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Quand un cheval hennit, il produit deux sons en même temps : ce que révèle une nouvelle étude sur son cri

Quand un cheval hennit, il produit deux sons en même temps : ce que révèle une nouvelle étude sur son cri

En Australie, une équipe de chercheurs européens lève le voile sur le hennissement du cheval, un cri bien plus sophistiqué qu’il n’y paraît.

Le média scientifique australien ABC Science relaie une étude qui détaille, pour la première fois, le mécanisme acoustique étonnant du hennissement. Des chercheurs basés notamment au Danemark et en France montrent que, lorsqu’un cheval hennit, il ne produit pas un son unique, mais deux sons superposés, issus de mécanismes différents dans son larynx.

Un hennissement, deux sons distincts produits simultanément

Les passionnés d’équitation le savent : les chevaux ne se contentent pas de hennir. Ils couinent, soufflent, ronflent, ou encore « ronronnent » doucement en émettant des sons graves, appelés « ronronnements » ou « nickers » en anglais. À l’autre extrémité du spectre, les couinements sont très aigus. Le hennissement, lui, combine les deux extrêmes.

Les chercheurs rappellent que ce cri emblématique rassemble à la fois des fréquences très basses et très hautes. Jusqu’ici, personne ne comprenait vraiment comment un mammifère pouvait, anatomiquement, produire ces deux composantes en même temps.

Une nouvelle étude montre que, lorsque le cheval hennit, son larynx génère à la fois un son grave par les cordes vocales et un « sifflement » aigu, créé ailleurs dans la gorge.

Ce phénomène, appelé « biphonation », consiste à émettre simultanément deux sons indépendants. Chez les oiseaux, qui possèdent deux organes vocaux, cela reste courant. Chez les mammifères, beaucoup plus rares et limités à quelques espèces seulement, comme le souligne la spécialiste du comportement animal Elodie Mandel-Briefer, écologue comportementale.

Une découverte née d’une étude sur les émotions des chevaux

Tout est parti de recherches menées en 2015. Elodie Mandel-Briefer, alors en train d’étudier l’expression des émotions chez le cheval à l’université de Copenhague, remarque avec ses collègues que le hennissement mêle des fréquences basses et hautes très marquées.

Cette particularité intrigue également le neuroaudiologiste américain Peter Scheifele, professeur à l’université de Cincinnati, cité par ABC Science. Il relève que le registre très aigu produit par un animal aussi grand qu’un cheval défie les attentes classiques en acoustique animale.

Il rappelle une règle largement admise chez les biologistes du comportement : plus la fréquence d’un cri est basse, plus l’animal paraît grand, puissant et menaçant. À l’inverse, des cris très aigus sont plutôt associés à de plus petites tailles ou à des contextes émotionnels différents.

Des caméras dans les naseaux pour observer le larynx en action

Pour répondre à cette énigme, l’équipe d’Elodie Mandel-Briefer a mené une expérience spectaculaire. Les chercheurs ont introduit des caméras par les naseaux de chevaux afin de filmer l’intérieur du larynx au moment précis où l’animal hennit.

Les images montrent d’abord les cordes vocales qui vibrent et génèrent un son grave classique. Puis, juste après, la partie supérieure de la gorge se contracte fortement. Cette constriction déclenche la composante aiguë du hennissement.

À l’endoscopie, les chercheurs observent deux étapes : d’abord la vibration des cordes vocales pour le grave, puis un resserrement de la gorge qui produit un sifflement très aigu.

Les muscles situés au-dessus des cordes vocales jouent un rôle clé. Leur contraction intense coïncide avec l’apparition du son aigu, ce qui oriente l’équipe vers une hypothèse : ce second son serait un « sifflement », produit par un flux d’air forcé dans un passage étroit.

Des larynx de boucherie et de l’hélium pour confirmer le sifflement

Pour vérifier cette idée, les scientifiques ont quitté les écuries pour le laboratoire. Ils se sont procuré des larynx de cheval auprès d’un boucher en France. Objectif : reproduire artificiellement le hennissement et isoler l’origine de la composante aiguë.

Les chercheurs ont fixé ces larynx et les ont soumis à un flux d’air. Ils ont ensuite appuyé sur les structures cartilagineuses pour imiter, autant que possible, les contractions observées lors des images endoscopiques.

Deux types de gaz ont été utilisés :

  • de l’air « classique », similaire à celui que respire un cheval ;
  • de l’hélium, dans lequel le son se propage plus rapidement.

Le principe est simple : si le son aigu provient d’un sifflement, le changement de gaz doit en modifier la hauteur. Dans l’hélium, le sifflement devrait monter dans les aigus, alors qu’un son produit par les cordes vocales serait beaucoup moins affecté.

Le physicien Noël Hanna, du collège de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, qui n’a pas participé à l’étude, explique que si le son aigu venait des cordes vocales, le passage à l’hélium ne changerait quasiment rien.

Or les résultats montrent nettement une différence. L’hélium fait grimper la fréquence de la partie aiguë du hennissement, ce qui confirme l’existence de deux sources sonores distinctes.

L’étude met en évidence un double mécanisme : vibration des cordes vocales pour les basses, sifflement modulé dans le larynx pour les hautes fréquences.

Un premier pas vers la compréhension fine du cri du cheval

Pour Noël Hanna, cette démonstration constitue un jalon important. Il salue la méthodologie originale du travail sur larynx isolés, combiné aux observations endoscopiques. Il estime qu’une étape suivante sera d’identifier les structures précises qui amplifient ce sifflement dans le larynx.

