Après une année marquée par des rappels massifs aux États-Unis, Ford revoit sa copie en profondeur et mise sur son usine espagnole pour changer durablement sa manière de valider ses véhicules.
Le constructeur américain Ford, durement touché par une explosion des rappels de véhicules en 2025, affirme avoir déclenché un plan de transformation de sa stratégie qualité. Comme le rapporte un média spécialisé anglophone, cette réorganisation s’appuie sur un maillage d’infrastructures d’essais en Europe et en Amérique du Nord, avec un rôle clé joué par l’usine de Valence, en Espagne, en complément du centre d’essais historique de Lommel, en Belgique.
12,7 millions de véhicules rappelés aux États-Unis en 2025
En 2025, Ford a été l’un des constructeurs les plus concernés par les rappels de sécurité aux États-Unis. Le groupe a dû rappeler 12,7 millions de véhicules particuliers sur ce seul marché, à travers 149 campagnes de rappel distinctes. À l’échelle mondiale, le bilan grimpe à 222 rappels pour 17,5 millions de véhicules concernés.
Ford a recensé 17,5 millions de véhicules rappelés dans le monde en 2025, dont 12,7 millions rien qu’aux États-Unis.
Le constructeur précise qu’environ un tiers de ses actions de sécurité et de conformité sur l’année étaient liées à des correctifs logiciels associés à des rappels déjà émis. Autrement dit, une part importante des interventions n’était plus liée à une pièce mécanique défaillante mais à des ajustements de programmes informatiques embarqués.
Dès l’été 2025, Ford reconnaissait cette hausse marquée et expliquait avoir renforcé ses équipes dédiées à la détection des défauts, qu’ils soient matériels ou logiciels. Ces efforts commencent à se refléter dans certains indicateurs : la marque a terminé en tête des constructeurs généralistes dans l’étude américaine J.D. Power Initial Quality Study 2026, qui mesure les problèmes rencontrés au cours des premiers mois de possession. Ce classement porte toutefois sur la qualité perçue à court terme, et non sur la fiabilité à long terme.
Une fiabilité qui ne dépend plus uniquement de la mécanique
L’univers automobile a profondément changé. Là où la fiabilité se jouait autrefois presque exclusivement sur le moteur, la boîte de vitesses ou les trains roulants, une voiture récente embarque aujourd’hui :
des dizaines de calculateurs électroniques interconnectés ;
plusieurs kilomètres de faisceaux électriques ;
des millions de lignes de code chargées de gérer moteurs, aides à la conduite et multimédia.
Les sources de panne potentielles se multiplient : logiciels, connectivité, mises à jour à distance, interfaces numériques, systèmes d’aide à la conduite. Une voiture peut se montrer irréprochable sur le plan mécanique tout en accumulant les soucis électroniques, voire des bugs qui nécessitent des rappels, parfois uniquement pour une reprogrammation.
La fiabilité d’une voiture moderne repose autant sur la robustesse des logiciels que sur celle des pièces mécaniques.
Ford dit vouloir reprendre la main sur cette complexité en revisitant entièrement sa manière de valider ses modèles. Cela passe par des essais accélérés, des protocoles plus sévères et un contrôle renforcé de ce qui sort des usines.
Lommel, le cœur des essais Ford en Europe
Contrairement à ce que laisse penser le débat autour de l’usine espagnole, la mise au point des modèles Ford destinés au marché européen ne se joue pas en Espagne mais en Belgique, au Lommel Proving Ground. Ouvert en 1965, ce centre d’essais est la véritable colonne vertébrale de la validation technique des véhicules de la marque sur le Vieux Continent.
Chaque année, les équipes Ford y parcourent plus de dix millions de kilomètres de tests. Le site couvre quasiment tous les domaines de validation :
durabilité des composants ;
résistance à la corrosion ;
électronique et aides à la conduite ;
freinage et tenue de route ;
bruits, vibrations et confort.
