Près de l’aéroport de Bucarest, un immense garage circulaire abrite une collection de voitures rares, soigneusement entretenues et ouvertes au public.
À Bucarest, en Roumanie, l’homme d’affaires et ancien manager de Boris Becker, Ion Tiriac, a transformé sa passion pour l’automobile en une collection hors norme que le service de presse automobile SP-X décrit comme l’une des plus spectaculaires d’Europe. Dans un bâtiment qui ressemble vu du ciel à un pneu posé près de l’aéroport, des centaines de voitures retracent 140 ans d’histoire, avec une place très particulière accordée à Mercedes.
Un garage circulaire pensé comme un « pneu » géant
Tout commence en 2013. À l’époque, Ion Tiriac possède déjà 80 voitures, trop pour une simple villa avec sous-sol et abri. L’ancien joueur de tennis, devenu milliardaire et homme d’affaires influent en Roumanie, décide alors de construire une structure dédiée, à proximité de l’aéroport de Bucarest.
Le premier bâtiment est rond, conçu pour ressembler depuis le ciel à un pneu automobile. L’effet est volontaire, explique le spécialiste automobile Andrei Piciorus, qui fait visiter les lieux aux curieux. Avec le temps, la collection grandit si vite que deux extensions deviennent nécessaires pour atteindre une capacité d’environ 300 véhicules exposés en permanence.
Dans ce vaste ensemble, les voitures sont serrées, alignées pare-chocs contre pare-chocs ou presque. À côté, dans les annexes, environ 130 autres modèles attendent leur tour pour une restauration ou une réparation. L’ensemble reste en mouvement permanent : Tiriac continue d’acheter, et la liste des arrivées ne désemplit pas.
La Tiriac Collection rassemble près de 300 voitures exposées et environ 130 en préparation, couvrant 140 ans d’histoire automobile.
Andrei Piciorus annonce d’ailleurs que de nouveaux modèles signés Bugatti, Porsche et Rolls Royce sont attendus au cours de l’année.
Mercedes en vedette, du brevet Benz au cabriolet mythique
Si la collection fait la part belle à de nombreuses marques, Mercedes y occupe une place centrale. Dès l’entrée, le ton est donné avec une réplique du Patent-Motorwagen de 1886, le tricycle motorisé considéré comme l’une des premières automobiles de l’histoire.
Au total, 85 modèles de la marque à l’étoile figurent dans la Tiriac Collection. Cette densité explique que Mercedes ait choisi Bucarest comme étape de sa tournée mondiale « 140 Places » organisée pour les 140 ans de l’entreprise. Pour l’occasion, un somptueux cabriolet Mercedes-Benz 540K Cabriolet A de 1937 s’offre même une sortie en ville, escorté par deux classes S modernes. Le cortège traverse le boulevard Roi Michel Ier de Roumanie et passe devant l’Arc de triomphe de la capitale roumaine.
Ce 540K rouge incarne le luxe des années 1930. Sous son long capot, un huit-cylindres en ligne développe 115 chevaux en usage normal. Mais un compresseur Roots, enclenché à pleine charge, porte la puissance à 180 chevaux et autorise une vitesse de pointe annoncée jusqu’à 185 km/h, impressionnante pour l’époque. Le modèle A est rarissime : seulement 83 exemplaires ont été produits. Malgré ses 5,25 mètres de long, la voiture ne peut accueillir que trois personnes, la troisième étant assise à l’arrière, perpendiculairement au sens de la marche.
Le Mercedes-Benz 540K de 1937 de la collection a appartenu à Bernie Ecclestone, ancien patron de la Formule 1.
L’auto a en effet appartenu à Bernie Ecclestone, figure emblématique de la F1, ce qui renforce encore son aura auprès des amateurs.
Du « bébé Mercedes » au symbole de pouvoir
Dans les allées, certains modèles méritent un pas de recul, tant leur silhouette raconte un moment particulier de l’histoire de Mercedes. C’est le cas d’un Mercedes-Benz 130 de 1935. Avec son moteur quatre cylindres placé à l’arrière, il évoque immédiatement la forme d’une Coccinelle Volkswagen. Le parallèle n’est pas fortuit : Ferdinand Porsche, futur père de la célèbre « voiture du peuple », dirigeait jusqu’en 1929 le bureau de construction de la Daimler Motoren-Gesellschaft, ancêtre de Mercedes-Benz. Le 130 représente l’une des tentatives de la marque allemande pour accéder à un marché de masse.
