EUROTEL

Ce village espagnol de moins de 90 habitants est le seul du pays à avoir été excommunié : à Trasmoz, près de Saragosse, la malédiction est devenue un atout touristique

Ce village espagnol de moins de 90 habitants est le seul du pays à avoir été excommunié : à Trasmoz, près de Saragosse, la malédiction est devenue un atout touristique

Perché sur les contreforts du Moncayo, ce minuscule village d’Aragon, dans le nord de l’Espagne, affiche un passé maudit que l’Église n’a jamais levé.

Trasmoz, à une heure de route environ de Saragosse, attire aujourd’hui les curieux en misant ouvertement sur son passé d’« aldeia maldita ». Comme le raconte le média portugais NiT, cette localité de moins de 90 habitants, seule zone excommuniée d’Espagne, a transformé excommunications, malédictions et légendes de sorcières en véritable moteur touristique.

Un village médiéval isolé… et excommunié

À première vue, Trasmoz ressemble à n’importe quel petit village de montagne aragonais. Ruelles étroites, maisons de pierre, château médiéval dominant la vallée et, non loin, le monastère de Veruela. Selon l’Institut national de la statistique espagnol, seulement 88 habitants y vivent aujourd’hui.

Les origines de la localité restent floues, mais les historiens situent sa création probable au XIIᵉ siècle, en pleine époque médiévale. Très tôt, le village se distingue de ses voisins par un statut particulier. Entouré des terres du monastère de Veruela, Trasmoz conserve pourtant ses propres règles.

Dans une Espagne médiévale largement contrôlée par l’Église, Trasmoz fait figure d’exception en restant relativement indépendant des moines de Veruela.

Cette autonomie suscite des tensions croissantes. Les moines, qui dominent la région, voient d’un très mauvais œil ce village qui échappe à leur influence directe. Les frictions finissent par dégénérer en conflits ouverts.

Un conflit pour le bois, puis pour l’eau

Un premier affrontement majeur éclate en 1255. Le village et le monastère se disputent alors l’exploitation du bois sur le mont de la Mata, une ressource essentielle pour se chauffer, construire et vivre dans cette zone montagneuse.

À la tête du monastère se trouve l’abbé, équivalent du supérieur d’une grande abbaye. En face, Trasmoz est dirigé par un noble local, le « seigneur de Trasmoz ». Le conflit sur la forêt tourne à l’avantage du monastère sur le plan spirituel : l’abbé choisit une arme radicale.

Il décide d’excommunier le village. L’excommunication, dans l’Église catholique, consiste à exclure une personne – ou ici une communauté entière – de la vie sacramentelle. À l’époque, c’est une sanction extrêmement lourde, vécue comme une rupture avec Dieu et la communauté chrétienne.

Les relations restent ensuite tendues pendant des siècles. En 1511, un nouveau litige éclate, cette fois autour de la maîtrise de l’eau, un enjeu vital dans cette région sèche. Les responsables des deux camps s’opposent une nouvelle fois, et l’abbé choisit d’aller encore plus loin.

En 1511, au monastère de Veruela, l’abbé recouvre de noir le crucifix de l’autel et prononce une malédiction inspirée du Psaume 108 contre le seigneur de Trasmoz.

Au cours de la cérémonie nocturne, chaque passage de la malédiction est accompagné d’une clochette. Le rituel, rapporté par NiT, vise nominalement le seigneur de Trasmoz, mais la réputation de « village maudit » finit par s’étendre à toute la communauté.

Légendes de sorcières et village « maudit »

Autour de cette image négative vont se tisser des récits plus sombres encore. Dans l’imaginaire local, Trasmoz devient une terre de sorcellerie et de pratiques païennes. Plusieurs légendes se cristallisent au fil des siècles.

