Pour contourner les bouchons et le casse-tête du stationnement aux Pays-Bas, un bricoleur de génie a conçu une micro-voiture pas comme les autres.
Dans une vidéo publiée sur la chaîne YouTube « Meanwhile in the Garage », repérée par un média en ligne américain spécialisé dans l’automobile, un vidéaste basé aux Pays-Bas s’est lancé un défi fou : transformer un simple kart en micro-voiture carrossée, capable d’atteindre 75 km/h… et assez compacte pour être poussée dans les rayons d’un supermarché Albert Heijn.
Un kart, un toit de moto et des seaux en plastique pour les ailes
Dès les premières secondes de la vidéo, le créateur explique qu’il ne parvient plus à trouver sa place dans la circulation urbaine. À ses yeux, les voitures de ville modernes restent trop volumineuses pour les centres densément peuplés. Il décide donc de fabriquer sa propre « city car » à partir de ce qu’il a déjà sous la main.
Son idée : partir d’un châssis de kart, y greffer un toit de moto et construire une micro-voiture fermée, taillée pour la ville.
La base est un cadre tubulaire de kart, largement modifié pour accueillir une bulle de moto teintée jouant le rôle de cockpit fermé. Le tout ne se résume pas à un simple assemblage de pièces vissées. Le vidéaste usine lui-même, au tour, des moyeux de roues en aluminium afin d’adapter des pneus épais de type brouette renforcée, suffisamment robustes pour encaisser pavés, nids-de-poule et bordures.
Pour rendre l’engin utilisable par tous les temps, il installe un faisceau électrique complet :
phares à LED pour la circulation nocturne ;
clignotants ;
feux stop ;
et même un essuie-glace fonctionnel.
Ce dernier détail répond directement aux remarques de ses abonnés. En montant le moteur d’essuie-glace, il s’amuse : ses « amis des commentaires » réclamaient ce dispositif depuis longtemps, il a donc fini par leur donner satisfaction.
Des seaux de chantier transformés en ailes de micro-voiture
La partie la plus maligne – et la plus économique – de la construction concerne les ailes. Au lieu de mouler des éléments en fibre de verre ou d’acheter des pièces en carbone, il se rend simplement dans un magasin de bricolage. Sur place, il achète plusieurs seaux de chantier noirs, en plastique épais.
De retour à l’atelier, il les découpe proprement en deux et les fixe au-dessus des roues, façon garde-boue. Le résultat donne à la micro-voiture un look étonnant, entre prototype futuriste et bricolage de garage assumé, avec un budget maîtrisé.
Une micro-voiture de 111,5 kg qui file à 75 km/h
Après plusieurs semaines passées à couper, souder, ajuster et peindre, l’engin prend forme. Avant le premier roulage, le créateur accroche la micro-voiture à une balance suspendue pour connaître son poids exact.
Avec son moteur thermique de 7,5 chevaux, la micro-voiture affiche seulement 111,5 kg sur la balance, soit environ 245 livres.
Ce poids plume, combiné au petit moteur, suffit pour offrir des performances très honorables. Une fois les derniers réglages réalisés, le vidéaste grimpe dans son cockpit monoplace et lance le test sur route.
Un compteur GPS fixé au volant permet de mesurer précisément la vitesse. Sur une route de campagne, l’aiguille virtuelle grimpe jusqu’à 75 km/h, soit 47 mph. Pour un engin aussi compact, entièrement fabriqué dans un garage, la démonstration est spectaculaire.
Le créateur s’exclame alors qu’il est enfin prêt pour « le test de conduite » et ne cache pas son enthousiasme en découvrant le comportement de son petit bolide. Le kart carrossé se montre vif, réactif et semble parfaitement stable, malgré son poids très réduit.
Objectif ville : se faufiler dans le trafic et… dans un ascenseur
Après la campagne, place au milieu naturel de ce type de micro-voiture : la ville. Le vidéaste emmène son engin dans les rues néerlandaises. Grâce à son gabarit minuscule, il se faufile dans les zones congestionnées, contourne les files à l’arrêt et commente son expérience en lâchant, hilare : « C’est vraiment dingue ! ».
Il veut toutefois aller plus loin et démontrer la supériorité absolue de sa création sur le sujet sensible du stationnement. Là où une petite citadine classique tourne de longues minutes à la recherche d’une place, son véhicule miniaturisé ouvre d’autres possibilités.
Pour prouver l’avantage de sa micro-voiture, il la pousse d’abord dans un ascenseur, puis jusque dans les rayons d’un supermarché Albert Heijn.