Autre pièce marquante : le Mercedes-Benz 600 Pullman, produit entre 1963 et 1981. Limousine d’apparat par excellence, elle devient dans l’après-guerre un signe de pouvoir et de richesse. Environ 2 190 berlines et 430 versions Pullman sortent des ateliers. Des chefs d’État et des célébrités choisissent ce modèle pour leurs déplacements officiels.
Avec 6,24 mètres de long et jusqu’à 2,8 tonnes sur la balance, le 600 Pullman reste le plus long et le plus lourd véhicule particulier jamais construit en série par Mercedes-Benz. Il dispose d’un V8 M100 de 6,3 litres, doté d’une lubrification par carter sec, une solution technique issue de la compétition.
Dans la Tiriac Collection, deux exemplaires Pullman sont exposés côte à côte, avec des empattements de 3,20 et 3,90 mètres. Surnommés « cygnes blancs », ils ne peuvent, en vertu d’un accord avec leur ancien propriétaire, être vendus séparément. Ils doivent rester ensemble, à la manière d’un couple inséparable.
Des voitures aux histoires incroyables, de Boris Becker à Elton John
Une large partie de l’attrait de la collection vient aussi des destins de certaines voitures. Beaucoup ont eu des propriétaires célèbres, dont la carrière dépasse largement le monde de l’automobile.
C’est le cas d’un Rolls Royce Phantom V de 1960, peint en rose et blanc. Le chanteur Elton John s’y faisait conduire lors de ses déplacements vers ses concerts. Le véhicule ne détonne pas au milieu des autres limousines anglaises : treize Phantom, couvrant sept générations, sont alignées sur quelques mètres, illustrant l’évolution du luxe britannique sur plusieurs décennies.
Ion Tiriac lui-même a remporté un prix prestigieux avec l’un de ses Rolls Royce. En 2015, un Phantom IV vert de 1952 lui a valu un « Best in Class Award » lors du célèbre Concours d’élégance de Pebble Beach, en Californie, rendez-vous majeur des passionnés de voitures anciennes.
Même Boris Becker a retrouvé une part de son passé dans ce garage circulaire. Andrei Piciorus raconte que l’ancien champion de tennis est resté fixé devant un Ferrari 400i bleu de 1983, lâchant : « J’en ai eu une comme ça. » Le guide lui a alors expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un simple modèle similaire, mais exactement de sa voiture d’époque. Entre-temps, un propriétaire intermédiaire avait fait repeindre le véhicule, passant du vert au bleu. Le compteur affiche à peine 5 641 kilomètres, signe d’une utilisation très parcimonieuse au fil des ans.
Ferrari, Rolls Royce, Mercedes, Jaguar : une partie de la collection a appartenu à des stars de la musique, du sport ou des affaires.
Des voitures prêtes à démarrer, ou presque
Contrairement à certains musées où les véhicules restent figés, beaucoup de modèles de la Tiriac Collection restent immatriculés et en état de rouler. Ion Tiriac, aujourd’hui âgé de 87 ans, prend encore régulièrement le volant de ses voitures préférées. Dans les allées, on aperçoit souvent des câbles électriques allant vers le compartiment moteur, pour maintenir les batteries en charge.
Sur un SS One Tourer de 1935, ancêtre de Jaguar, la clé de contact est carrément laissée en place. Elle est ornée d’une petite balle de tennis, clin d’œil à la première vie de Tiriac dans le sport de haut niveau et à sa carrière de manager de joueurs.
La collection n’est pourtant pas réservée aux invités de marque. Elle ouvre au public du jeudi au dimanche, avec un billet d’entrée pour les adultes d’environ 9,50 euros. Une somme qui permet aux passionnés de s’approcher de modèles rares et d’observer des détails de carrosserie ou de mécanique habituellement réservés aux catalogues de ventes aux enchères.