L’une des plus connues est celle de Tía Casca. Cette femme, accusée par ses voisins de jeter le mauvais œil, de causer des maladies chez les enfants, des malheurs aux animaux et des dégâts aux récoltes, incarne la figure classique de la « sorcière » rurale. En 1850, la rumeur et la peur conduisent les habitants eux-mêmes à la pourchasser et à la tuer.

Les récits évoquent aussi des « aquelarres », des réunions nocturnes supposées de sorcières, qui se seraient tenues dans le château de Trasmoz. Ces rassemblements imaginaires nourrissent encore aujourd’hui le folklore du village.

Château, monastère, sorcières, vengeance de l’Église : à Trasmoz, tout concourt à forger une image de village oublié et puni par le ciel.

Autre élément clé de cette histoire : selon NiT, aucun rituel formel de levée de malédiction n’aurait été réalisé par l’Église. Sur le papier, Trasmoz resterait donc encore aujourd’hui frappé par cette ancienne condamnation spirituelle.

La malédiction, transformée en attraction touristique

Loin de cacher son image inquiétante, le village en a fait un argument. Trasmoz revendique son statut unique de village excommunié d’Espagne et vend sa réputation de lieu maudit comme une curiosité touristique.

Les visiteurs sont accueillis dès leur arrivée par une sculpture dédiée à Tía Casca, figure tragique devenue symbole local. En se promenant dans les environs, ils peuvent également voir l’installation intitulée « Monumento a las Brujas », hommage aux sorcières de la légende.

Le château de Trasmoz, au cœur des récits médiévaux, constitue l’une des attractions principales. Il organise des visites et des événements liés à la magie et aux sorcières à différents moments de l’année. Le monastère de Veruela, autre point névralgique des conflits d’autrefois, se parcourt lui aussi librement.

  • Monastère de Veruela : entrée environ 1,80 €.
  • Château de Trasmoz : 2 € pour les adultes, 1 € pour les enfants de 6 à 12 ans.
  • Village : accès libre aux ruelles et aux points de vue.

Pour un public français, ces tarifs restent très modestes et permettent de consacrer une demi-journée ou une journée entière à la visite de ce coin d’Aragon, en combinant patrimoine, nature et folklore.

Spécialités locales : confitures et cuisine aragonaise

Au-delà des sorcières, Trasmoz vit aussi de produits très concrets. NiT souligne la réputation de ses marmelades et confitures, fabriquées sur place, qui figurent parmi les produits les plus connus du village. Pour ceux qui souhaitent passer un peu plus de temps, les environs abritent plusieurs petites auberges ou « tascas », où l’on peut goûter le traditionnel agneau aragonais.

Activité Ce que l’on y trouve
Visite du château Légendes de sorcières, vue sur le Moncayo, histoire médiévale
Monastère de Veruela Architecture religieuse, cadre monastique, origine de la malédiction
Balade dans le village Sculpture de Tía Casca, « Monumento a las Brujas », ruelles historiques
Dégustation locale Confitures de Trasmoz, agneau aragonais dans les tascas alentour

Comment se rendre à Trasmoz depuis la péninsule Ibérique

NiT s’adresse à un public portugais, mais son itinéraire donne une idée des accès principaux. Depuis Lisbonne, le média signale des vols directs vers Madrid ou Valence à partir d’environ 39 € pour les prochains mois. Depuis ces grandes villes espagnoles, la solution la plus simple reste la location de voiture.

De Madrid jusqu’à Trasmoz, le trajet prend un peu plus de trois heures et demie de route en traversant le centre de la péninsule. NiT évoque aussi la possibilité d’un long voyage intégralement en voiture, depuis Lisbonne, en passant par Madrid, Guadalajara, Soria et Tarazona avant d’atteindre le village maudit. Dans ce cas, le site portugais recommande des arrêts intermédiaires, car le trajet total avoisine les douze heures de conduite.

Pour un voyageur français, un schéma similaire s’applique depuis la frontière : arrivée à Saragosse par avion, train ou voiture, puis route vers le massif du Moncayo et Trasmoz, à l’ouest de la capitale aragonaise.

