Dans l’Italie des années 1960, un moine bénédictin assure avoir participé à la mise au point d’un appareil capable de voir le passé.
Selon un récit rapporté par le média en ligne américain All That’s Interesting, un religieux italien aurait développé au Vatican une mystérieuse machine permettant d’observer des scènes de l’Antiquité comme si elles étaient filmées en direct. L’appareil, baptisé « Chronovisor », aurait été ensuite dissimulé par l’Église catholique, tant ses implications étaient jugées dangereuses.
Un moine, deux scientifiques de renom et une machine hors norme
Au cœur de cette histoire se trouve le père Pellegrino Ernetti, moine bénédictin, présenté comme à la fois musicologue, scientifique et exorciste. Selon le livre Le Nouveau Mystère du Vatican, publié en 2002 par le prêtre français François Brune, Ernetti aurait affirmé avoir travaillé sur un appareil révolutionnaire dans les années 1950 et 1960 au Vatican, en Italie.
Le religieux raconte avoir participé à un projet secret réunissant douze chercheurs de haut niveau. Parmi eux, deux noms impressionnent :
Enrico Fermi, physicien italien, prix Nobel de physique en 1938 ;
Wernher von Braun, ingénieur allemand recruté ensuite par les États-Unis et figure majeure du programme spatial de la NASA.
Ernetti explique avoir confié l’existence de ce dispositif à François Brune au début des années 1960, lors d’une traversée en bateau sur le Grand Canal de Venise. Tous deux, spécialistes des langues anciennes, discutaient des interprétations possibles de la Bible quand le moine italien lui aurait lancé qu’il détenait, lui, un accès direct au « vrai » passé grâce à une machine.
Le Chronovisor est décrit comme un appareil capable de « capter » les ondes lumineuses et sonores du passé, pour les afficher en images et en sons sur un écran.
Dans ce récit, l’appareil ne transporterait pas physiquement son utilisateur dans une autre époque. Il fonctionnerait plutôt comme une sorte de télévision du passé : des antennes et des métaux « mystérieux » capteraient les traces d’ondes restées « flottantes » dans l’espace depuis des siècles, voire des millénaires.
Une description technique qui rappelle un téléviseur… appliqué à l’histoire
Selon les descriptions rapportées par All That’s Interesting à partir des propos d’Ernetti et du livre de François Brune, le Chronovisor se composerait de plusieurs éléments :
des antennes, dont trois faites de métaux qualifiés de « mystérieux », censées recevoir toutes les longueurs d’onde de lumière et de son ;
un système de réglage, décrit comme un « radiogoniomètre », permettant de choisir avec précision l’époque et l’événement visés ;
un écran pour restituer l’image ;
un dispositif d’enregistrement, chargé de garder une trace des scènes « visionnées ».
Le père Ernetti aurait expliqué que cette machine, une fois correctement réglée, permettait de « syntoniser » un moment du passé comme on choisit une station de radio ou une chaîne de télévision.
Dans le récit d’Ernetti, le Chronovisor serait davantage une fenêtre ouverte sur l’histoire qu’une véritable machine à remonter le temps.
Ce fonctionnement repose sur une idée simple, mais jamais démontrée : chaque son, chaque lumière émis dans le passé subsisterait indéfiniment dans l’univers, et il suffirait de savoir comment les capter pour les « rejouer ».
De Cicéron à la crucifixion du Christ : des scènes spectaculaires
Au fil des années, le moine bénédictin aurait raconté avoir observé certains des épisodes les plus marquants de l’Antiquité et de l’histoire religieuse. All That’s Interesting rapporte qu’il aurait notamment affirmé :
avoir vu et entendu un discours du célèbre orateur romain Cicéron devant le Sénat en 63 av. J.-C. ;
avoir assisté, via la machine, à la crucifixion de Jésus-Christ ;
avoir pu observer d’autres épisodes bibliques, comme la destruction de Sodome et Gomorrhe ou des scènes liées aux débuts de l’Empire romain.
Le 2 mai 1972, l’hebdomadaire italien La Domenica del Corriere publie un long article intitulé « Une machine qui photographie le passé a enfin été inventée ». Le texte reprend les déclarations du religieux, alors toujours vivant, et les présente à un large public italien.
Le magazine va plus loin : il diffuse une photographie censée provenir du Chronovisor. L’image montrerait Jésus sur la croix, entouré de soldats romains. L’article affirme également qu’Ernetti aurait pu « assister » à la Cène, et qu’il aurait gardé pour lui une photo de ce moment présenté comme la Dernière Cène.
