Un défaut logiciel sur des Mercedes récentes soulève des questions de sécurité routière en France, où un vaste rappel est lancé.
Selon un article du site spécialisé Automobile-Propre, Mercedes-Benz fait face à un problème logiciel touchant l’affichage numérique du tableau de bord sur une large série de véhicules récents, avec à la clé une campagne de rappel de grande ampleur. Si la procédure décrite par le média concerne d’abord les États-Unis, les conducteurs français sont directement concernés, car des modèles identiques circulent sur nos routes et peuvent être soumis à des actions similaires.
Un tableau de bord qui peut s’éteindre en pleine conduite
Le cœur du problème se situe dans le combiné d’instruments entièrement numérique, devenu la norme sur la plupart des Mercedes modernes. Là où les anciennes voitures affichaient la vitesse ou le niveau de carburant avec des aiguilles analogiques indépendantes, ces informations passent désormais par un écran et un logiciel unique.
Dans le cas présent, la conception du système d’infodivertissement peut provoquer une réinitialisation soudaine. Pendant ce redémarrage, l’affichage des données de conduite se coupe brièvement. Le conducteur peut alors se retrouver, même pour quelques secondes, sans :
indication de vitesse ;
niveau de carburant ;
alertes d’état du véhicule ;
avertissements de sécurité.
Un simple bug logiciel suffit à faire disparaître temporairement des informations aussi cruciales que la vitesse ou le niveau de carburant.
Aucune alerte préalable n’avertit le conducteur avant que le phénomène ne se produise. Le conducteur peut donc être surpris au moment même où il a besoin de ces données, par exemple en dépassement, en entrée de virage ou dans une zone limitée en vitesse.
Un défaut purement logiciel, sans pièce défectueuse
Mercedes-Benz indique que rien de mécanique n’est en cause. Le problème vient exclusivement du logiciel qui pilote le système MBUX et le tableau de bord. La façon dont ce logiciel a été conçu peut, dans certaines conditions, déclencher une réinitialisation.
Ce type d’incident illustre les nouvelles fragilités introduites par la généralisation des écrans numériques dans l’habitacle. Un même code est utilisé sur plusieurs modèles et plusieurs gammes. Lorsqu’un défaut est identifié, il peut toucher d’un coup des centaines de milliers de véhicules, même si aucune pièce n’est « cassée » en soi.
Dans la campagne décrite par Automobile-Propre, aucun accident n’a été signalé à ce stade en lien direct avec ce bug. Les autorités américaines de la sécurité routière, la NHTSA (l’équivalent de la Direction générale de l’énergie et du climat pour la partie sécurité des véhicules), ont néanmoins enregistré la campagne de rappel sous une référence officielle, signe qu’il s’agit d’un risque pris très au sérieux.
Un large éventail de modèles concernés
Aux États-Unis, le défaut touche 144 049 véhicules des millésimes 2024 à 2026 destinés au marché américain. La campagne ne concerne pas une unique version mais un ensemble de familles de modèles, parmi les plus en vue de la marque :
Classe C ;
Classe E ;
CLE ;
GLC ;
AMG GT ;
SL, y compris le très haut de gamme Mercedes-Maybach SL 680.
Tous les exemplaires de ces gammes ne sont pas forcément touchés. L’éligibilité dépend de la version logicielle installée. Deux voitures de même modèle, sorties la même année, peuvent donc être dans des situations différentes.
Pour un même modèle Mercedes, certains exemplaires sont rappelés, d’autres non, uniquement en fonction de la version logicielle embarquée.
Une architecture électronique de plus en plus centralisée
Le cas mis en avant par Automobile-Propre rappelle l’évolution rapide de l’architecture électronique des voitures. Les constructeurs concentrent désormais une grande partie des fonctions dans quelques calculateurs puissants, reliés à de grands écrans.
Cette centralisation permet des mises à jour à distance et des services connectés, mais elle crée aussi un point de fragilité : un simple bug dans le logiciel commun peut entraîner un rappel massif, comme celui qui frappe ici les modèles récents de Mercedes.
De la mise à jour à distance au rappel de sécurité
La chronologie reconstituée par le média montre comment un correctif logiciel peut évoluer en véritable rappel de sécurité. Selon l’article, Mercedes avait commencé à diffuser « over the air » (OTA), c’est-à-dire à distance via la connexion embarquée, une mise à jour visant à rendre le système plus robuste face aux réinitialisations.
Après des échanges avec la NHTSA, le constructeur a fini par transformer la campagne restante en rappel de sécurité formel. Pour les véhicules encore concernés, la solution officielle passe par une mise à jour du logiciel de l’unité de contrôle de l’infodivertissement chez un concessionnaire Mercedes-Benz agréé.
Le correctif repose uniquement sur une mise à jour logicielle gratuite, réalisée en concession, sans remplacement de pièces.
