Un acteur industriel français est à nouveau mis en lumière par une référence de la presse aéronautique américaine, après une vaste enquête mondiale.
Le groupe Safran Helicopter Engines vient d’être consacré pour la cinquième fois meilleur motoriste d’hélicoptères au monde par le magazine spécialisé américain Vertical, à l’issue d’un ement reposant sur l’avis de professionnels répartis sur les cinq continents, rapporte le média en ligne français Media24.
Un palmarès basé sur l’avis des opérateurs du monde entier
Chaque année, Vertical, titre de référence dans l’univers de l’hélicoptère en Amérique du Nord et au-delà, mène une enquête détaillée auprès de ceux qui utilisent les moteurs au quotidien. Sont interrogés les opérateurs, les pilotes, mais aussi les mécaniciens et techniciens responsables de la maintenance des flottes.
Leur mission : noter les motoristes selon plusieurs critères concrets qui conditionnent directement la sécurité des vols et la rentabilité des opérations :
fiabilité et qualité des moteurs en exploitation ;
qualité du support client et du service après-vente ;
disponibilité des pièces détachées ;
réactivité des équipes techniques sur le terrain ;
simplicité de la collaboration au quotidien.
Dans l’édition 2026 de ce ement, Safran Helicopter Engines s’impose largement. L’entreprise française remporte 16 des 18 catégories mesurées, avec des scores en hausse sur l’ensemble des critères suivis par le magazine, selon le communiqué détaillé publié par Safran.
Safran Helicopter Engines décroche la première place dans 16 catégories sur 18 du ement Vertical 2026, confirmant sa position de référence mondiale auprès des opérateurs d’hélicoptères.
Un nouveau critère était scruté cette année : la « facilité de collaboration » entre motoristes et opérateurs. Sur ce point, 83 % des répondants qualifient leur expérience avec Safran de « facile » ou « très facile », un résultat mis en avant par le groupe comme un marqueur de la relation de confiance avec ses clients.
Un champion mondial né dans un village béarnais
Safran Helicopter Engines, longtemps connu sous le nom de Turbomeca, reste solidement ancré dans le sud-ouest de la France. L’entreprise a été fondée en 1938 à Bordes, un village des Pyrénées-Atlantiques situé à quelques kilomètres de Pau. C’est toujours là que se trouve le siège et l’un des principaux sites industriels.
Au fil des décennies, la société s’est imposée comme un poids lourd des turbines d’hélicoptères, civils et militaires. Elle emploie aujourd’hui plus de 6 000 personnes, réparties dans 12 filiales sur les cinq continents. En France, plusieurs sites jouent un rôle central :
Bordes (Pyrénées-Atlantiques), berceau de l’entreprise et centre majeur de développement et de production ;
Tarnos (Landes), autre site industriel stratégique ;
Buchelay (Yvelines), en région parisienne, tourné vers certaines activités de support et d’ingénierie.
Le groupe revendique un profil très tourné vers l’international : 80 % de son activité est réalisée à l’export, un niveau rarement atteint dans l’industrie française.
Selon Safran, un hélicoptère sur deux dans le monde décolle avec un moteur conçu et produit par ses équipes.
Cette présence mondiale passe par une gamme de moteurs particulièrement large, couvrant les besoins des appareils légers jusqu’aux hélicoptères lourds militaires. Les puissances vont de 500 à plus de 3 000 chevaux, pour répondre aux contraintes de missions très variées.
Une gamme de moteurs présente sur les hélicoptères civils et militaires
Safran Helicopter Engines propose six grandes familles de moteurs, qui se retrouvent sous le capot d’appareils produits par les principaux constructeurs mondiaux. La table ci-dessous, inspirée des données publiées par Safran, illustre quelques modèles emblématiques :
Hélicoptère
Constructeur
Moteur Safran
Usage principal
H125 / AS350 Écureuil
Airbus Helicopters
Arriel
Hélicoptère léger, secours en montagne, gendarmerie
H145
Airbus Helicopters
Arriel 2E
Évacuations sanitaires et secours médicaux
H160
Airbus Helicopters
Arrano
Appareil moyen polyvalent, missions offshore, transport VIP
H225 / H225M Caracal
Airbus Helicopters
Makila 2A
Hélicoptère lourd militaire, forces spéciales
NH90
NH Industries
RTM322 (coopération)
Hélicoptère militaire multirôle
Tigre
Airbus Helicopters
MTR390 (coopération)
Hélicoptère de combat
AW09
Leonardo
Arriel 2K
Monomoteur nouvelle génération
Bell 505 / 505X
Bell
Arrius
Hélicoptère léger polyvalent
Au sein de cette offre, un nom ressort : l’Arriel. Safran le présente comme son best-seller. Plus de 12 000 exemplaires ont été produits. Les flottes équipées ont accumulé 46 millions d’heures de vol, et un hélicoptère motorisé par un Arriel décolle quelque part dans le monde toutes les 15 secondes.
Un État français client numéro un
Si Safran réalise l’essentiel de ses ventes à l’export, son premier client reste… la République française. L’État aligne environ 1 600 moteurs Safran sur quelque 550 hélicoptères, toutes administrations confondues.
