En avion, les deux accoudoirs reviennent en général au passager du milieu : le guide du savoir-vivre pour 36 situations délicates en train, en bus ou en avion
Transports bondés, voisins envahissants, odeurs tenaces… Au Royaume-Uni, des experts de l’étiquette détaillent les bons réflexes à adopter en transports publics.
Le quotidien britannique The Guardian a interrogé plusieurs spécialistes de l’étiquette pour établir un guide pratique du savoir-vivre dans les transports publics, qu’il s’agisse du métro, du bus, du train ou de l’avion. Règle du siège du milieu dans l’avion, droit aux accoudoirs, enfants qui gambadent, nourriture qui embaume tout le wagon : tour d’horizon des situations les plus gênantes… et de la manière polie de s’en sortir, avec un regard utile pour les voyageurs français.
Céder son siège, choisir sa place : les règles de base
À qui céder sa place assise ?
Pour les experts interrogés par The Guardian, la règle est claire : on cède sa place à toute personne qui en a visiblement plus besoin. Parents débordés avec un bébé, personne âgée, passager à mobilité réduite ou ayant l’air très fatigué.
Le réflexe recommandé : lever les yeux de son téléphone, observer les voyageurs qui montent et proposer discrètement son siège à ceux qui semblent en difficulté.
Un point de vigilance revient souvent au Royaume-Uni : certains craignent qu’une personne plus âgée se sente vexée si on lui propose un siège, comme si on la jugeait « fragile ». Les spécialistes répondent que ce geste reste bienveillant, mais qu’il doit rester discret : un signe de la main, un regard, un petit mouvement de tête, plutôt qu’une annonce bruyante qui mettrait l’autre dans l’embarras.
Pieds sur les sièges : une fausse bonne idée
Sur ce point, le verdict est sans nuance : non, on ne pose pas ses chaussures sur un siège de bus ou de train, même s’il semble propre. Le trajet a sali la semelle, et d’autres s’assiéront là. Même chose pour les pieds nus ou en chaussettes : l’espace reste public, pas un salon privé.
Couloir, fenêtre, table de quatre : comment s’installer ?
Siège côté couloir : on peut s’y mettre, mais on reste disponible pour laisser accéder le passager qui souhaite la fenêtre. Idéalement, on se lève plutôt que de le laisser enjamber.
Table de quatre en train : voyager seul à cette place ne pose aucun problème. En cas d’arrivée d’un groupe, proposer spontanément d’échanger son siège est un geste apprécié, sans être une obligation.
Changer de place pour réunir un couple ou des amis : on a le droit de demander, à condition d’être poli et d’accepter un refus. Le ton employé compte autant que la demande elle-même.
Les « meilleurs sièges » et le droit de bouger
À l’avant d’un bus à impériale, les places panoramiques attirent les enfants. Là encore, rien n’oblige à céder son siège. Certains le feront volontiers si l’enfant ou le parent le demande aimablement, mais personne n’a de « droit naturel » sur ces sièges.
Autre cas fréquent : le train se vide et il ne reste plus qu’un voisin à côté de soi. Se décaler pour gagner de l’espace ne constitue pas un affront. Changer de place sans rien dire reste acceptable, tant que le geste n’est pas accompagné de soupirs ostentatoires.
En avion : dossier incliné et guerre des accoudoirs
Peut-on incliner son siège à tout moment ?
Dès lors qu’un siège s’incline, son usage est autorisé, y compris sur un vol court en journée. Les spécialistes préconisent toutefois quelques précautions :
Vérifier si la personne derrière a un plateau-repas, une boisson ou un ordinateur ouvert.
Baisser le dossier lentement, sans à-coups.
Éviter de l’incliner pendant le service des repas et boissons.
L’idée n’est pas de renoncer au confort, mais d’éviter le café renversé sur les genoux du voisin.
En avion, qui a droit aux accoudoirs ?
Sur une rangée de trois, la convention la plus répandue attribue les deux accoudoirs au passager assis au milieu.
Selon les experts interrogés, c’est une forme de compensation : le siège du milieu est le moins enviable, coincé entre le hublot et le couloir. Laisser les deux accoudoirs à ce passager rééquilibre un peu la situation.
Dans un train ou un bus, l’approche est plus souple : considérer le support comme un « repose-coude » partagé. Chacun pose une partie du bras, sans chercher à occuper toute la largeur.
