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Rome : le plus grand ensemble de fresques et mosaïques de la Rome antique, qui montre une mystérieuse cité maritime, se visite gratuitement après 2 000 ans

Rome : le plus grand ensemble de fresques et mosaïques de la Rome antique, qui montre une mystérieuse cité maritime, se visite gratuitement après 2 000 ans

À Rome, en Italie, un vaste ensemble de fresques et de mosaïques romaines, resté enfoui pendant près de deux millénaires, s’ouvre au public.

À quelques pas du Colisée, sous la colline de l’Oppius, la capitale italienne dévoile un trésor insoupçonné de la Rome antique. Comme le rapporte le magazine américain Smithsonian, les autorités romaines viennent d’ouvrir à la visite, gratuitement et sur réservation, un immense décor mural composé d’une fresque et d’une mosaïque monumentales, représentant une mystérieuse cité maritime dont l’identité échappe encore aux spécialistes.

Une cité portuaire inconnue peinte il y a près de 2 000 ans

Au cœur de cette redécouverte se trouve une fresque d’environ 10 m², surnommée la « ville peinte ». Réalisée au Ier siècle de notre ère, elle montre, vue du ciel, une cité entourée de murailles, bordée par la mer et structurée comme une véritable métropole antique.

Les teintes dominantes oscillent entre le bleu et les ocres. On distingue clairement :

  • des bâtiments serrés derrière les remparts,
  • un théâtre,
  • un temple,
  • des places publiques,
  • plusieurs tours de guet.

Ce point de vue en surplomb, presque cartographique, frappe les archéologues. Il donne l’impression d’un plan urbain pensé dans le détail, plutôt qu’une simple scène décorative.

Les chercheurs considèrent que cette fresque pourrait représenter une cité portuaire célèbre dans l’Antiquité, mais aucune ne peut être identifiée avec certitude à ce stade.

« Nous ne savons pas à quelle ville elle se réfère, mais elle devait être particulièrement connue », explique Claudio Parisi Presicce, surintendant du patrimoine culturel de Rome, cité par l’agence Associated Press. L’énigme nourrit déjà les débats : certains pensent à un port emblématique comme Ostie, d’autres à une cité idéalisée, mélange de références architecturales.

Une mosaïque murale géante, la plus vaste connue dans le monde romain

À côté de la fresque, une mosaïque murale multicolore impressionne par sa taille comme par sa richesse iconographique. Elle mesure déjà 10 mètres de haut sur 16 mètres de large, et les fouilles n’en ont pas encore dégagé l’extrémité.

Le décor reprend le thème architectural : colonnes, socles (ou plinthes), éléments d’architecture en trompe-l’œil, mais aussi nouvelles vues aériennes de la même cité portuaire mystérieuse. S’y ajoutent plusieurs personnages, qui donnent des indices sur le contexte culturel du décor :

  • un philosophe barbu, reconnaissable à sa posture méditative,
  • un centaure, créature mythologique mi-homme mi-cheval,
  • un poète recevant une couronne de laurier, symbole de gloire littéraire.

Un des archéologues responsables des fouilles estime qu’il s’agit « du plus grand décor en mosaïque murale jamais mis au jour dans le monde romain », et les chercheurs poursuivent encore les excavations pour en trouver les limites.

D’après les informations relayées par le Times de Londres, l’archéologue Francesco Pacetti souligne que l’équipe continue à dégager de nouvelles sections, dont une scène de vendanges et de vinification. Ces images de récolte du raisin et de production de vin rappellent l’importance économique et symbolique de la viticulture dans la société romaine.

Un trésor caché sous les thermes de Trajan

Ces œuvres monumentales ont été découvertes dans les années 1990, au cours de fouilles menées dans les thermes de Trajan, vaste complexe thermal construit à la demande de l’empereur Trajan et inauguré en 109 de notre ère. L’ensemble couvrait environ 6 hectares, ce qui en faisait, à l’époque, le plus grand établissement thermal du monde romain.

Les thermes ne servaient pas uniquement à se laver. Les archéologues y voient un lieu de :

  • bains et soins du corps,
  • gymnastique et exercices physiques,
  • rencontres sociales,
  • activités culturelles et intellectuelles.

Ces installations avaient été bâties sur la colline de l’Oppius, à proximité immédiate du Colisée, là où Néron avait érigé quelques décennies plus tôt sa somptueuse résidence, la Domus Aurea. La fresque et la mosaïque mises au jour se trouvent sous la colline. Elles semblent antérieures aux thermes, ce qui laisse penser qu’elles pourraient avoir fait partie, au moins en partie, du décor de la Domus Aurea. Les chercheurs restent toutefois prudents : l’origine précise de ce complexe orné n’est pas encore définitivement établie.

Comme souvent dans les bains romains, les fouilles ont révélé de nombreux petits objets du quotidien : dents, instruments médicaux comme des scalpels, pinces, flacons, fioles à parfum, ossements d’animaux, dés, pièces de monnaie, bijoux, aiguilles, fragments de vaisselle. Autant de traces de vie qui complètent l’image monumentale donnée par les fresques et les mosaïques.

Visite gratuite et en petits groupes sous la colline de l’Oppius

Les autorités de Rome ont choisi d’ouvrir ce site de manière progressive et très encadrée. Les visites sont gratuites, mais uniquement sur réservation, et limitées à des groupes de 15 personnes au maximum, selon la chaîne d’information CNN et la chaîne européenne Euronews.

