vient compléter une batterie de moyens déjà existants, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres pays cités par G1, comme les États-Unis, l’Australie ou certains États européens.

    Ce type d’appareil ne constitue pas une solution miracle, mais un outil supplémentaire pour repérer plus rapidement les conducteurs qui ont consommé drogues ou alcool avant de prendre le volant. Son efficacité dépendra de la qualité des appareils choisis, des seuils fixés et de la formation des agents.

    Pour les automobilistes sous traitement, l’enjeu principal sera la clarté des règles. La promesse répétée par les responsables brésiliens est nette : un usage encadré par un médecin, sans atteinte à la capacité de conduire, ne doit pas être assimilé à une conduite sous l’emprise de drogues. Le message s’adresse évidemment aussi aux conducteurs français : la loi vise d’abord les comportements réellement dangereux, mais chacun reste responsable de vérifier que son traitement, même prescrit, ne compromet pas sa sécurité au volant.

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