En Corée du Sud, KGM cherche un nouveau souffle industriel en s’alliant avec Chery, un acteur chinois déjà très présent à l’international.
Le média automobile à l’origine de ces informations rapporte que KGM, anciennement SsangYong, doit recevoir 75 millions de dollars de Chery Automobile. Cette opération illustre la place croissante prise par les constructeurs chinois dans les alliances mondiales, y compris auprès de marques historiques sud-coréennes.
Un investissement qui pourrait donner 10 % du capital
Chery Automobile prévoit d’injecter 75 millions de dollars dans KG Mobility, plus connu sous son ancienne identité SsangYong. Le montage financier repose sur des obligations convertibles. Concrètement, Chery apporte des fonds sous la forme d’un prêt qui pourra, sous certaines conditions, être transformé en actions.
Si cette conversion intervient, le groupe chinois posséderait environ 10 % du capital de KGM. Il resterait donc minoritaire, sans prendre le contrôle de la marque sud-coréenne. Cette participation lui donnerait tout de même un poids réel dans l’avenir industriel de KGM.
Chery ne se contente pas d’un partenariat technique : son investissement lui ouvre une place directe au capital de KGM.
L’enjeu dépasse largement le montant engagé. KGM sort d’une période marquée par des difficultés financières, des changements d’actionnaires et plusieurs tentatives de redressement. La marque cherche désormais à consolider ses ventes et à financer le développement de véhicules capables de répondre aux attentes actuelles : électrification, connectivité, réduction des coûts de production et renouvellement accéléré des gammes.
Ce que Chery et KGM attendent l’un de l’autre
Les deux entreprises avaient déjà amorcé leur rapprochement. En octobre 2024, KGM et Chery ont conclu un partenariat stratégique ainsi qu’un accord de licence sur des plateformes automobiles. En avril 2025, elles ont signé un accord pour développer ensemble des SUV de taille moyenne et grande.
Chery doit mettre à disposition ses plateformes modulaires et ses technologies liées aux motorisations électrifiées. KGM conserve un rôle déterminant dans la conception de ses futurs modèles, leur style, leur définition commerciale et leur mise au point. La marque sud-coréenne mise notamment sur son expérience historique dans les SUV, les véhicules tout-terrain et les pick-up.
Chery apporte des architectures de véhicules et des capacités industrielles.
KGM apporte son expérience des SUV et son réseau commercial déjà installé.
Les deux groupes envisagent de partager certains moyens de production.
Leur coopération pourrait aussi concerner la distribution et l’après-vente hors de Corée du Sud.
Pour Chery, la coopération présente un intérêt stratégique. Le constructeur chinois, maison mère d’Omoda et Jaecoo, peut s’appuyer sur la présence de KGM sur des marchés où la confiance dans une marque automobile se construit lentement. Disposer de distributeurs, d’ateliers et de pièces détachées constitue un avantage précieux.
Le SE-10 attendu en janvier 2027
Le premier modèle issu de cette union porte le nom de code SE-10. KGM le présente comme un futur SUV de taille moyenne appelé à prendre la relève du Rexton. Son lancement est prévu en janvier 2027.
Le véhicule utilisera la plateforme modulaire T2X de Chery. KGM prévoit une version dotée d’un moteur essence de 2,0 litres et une variante hybride rechargeable. Ces deux motorisations doivent viser le marché sud-coréen ainsi que certains marchés d’exportation.
Le SE-10 sera le premier test concret : il devra démontrer qu’une plateforme chinoise peut donner naissance à un SUV conservant une personnalité propre à KGM.
Une plateforme désigne la base technique commune à plusieurs véhicules. Elle peut regrouper la structure, les points de fixation des éléments mécaniques, une partie de l’électronique et les solutions prévues pour les motorisations. Ce partage permet de réduire les délais de développement et les dépenses, tout en laissant une marge pour adapter le design, l’habitacle ou les réglages de conduite.
Une implantation européenne qui attire Chery
Au premier semestre 2026, KGM a vendu 56 759 véhicules dans le monde, soit une progression de 6,5 % sur un an. La marque a écoulé 21 806 véhicules en Corée du Sud et 34 953 à l’exportation. Les marchés étrangers représentent ainsi 61,6 % de ses volumes sur cette période.