Jusqu’à sa mort en 1994, Pellegrino Ernetti aurait maintenu que l’appareil était réel et qu’il avait été rangé dans un lieu tenu secret par le Vatican.
All That’s Interesting rappelle qu’Ernetti affirmait que la machine avait été mise à l’abri pour éviter tout détournement. Selon lui, le Vatican aurait décidé de la cacher afin qu’elle ne serve pas à manipuler l’opinion, surveiller des personnes ou interférer avec la liberté individuelle.
Le Vatican, les mises en garde et un décret contre ce type d’instrument
L’un des éléments les plus souvent mis en avant par les partisans de l’histoire du Chronovisor tient à un texte officiel du Vatican. En 1988, le Saint-Siège publie un avertissement indiquant que toute personne utilisant un instrument permettant de « capter » le passé ou le futur risquerait l’excommunication.
Les défenseurs de l’existence de la machine y voient une preuve indirecte : si un tel décret existe, c’est qu’un dispositif de ce genre aurait au moins été envisagé. D’autres y lisent simplement une mise en garde générale contre la divination ou les prétentions à prédire l’avenir par des moyens techniques.
Peu avant sa mort, le père Ernetti aurait adressé une lettre ouverte, dans laquelle il réaffirme l’existence du Chronovisor. Il y explique que, selon lui, le pape Pie XII aurait interdit toute divulgation technique :
Dans cette lettre, Ernetti rapporte que Pie XII aurait jugé la machine « très dangereuse », car « elle peut restreindre la liberté de l’homme ».
Ce passage nourrit les spéculations : certains imaginent un appareil aux applications politiques ou judiciaires considérables, d’autres y voient un récit romanesque soigneusement entretenu.
Des incohérences, des images contestées et des critiques appuyées
Avec le temps, plusieurs éléments avancés par le moine ont été remis en question. All That’s Interesting souligne qu’un doute massif entoure la fameuse « photo de Jésus » publiée en 1972. Des chercheurs et des journalistes italiens affirment qu’il s’agirait en réalité :
soit d’une simple reproduction d’une statue d’un Christ en croix conservée dans une église d’Ombrie ;
soit de l’image inversée d’un Christ figurant sur une carte postale vendue dans la ville italienne de Collevalenza.
En 1996, la revue Paracelsus s’attaque à son tour à l’affaire. L’article pointe plusieurs problèmes :
l’absence totale de plans détaillés ou de relevés techniques permettant de vérifier la faisabilité de l’engin ;
le caractère invérifiable des scènes décrites, faute d’éléments objectifs indépendants ;
la ressemblance frappante du concept du Chronovisor avec un appareil imaginé dans une nouvelle de science-fiction publiée en 1947.
Certains témoignages affirment qu’Ernetti aurait fini par reconnaître avoir tout inventé avant sa mort en avril 1994. All That’s Interesting précise toutefois que cette prétendue confession reste discutée et qu’aucun document public ne vient la confirmer sans ambiguïté.
Entre photographies soupçonnées de plagiat, absence de plans et récits invérifiables, la plupart des spécialistes rangent aujourd’hui le Chronovisor au rayon des légendes du Vatican.
Les principaux protagonistes cités dans cette affaire – Enrico Fermi, Wernher von Braun, Pellegrino Ernetti et François Brune – sont désormais décédés. Aucune institution scientifique reconnue n’a confirmé avoir participé à un tel projet, ni même vu cet appareil.
Pourquoi cette histoire fascine encore en Italie et ailleurs
L’affaire du Chronovisor s’inscrit dans une longue tradition de récits entourant le Vatican, souvent présenté comme un lieu de secrets bien gardés. All That’s Interesting rappelle qu’elle voisine dans l’imaginaire collectif avec d’autres énigmes, comme la disparition non élucidée d’Emanuela Orlandi en 1983 ou les archives inaccessibles conservées dans les dépôts du Saint-Siège.
Cette machine supposée répond aussi à une curiosité ancienne : la tentation de vérifier, par un moyen technique, les grands récits religieux et historiques. L’idée de pouvoir « filmer » la crucifixion, la vie des empereurs romains ou les épisodes majeurs de la Bible touche un point sensible, à la frontière entre foi, science et besoin de preuves.
Élément
Version avancée par Ernetti
Analyse critique rapportée
Participants
Douze scientifiques, dont Fermi et von Braun
Aucune confirmation externe
Fonctionnement
Capture des ondes lumineuses et sonores du passé
Principe incompatible avec la physique connue
Photo de Jésus
Image prise directement au moment de la crucifixion
Forte ressemblance avec une œuvre déjà existante
Statut actuel
Machine cachée au Vatican selon Ernetti
Aucune preuve matérielle publique
Recherche du passé : ce que fait réellement la science en France
Pour un lecteur français, l’histoire du Chronovisor se heurte frontalement aux connaissances scientifiques actuelles. Aucun laboratoire, en France ou ailleurs, ne dispose d’un appareil capable de « voir » une scène précise du passé comme on lirait un enregistrement vidéo.