Visiter un grand musée automobile en Roumanie et en France
Pour un visiteur français, la Tiriac Collection offre à Bucarest une expérience comparable aux grands musées automobiles présents en France, tout en proposant une sélection plus personnelle, très marquée par les goûts de son propriétaire et le prestige de certains anciens détenteurs.
En France, les amateurs peuvent retrouver ce type de présentation dans plusieurs institutions privées ou publiques : musées rattachés à des marques, fondations, anciennes collections d’industriels. Le principe reste proche : une personne ou une entreprise rassemble sur un même site des modèles emblématiques pour retracer l’histoire de l’automobile, avec des choix éditoriaux assumés.
en Roumanie, la Tiriac Collection repose sur un collectionneur privé qui ouvre ses portes quelques jours par semaine ;
chaque véhicule conserve son histoire propre, souvent liée à un personnage connu ;
un guide spécialisé, comme Andrei Piciorus, commente la visite et replace les modèles dans leur contexte historique et technique ;
de nombreux véhicules restent en état de marche, ce qui permet parfois des démonstrations.
Dans les deux cas, la logique est la même : préserver un patrimoine roulant, sensibiliser le public à l’évolution des technologies, des formes et des usages, et montrer comment l’automobile a accompagné les transformations de la société.
Patrimoine roulant, prouesse technique et enjeux actuels
Pour mesurer l’intérêt d’une telle collection, il suffit de regarder l’écart entre le Patent-Motorwagen de 1886 et les limousines de représentation des années 1970. En moins d’un siècle, l’automobile passe d’un tricycle rudimentaire à moteur à combustion externe, à des engins de plusieurs tonnes, dotés de moteurs sophistiqués, de suspensions hydrauliques complexes et d’un confort pensé pour les dirigeants politiques.
Le compresseur Roots du 540K illustre bien cette course à la performance. Ce dispositif mécanique, placé sur l’admission, force l’air à entrer plus rapidement dans le moteur. Il augmente la pression de suralimentation, et donc la quantité de mélange air-carburant brûlé à chaque cycle. Résultat : un net gain de puissance, au prix d’une consommation accrue et d’une sollicitation mécanique plus forte. Pour les ingénieurs de l’époque, il s’agit d’une prouesse, rapidement associée au haut de gamme.
La présence de ces voitures dans un garage circulaire, batteries maintenues en charge, raconte aussi un autre enjeu : conserver des véhicules historiques en état de marche, dans un contexte où les réglementations environnementales se durcissent et où les habitudes de mobilité changent. La Tiriac Collection montre qu’un patrimoine automobile peut être entretenu et partagé, tout en restant fidèle à sa vocation première : rouler.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
C'est une collection automobile privée rassemblant près de 300 voitures exposées dans un garage circulaire conçu en forme de pneu géant, fondée par Ion Tiriac près de l'aéroport de Bucarest. La collection est ouverte au public et couvre 140 ans d'histoire automobile, avec environ 130 autres modèles en restauration ou réparation.
Pourquoi Mercedes y occupe-t-elle une place si importante ?
La collection contient 85 modèles Mercedes, ce qui a incité la marque à choisir Bucarest comme étape de sa tournée mondiale pour les 140 ans de l'entreprise. Mercedes y est représentée depuis le Patent-Motorwagen de 1886, considéré comme l'une des premières automobiles de l'histoire.
Quelles sont les voitures les plus prestigieuses de la collection ?
Parmi les pièces maîtresses figurent le Mercedes-Benz 540K Cabriolet A de 1937 ayant appartenu à Bernie Ecclestone, le Rolls Royce Phantom V rose et blanc d'Elton John, et le Ferrari 400i bleu de 1983 du champion de tennis Boris Becker.
Qui a créé cette collection et pourquoi ?
Ion Tiriac, ancien joueur de tennis devenu milliardaire et homme d'affaires influent en Roumanie, a créé cette collection en 2013 quand sa passion pour l'automobile a dépassé la capacité de sa simple villa. Il a alors construit le garage circulaire pour accueillir ses nombreuses acquisitions.
Les voitures de la collection peuvent-elles encore rouler ?
Oui, contrairement à certains musées, beaucoup de modèles restent immatriculés et en état de rouler. Ion Tiriac, âgé de 87 ans, continue de prendre régulièrement le volant de certains véhicules de sa collection.