En Europe, au Royaume-Uni et dans les pays de l’Association européenne de libre-échange, KGM a immatriculé 12 186 véhicules durant le semestre. Ce résultat est inférieur aux 12 524 unités relevées un an plus tôt. Le Korando a été le modèle le plus diffusé, devant le Tivoli et le Torres.
Modèle KGM
Immatriculations sur le semestre en Europe, au Royaume-Uni et dans l’AELE
Korando
3 924
Tivoli
2 888
Torres
2 853
Ces résultats restent modestes à l’échelle du marché européen, mais ils confirment l’existence d’un réseau et d’une clientèle. Pour Chery, construire seul une telle implantation demanderait du temps et des investissements élevés. Un réseau de vente ne suffit pas : il faut aussi assurer l’entretien des véhicules, la disponibilité des pièces et l’accompagnement des clients sur la durée.
Quelle place pour KGM en France ?
En France, les automobilistes peuvent retrouver KGM à travers un réseau de distribution de la marque. Les véhicules neufs doivent respecter les règles européennes d’homologation avant leur commercialisation. Les choix industriels annoncés entre Chery et KGM ne modifient donc pas, à eux seuls, les obligations applicables aux modèles vendus sur le territoire français.
Pour un acheteur français, l’enjeu pratique se situera surtout dans la capacité de KGM à maintenir un suivi fiable : disponibilité des pièces, délais d’entretien, couverture du réseau et valeur de revente. Le recours à une plateforme partagée peut permettre d’accélérer l’arrivée de nouveaux modèles. Il peut aussi rendre plus dépendante une marque de ses partenaires techniques.
BYD déjà présent dans l’électrification de KGM
Chery n’est pas l’unique partenaire chinois de KGM. Le constructeur sud-coréen travaille aussi avec BYD sur les batteries et les systèmes hybrides. Des batteries à chimie LFP équipent déjà le Torres EVX et le Musso EV.
La technologie LFP utilise notamment du lithium, du fer et du phosphate. Elle est recherchée pour sa robustesse et son usage dans des véhicules électriques où le coût et la durabilité comptent autant que l’autonomie. KGM prévoit aussi d’étendre le système hybride inauguré avec la gamme Torres à d’autres véhicules.
Cette double coopération dessine une nouvelle stratégie. Chery doit aider KGM sur les plateformes et les moyens industriels. BYD intervient sur l’électrification. La marque sud-coréenne devra désormais montrer qu’elle peut préserver ce qui a fait sa réputation, notamment la robustesse de ses SUV, tout en intégrant des technologies conçues avec ses partenaires chinois.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Qui est Chery et pourquoi s'intéresse-t-il à KG Mobility ?
Chery est un constructeur automobile chinois maison mère des marques Omoda et Jaecoo. Il s'intéresse à KG Mobility pour accéder à son réseau de distribution établi en Europe et sur d'autres marchés, ce qui lui permettrait de se développer sans investir massivement dans une infrastructure commerciale nouvelle.
Que signifient les obligations convertibles dans ce partenariat ?
Les obligations convertibles sont un montage financier où Chery prête 75 millions de dollars à KGM, somme qui peut, sous certaines conditions, être transformée en actions. Si la conversion intervient, Chery posséderait environ 10 % du capital de KGM sans en prendre le contrôle.
Quel est le premier modèle issu de ce partenariat ?
Le SE-10 est un SUV de taille moyenne appelé à remplacer le Rexton de KGM. Il utilisera la plateforme modulaire T2X de Chery et proposera un moteur essence de 2,0 litres ainsi qu'une version hybride rechargeable, avec un lancement prévu en janvier 2027.
KGM travaille-t-il avec d'autres partenaires chinois ?
Oui, KGM coopère aussi avec BYD sur les batteries et les systèmes hybrides. Des batteries LFP équipent déjà le Torres EVX et le Musso EV, tandis que Chery contribue sur les plateformes et les moyens industriels.
Cela affecte-t-il les véhicules KGM vendus en France ?
Les véhicules continueront de respecter les normes d'homologation européennes. L'enjeu pratique pour les acheteurs français sera surtout la capacité de KGM à maintenir un bon suivi après-vente, notamment la disponibilité des pièces et les délais d'entretien.