Les installations incluent une chambre froide capable de descendre à -40 °C et des chambres de corrosion montant à 60 °C avec 100 % d’humidité. Les ingénieurs y ont reproduit plus de cent types de revêtements extrêmes relevés dans vingt-cinq pays, pour simuler le pire de ce que les routes peuvent infliger à un véhicule.
Valence, en Espagne, au centre de la nouvelle stratégie
Si Lommel reste le centre nerveux des essais en Europe, l’usine de Valence, à Almussafes, en Espagne, prend une nouvelle importance dans la stratégie qualité de Ford. Son rôle ne se limite pas à l’assemblage : le site concentre désormais une partie du contrôle qualité et de la validation industrielle des modèles sortant des chaînes.
Chaque véhicule produit à Valence passe notamment par un circuit dédié de 300 mètres, surnommé « Rattle and Squeak » (« cliquetis et grincements »), destiné à faire ressortir :
bruits parasites intérieurs ;
défauts d’assemblage ;
problèmes de suspensions ou de rigidité.
Les voitures sont ensuite soumises à des contrôles d’étanchéité, afin de détecter toute infiltration d’eau ou défaut de joints. Le laboratoire associé à l’usine moteur mène également des travaux de validation, en complément des essais réalisés à Lommel et sur d’autres sites.
À Valence, chaque véhicule passe par un circuit de 300 mètres pour débusquer grincements, vibrations et défauts d’assemblage avant livraison.
C’est sur ce maillon industriel, situé en Espagne, que Ford entend s’appuyer pour mieux verrouiller la qualité des véhicules qui quittent ses usines européennes, et limiter à l’avenir le recours aux grandes campagnes de rappel.
Condensation du temps : simuler dix ans d’usage en quelques mois
Les infrastructures d’essais de Ford permettent surtout de compresser le temps. Le constructeur indique avoir soumis son utilitaire Transit à un programme reproduisant dix années d’utilisation intensive en seulement six mois d’essais accélérés à Lommel.
Le E-Transit, déclinaison électrique de l’utilitaire, a subi un traitement comparable, équivalant à une décennie d’usage en douze semaines. Les essais se sont déroulés entre les États-Unis, Cologne et Lommel, avec des scénarios extrêmes : par exemple, un moteur électrique faisant tourner son arbre pendant 125 jours sans interruption.
Les véhicules d’essai sont saturés de capteurs enregistrant une multitude de données, comme :
température des amortisseurs ;
vitesses de rotation des roues ;
déformations du châssis ;
tensions électriques dans les systèmes embarqués.
Ces informations sont ensuite exploitées pour repérer les zones de faiblesse et valider les correctifs avant la mise en production. Cette méthodologie ne garantit pas qu’aucun problème n’apparaîtra jamais sur un modèle de série, mais elle augmente la probabilité de détecter les défauts les plus critiques en amont.
Objectif : jusqu’à 15 ans de fiabilité pour les groupes motopropulseurs
Ford a également relevé ses ambitions en matière de longévité. Le constructeur vise désormais une fiabilité pouvant atteindre 15 ans ou 225 000 miles, soit environ 362 000 km, pour la quasi-totalité de ses principaux groupes motopropulseurs. Son ancien objectif se situait à 10 ans et 150 000 miles.
À Essex, au Royaume-Uni, des équipes démontent chaque jour des moteurs complets pour analyser leur état après des séances d’essais intensifs. Les données récoltées sont confrontées à des outils d’intelligence artificielle chargés de détecter des schémas d’usure ou des anomalies dans les relevés.
Le seuil interne de validation passe à 15 ans ou 362 000 km pour la plupart des groupes motopropulseurs Ford, sans constituer une promesse contractuelle au client.
Il s’agit d’un objectif de validation interne revendiqué par Ford, et non d’une garantie commerciale : le constructeur ne s’engage pas à ce que chaque moteur atteigne systématiquement ce kilométrage sans défaillance. L’enjeu, pour la marque, consiste plutôt à réduire nettement la probabilité de pannes majeures sur la durée de vie moyenne d’un véhicule.
