Sous la pression d’Euro NCAP, du marché et des usagers, les marques automobiles européennes révisent en profondeur leurs choix techniques et stylistiques.
En quelques années seulement, l’automobile semblait avoir basculé pour de bon vers le tout-écran et le tout-électrique. Pourtant, comme le relève le quotidien français Le Monde, un mouvement inverse se dessine en Europe, avec le retour des bons vieux boutons, un regain d’intérêt pour le diesel chez Stellantis et une remise en cause de certains gadgets jugés inutiles, voire dangereux.
Quand Euro NCAP remet les boutons au centre du tableau de bord
Longtemps, les écrans tactiles géants ont été présentés comme le symbole de la voiture moderne. Commandes de climatisation, réglages des sièges, radios, aides à la conduite : tout passait par une interface numérique. Ce choix est désormais clairement contesté par Euro NCAP, l’organisme européen d’évaluation de la sécurité des véhicules, très suivi par les constructeurs qui visent les cinq étoiles.
Euro NCAP impose désormais un minimum de commandes physiques sur la planche de bord pour accéder aux fonctions essentielles, sous peine de pénaliser la note de sécurité.
Dans son nouveau protocole, rendu public récemment, Euro NCAP conditionne l’obtention de la note maximale au maintien de « bons vieux boutons » pour certaines fonctions de base. L’objectif est simple : limiter les détournements d’attention liés à des menus tactiles trop complexes en conduite.
Cette évolution vise directement les interfaces où tout passe par l’écran central. Les menus multiples et les icônes parfois minuscules obligent le conducteur à quitter la route des yeux trop longtemps. Les tests de sécurité le montrent : manipuler un écran tactile en roulant peut s’avérer aussi risqué que d’envoyer un message sur son smartphone.
Certains constructeurs ont senti le vent tourner. Ferrari, pour sa première voiture électrique baptisée Luce, a choisi une approche intermédiaire : un volant à trois branches couvert de commandes tactiles, mais associé à un affichage très classique avec des compteurs ronds, sobres et lisibles.
Les poignées rétractables, un symbole qui disparaît discrètement
Autre victime de ce retour au pragmatisme : les poignées de portes affleurantes et rétractables. Popularisées par plusieurs marques, notamment chinoises, ces poignées promettaient style et gains aérodynamiques. Elles sont désormais dans le viseur.
Selon les informations rapportées par Le Monde, plusieurs constructeurs, sous l’impulsion notamment d’acteurs chinois, commencent à les abandonner. Motif : ces poignées peuvent poser problème en cas d’accident, lorsque chaque seconde compte pour ouvrir rapidement les portes. Ce type de détail, très valorisé en design, se heurte à la réalité de la sécurité et de l’usage quotidien.
Le diesel n’a pas dit son dernier mot chez Stellantis
Dans le même mouvement, un autre « retour » intrigue : celui du diesel. Alors que nombre de marques annonçaient sa disparition progressive, Stellantis adopte une ligne beaucoup plus offensive. Le groupe, issu de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, entend continuer à proposer des voitures diesel aux particuliers, et même élargir son offre.
Stellantis assume une stratégie de maintien et d’extension de sa gamme diesel pour particuliers, à rebours du discours dominant de ces dernières années.
Le Monde y voit une forme d’« hommage posthume » à Jacques Calvet, l’ancien patron de PSA qui avait fait du diesel un pilier de la stratégie française dans les années 1980 et 1990. Aujourd’hui, la démarche reste mesurée, mais elle illustre une réalité : pour certains usages, notamment les longs trajets et les gros rouleurs, le diesel conserve des atouts en consommation.
Ce virage ne remet pas en cause l’électrification en cours, mais il nuance l’idée d’une disparition rapide du moteur thermique. Le groupe mise sur une coexistence des technologies, adaptée aux marchés et aux usages, plutôt que sur une rupture brutale.
Les plateformes 100 % électriques remises en question
Le revirement ne se limite pas aux motorisations existantes. Le Monde explique que plusieurs constructeurs, qui ne juraient hier que par les plateformes dédiées exclusivement à l’électrique, modifient leur approche. Renault et le constructeur chinois Geely mettent ainsi au point un kit permettant d’installer un petit moteur thermique sous le capot d’un véhicule à batterie.
Ce moteur fera office de prolongateur d’autonomie, une solution longtemps jugée incompatible avec les plateformes 100 % électriques, désormais réévaluée.
L’idée : faire fonctionner ce petit moteur comme un générateur, sans forcément entraîner directement les roues, afin de recharger la batterie en roulant et d’allonger l’autonomie. Un concept déjà connu techniquement, mais que de nombreux acteurs refusaient jusque-là d’envisager sur des architectures pensées pour l’électrique pur.
Ce changement de cap intervient aussi dans un contexte politique mouvant. L’Union européenne a ajusté sa trajectoire vers l’objectif de 2035, date prévue pour la fin des ventes de voitures neuves thermiques. Le calendrier et certaines modalités ont été légèrement reconsidérés, donnant un peu plus de marge de manœuvre aux industriels.
Monospaces, kei cars, surfaces vitrées : le retour du bon sens au quotidien
Au-delà de la technique, c’est la philosophie du produit automobile qui se réajuste. Le Monde cite plusieurs signaux d’un retour à des formats plus fonctionnels. Le monospace, star des années 1990, est ainsi promis à une forme de réhabilitation, notamment chez Citroën qui réfléchit à remettre ce type de silhouette au goût du jour.
