Sur une base aérienne au Royaume-Uni, Toyota a soumis son nouveau Hilux électrique à une épreuve extrême qui rappelle un test télévisé devenu culte.
Le pick-up Hilux traîne depuis vingt ans une image d’indestructible, forgée par une séquence de l’émission britannique Top Gear en 2003. Selon le site néerlandais Autoblog, Toyota s’appuie aujourd’hui sur ce mythe pour mettre en scène un test spectaculaire de son Hilux électrique, réalisé en Angleterre, et confié… aux internautes.
Un clin d’œil assumé au Top Gear de 2003
Pour comprendre la démarche de Toyota, il faut revenir au début des années 2000. Dans un épisode devenu légendaire, Jeremy Clarkson et ses collègues de Top Gear s’acharnaient sur un vieux Hilux diesel. Leur objectif était simple : réussir à le casser.
Au fil de la séquence, le pick-up subissait un enchaînement de sévices rarement vus à la télévision automobile :
choc frontal volontaire contre un arbre ;
immersion dans la mer puis tentative de redémarrage ;
lâcher d’une caravane depuis une certaine hauteur directement sur la benne ;
démolition contrôlée d’un bâtiment autour du véhicule, laissé au milieu des gravats.
Malgré tout, le Hilux parvenait encore à démarrer, renforçant sa réputation de pick-up « increvable ». Cette séquence circule encore largement sur internet, notamment sur les réseaux sociaux consacrés aux voitures anciennes.
En 2003, un Hilux malmené par Top Gear résistait aux chocs, à l’eau salée, aux chutes de caravane et même à la démolition d’un bâtiment.
Une caravane de 760 kg lâchée à 9 mètres sur le Hilux électrique
Pour son nouveau coup marketing, Toyota Grande-Bretagne a choisi de reprendre l’une de ces scènes emblématiques : la chute d’une caravane sur le pick-up. Avec une nuance de taille : cette fois, la victime est un prototype de Hilux 100 % électrique, appelé Hilux BEV.
La marque a d’abord sollicité les internautes. Sur Reddit, une communauté mondiale de forums en ligne, Toyota a proposé deux scénarios de torture pour le véhicule :
frapper le pick-up avec une gigantesque boule de démolition ;
ou laisser tomber une caravane depuis un bâtiment sur le toit de la benne.
Sans surprise, les utilisateurs ont voté pour l’option la plus spectaculaire, celle qui évoque directement Top Gear. Toyota a donc organisé la cascade sur un aérodrome situé dans le comté de Suffolk, à l’est de l’Angleterre.
Sur place, une caravane de 760 kilos a été hissée à environ neuf mètres de hauteur, au-dessus du Hilux électrique positionné en dessous. L’engin attendait, immobile, comme son ancêtre thermique vingt ans plus tôt.
Au Royaume-Uni, une caravane de trois quarts de tonne a été lâchée d’environ neuf mètres, directement sur le Hilux électrique à l’arrêt.
Des dégâts visibles, mais le pick-up repart
Après la chute, les ingénieurs de Toyota se sont immédiatement penchés sur le véhicule pour analyser les dégâts. La carrosserie présentait des déformations nettes, avec des bosses et des rayures marquées sur la partie supérieure de la structure. Rien d’étonnant face à l’énergie dégagée par une masse de 760 kg tombant de plusieurs mètres.
Le point clé du test concernait toutefois la chaîne de traction électrique. Objectif pour Toyota : démontrer que batteries, moteurs et électroniques restent protégés dans une situation extrême, comparable à un écrasement violent.
D’après Autoblog, le résultat est conforme aux attentes de la marque :
la carrosserie a encaissé l’impact, en jouant son rôle de zone déformable ;
aucun dommage critique n’a été relevé sur les organes vitaux du véhicule ;
le pick-up a pu être rallumé immédiatement après la vérification ;
il a ensuite repris la route, en roulant normalement.
Le message que cherche à faire passer Toyota est clair : l’électrification n’enlève rien à l’image de robustesse du Hilux, pick-up historiquement associé aux chantiers, aux zones rurales et aux utilisations intensives.
Un Hilux de neuvième génération, désormais aussi électrique
La cascade de Suffolk intervient alors que Toyota prépare l’arrivée de la neuvième génération du Hilux, qui s’ouvre à la motorisation électrique. Ce Hilux BEV cohabitera avec des versions équipées de moteurs diesel, toujours prisées par les professionnels en raison de leur autonomie et de leur capacité de traction.
Selon les éléments relayés par Autoblog, cette nouvelle génération affiche :
une capacité de charge utile maximale d’environ 1 065 kg ;
une capacité de remorquage freinée pouvant atteindre 3 500 kg.
Ces valeurs placent le modèle dans la lignée des pick-up double cabine utilisés en Europe et dans de nombreux pays comme véhicules de travail, avec un usage mixte professionnel et familial.
La neuvième génération de Hilux peut transporter plus d’une tonne dans sa benne et tracter jusqu’à 3,5 tonnes avec un attelage freiné.
Toyota a déjà annoncé que d’autres essais spectaculaires seraient organisés autour de ce modèle électrique. Le succès de la première vidéo et les réactions enthousiastes sur les réseaux donnent à la marque un filon marketing évident : associer spectacle, nostalgie de Top Gear et défense de la fiabilité perçue.