Ce que cela signifie pour les automobilistes en France
Pour un conducteur français, ces évolutions concernent directement les modèles Ford vendus sur le marché hexagonal, puisque leurs essais et leur validation industrielle passent en grande partie par Lommel et par l’usine de Valence.
En France, les rappels de véhicules sont encadrés par la réglementation européenne. Lorsqu’un défaut de sécurité est identifié, le constructeur doit prévenir les autorités compétentes (comme la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et organiser une campagne de rappel gratuite pour les propriétaires concernés.
Les méthodes de validation plus poussées chez Ford peuvent, si elles portent leurs fruits, limiter le nombre de retours atelier pour des problèmes récurrents. Pour les clients français :
les rappels restent obligatoires et gratuits en cas de défaut de sécurité ;
les mises à jour logicielles peuvent, dans certains cas, être effectuées en atelier ou à distance selon les modèles ;
la perception de fiabilité influence directement la valeur de revente sur le marché de l’occasion.
Les centres d’essais comme Lommel jouent ainsi un rôle comparable à celui des pistes privées et bancs d’essais que possèdent d’autres constructeurs européens. Renault, Stellantis ou Volkswagen disposent eux aussi de sites voués à reproduire les pires conditions d’usage, afin de limiter l’apparition de défauts sur les véhicules livrés en France.
Comment un automobiliste peut tirer parti de ces évolutions
Pour un acheteur, la multiplication des campagnes de rappel peut sembler inquiétante, mais elle traduit aussi une réalité : les constructeurs surveillent davantage leurs véhicules sur la durée et interviennent plus vite en cas d’anomalie, notamment logicielle. Un rappel signifie qu’un problème a été identifié et qu’une solution existe.
Deux réflexes restent utiles :
vérifier régulièrement, via le réseau ou le service client, si son véhicule est concerné par une campagne en cours ;
faire appliquer les mises à jour et correctifs proposés, en particulier sur les systèmes électroniques.
Les efforts engagés par Ford illustrent une tendance de fond : la fiabilité automobile se joue désormais autant dans les laboratoires, les centres d’essais climatiques et les lignes de production ultra-contrôlées que dans les bureaux d’ingénierie moteur. L’usine espagnole de Valence devient l’un des points névralgiques de ce dispositif, appelée à peser davantage à partir de 2026 avec la montée en puissance des nouvelles méthodes de validation.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi Ford a-t-elle augmenté ses rappels en 2025 ?
Environ un tiers des rappels était liés à des correctifs logiciels plutôt qu'à des défauts mécaniques. La complexité croissante des systèmes électroniques embarqués (calculateurs, logiciels, connectivité) a multiplié les sources potentielles de pannes.
Quel est le rôle de l'usine de Valence dans la nouvelle stratégie ?
L'usine espagnole concentre désormais une part du contrôle qualité et de la validation industrielle. Chaque véhicule passe par un circuit de 300 mètres pour déterminer les grincements, vibrations et défauts d'assemblage avant livraison.
Comment Ford teste-t-elle la durabilité de ses véhicules ?
Ford reproduit dix années d'utilisation intensive en seulement six mois grâce à des essais accélérés à Lommel. Les véhicules d'essai sont saturés de capteurs enregistrant température, vitesses, déformations et tensions électriques pour identifier les zones faibles.
Quels objectifs de fiabilité Ford s'est-elle fixés ?
Le constructeur vise une fiabilité de 15 ans ou 225 000 miles (environ 362 000 km) pour les groupes motopropulseurs, relevant ainsi ses ambitions en matière de longévité.
Ford a-t-elle obtenu des résultats positifs récemment ?
Oui, Ford a terminé en tête des constructeurs généralistes dans l'étude J.D. Power Initial Quality Study 2026, bien que ce classement porte sur la qualité à court terme et non la fiabilité à long terme.