Un milliardaire américain a déboursé plus de 8 millions de dollars pour une hypercar rarissime avant de réaliser qu’il ne pouvait pas légalement l’utiliser sur route aux États-Unis.
L’affaire, rapportée par un média automobile en ligne, met en lumière les limites très strictes qui encadrent l’importation de voitures d’exception aux États-Unis. Malgré un chèque à huit chiffres et un modèle produit au compte-gouttes, ce collectionneur se heurte à une réalité administrative implacable : sa Gordon Murray Automotive T.50 ne peut pas rouler librement sur le réseau routier américain sans dérogation spécifique.
Une hypercar à plus de 8 millions de dollars… bloquée au garage
Lors d’une vente aux enchères organisée en Californie, un milliardaire américain a mis la main sur une Gordon Murray Automotive T.50. La voiture, adjugée pour près de 8 millions de dollars, fait partie d’une série ultra-limitée de seulement cent exemplaires dans le monde.
Ce modèle exceptionnel, conçu par Gordon Murray Automotive, se destine avant tout aux passionnés les plus fortunés. Mais une fois la vente conclue, le nouveau propriétaire a découvert un détail que beaucoup négligent au moment de signer : sa T.50 n’était pas homologuée pour circuler sur route ouverte dans son pays.
Malgré un prix d’achat d’environ 8 millions de dollars, la Gordon Murray T.50 de ce collectionneur américain ne peut pas, à ce stade, être utilisée librement sur route aux États-Unis.
Une dérogation serait actuellement à l’étude auprès des autorités américaines. Tant qu’elle n’est pas accordée, la voiture ne peut pas être immatriculée comme un véhicule classique et reste limitée à un usage très encadré.
La Gordon Murray T.50, une pièce de collection avant tout
La T.50 n’est pas une supercar de plus. C’est une hypercar conçue comme un manifeste technologique et un objet de collection. Gordon Murray Automotive n’en a produit qu’une centaine d’exemplaires, destinés à quelques clients triés sur le volet.
Techniquement, la fiche impressionne :
moteur V12 atmosphérique Cosworth de 3,99 litres ;
régime maximal de 11 500 tr/min, un niveau digne de la compétition ;
boîte manuelle à 6 rapports, choix rare à ce niveau de performance ;
puissance de 663 ch, avec un mode « V-Max boost » qui permet de monter temporairement à environ 700 ch.
Ce type d’auto s’adresse à un public très restreint, souvent plus proche du collectionneur que de l’automobiliste du quotidien. Mais pour beaucoup d’acheteurs, la possibilité de parcourir quelques routes publiques reste un élément central du rêve… qui se heurte ici au droit américain.
Pourquoi cette hypercar n’est-elle pas homologuée aux États-Unis ?
Aux États-Unis, l’homologation des véhicules relève notamment de la NHTSA, la National Highway Traffic Safety Administration, l’équivalent de la sécurité routière et de l’homologation en France. Certaines voitures très exclusives peuvent être importées sous des régimes particuliers.
La T.50 fait partie de ces modèles qui ne respectent pas l’ensemble des normes américaines en vigueur (sécurité, pollution, équipements obligatoires). Elle peut néanmoins être introduite sur le territoire sous des conditions spécifiques, via des régimes dérogatoires encadrés par la NHTSA.
La voiture bénéficie d’un régime spécial d’importation, mais ce régime s’accompagne de limites strictes d’usage, notamment en durée et en kilométrage annuel.
Lors de l’achat, le propriétaire a découvert que son véhicule était soumis à :
une autorisation limitée, avec un plafond annuel d’utilisation ;
une procédure administrative obligatoire avant toute immatriculation complète ;
l’examen d’un dossier par les autorités, sans garantie immédiate de validation.
Tant que ce dossier n’est pas accepté, la voiture ne peut pas être exploitée librement sur le réseau routier américain. Elle peut être réservée à des événements privés, à des circuits ou à des présentations, mais pas à une utilisation routière classique.
Une situation fréquente dans l’univers des hypercars très exclusives
Le cas de cette T.50 n’est pas isolé. Dans le segment des hypercars, plusieurs modèles très pointus se heurtent à des réglementations nationales ou fédérales. Certains constructeurs conçoivent d’ailleurs des versions spécifiques pour les États-Unis, plus lourdes, moins bruyantes, parfois moins radicales, pour respecter les normes.