Le rôle des réseaux sociaux dans ces tests extrêmes
Le choix de passer par Reddit pour décider du type de torture infligée au Hilux n’est pas anodin. Le constructeur cherche à s’adresser directement aux communautés de passionnés et aux jeunes conducteurs, habitués à consommer de la vidéo courte et spectaculaire.
En laissant les internautes choisir entre boule de démolition et caravane en chute libre, Toyota crée de l’engagement bien avant la diffusion des images. L’opération s’inscrit dans une tendance plus large où les marques automobiles scénarisent leurs tests pour les adapter aux codes des plateformes comme YouTube, TikTok ou Instagram.
Autoblog rappelle d’ailleurs, non sans humour, que certains youtubeurs comme WhistlinDiesel se sont déjà spécialisés dans les tests « beaucoup trop violents » de pick-up, Hilux compris. Ces contenus, parfois aux limites de la casse pure et simple pour le spectacle, alimentent une culture de la démonstration par l’extrême.
Que signifie « BEV » pour le Hilux ?
Le sigle « BEV » accolé au Hilux signifie « Battery Electric Vehicle », soit véhicule électrique à batterie. Contrairement à un hybride rechargeable ou à un hybride simple, ce type de modèle fonctionne exclusivement à l’électricité stockée dans ses accumulateurs. Il ne possède ni réservoir de carburant, ni moteur thermique.
Pour un pick-up comme le Hilux, cette configuration pose plusieurs enjeux techniques :
placer les batteries sans nuire à la garde au sol, indispensable en usage tout-terrain ;
protéger les modules contre les chocs, les projections de pierres et la corrosion ;
conserver une capacité de charge et de remorquage élevée sans réduire trop fortement l’autonomie ;
assurer une bonne répartition des masses pour ne pas dégrader la tenue de route, surtout à vide.
Le test de la caravane permet à Toyota de communiquer sur la protection structurelle de ce pack batterie, un sujet sensible chez les utilisateurs qui hésitent à passer à l’électrique pour un usage professionnel intensif.
Les pick-up électriques vus de France
En France, le marché du pick-up reste modeste par rapport aux États-Unis ou à l’Australie. Les modèles de ce type sont surtout utilisés par des artisans, des exploitants agricoles, des professionnels des travaux publics ou des services d’intervention en milieu difficile. La réglementation française et européenne encadre déjà l’usage de ces véhicules, notamment en matière de charges transportées et de remorquage.
Les pick-up électriques commencent à peine à apparaître sur le marché européen, portés par des objectifs de réduction des émissions de CO₂ et par la volonté de proposer des alternatives aux diesel sur certains parcs d’entreprises. Pour l’instant, plusieurs questions se posent pour un utilisateur français :
l’autonomie réelle en usage chargé ou avec remorque sur autoroute ;
la disponibilité de bornes de recharge adaptées, y compris sur les chantiers ou en zone rurale ;
le coût d’achat plus élevé que celui d’un modèle thermique équivalent ;
la fiscalité applicable, différente selon que le véhicule est considéré comme utilitaire ou particulier.
Les normes européennes de sécurité imposent déjà des crash-tests réglementaires, réalisés par les constructeurs puis évalués par des organismes comme Euro NCAP. Ce que montre Toyota avec son Hilux électrique ne remplace pas ces tests officiels : il s’agit avant tout d’une démonstration spectaculaire pour illustrer la résistance du véhicule à des chocs extrêmes, au-delà des scénarios réglementaires.
Un message de robustesse adressé aux professionnels
Pour un professionnel français, la question centrale reste la fiabilité dans le temps. Un véhicule utilitaire doit résister à des années de charges lourdes, de chemins dégradés et de conditions météo difficiles. Les batteries, en particulier, sont souvent perçues comme plus fragiles qu’un moteur thermique bien entretenu.
En montrant un Hilux BEV qui repart après avoir encaissé la chute d’une caravane, Toyota cherche à rassurer sur plusieurs points :
la structure du châssis et de la benne reste dimensionnée pour des contraintes extrêmes ;
la batterie est intégrée dans une coque protectrice rigide, pensée pour résister aux écrasements ;
les composants de puissance et l’électronique de contrôle sont protégés des chocs indirects.
Dans la pratique, un utilisateur n’aura évidemment pas à subir ce type de situation. En revanche, cette mise en scène peut rendre plus concret un aspect souvent abstrait : la capacité d’un pack batterie à encaisser un accident ou une chute d’objet lourd sans déclencher de court-circuit ou d’incendie.
Des tests spectaculaires, mais un usage quotidien à garder en tête
Les images d’un pick-up sur lequel tombe une caravane marquent les esprits. Elles ne disent pas tout de la vie d’un véhicule électrique, qui se joue plutôt sur la durée : cycles charge-décharge répétés, exposition au froid et à la chaleur, chocs répétés en tout-terrain, usure des composants de suspension ou des freins.
Pour un acheteur français, ces vidéos peuvent servir de point de départ pour poser des questions précises au concessionnaire : localisation des batteries, garanties spécifiques sur la batterie et la chaîne de traction, procédures en cas d’accident, conditions d’utilisation avec remorque. Autant d’éléments concrets à vérifier avant de convertir une flotte de pick-up au tout électrique.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.