En Allemagne, une spécialiste de l’étiquette professionnelle met en garde contre certaines formules de fin d’e-mail jugées peu professionnelles.
Un simple « cordialement » ou son équivalent peut-il ruiner l’effet d’un message pourtant bien rédigé ? C’est la thèse défendue par une experte allemande en étiquette professionnelle, interrogée par le magazine d’actualité Welt. Son analyse, très commentée outre-Rhin, bouscule les habitudes de millions de salariés… et pose aussi la question des bonnes pratiques en France.
Ce que reproche l’experte à certaines formules de politesse
L’article de Welt, repéré dans la presse allemande fin mars 2026, part d’un constat très concret : bien écrire un e-mail formel reste un exercice délicat, y compris pour des professionnels aguerris. Le ton, la structure, la longueur… et, surtout, la formule de fin peuvent faire la différence.
Dans ce contexte, l’experte en étiquette professionnelle Elisabeth Bonneau se montre catégorique sur une expression très répandue en allemand, l’équivalent de « meilleurs salutations » ou « meilleures salutations » en français. Pour elle, cette façon de se quitter par écrit manque de cohérence et de naturel.
Selon Elisabeth Bonneau, certaines formules de fin très courantes en entreprise donnent une impression artificielle plutôt que professionnelle.
Elle explique au magazine Welt qu’à ses yeux, cette formule ne repose sur rien de concret. Elle la place dans la même catégorie que d’autres salutations trop affectées ou trop créatives, qui brouillent le message plutôt qu’elles ne renforcent le sérieux de l’échange professionnel.
Pourquoi « meilleurs salutations » est jugé peu crédible en Allemagne
Dans les usages allemands décrits par Welt, conclure un message par une sorte de superlatif des salutations pose deux problèmes, selon la spécialiste :
la formule paraît artificielle, comme si l’on forçait la politesse ;
elle ne correspond à aucun usage réellement ancré dans la langue courante.
Elisabeth Bonneau va jusqu’à affirmer que cette expression n’existe pas vraiment, tout comme elle estime qu’il n’existe pas non plus de « bonnes salutations » au sens strict. Autrement dit, on fabrique une formule qui veut en faire trop, au risque de déséquilibrer le ton global du message.
La spécialiste déconseille également des salutations très chaleureuses lorsqu’elles ne sont pas justifiées par la relation avec la personne en face. Elle recommande d’éviter ce qu’on pourrait traduire par « salutations affectueuses » ou « salutations cordiales » quand la relation est strictement professionnelle et distante.
Pour l’experte, les formules empreintes de chaleur ou de proximité doivent rester réservées aux échanges où une relation plus personnelle existe déjà.
Elle précise en revanche que ces formules peuvent être utilisées en réponse, si l’interlocuteur les a employées en premier. Dans ce cas, il s’agit davantage d’un alignement de ton que d’une initiative mal calibrée.
Humour et jeux de mots : un terrain à risques au travail
L’article de Welt rappelle aussi un phénomène très visible sur les réseaux sociaux : la mode des formules de fin humoristiques. Sur TikTok ou d’autres plateformes, les internautes multiplient les jeux de mots pour signer leurs mails de manière « fun ».
Parmi les exemples cités figurent plusieurs clins d’œil sonores à des marques ou des expressions populaires, détournées en formule d’adieu. L’idée : apporter une touche de personnalité, casser le côté un peu froid de l’e-mail professionnel.
Pour Elisabeth Bonneau, ce registre humoristique reste pourtant un terrain miné lorsqu’il s’agit de s’adresser à une supérieure hiérarchique, à un dirigeant ou à une cliente externe. L’experte prévient que ce type de salutations peut être très mal perçu et décrédibiliser instantanément le message, même s’il était parfaitement argumenté.
Les formules humoristiques sont réservées, selon la spécialiste, aux collègues avec lesquels existe déjà une relation clairement amicale.
Autrement dit, l’humour dans la signature d’un mail professionnel est toléré, mais uniquement dans un cadre bien balisé : équipe proche, ton informel assumé, complicité installée. En dehors de ce périmètre, la prise de risque est jugée disproportionnée par rapport au faible bénéfice potentiel.