Parallèlement, un concept inspiré des « kei cars » japonaises est étudié pour l’Europe. Ces mini-voitures, très populaires au Japon, se caractérisent par leur compacité, leur simplicité et une réglementation spécifique. Transposé au Vieux Continent, ce modèle consisterait à alléger certaines normes et à proposer des petites voitures urbaines moins bardées d’aides à la conduite envahissantes.
Retour envisagé du monospace, axé sur l’habitabilité.
Projet de mini-voitures inspirées des « kei cars ».
Volonté de réduire les assistances trop intrusives.
Le texte de Le Monde pointe aussi d’autres excès : vitres latérales trop petites, jantes surdimensionnées, design extérieur très anguleux, intérieurs jugés trop rigides ou « collet-monté ». Autant de choix esthétiques qui dégradent parfois la vie à bord au nom de l’image.
La gentrification de l’auto remise en cause
Dans cette critique, un point revient : la « gentrification » de l’automobile, transformée en objet statutaire sophistiqué, parfois au détriment de la simplicité d’usage. La multiplication des écrans, la disparition des boutons ou la quête d’éléments « hype » copiés d’un concurrent à l’autre illustrent, selon Le Monde, une forme de mimétisme généralisé.
Certains gimmicks high-tech ont lassé les conducteurs et révèlent un effet de troupeau chez les constructeurs, plus soucieux d’image que d’usage réel.
À l’inverse, le tournant en cours marque un rééquilibrage. Les marques commencent à réinterroger la taille des surfaces vitrées, la hauteur des ceintures de caisse, le diamètre des jantes ou la sobriété des interfaces, avec une préoccupation plus concrète : visibilité, confort, simplicité.
Et en France, quel cadre et quelles tendances ?
Pour un automobiliste français, ce mouvement européen résonne directement. Les futures notes Euro NCAP pèsent fortement sur les modèles vendus en France, puisque la plupart des voitures commercialisées sur le marché national sont évaluées par cet organisme. Les tableaux de bord des prochains modèles devraient donc, là aussi, retrouver davantage de commandes physiques.
Aspect
Tendance récente
Évolution attendue
Commandes de bord
Tout-écran, menus complexes
Retour de boutons dédiés pour les fonctions critiques
Motorisations
Forte poussée vers l’électrique
Coexistence avec thermique et hybrides, dont diesel ciblé
Format des véhicules
SUV imposants, style agressif
Réintérêt pour monospaces et petites citadines rationnelles
En matière de régulation, la France applique le cadre européen, notamment pour les objectifs de réduction de CO₂ et la trajectoire vers 2035. Les motorisations diesel restent disponibles, mais leur place s’est réduite, surtout en ville avec les zones à faibles émissions. La stratégie de Stellantis s’adresse donc surtout aux clients qui roulent beaucoup et privilégient la route ou l’autoroute.
Pour ce qui est des aides à la conduite et des écrans, les constructeurs présents en France ont déjà commencé à ajuster certains modèles : raccourcis physiques pour les fonctions essentielles, menus simplifiés, meilleure lisibilité. La pression d’Euro NCAP devrait accentuer ce mouvement.
La technologie continue, mais de manière moins voyante
Un point clé relevé par Le Monde est que cette forme de retour aux sources ne signifie pas un recul technologique. Les progrès les plus déterminants, comme les systèmes d’aide avancée à la conduite ou les architectures électroniques sophistiquées, se poursuivent. Ils sont simplement moins visibles qu’un gigantesque écran en façade.
La marche vers la voiture autonome continue, mais avec des phases de « stop-and-go » et sans que la date d’arrivée soit clairement fixée.
La plupart des constructeurs travaillent sur des niveaux d’automatisation de plus en plus élevés, avec des capteurs, radars, lidars et logiciels complexes. La question n’est plus de savoir si ces technologies existeront, mais quand elles seront autorisées et acceptées à grande échelle sur les routes européennes.
Boutons, diesel, kei car : ce que cela change concrètement pour l’automobiliste
Pour un conducteur, ces évolutions apportent plusieurs effets tangibles :
Une meilleure ergonomie au quotidien, avec des commandes directes pour régler la température ou la radio sans fouiller dans des sous-menus.
Des voitures potentiellement plus abordables lorsqu’elles adoptent des formats plus simples, inspirés des « kei cars » ou des monospaces rationnels.
Un choix de motorisations plus large, permettant d’adapter essence, diesel, hybride ou électrique au type de trajets réellement effectués.
Sur le plan de la sécurité, le retour à des solutions mécaniques ou physiques pour certaines fonctions, comme les poignées de porte ou les boutons de déverrouillage, limite les risques de panne électronique critique dans des situations d’urgence. Cette dimension reste souvent sous-estimée alors qu’elle joue un rôle clé lors d’un accident ou d’une évacuation rapide du véhicule.
Enfin, le débat autour du « bon sens » dans l’auto met en lumière une ligne de crête : conserver des avancées utiles, discrètes mais robustes, tout en écartant les gadgets qui compliquent la vie sans réel bénéfice. Les prochaines années diront si ce virage à 180° se confirme ou s’il ne s’agit que d’un ajustement temporaire face aux critiques des conducteurs et des organismes de sécurité.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.