Reste notamment à savoir :

  • quels muscles, exactement, déclenchent et contrôlent le sifflement ;
  • comment les tissus du larynx façonnent le son ;
  • quel rôle jouent la langue, la mâchoire et les lèvres dans la modulation du hennissement final.

Selon le physicien, la position de la langue, l’ouverture de la bouche ou encore la forme des lèvres peuvent influencer fortement le résultat sonore. Le cheval disposerait ainsi d’une palette bien plus fine qu’un simple cri stéréotypé.

À quoi sert ce double cri pour les chevaux ?

La nouvelle étude ne répond pas encore à toutes les questions fonctionnelles. Elle apporte surtout une explication mécanique. Mais les chercheurs avancent plusieurs pistes sur le rôle du hennissement dans la communication sociale du cheval.

Elodie Mandel-Briefer rappelle que le hennissement est souvent observé lorsque des chevaux sont séparés ou lorsqu’ils se retrouvent, par exemple à la sortie d’un pré ou lors d’un retour à l’écurie. Peter Scheifele, qui possède lui-même des chevaux, confirme avoir vu ses animaux s’appeler à distance lorsqu’ils ne se voient plus.

L’une des hypothèses est que chaque composante du hennissement remplit une fonction particulière :

  • La partie aiguë servirait à porter loin, attirant l’attention à plus grande distance, même si ces hautes fréquences s’atténuent en principe plus rapidement.
  • La partie grave, plus localisée, renseignerait sur la taille, la force apparente ou l’état d’activation du cheval à proximité.
  • Selon les chercheurs, le grave refléterait l’intensité de l’émotion, tandis que l’aiguindique si l’expérience est plutôt agréable ou désagréable pour le cheval.

    Elodie Mandel-Briefer, cavalière elle-même, souligne à quel point un hennissement joyeux diffère d’un hennissement d’inquiétude. L’oreille entraînée d’un cavalier reconnaît vite ces nuances, désormais appuyées par des données objectives sur la structure du cri.

    Ce que cette étude change pour les propriétaires de chevaux

    Pour un propriétaire ou un soigneur, ces travaux offrent un cadre plus précis pour interpréter les vocalisations. Sans remplacer l’expérience de terrain, ils confirment que le hennissement n’est pas un simple signal de « présence », mais un message riche, potentiellement codé sur plusieurs dimensions acoustiques.

    Concrètement, observer :

    • le contexte du hennissement (séparation, retrouvailles, arrivée d’un humain, distribution de nourriture) ;
    • la hauteur générale du cri ;
    • l’intensité du grave, plus ou moins « lourd » ;
    • la tension visible dans le cou et la tête du cheval,

    peut aider à distinguer un appel anxieux d’un hennissement positif. Cette attention aux détails sonores s’ajoute aux signaux posturaux classiques, comme la position des oreilles, des yeux ou de la queue.

    Quelle situation en France pour la recherche sur la voix des chevaux ?

    Si cette étude précise est relayée depuis l’Australie et menée en grande partie au Danemark, une de ses étapes clés s’est déroulée en France, avec l’utilisation de larynx de chevaux issus d’abattoirs français. La recherche française s’intéresse également aux vocalisations animales, même si les travaux les plus médiatisés concernent plutôt les bovins, les porcs ou les chiens.

    En France, les instituts spécialisés en agronomie et en bien-être animal, comme ceux qui travaillent avec les écoles vétérinaires, analysent de plus en plus les sons produits par les animaux d’élevage ou de sport. L’objectif est similaire : mieux comprendre ce que reflètent ces vocalisations en termes de stress, de confort, d’isolement social ou d’attachement.

    Pour les propriétaires de chevaux français, ces recherches mettent en lumière un enjeu partagé avec les cavaliers d’autres pays : prendre au sérieux le « langage » vocal des équidés. Sans dispositif particulier, un smartphone ou un simple enregistreur audio peut déjà permettre d’observer les différences entre les hennissements dans diverses situations.

    Quelques notions techniques pour mieux suivre le débat

    Deux termes reviennent dans cette étude : « biphonation » et « sifflement » au sens acoustique.

    La biphonation désigne le fait de produire simultanément deux sons distincts, avec des fréquences différentes. Chez le cheval, l’étude montre que :

    • les basses fréquences viennent des cordes vocales, qui vibrent sous la pression de l’air expiré ;
    • les hautes fréquences proviennent d’un sifflement formé quand l’air est forcé à passer dans un espace très étroit de la gorge.

    Le sifflement, lui, n’est pas un « cri » à proprement parler, mais un phénomène physique : un jet d’air traverse une petite ouverture, fait vibrer l’air alentour à une fréquence déterminée, et produit ainsi un son très pur, proche de ce qu’on entend lorsqu’une bouilloire hurle ou qu’une flûte simple résonne.

    Ces mécanismes se retrouvent dans d’autres domaines du vivant. Certaines espèces d’oiseaux utilisent des sifflements complexes pour leurs chants. Chez l’humain, les sifflements manuels ou avec la langue sont eux aussi des modulations de flux d’air dans une ouverture restreinte, indépendamment des cordes vocales.

    Appliquée au cheval, cette mécanique physique souligne que son hennissement n’est pas improvisé, mais résulte d’un réglage fin de plusieurs parties de l’appareil vocal. Un aspect qui pourrait, demain, servir d’indicateur objectif dans les outils de suivi du bien-être équin, si des systèmes d’analyse automatique des sons venaient à être développés dans les écuries ou les centres d’entraînement.

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