EUROTEL

Abandonné pendant des décennies à deux pas du Colisée, ce joyau de la Renaissance va enfin rouvrir au public

Abandonné pendant des décennies à deux pas du Colisée : ce joyau de la Renaissance va enfin rouvrir au public

À Rome, un palais de la Renaissance, longtemps délaissé malgré sa vue directe sur le Colisée, s’apprête à connaître une nouvelle vie.

Située en plein cœur de la capitale italienne, à quelques mètres seulement de l’amphithéâtre le plus célèbre du monde, la Villa Silvestri Rivaldi va sortir de l’oubli. Comme le rapporte le média en ligne espagnol El Español, les autorités italiennes ont lancé un vaste programme de restauration pour rendre ce complexe renaissant à nouveau accessible au public, après des décennies d’abandon.

Un palais caché au pied du Colisée

Dans la liste presque infinie des sites à visiter à Rome, le Colisée, les Forums impériaux, la basilique Saint-Pierre ou la fontaine de Trevi monopolisent l’attention. À l’ombre de ces vedettes touristiques, la Villa Silvestri Rivaldi est pourtant un ensemble monumental d’environ 4 500 m² d’espaces intérieurs, entourés de quelque 2 500 m² de jardins et de cours.

Ce vaste palais occupe un emplacement exceptionnel : il se situe entre la rue du Colisée, le Templum Pacis (Temple de la Paix) et les Forums impériaux, à deux pas de l’amphithéâtre flavien, nom historique du Colisée. Une situation qui en fait un balcon unique sur l’histoire de la Rome antique et de la Renaissance.

Villa Silvestri Rivaldi, palais de la Renaissance en plein cœur de Rome, domine l’axe Colisée–Forums impériaux depuis un ensemble de jardins et de cours aujourd’hui en cours de restauration.

Malgré ce cadre privilégié, la villa est restée largement méconnue du grand public. Fermée pendant des années, signalée seulement par quelques murs décrépits et des grilles fermées, elle a longtemps été un angle mort du parcours touristique classique.

Une histoire mouvementée, entre familles nobles et institutions religieuses

La Villa Silvestri Rivaldi a été construite sur des structures romaines préexistantes. Elle a servi, durant environ un siècle, de résidence à plusieurs personnalités de haut rang, religieuses ou laïques. Parmi elles, El Español cite notamment Alessandro Medici, Marzio Colonna, Lanfranco Margotti ou encore Carlo Emanuele Pio, tous issus de familles ou de lignées influentes dans l’Italie d’Ancien Régime.

En 1660, le complexe change de visage et de fonction. Il intègre le Conservatorio delle Mendicanti, un établissement fondé à Rome en 1640 à l’initiative de Monseigneur Ascanio Rivaldi. Ce conservatoire accueillait des femmes pauvres, orphelines ou en difficulté, un peu à la manière de certains anciens hospices ou œuvres charitables que l’on trouve à la même époque en France.

Les transformations successives, les changements d’usage et les modifications architecturales contribuent à façonner un ensemble complexe, où se superposent strates antiques, renaissance et baroques.

Abandonné, mutilé, puis rebaptisé « couvent occupé »

Le XXe siècle marque une rupture brutale. Entre 1931 et 1932, sous la dictature fasciste de Benito Mussolini, la villa subit des destructions lourdes. Une grande partie des jardins est rasée et la liaison avec les jardins Farnèse, situés sur le mont Palatin, est rompue. L’objectif du régime, qui voulait dégager de vastes perspectives sur le Colisée et les forums, sacrifie alors de nombreux espaces historiques.

Dans les années 1970 et 1980, le complexe connaît une nouvelle phase, plus informelle. Il est alors surnommé « couvent occupé » et devient un centre culturel alternatif. Des concerts, expositions et événements collectifs y sont organisés, transformant les lieux en point de ralliement artistique et militant pour une partie de la jeunesse romaine.

Cette occupation redonne temporairement vie à la villa, mais sans véritable entretien patrimonial. Les structures se dégradent, les décors restent masqués sous les couches de plâtre et les jardins, amputés depuis les années 1930, ne retrouvent pas leur splendeur d’origine.

Un chantier de restauration de long terme

D’après un communiqué de la région du Latium cité par El Español, les premières interventions structurées remontent au début des années 2000. Depuis cette période, plusieurs campagnes ont été menées :

  • des fouilles archéologiques pour mieux comprendre les niveaux antiques sur lesquels repose la villa ;
  • des travaux de restauration pour sécuriser et rendre à nouveau utilisables certains espaces ;
  • des sondages et essais de restauration, qui ont permis de révéler des décors enfouis.

Ces essais ont mis au jour des peintures renaissantes de grande qualité, dissimulées sous le plâtre ajouté à l’époque du couvent. Ce décor, composé de fresques murales et d’ornements peints, apparaît aujourd’hui comme un trésor inattendu, révélant le niveau artistique originel du palais.

Sous le plâtre posé au temps du couvent, les restaurateurs ont dégagé des peintures renaissantes de grande valeur, confirmant l’importance artistique de la Villa Silvestri Rivaldi.

Le programme actuel, rendu possible par un accord entre la région du Latium et le ministère italien de la Culture, prévoit une restauration et une mise en valeur progressive. La réouverture se fera par étapes, en fonction de l’avancement des travaux sur les différentes ailes et sur les jardins.

Ce qui attend les futurs visiteurs à Rome

Le projet, tel que présenté par les autorités régionales, vise à transformer ce palais longtemps oublié en un espace ouvert aux Romains comme aux touristes. La villa devrait accueillir des parcours de visite centrés sur :

  • l’histoire de la Renaissance romaine et des grandes familles liées au site ;
  • la stratification unique entre antiquité, Moyen Âge, époque moderne et période fasciste ;
  • la redécouverte des décors peints, restitués grâce aux restaurations.