Les propriétaires n’ont pas reçu de consigne d’immobilisation stricte. Mercedes n’a pas diffusé d’ordre « Do Not Drive », c’est-à-dire d’interdiction de conduire le véhicule tant que la réparation n’est pas effectuée. Les automobilistes sont invités à prendre rendez-vous pour faire appliquer le correctif, sans urgence réglementaire d’arrêt immédiat.
Quelles conséquences pour les conducteurs en France ?
Automobile-Propre précise ne pas avoir identifié, à la date de rédaction, de source officielle confirmant que cette campagne américaine pour 144 049 véhicules s’applique avec le même périmètre en France. Les ventes, les motorisations et le calendrier de commercialisation diffèrent souvent entre les deux marchés.
En France, les rappels de véhicules sont encadrés et les constructeurs doivent informer les propriétaires lorsque leur voiture est concernée. Les contrôles techniques vérifient parfois, selon les cas, que certaines campagnes de rappel critiques ont bien été effectuées, mais les procédures restent distinctes de celles des États-Unis.
Comment un propriétaire français peut-il vérifier sa Mercedes ?
Mercedes-Benz France met à disposition un outil officiel permettant de contrôler les campagnes de rappel associées à un véhicule. Pour l’utiliser, l’automobiliste doit saisir le numéro de châssis, ou VIN, composé de 17 caractères, qui figure sur la carte grise et à plusieurs endroits sur le véhicule.
Récupérer le VIN à 17 caractères (rubrique E de la carte grise) ;
Le saisir dans l’outil de vérification de rappels de Mercedes-Benz France ;
Consulter la liste des campagnes en cours sur le véhicule ;
Prendre rendez-vous en concession si un rappel apparaît comme non réalisé.
Cette démarche ne se limite pas au seul bug d’affichage du tableau de bord. Elle permet de vérifier l’ensemble des campagnes de rappel ou d’amélioration en vigueur pour la voiture concernée.
Le rappel automobile, un mécanisme de sécurité encadré
En France, un rappel de véhicule correspond à une opération de sécurité encadrée, généralement gratuite pour l’usager. Le constructeur doit corriger un défaut qui peut nuire à la sécurité ou au respect des normes (pollution, freinage, airbags, électronique de conduite, etc.).
Dans le cas d’un défaut logiciel, comme celui qui touche les Mercedes évoquées par Automobile-Propre, l’intervention consiste souvent à :
diagnostiquer la version logicielle installée ;
installer une nouvelle version validée ;
vérifier le bon fonctionnement de l’affichage et des aides à la conduite ;
consigner l’opération dans l’historique du véhicule.
Un rappel peut être initié par le constructeur lui-même ou demandé par les autorités si un risque apparaît. Dans certains cas, la consigne d’immobilisation devient obligatoire, par exemple lorsque la direction, les freins ou les airbags présentent un danger immédiat. Ici, le tableau de bord qui s’éteint ne donne pas lieu à une telle interdiction, mais reste classé comme un problème sérieux de lisibilité des informations au volant.
Pourquoi un simple bug d’écran peut avoir des conséquences lourdes
À première vue, un tableau de bord qui se coupe quelques secondes peut sembler moins grave qu’un problème de freinage. En pratique, la perte d’informations peut modifier le comportement du conducteur et créer des situations à risque.
Sans affichage de la vitesse, il devient plus difficile de respecter une limitation temporaire, un radar de chantier ou une zone scolaire. Sans jauge ni voyant, un conducteur peut retarder un plein ou ignorer un voyant d’alerte technique important. Si le bug survient la nuit, sur autoroute ou sous la pluie, le temps de réaction pour comprendre la situation s’allonge.
La généralisation des aides à la conduite renforce encore cet enjeu. Une partie des messages d’alerte de l’ABS, de l’ESP ou des systèmes de maintien dans la voie passe par le tableau de bord numérique. Une coupure d’écran, même brève, peut donc entraîner la perte d’informations critiques sur le comportement du véhicule.
Vers une vigilance accrue des conducteurs face aux rappels logiciels
L’épisode rapporté par Automobile-Propre montre que les conducteurs doivent désormais surveiller les rappels avec la même attention qu’un changement de plaquettes ou un contrôle technique. Un simple correctif logiciel peut modifier en profondeur le comportement de la voiture, en bien comme en mal si la mise à jour n’est pas faite.
Pour un propriétaire de Mercedes en France, le bon réflexe consiste à :
vérifier régulièrement, via le VIN, l’existence de campagnes de rappel ;
accepter et installer les mises à jour proposées par le constructeur ;
signaler à sa concession tout comportement anormal de l’affichage ou des aides à la conduite.
Les systèmes numériques deviennent centraux dans la sécurité moderne des véhicules. Un bug comme celui qui touche l’affichage du tableau de bord rappelle que, même sans pièce cassée, une simple ligne de code peut justifier le rappel de dizaines de milliers de voitures, en France comme à l’étranger.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.