D’autres choisissent au contraire de privilégier la pureté mécanique, quitte à réserver la voiture :
aux circuits privés ;
à des événements sur pistes fermées ;
à des collections exposées dans des garages ou des musées personnels.
Le récit rapporté par le média en ligne souligne un point souvent sous-estimé par le grand public : l’achat d’un véhicule de ce niveau n’implique pas automatiquement le droit de rouler en toute liberté. Le droit de propriété ne se confond pas avec le droit de circulation.
Comment fonctionnent ces dérogations aux États-Unis ?
Les États-Unis prévoient plusieurs régimes spéciaux pour les voitures rares ou atypiques. Parmi eux, certains encadrent les véhicules dits de « collection », d’autres visent les modèles importés en petite série ou à usage strictement limité. Chaque régime implique des contraintes différentes : limitation de l’usage, de la fréquence de circulation, du type de routes empruntables ou du kilométrage annuel.
Sans la dérogation adéquate, une hypercar importée sous régime spécial reste cantonnée à un usage restreint, souvent loin des routes de tous les jours.
Dans le cas de la T.50, une dérogation est à l’étude. Son obtention, son périmètre et ses limites conditionneront la façon dont le milliardaire pourra profiter de sa voiture : balades occasionnelles, usage exclusivement sur piste ou simple pièce maîtresse d’un garage privé.
Que se passerait-il avec une telle voiture en France ?
Pour un lecteur français, cette affaire pose une question pratique : un modèle comme la Gordon Murray T.50 pourrait-il rouler en France ? Le principe diffère, mais le fond reste comparable : tout véhicule doit respecter les règles d’homologation pour circuler sur route ouverte.
En France, l’homologation et les règles techniques relèvent notamment :
du ministère chargé des Transports ;
de l’UTAC, organisme qui réalise des essais et délivre certaines homologations ;
des préfectures et de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) pour l’immatriculation.
Pour une voiture importée en petite série ou très atypique, plusieurs options existent :
une homologation européenne de type CE, qui facilite l’immatriculation dans les pays de l’Union européenne ;
une réception à titre isolé, procédure qui permet d’examiner un véhicule individuellement ;
un usage limité aux circuits, sans immatriculation pour rouler sur route.
Une hypercar comme la T.50 pourrait théoriquement être utilisée en France si elle répond à un cadre d’homologation précis ou si une réception à titre isolé est possible. À défaut, elle resterait cantonnée aux circuits privés ou aux événements fermés.
Les équivalents français des régimes spéciaux américains
La France ne dispose pas d’un système identique à celui de la NHTSA, mais l’idée générale reste la même : protéger les usagers de la route tout en laissant une place aux véhicules d’exception, dans un cadre très encadré.
États-Unis
France
NHTSA (autorité fédérale de sécurité routière et d’homologation)
Ministère des Transports / UTAC / services d’immatriculation
Régimes d’importation spéciale pour modèles non homologués
Réception à titre isolé, homologation européenne ou usage circuit
Limitation possible du kilométrage et de l’usage
Restrictions d’usage pour certains véhicules spéciaux ou non réceptionnés
Acheter une hypercar : un rêve, mais aussi un dossier administratif
Cette affaire rappelle que l’achat d’une hypercar ne se résume pas à signer un chèque. À ce niveau, chaque détail administratif compte : réglementation nationale, normes de sécurité, émissions, bruit, procédures de réception, documents d’importation.
Pour éviter les mauvaises surprises, les collectionneurs fortunés s’entourent souvent :
de spécialistes de l’homologation ;
de cabinets juridiques connaissant le droit automobile ;
de sociétés dédiées à l’importation de véhicules de prestige.
Dans le cas de la Gordon Murray T.50, le milliardaire américain n’est pas privé de son auto, mais son usage reste suspendu à une décision administrative. L’épisode illustre le fossé qui peut exister entre le rêve vendu par les catalogues d’hypercars et la réalité parfois très stricte du droit routier.
Pour tout passionné, même à un niveau plus modeste, cette histoire américaine constitue un rappel concret : avant d’acheter une voiture rare, exotique ou importée, la question de son homologation et de son statut administratif doit être posée en même temps que celle de sa puissance, de son moteur et de son prix.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.