Enfants, animaux, sommeil : gérer les situations sensibles
Chiens et enfants : jusqu’où tolérer ?
Pour les chiens, la règle de courtoisie est claire : pas de chien directement assis sur un siège. Une couverture propre peut à la rigueur faire tampon, et encore, en évitant les heures de pointe où l’affluence et les allergies rendent la pratique mal acceptée.
Côté enfants, laisser un petit se dégourdir les jambes dans un train peut rendre le trajet plus supportable pour tout le monde, plutôt qu’un enfant criant, coincé sur son siège. Mais ce mouvement doit rester limité et encadré : on évite qu’il dérange les passagers qui lisent, travaillent ou dorment.
Ronflements, bave et malaise : qu’a-t-on le droit de faire ?
Ronflements : même si le bruit est gênant, intervenir n’est pas vraiment recommandé. La gêne reste sonore, sans contact direct.
Bave qui déborde sur vous : là, le seuil est franchi. Les spécialistes conseillent de réveiller doucement la personne, par une petite tape sur l’épaule ou le coude, en expliquant simplement la situation.
Contact physique involontaire : on se décolle immédiatement et on présente de brèves excuses, un simple « pardon » suffisant souvent.
Quant à la transpiration, chacun a besoin de se déplacer, même après le sport ou une soirée. Les experts britanniques invitent néanmoins à se rafraîchir ou se changer lorsque c’est possible, en particulier aux heures de pointe où la promiscuité rend les odeurs plus agressives.
Espaces, corps, grooming : le contrat social implicite
« Manspreading », déodorant et tenue personnelle
Le « manspreading », ces jambes trop écartées qui débordent sur le siège voisin, est clairement pointé comme un manque de respect de l’espace d’autrui. Les conseils restent mesurés : ajuster soi-même sa position de façon visible, voire pousser très légèrement avec le genou, ou signaler le manque de place sur un ton calme.
Côté grooming, les gestes autorisés se limitent au strict minimum :
Retoucher rapidement son rouge à lèvres ou poudrer légèrement son visage peut passer.
Se maquiller intégralement, se coiffer, se brosser les cheveux : jugé inadapté en espace public.
Appliquer une crème solaire en petite quantité est toléré ; les sprays, en revanche, risquent de gêner tout le monde.
Se changer complètement dans un wagon reste proscrit : on peut enlever manteau, pull ou écharpe, pas davantage.
Manger, boire, téléphoner : ce que supporte (ou pas) un wagon
Dans un train de banlieue bondé, grignoter est mal vu, sauf petite friandise. Sur un long trajet, manger devient acceptable, à condition d’éviter les nourritures très odorantes : fast-food, plats chauds, agrumes très parfumés comme l’orange ou la mandarine.
Pour l’alcool, tout dépend des règles locales : certaines villes interdisent toute consommation dans les transports. Lorsque c’est autorisé, l’important reste de ne pas se mettre à parler fort ou à chanter après quelques verres, ce qui crée rapidement un climat oppressant.
Les appels téléphoniques bruyants, eux, sont unanimement désapprouvés. Utiliser le haut-parleur est pointé comme un faux pas total. Les experts recommandent des conversations brèves, à voix basse, voire de se déplacer dans l’intercirculation des trains pour les échanges plus longs.
Billets, fenêtres, musique : le respect du collectif
Anticiper pour ne pas bloquer les autres
Le « contrat social » des transports inclut une règle simple : ne pas ralentir tout le monde par manque d’anticipation. Avoir son billet, sa carte de transport ou son moyen de paiement en main quand le bus arrive ou qu’on se présente au contrôle de passeport évite de faire patienter toute une file derrière soi.
Ouvrir une fenêtre ou baisser un store ne devrait pas se décider seul. Poser la question aux voisins récolte en général un assentiment soulagé et permet à ceux qui sont gênés de le dire sans conflit.
Musique trop forte et écrans indiscrets
La musique diffusée sans écouteurs est rejetée sans ambiguïté. Même avec des écouteurs, un volume audible par les autres reste agaçant, mais plus difficile à faire corriger. Certains experts britanniques suggèrent une remarque teintée d’humour ou, à défaut, un changement de place.