Sur les images, on le voit faire entrer sans effort son véhicule dans un ascenseur standard. Les passagers, interloqués, se retrouvent nez à nez avec cette drôle de capsule à quatre roues. L’auteur de la vidéo s’excuse poliment avec un « Désolé, les gars » prononcé dans un anglais teinté d’humour.
Une fois à l’étage, il poursuit sa démonstration dans un supermarché Albert Heijn, enseigne néerlandaise bien connue. Une sangle accrochée au pare-chocs avant lui permet de tirer la micro-voiture comme un caddie. L’engin déambule ainsi entre les rayons, discret mais totalement incongru au milieu des clients et des chariots classiques.
Micro-voitures et citadines ultra-compactes : où en est la France ?
Pour un lecteur français, cette expérience renvoie aux questions de circulation en centre-ville et à la montée en puissance des petits véhicules urbains. En France, plusieurs catégories se rapprochent de l’idée de cette micro-voiture, même si les règles d’homologation restent beaucoup plus strictes.
Les voitures sans permis : limitées en vitesse et en puissance, ces quadricycles légers se conduisent dès 14 ans avec un permis adapté. Elles bénéficient d’une carrosserie fermée, mais restent plus imposantes que le kart carrossé vu aux Pays-Bas.
Les quadricycles lourds : plus puissants, ils peuvent atteindre des vitesses supérieures, mais nécessitent un permis voiture classique et une homologation complète.
Les micro-citadines thermiques ou électriques : certains modèles très compacts, électriques notamment, sont conçus pour optimiser le stationnement, sans aller jusqu’à rentrer dans un ascenseur ou un magasin.
La réglementation française impose des normes de sécurité strictes : ceinture, structure de protection, éclairage homologué, freinage conforme, immatriculation et assurance. Un véhicule artisanal équivalent à celui présenté par « Meanwhile in the Garage » devrait passer par une procédure d’homologation complexe avant de pouvoir circuler légalement sur route ouverte.
Un bricolage inspirant, mais pas transposable tel quel en France
La vidéo met surtout en lumière la créativité des bricoleurs et la flexibilité qu’offrent encore certains cadres réglementaires pour les prototypes ou les engins assimilés à des karts. Aux Pays-Bas, comme en France, la circulation sur voie publique d’un véhicule non homologué reste encadrée, mais certains tournages peuvent avoir lieu sur des routes peu fréquentées, privées ou fermées, ou dans des conditions particulières qui ne sont pas toujours détaillées dans les vidéos.
Pour un passionné français de mécanique qui souhaiterait fabriquer une micro-voiture, la démarche serait très différente. Il faudrait :
concevoir le véhicule en tenant compte des normes européennes applicables aux quadricycles ou voitures particulières ;
faire vérifier le prototype par un organisme compétent ;
obtenir une réception à titre isolé auprès de l’administration ;
puis assurer et immatriculer le véhicule avant toute utilisation sur route.
Certains amateurs choisissent donc de rester sur des usages hors route : circuits privés, terrains fermés ou manifestations encadrées. Cela permet de profiter d’engins atypiques sans entrer dans le cadre réglementaire lourd exigé pour la route.
Un laboratoire roulant pour l’urbanisme et la mobilité
Au-delà de l’exploit technique, la micro-voiture de « Meanwhile in the Garage » interroge la manière dont les villes gèrent les flux de véhicules. Un engin qui pèse à peine plus de 100 kg, consomme peu de carburant et occupe une surface minime apporte des pistes de réflexion sur l’optimisation de l’espace urbain.
Type de véhicule
Poids approximatif
Occupation au sol
Micro-voiture du bricoleur
Environ 111,5 kg
Inférieure à un kart adulte
Citadine classique
Plusieurs centaines de kilos
Une place de stationnement complète
Vélo cargo
De l’ordre de quelques dizaines de kilos
Largeur supérieure à un vélo, mais bien inférieure à une voiture
Cette comparaison illustre les enjeux actuels : réduction de l’encombrement, limitation de la consommation d’énergie, difficulté croissante de garer un véhicule traditionnel dans les hypercentres. Les constructeurs comme les pouvoirs publics se penchent déjà sur ces problématiques, avec la multiplication des zones à circulation restreinte, le développement des vélos cargos et l’arrivée de petites voitures électriques urbaines.
La vidéo néerlandaise, elle, pousse le trait jusqu’à l’absurde en montrant un véhicule qui se gare dans un ascenseur et longe les rayons d’un supermarché. Derrière l’humour et le spectacle, ce bricolage souligne une tendance de fond : la recherche de solutions toujours plus compactes pour se déplacer en ville, quitte à réinventer complètement la notion de « voiture ».
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.