Excommunication, malédiction : ce que cela signifie pour un catholique

L’histoire de Trasmoz permet de rappeler ce que recouvrent deux notions souvent confondues : l’excommunication et la malédiction religieuse. Dans la tradition catholique, l’excommunication est une peine canonique. Elle coupe officiellement la personne (ou la communauté, dans ce cas) de certains sacrements et fonctions de l’Église. L’excommunié peut rester croyant, mais il se trouve symboliquement et juridiquement en marge de la communauté ecclésiale.

La malédiction associée au Psaume 108, récitée par l’abbé de Veruela, relève davantage du registre rituel et symbolique. Elle vise à appeler la punition divine sur une personne ou un groupe. À Trasmoz, les récits populaires ont ensuite amplifié la portée de cet acte, jusqu’à faire du village un lieu « maudit » dans l’imaginaire collectif.

Et en France ? Patrimoine religieux, légendes et tourisme noir

En France, l’Église catholique a connu elle aussi des épisodes d’excommunications célèbres, le plus souvent dirigées contre des individus (souverains, intellectuels, théologiens). L’excommunication officielle d’un village entier reste en revanche très rare et ne structure pas aujourd’hui l’activité touristique de manière comparable.

Le principe d’utiliser des légendes sombres ou religieuses comme argument touristique existe toutefois largement sur le territoire :

  • des châteaux associés à des histoires de malédictions ;
  • des villages réputés pour des procès de sorcellerie d’Ancien Régime ;
  • des circuits guidés autour des anciens lieux d’exorcismes ou de miracles supposés.

Ce type de mise en scène s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent parfois le « tourisme noir » : une fréquentation de sites liés à la mort, au surnaturel ou aux drames historiques. Trasmoz fournit un exemple clair de ce phénomène autour du thème religieux et de la sorcellerie.

Pour un voyageur français, l’intérêt concret réside dans la combinaison possible : visite d’un patrimoine médiéval bien conservé, immersion dans une légende unique en Espagne, gastronomie régionale et accès relativement simple depuis Saragosse. La malédiction d’origine religieuse se transforme ainsi, plusieurs siècles plus tard, en prétexte à une escapade culturelle et insolite.

Questions fréquentes

Pourquoi Trasmoz a-t-il été excommunié ?

Le village a d'abord été excommunié en 1255 suite à un conflit avec le monastère de Veruela au sujet de l'exploitation du bois. Un second incident en 1511 concernant la maîtrise de l'eau a entraîné une malédiction formelle qui n'a jamais été levée.

Existe-t-il d'autres villages excommuniés en Espagne ?

Non, Trasmoz reste le seul village excommunié d'Espagne selon l'article. Son statut unique en a fait une curiosité historique et touristique.

Qui était Tía Casca ?

Tía Casca était une femme accusée de sorcellerie par ses voisins. On lui reprochait de jeter le mauvais œil, de causer des maladies chez les enfants et des malheurs aux animaux. Elle a été tuée en 1850 suite à une chasse aux sorcières menée par les villageois eux-mêmes. Elle incarne aujourd'hui la figure emblématique de la sorcière locale.

Comment visiter Trasmoz et quels sont les tarifs ?

Le village est accessible en voiture, notamment depuis Saragosse (environ une heure de route). L'entrée au château coûte 2 € pour les adultes et 1 € pour les enfants, le monastère de Veruela environ 1,80 €, tandis que les ruelles du village sont libres d'accès.

Qu'y a-t-il à faire à Trasmoz ?

Les visiteurs peuvent explorer le château médiéval, découvrir le monastère de Veruela, voir la sculpture dédiée à Tía Casca et le monument aux sorcières, visiter les ruelles historiques, et déguster les confitures locales et l'agneau aragonais dans les auberges du village.
Défiler vers le haut