Ces moteurs propulsent les appareils de l’armée de terre, de l’armée de l’air et de la Marine nationale, mais aussi ceux des services de secours et de sécurité intérieure :
Makila sur les hélicoptères Cougar et Caracal, particulièrement utilisés pour les opérations spéciales et les missions de transport tactique ;
RTM322 sur les NH90, hélicoptères multirôles des forces armées ;
Arriel sur les H145 de la Gendarmerie nationale et sur les Écureuils de la Sécurité civile.
Les douanes et la Direction générale de l’armement (DGA), qui gère les programmes d’armement français, recourent également à des flottes motorisées par Safran. À moyen terme, le moteur Arrano équipera le H160M Guépard, appelé à renouveler une partie importante du parc d’hélicoptères de l’État français.
Pour les forces françaises, la motorisation Safran représente un enjeu de souveraineté industrielle autant qu’un choix opérationnel.
Les points à renforcer : pièces détachées, délais, logistique
Le ement détaillé, relayé par Safran, ne cache pas les marges de progrès identifiées par les opérateurs. Si la société domine la plupart des catégories, plusieurs sujets reviennent comme des points de vigilance pour les années à venir :
disponibilité des pièces détachées, parfois jugée insuffisante ;
délais de réparation et de révision des moteurs, qui peuvent peser sur la disponibilité des flottes ;
performance de la chaîne logistique, fragilisée dans un contexte post-Covid encore tendu ;
complexité perçue de certains processus administratifs ;
compétitivité et transparence des prix des pièces de rechange.
Ces critiques montrent que la position dominante de Safran ne le met pas à l’abri de concurrents très présents, comme le canadien Pratt & Whitney Canada, lui aussi solidement implanté sur le marché des turbines d’hélicoptères. Pour les opérateurs, quelques semaines d’immobilisation d’un appareil ou un surcoût sur une pièce stratégique peuvent faire la différence au moment de renouveler un contrat.
Le classement Vertical 2026 reflète donc un équilibre : une reconnaissance forte de la fiabilité technique, du support et de l’expertise des équipes Safran, mais aussi une pression constante pour optimiser logistique, prix et procédures.
Ce que cela signifie pour les usagers d’hélicoptères en France
Pour un lecteur français, cette distinction internationale se traduit par un enjeu très concret : une grande partie des missions de secours, de sécurité et de transport militaire en France repose sur des moteurs Safran.
Lorsque la Sécurité civile intervient sur un incendie de forêt ou un secours en montagne avec un Écureuil, l’appareil est propulsé par un Arriel issu des chaînes de Bordes. Quand la gendarmerie engage ses H145 sur une opération de recherche, les turbines viennent du même motoriste. Les vols d’évacuation médicale, proches des missions assurées par les Samu, s’appuient également sur ces moteurs.
Pour l’État français, travailler avec un industriel national offre plusieurs avantages :
un lien direct avec les équipes d’ingénierie et de support basées en France ;
la possibilité d’adapter certains développements aux besoins spécifiques des forces armées ;
le maintien d’emplois industriels qualifiés sur le territoire, dans des zones parfois éloignées des grandes métropoles ;
une meilleure maîtrise des questions de souveraineté technologique et de sécurité d’approvisionnement.
L’exemple de Bordes illustre cette articulation entre ancrage local et rayonnement mondial : le village a même obtenu une halte ferroviaire pour accompagner le développement de l’usine, signe du poids économique de l’entreprise pour le territoire.
Comprendre le rôle d’un motoriste d’hélicoptères
Le terme « motoriste » désigne les industriels spécialisés dans la conception, la fabrication et la maintenance des moteurs. Pour un hélicoptère, il s’agit le plus souvent de turbomoteurs. L’air est comprimé, mélangé à du carburant, puis enflammé. L’énergie produite entraîne une turbine qui fournit la puissance mécanique nécessaire au rotor principal.
Dans ce secteur, les enjeux techniques sont multiples :
garantir une fiabilité maximale, dans des environnements parfois extrêmes (haute montagne, mer, désert) ;
réduire la consommation de carburant pour limiter les coûts et l’empreinte environnementale ;
faciliter la maintenance, afin que les mécaniciens puissent intervenir rapidement, y compris sur des bases isolées ;
adapter les moteurs aux futures exigences de décarbonation, avec des carburants plus durables.
Pour les opérateurs – qu’il s’agisse d’armées, de services publics ou de sociétés privées de transport aérien – le choix d’un motoriste ne repose donc pas uniquement sur les performances brutes en vol. Il inclut la qualité du réseau de support, la capacité à livrer des pièces, la disponibilité d’équipes techniques sur tous les continents et la clarté des contrats de maintenance.
Dans l’hélicoptère, la valeur du moteur se mesure autant dans les airs qu’au sol, à travers la rapidité des interventions de maintenance et la fluidité du service.
Le ement de Vertical, centré sur la perception des utilisateurs finaux, met précisément l’accent sur ces dimensions opérationnelles. Pour Safran Helicopter Engines, la cinquième consécration consécutive valide une stratégie où la relation avec les opérateurs, du technicien de piste à la direction des flottes, devient un avantage concurrentiel à part entière.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.