Les travaux menés dans les instituts de recherche français pour reconstituer le passé utilisent d’autres méthodes, très encadrées :
l’archéologie, qui analyse les objets, bâtiments et vestiges pour comprendre les civilisations anciennes ;
la datation scientifique, par exemple la méthode au carbone 14, qui permet d’estimer l’âge de matières organiques ;
l’étude des archives écrites, conservées notamment aux Archives nationales ou dans les services d’archives départementales ;
les sciences de la Terre, qui retracent l’histoire du climat ou des catastrophes naturelles à partir de carottes glaciaires ou sédimentaires.
Dans le domaine religieux, les grandes institutions françaises – diocèses, conférences d’évêques, universités catholiques – s’appuient sur ces disciplines classiques : histoire, exégèse, philologie, archéologie biblique, et pas sur des machines prétendant « voir » directement les scènes de l’Antiquité.
Sur le plan juridique ou politique, un appareil tel que le Chronovisor poserait, s’il existait, des questions lourdes : atteinte potentielle à la vie privée, risque de manipulation, remise en cause des procédures judiciaires fondées sur les témoignages et les preuves matérielles. Ces enjeux sont régulièrement débattus en France à propos de technologies réelles, comme la vidéosurveillance, la reconnaissance faciale ou l’analyse massive de données.
Une légende qui questionne notre rapport aux images et aux preuves
L’histoire d’Ernetti illustre aussi un point sensible pour le public contemporain : la confiance accordée aux images. Dans le cas de la photo de Jésus, un simple rapprochement avec une statue préexistante suffit à jeter le doute, et à montrer que même une image « spectaculaire » n’a pas nécessairement valeur de preuve.
Les débats actuels autour des images retouchées, des montages ou des vidéos générées par l’intelligence artificielle rappellent ce même enjeu : une photo ou une séquence vidéo impressionnante ne garantit pas la réalité de ce qu’elle prétend montrer.
Pour la communauté scientifique, l’épisode du Chronovisor sert souvent d’exemple sur la nécessité de la méthode : publication de plans, possibilité de reproduire une expérience, vérification indépendante par d’autres équipes, discussion ouverte des résultats. Autant de critères qui manquent ici complètement et qui expliquent pourquoi cette machine reste, pour l’immense majorité des chercheurs, un mythe plutôt qu’une invention.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Qui était Pellegrino Ernetti et quelles étaient ses qualifications ?
Pellegrino Ernetti était un moine bénédictin italien présenté comme musicologue, scientifique et exorciste. Il aurait affirmé avoir travaillé sur le Chronovisor au Vatican durant les années 1950 et 1960 aux côtés de chercheurs de haut niveau, et a maintenu son récit jusqu'à sa mort en 1994.
Comment était censé fonctionner le Chronovisor ?
Selon Ernetti, le Chronovisor capturerait les ondes lumineuses et sonores du passé restées flottantes dans l'espace via des antennes faites de métaux mystérieux, puis les restituerait sur un écran comme une télévision. On pourrait syntoniser un moment historique précis avec un système appelé radiogoniomètre, similaire au choix d'une chaîne de télévision.
Quelles preuves Ernetti a-t-il fournies de l'existence de sa machine ?
La principale preuve était une photographie censée provenir du Chronovisor publiée en 1972, montrant Jésus sur la croix. Cependant, des chercheurs italiens ont démontré qu'il s'agissait soit d'une reproduction d'une statue, soit de l'image inversée d'une carte postale de Collevalenza.
Quel rôle le Vatican a-t-il joué dans cette histoire ?
Ernetti affirmait que le Vatican aurait caché la machine pour éviter son détournement à des fins politiques ou de surveillance. En 1988, le Saint-Siège a publié un décret menaçant d'excommunication quiconque utiliserait un appareil capable de capter le passé ou le futur, document que les partisans du Chronovisor présentent comme une preuve indirecte.
Quelles sont les principales critiques contre l'existence du Chronovisor ?
Les critiques pointent l'absence totale de plans techniques détaillés permettant de vérifier la faisabilité, le caractère invérifiable des affirmations d'Ernetti, et plusieurs incohérences majeures, notamment l'identification de la fameuse photo de Jésus comme une simple reproduction ou une carte postale.