À la sortie d’un rond-point baigné de soleil, le tunnel arrive sans prévenir. Le pare-brise se remplit soudain de noir, les yeux mettent une seconde à suivre et la main cherche fébrilement la branche des lunettes. Beaucoup de conducteurs connaissent ce petit moment de flottement, surtout en été ou au retour du travail, quand la lumière baisse sans qu’on y prête attention. Garder ses lunettes de soleil quelques mètres de trop peut sembler anodin. Pourtant, dans un tunnel ou la nuit, ce réflexe transforme parfois une simple gêne en véritable risque de sécurité. La question n’est pas seulement celle du confort visuel : elle touche aussi à la capacité de réagir, de freiner et de repérer un danger. Et, selon les circonstances, à la responsabilité du conducteur.
Dans le noir, les verres teintés ne pardonnent pas
Nous connaissons tous ce moment où le soleil tape de face, juste avant l’entrée d’un souterrain. Les lunettes sombres protègent alors efficacement de l’éblouissement, puis elles deviennent presque instantanément un écran supplémentaire entre le conducteur et la route. Dans un tunnel, les panneaux, les feux arrière et les silhouettes des piétons ou des deux-roues perdent en contraste. Quelques dixièmes de seconde suffisent pour hésiter sur la distance qui sépare d’un véhicule arrêté. La nuit, le phénomène est encore plus net : les pupilles ont besoin de lumière, pas d’un filtre qui en retire une part. Les yeux s’adaptent, mais ils ne font pas de miracle.
Le danger se joue souvent à faible vitesse, là où l’on baisse naturellement sa vigilance. Un automobiliste entre dans un parking couvert avec ses lunettes polarisées, aperçoit trop tard la barrière levée à moitié ou un chariot abandonné près de la voie, et donne un coup de frein brusque. Sur autoroute, la situation peut devenir bien plus grave : un tunnel réduit déjà les repères habituels, tandis que la vitesse reste élevée. Selon les spécialistes de la sécurité routière, le temps d’adaptation visuelle entre une zone très lumineuse et une zone sombre peut atteindre plusieurs secondes. À 90 km/h, une seule seconde représente 25 mètres parcourus presque à l’aveugle.
Les verres solaires assombrissent la scène, mais ils peuvent aussi modifier la perception des contrastes et des couleurs, selon leur catégorie ou leur teinte. Certains conducteurs pensent voir « assez bien » parce qu’ils reconnaissent la chaussée devant eux. Or, bien voir ne consiste pas seulement à suivre une ligne blanche : il faut détecter un freinage, un objet sombre, un usager vulnérable ou un signal lumineux dans un environnement déjà pauvre en lumière. Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours, retirer ses lunettes avant chaque passage couvert. C’est précisément cette habitude banale qui peut jouer un mauvais tour, au pire moment.
Une mauvaise habitude qui peut aussi coûter cher
Le geste le plus simple consiste à enlever les lunettes avant d’entrer dans le tunnel, et non après avoir franchi le portail sombre. Lorsqu’un tunnel est annoncé, mieux vaut anticiper dès les derniers mètres, en ralentissant légèrement si la luminosité extérieure est très forte. Rangez les lunettes dans un étui facile d’accès, près du levier de vitesses ou dans un vide-poche, plutôt que de les poser sur le siège passager. Chercher ses lunettes à tâtons est une distraction de plus. Pour les trajets où alternent soleil, sous-bois et passages couverts, des verres clairs adaptés à la conduite peuvent offrir un compromis plus prudent.
L’erreur fréquente consiste à croire qu’une paire très chère, polarisée ou dotée d’un traitement haut de gamme, reste sûre dans toutes les conditions. Ce n’est pas le cas. Les lunettes de soleil, même excellentes, sont conçues pour réduire la luminosité diurne ; elles ne sont pas destinées à la conduite nocturne. Les verres de catégorie 4, très foncés, sont d’ailleurs incompatibles avec la conduite automobile, y compris en pleine journée. Pour les autres catégories, aucune interdiction automatique ne vise le port de lunettes solaires la nuit, mais le conducteur doit conserver une vision suffisante. **Le contexte fait toute la différence.**
En France, le Code de la route impose au conducteur de rester en état d’exécuter sans délai les manœuvres nécessaires et de disposer d’un champ de vision suffisant. Si des lunettes trop sombres empêchent clairement de voir, les forces de l’ordre peuvent retenir un comportement inadapté aux conditions de circulation. Il ne s’agit donc pas d’une amende systématique dès que des verres teintés sont repérés sur un visage.
« Tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d’exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent. » — article R. 412-6 du Code de la route
Dans un tunnel : retirez les lunettes avant l’entrée, surtout après une zone très ensoleillée.
La nuit : évitez tout verre teinté, même léger, sauf indication médicale très particulière.
En cas de contrôle ou d’accident : une vision manifestement altérée peut peser dans l’appréciation de votre conduite.
Le bon réflexe commence avant que la lumière disparaisse
Un tunnel n’est pas toujours un long tube impressionnant sous une montagne. Cela peut être un passage sous une voie ferrée, un parking de centre-ville ou une trémie urbaine traversée en quelques secondes. Ces endroits courts sont parfois les plus trompeurs, parce que l’on ne juge pas utile de modifier quoi que ce soit à sa conduite. Pourtant, un véhicule qui freine, un cycliste mal éclairé ou une portière ouverte n’attendent pas que les yeux aient récupéré. Retirer ses lunettes avant d’y entrer n’a rien de spectaculaire. C’est un détail discret, au même titre que vérifier ses rétroviseurs avant de changer de file.
La même vigilance vaut au crépuscule. Quand le ciel garde encore une lueur orange, certains conducteurs conservent leurs lunettes par habitude, pour masquer la fatigue ou parce qu’ils viennent de quitter une terrasse ensoleillée. Les premiers instants de nuit sont pourtant trompeurs : les détails s’effacent doucement, puis les phares et les éclairages publics créent des zones d’ombre plus difficiles à lire. Un équipement utile à 18 heures peut devenir gênant trente minutes plus tard. Parler de cette habitude autour de soi n’est pas donner une leçon ; c’est rappeler que la sécurité se joue souvent dans ces gestes minuscules que l’on ne remarque même plus.
Point essentiel
Détail
Valeur ajoutée pour le lecteur
Verres teintés et obscurité
Ils diminuent la lumière disponible et les contrastes dans un tunnel ou la nuit.
Mieux repérer les situations où retirer ses lunettes sans attendre.
Règle applicable
Le conducteur doit conserver un champ de vision suffisant et pouvoir réagir sans délai.
Comprendre qu’il n’existe pas de passe-droit lié à l’habitude ou au type de lunettes.
Réflexe utile
Anticiper l’entrée d’un passage sombre et ranger sa paire à portée de main.
Réduire une gêne visuelle qui peut survenir en quelques secondes.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Est-il illégal de porter des lunettes de soleil dans un tunnel ?
Il n'existe pas d'interdiction automatique en France, mais le conducteur doit conserver une vision suffisante selon le Code de la route. Une vision manifestement altérée peut entraîner une verbalisation pour comportement inadapté aux conditions de circulation.
Pourquoi est-ce dangereux de garder ses lunettes de soleil la nuit ?
Les verres teintés réduisent la lumière disponible, déjà rare la nuit. Les pupilles ont besoin de lumière pour s'adapter, et un filtre supplémentaire diminue le contraste et rend plus difficile la détection des obstacles, feux arrière et usagers vulnérables.
Les lunettes polarisées ou haut de gamme sont-elles plus sûres dans l'obscurité ?
Non, quel que soit le prix ou la qualité, les lunettes de soleil sont conçues pour réduire la luminosité diurne. Même excellentes, elles restent inadaptées à la conduite nocturne ou en tunnel.
Quel est le bon moment pour retirer ses lunettes avant un tunnel ?
Il faut les retirer avant d'entrer dans le tunnel, dès que celui-ci est annoncé et surtout si la luminosité extérieure est très forte. Ne pas attendre d'être dans le noir pour les enlever.
Combien de temps faut-il aux yeux pour s'adapter à l'obscurité d'un tunnel ?
Selon les spécialistes de la sécurité routière, le temps d'adaptation visuelle entre une zone très lumineuse et une zone sombre peut atteindre plusieurs secondes, durant lesquelles le danger reste maximal.