Les jardins et cours, une fois réaménagés, offriront aussi des points de vue privilégiés sur le Colisée et les forums. Cette restitution permettra de mieux comprendre la manière dont les élites de la Renaissance se mettaient en scène dans le paysage urbain antique.

La Villa Silvestri Rivaldi devrait également servir de vitrine pour les techniques modernes de restauration, souvent discrètes pour le visiteur, mais décisives pour stabiliser les structures et préserver les fresques.

Un enjeu de patrimoine qui parle aussi aux Français

Pour un lecteur français, la trajectoire de la Villa Silvestri Rivaldi rappelle des cas bien connus : hôtels particuliers parisiens restés murés pendant des décennies, abbayes médiévales sauvées in extremis, ou châteaux régionaux rouverts après de longues campagnes de travaux.

En France, la protection et la restauration de ce type de site relèvent principalement de la Direction générale des patrimoines et de l’architecture, au sein du ministère de la Culture, avec un rôle clé des directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Les collectivités territoriales peuvent, comme la région du Latium à Rome, cofinancer des projets de réhabilitation, parfois en lien avec le Centre des monuments nationaux ou des fondations privées.

La situation italienne met en lumière plusieurs principes que l’on retrouve également en France :

  • la nécessité de croiser recherche archéologique, conservation et ouverture au public ;
  • l’importance de la coopération entre État et région pour sauver des ensembles complexes et coûteux ;
  • la transformation progressive de sites abandonnés en lieux culturels, touristiques et éducatifs.

Dans les deux pays, la réutilisation de palais ou de couvents anciens comme espaces culturels permet d’éviter la ruine, tout en donnant un nouveau sens à des bâtiments sortis de leur usage initial.

Pourquoi ces restaurations changent la manière de visiter Rome

À Rome, la réouverture de la Villa Silvestri Rivaldi promet d’enrichir les itinéraires classiques. Elle permettra aux visiteurs de comprendre que le paysage du Colisée ne se résume pas à l’Antiquité. Les façades, terrasses et jardins renaissants racontent aussi l’histoire du regard porté sur les ruines par les élites des XVIe et XVIIe siècles.

Ce type de projet contribue à désengorger les sites les plus fréquentés. Un circuit incluant ce palais, les forums et les pentes du Palatin offrira une alternative plus étendue aux files d’attente concentrées devant l’amphithéâtre. Les visiteurs auront accès à des espaces plus calmes, tout en restant au cœur du secteur archéologique.

Pour les passionnés d’architecture, la villa sera aussi un cas d’école : bâtiment construit sur des structures antiques, transformé en institution religieuse, reconfiguré par le fascisme, puis occupé comme lieu culturel alternatif, avant d’être restauré comme monument historique. Une succession qui illustre la façon dont un même lieu peut changer de fonction sans perdre sa valeur patrimoniale.

Un exemple concret de ce que permet une restauration réussie

Un chantier comme celui-ci ne se limite pas à rendre un bâtiment « présentable ». Il ouvre la voie à toute une série d’usages :

  • organisation d’expositions temporaires sur la Renaissance romaine ;
  • ateliers pédagogiques pour les écoles de Rome, dans un cadre proche des ruines antiques ;
  • événements culturels encadrés, cette fois sous la responsabilité des institutions, et non plus dans le contexte informel du « couvent occupé ».

Pour les historiens de l’art, la redécouverte des fresques constitue aussi une source précieuse d’informations. Les décors mis au jour peuvent être comparés à ceux d’autres palais de la même époque, en Italie ou en France, afin de mieux comprendre les circulations d’artistes, de modèles et d’iconographies à la Renaissance.

Pour les habitants de Rome, la réouverture progressive de la Villa Silvestri Rivaldi représente enfin une réappropriation de leur centre historique. Les quartiers les plus touristiques retrouvent ainsi des lieux pensés aussi pour les résidents, avec des espaces verts, des parcours de visite plus tranquilles et des activités culturelles qui ne s’adressent pas seulement aux voyageurs de passage.

Questions fréquentes

Où exactement se situe la Villa Silvestri Rivaldi à Rome?

Elle est située entre la rue du Colisée, le Temple de la Paix et les Forums impériaux, à deux pas de l'amphithéâtre flavien (le Colisée), en plein cœur de la capitale italienne.

Pourquoi ce palais a-t-il été si longtemps abandonnée?

Entre 1931 et 1932, sous Mussolini, une grande partie des jardins a été rasée pour dégager des perspectives sur le Colisée. Au XXe siècle, le site a connu une occupation informelle comme centre culturel alternatif sans véritable entretien patrimonial, ce qui a accéléré sa dégradation.

Quelles découvertes archéologiques ont été faites lors de la restauration?

Des peintures renaissantes de grande valeur ont été découvertes sous le plâtre ajouté à l'époque du couvent, révélant des fresques murales et des ornements peints qui confirment l'importance artistique originelle du palais.

Quand la villa sera-t-elle complètement rouverte au public?

La réouverture se fera par étapes, en fonction de l'avancement des travaux sur les différentes ailes et les jardins. Aucune date précise de réouverture complète n'est mentionnée dans le communiqué des autorités.

Quel est le rôle du Conservatorio delle Mendicanti dans l'histoire du palais?

À partir de 1660, le palais a accueilli ce conservatoire fondé en 1640 par Monseigneur Ascanio Rivaldi, qui prenait soin de femmes pauvres, orphelines ou en difficulté, transformant le palais en établissement charitable.
Défiler vers le haut