Regarder par-dessus l’épaule le téléphone, le livre ou le journal du voisin est lui aussi présenté comme une entorse claire à la vie privée. Outre la gêne immédiate, on peut tomber sur des contenus sensibles que l’on n’a pas envie de voir.
Ce que cela change pour un voyageur en France
La plupart de ces règles implicites s’appliquent aussi en France, même si elles ne sont écrites nulle part dans le règlement de la SNCF, de la RATP ou des compagnies aériennes. Les principes sont proches :
priorité à ceux qui ont besoin d’un siège (personnes âgées, femmes enceintes, personnes en situation de handicap) ;
respect de l’espace et de la tranquillité d’autrui ;
gestion des odeurs (nourriture, tabac, transpiration, parfums trop puissants) ;
éviter les comportements bruyants (chansons, appels longs, écoute sans casque).
En France, des campagnes d’affichage rappellent régulièrement ces usages : sacs sur les sièges, pieds sur la banquette, musique sans écouteurs, roues de valises bloquant le passage, etc. Les règles évoquées par les experts britanniques rejoignent largement ces messages officiels, avec une dimension supplémentaire : la façon polie de faire passer le message lorsqu’un voisin dépasse les bornes.
Comment gérer concrètement les situations tendues
Pour un voyageur français, l’intérêt de ce guide britannique tient surtout aux « scripts » implicites qu’il suggère : manière d’interrompre un voisin sans agresser, d’indiquer une gêne sans créer d’esclandre.
Situation
Réaction conseillée
Voisin aux jambes trop écartées
Se repositionner pour montrer le manque de place, éventuellement pousser légèrement du genou, puis formuler une remarque calme si nécessaire.
Musique ou vidéo sans écouteurs
Demander sobrement si la personne peut mettre un casque, ou se déplacer si l’échange semble délicat.
Enfant d’un autre passager trop envahissant
S’adresser au parent avec bienveillance, en signalant que le bruit ou les allers-retours deviennent difficiles à supporter.
Passager qui vous réveille involontairement par sa bave
Le réveiller doucement et décrire les faits sans agressivité, pour qu’il se reprenne.
Ces approches s’appuient sur un principe commun : rester factuel, éviter les jugements sur la personne, se concentrer sur l’effet concret du comportement gênant.
Un rappel utile : tout le monde partage le même trajet
Au fond, ce guide britannique, rapporté par The Guardian, décrit un compromis permanent entre confort personnel et respect collectif. Chaque règle répond à une question simple : « Est-ce que ce que je fais rend le trajet difficile pour quelqu’un d’autre ? ».
Pour les voyageurs français comme pour les Britanniques, lever le nez de son écran, prêter attention aux autres, anticiper ses gestes (billet, bagage, nourriture, téléphone) et accepter parfois de renoncer à un petit confort personnel restent les meilleurs moyens de rendre bus, trains et avions un peu moins épuisants pour tous.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
À qui faut-il céder sa place dans les transports publics ?
On doit céder sa place à toute personne qui en a visiblement plus besoin: parents avec bébé, personnes âgées, passagers à mobilité réduite ou très fatigués. Le geste doit rester discret, par un signe de la main ou un regard, plutôt qu'une annonce bruyante qui mettrait l'autre dans l'embarras.
Qui a droit aux accoudoirs en avion ?
Sur une rangée de trois sièges, le passager assis au milieu a conventionnellement droit aux deux accoudoirs. C'est une forme de compensation, car le siège du milieu est le moins enviable, coincé entre le hublot et le couloir.
Peut-on incliner son siège en avion à tout moment ?
Oui, dès qu'un siège s'incline, son usage est autorisé. Cependant, il est recommandé de vérifier si la personne derrière a un plateau-repas ou un ordinateur, baisser le dossier lentement, et éviter de l'incliner pendant le service.
Quelles activités de grooming sont acceptables en transport public ?
Retoucher son rouge à lèvres ou poudrer légèrement le visage est toléré. En revanche, se maquiller intégralement, se coiffer, se brosser les cheveux ou se changer complètement est considéré comme inadapté à l'espace public.
Peut-on manger dans les transports publics ?
Grignoter dans un transport bondé est mal vu, sauf pour une petite friandise. Sur un long trajet, manger devient acceptable à condition d'éviter les nourritures très odorantes comme le fast-food, les plats chauds ou les agrumes très parfumés.