Les premières visites guidées gratuites ont commencé à partir du 12 septembre, avec un dispositif pensé pour protéger les œuvres tout en permettant au public de les admirer de près.

Cette phase est qualifiée de période d’essai. Elle doit permettre de mesurer l’impact de la présence humaine sur des décors fragiles, restés à l’abri pendant près de deux millénaires. En fonction des résultats, la municipalité décidera d’un éventuel élargissement de l’accès à un public plus large.

Sur place, un aménagement complet a été réalisé : zones de repos, passerelles pour circuler sans toucher les structures anciennes, éclairage adapté pour mettre en valeur les détails sans agresser les pigments, et même un système de gradins pour accueillir ponctuellement des événements culturels. L’objectif est de concilier valorisation touristique, médiation culturelle et préservation patrimoniale.

Une exèdre transformée en bibliothèque antique

La visite ne se limite pas aux espaces souterrains. En surface, les visiteurs peuvent désormais longer une grande paroi semi-circulaire, appelée exèdre. Les archéologues pensent qu’elle fonctionnait comme une forme de bibliothèque au sein des thermes de Trajan.

Le maire de Rome, Roberto Gualtieri, explique au Times que les niches aménagées dans ce mur courbe semblent avoir servi à entreposer des rouleaux et des documents. Autrement dit, les thermes proposaient aussi un espace de lecture et d’étude, renforçant l’image de lieu de sociabilité complète : corps, esprit et loisirs.

Que représentent exactement ces fresques et mosaïques ?

Les spécialistes hésitent encore sur la signification précise de cet ensemble décoratif. Plusieurs pistes se dégagent à partir des éléments visibles :

Élément Piste d’interprétation
Cité maritime fortifiée vue d’en haut Évocation idéalisée d’un grand port romain ou représentation d’une ville bien réelle, aujourd’hui non identifiée
Philosophe barbu Référence à la sagesse ou à un courant philosophique apprécié par le commanditaire
Poète couronné de laurier Allusion à la gloire littéraire et aux arts, peut-être en lien avec des lectures ou des récitations organisées sur place
Centaure Présence du mythe dans un cadre savant, rappelant la culture gréco-romaine classique
Vendanges et vinification Célébration de la vigne et du vin, essentiels dans la vie sociale et religieuse romaine

L’ensemble suggère un lieu fréquenté par une élite cultivée, qui souhaitait se voir entourée de références à la philosophie, à la poésie, au mythe et à la prospérité économique des cités portuaires. Le décor, à la fois spectaculaire et érudit, correspond bien à ce que l’on sait des goûts de certains empereurs et grandes familles de l’époque flavienne et trajane.

Ce que cela représente pour un visiteur français

Pour un public français, l’ouverture de ce site rappelle l’accès, en France, à certains vestiges gallo-romains exceptionnels, comme les arènes de Nîmes, les thermes de Cluny à Paris ou la Maison Carrée de Nîmes. À Rome, la gestion de ces nouvelles visites s’apparente à celle mise en place dans des lieux très fragiles comme la grotte de Lascaux ou la grotte Chauvet, où l’accès est strictement contrôlé pour limiter les dégradations.

Comme en France, c’est la collectivité locale – en l’occurrence la municipalité de Rome, avec le surintendant du patrimoine – qui pilote la conservation et la mise en valeur, en lien avec des services archéologiques comparables à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et aux directions régionales des affaires culturelles (DRAC) en France.

Les Français qui projettent un séjour à Rome peuvent donc inscrire cette visite parmi les nouveaux itinéraires patrimoniaux de la ville, au même titre que la Domus Aurea ou les forums impériaux, à condition d’anticiper une réservation dans un créneau restreint. Le caractère gratuit, pour l’instant, constitue un avantage non négligeable face à d’autres sites très fréquentés et payants de la ville.

Un exemple concret de la fragilité des décors antiques

Les fresques et mosaïques romaines reposent sur des techniques très précises. La fresque, par exemple, consiste à appliquer des pigments sur un enduit de chaux encore humide, de sorte que la couleur se fixe en séchant. Si l’humidité, la température ou la lumière varient trop brusquement, l’enduit peut se fissurer ou se détacher, et les pigments se ternir ou s’écailler.

Chaque entrée de visiteur modifie légèrement le microclimat de la salle : chaleur, dioxyde de carbone expiré, poussières transportées par les vêtements. C’est la raison pour laquelle les groupes sont limités et les conditions d’accès très encadrées.

Pour les archéologues et les restaurateurs, l’ouverture au public constitue un compromis permanent entre partage et préservation. Le cas de Rome illustre cette tension : rendre visibles des œuvres uniques, tout en évitant de reproduire les dégâts observés dans certains sites où la fréquentation massive a accéléré la dégradation des peintures.

À terme, les données recueillies pendant cette phase d’essai – relevés de température, d’humidité, mesures des flux de visiteurs – pourraient servir de modèle pour d’autres sites antiques en Europe. Les visiteurs français, déjà habitués à ces contraintes dans certains monuments, retrouvent ainsi à Rome un cadre de visite familier, appliqué à un ensemble artistique parmi les plus marquants de la Rome impériale récemment révélés.

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