Les formules qui restent sûres en contexte professionnel
Pour éviter le faux pas, Welt relaie une série de recommandations simples destinées à celles et ceux qui doutent au moment de signer un message. L’objectif : proposer des formules qui restent acceptables dans la plupart des contextes, sans surjouer ni la distance, ni la proximité.
Une formule standard : la valeur refuge
Premier conseil : privilégier une formule standard, sobre et largement admise dans le pays. L’article cite l’équivalent allemand de « salutations distinguées » ou « sincères salutations ». Cette tournure est décrite comme impersonnelle mais incontestable. Elle convient :
pour un premier contact avec une entreprise ou une administration ;
dans une négociation commerciale formelle ;
pour tout échange impliquant une forte asymétrie hiérarchique.
La force de cette formule réside dans son universalité. Personne ne la trouvera particulièrement chaleureuse, mais personne ne pourra non plus la juger inappropriée.
Des salutations amicales pour les collègues
La deuxième catégorie de formules visée par l’article concerne les échanges entre collègues ou partenaires habituels. Dans ce cadre, l’équivalent de « amitiés » ou « salutations amicales » peut parfaitement convenir, à condition que la relation de travail soit déjà établie et cordiale.
Welt précise toutefois que ce registre doit être manié avec prudence dès qu’il s’agit de clientes ou de partenaires que l’on contacte pour la première fois. Dans ce cas, la neutralité reste préférable, quitte à réchauffer le ton par la suite, lorsque la relation se consolide.
Des variantes un peu plus personnelles
Toujours selon les recommandations relayées par le média allemand, certaines variantes un peu plus imagées restent admissibles dans le cadre professionnel, du moment qu’un minimum de familiarité s’est installé. On peut citer, par exemple, des équivalents de « salutations ensoleillées » ou des mention d’un « bon week-end ».
Souhaiter une bonne journée ou un bon week-end permet de rester professionnel tout en apportant une note de convivialité.
Ces formules marquent la clôture de l’échange, signalent que les questions sont réglées et que l’on se sépare sur une note polie et agréable. L’experte rappelle toutefois qu’il faut rester cohérent avec le contexte : évoquer un temps radieux alors que l’on échange en plein mois de novembre sous la pluie peut sembler décalé.
Ce que cela change pour un lecteur en France
Si l’analyse d’Elisabeth Bonneau s’inscrit dans le cadre professionnel allemand, elle fait écho à un débat bien connu en France autour de « cordialement » ou « bien cordialement ». De nombreux guides de communication rappellent que ces formules, très utilisées, peuvent être perçues comme trop convenues, voire un peu sèches selon le ton général du message.
En France, plusieurs grandes familles de formules se dégagent :
« À plus », « Merci encore », formule humoristique
Acceptable si la relation le permet
L’approche de l’experte allemande invite les lectrices et lecteurs français à se poser deux questions simples avant de cliquer sur « envoyer » :
Quel est le degré de proximité réelle avec le destinataire ?
Le ton global du message est-il cohérent avec la formule choisie ?
Sur cette base, les recommandations convergent : réserver les formules très chaleureuses, les émojis ou l’humour aux contacts avec qui une relation de confiance, voire amicale, a été construite, et rester sur des tournures sobres dans tous les autres cas.
Quelques repères concrets pour mieux choisir sa formule
L’analyse relayée par Welt met en lumière un point souvent sous-estimé : la formule de fin influence la manière dont l’ensemble du message va être relu et interprété. Elle peut :
atténuer un contenu un peu ferme, en adoucissant la dernière impression ;
au contraire rendre brusque un message neutre, si la formule est trop sèche ;
créer un décalage, voire un malaise, si le ton est jugé trop familier.
Un exemple concret : un refus argumenté conclu par un simple « cordialement » peut être perçu comme abrupt, là où un « bien cordialement » ou un « bonne journée à vous » donnera une sensation moins tranchante. À l’inverse, débuter une relation commerciale par une formule très chaleureuse peut surprendre et faire perdre en crédibilité.
Dernier point mis en avant par l’experte citée par Welt : la cohérence dans le temps. Alterner en permanence entre des formules très différentes peut brouiller la relation. Adopter un registre stable, avec de légères nuances selon les circonstances, contribue à construire une image professionnelle lisible.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.