Un édulcorant sans calories largement utilisé dans les chewing-gums et produits « light » fait l’objet d’alertes aux États-Unis pour son impact possible sur le cœur.
Un travail de recherche mené aux États-Unis suggère qu’un substitut du sucre très répandu, le xylitol, pourrait être associé à un risque accru d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. L’étude, relayée par le média économique allemand Focus Online, pointe des effets possibles sur la coagulation et la formation de caillots sanguins chez des personnes déjà à risque cardiovasculaire.
Un édulcorant « naturel » omniprésent dans les produits allégés
Le xylitol, parfois présenté comme « sucre de bouleau », appartient à la famille des polyols, comme le sorbitol ou l’érythritol. Il sert à sucrer les produits sans apporter de calories significatives et sans faire fortement grimper la glycémie.
Chewing-gums « sans sucre »
Bonbons et pastilles minceur
Produits de boulangerie allégés
Aliments « pour diabétiques »
Certains produits d’hygiène bucco-dentaire (dentifrices, pastilles)
Son image reste plutôt positive depuis plusieurs années, notamment grâce à son intérêt en prévention des caries. C’est justement cette réputation de produit « sain », ou au moins inoffensif, qui se trouve aujourd’hui bousculée par les travaux d’une équipe de chercheurs américains.
Ce que montre l’étude américaine sur le xylitol
L’étude mise en avant par Focus Online a été menée aux États-Unis sur des personnes présentant déjà un risque cardiovasculaire élevé. Les chercheurs ont analysé le lien entre la présence de xylitol dans le sang et la survenue d’événements graves comme l’infarctus du myocarde ou l’AVC.
Les personnes ayant les concentrations de xylitol les plus élevées dans le sang présentaient davantage d’événements cardiovasculaires graves que celles avec des taux faibles.
Dans un second temps, les auteurs ont exposé des volontaires à une boisson riche en xylitol, puis ont mesuré des paramètres liés à la coagulation sanguine. Là encore, des signaux jugés préoccupants ont été observés :
augmentation de certains marqueurs de l’activation des plaquettes, ces cellules qui participent à la formation des caillots ;
modifications de la capacité du sang à former un caillot.
Ces résultats conduisent les chercheurs à évoquer « un risque accru de thrombose », terme qui désigne la formation d’un caillot pouvant obstruer une artère et déclencher un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.
Une corrélation, pas encore une certitude de causalité
Les spécialistes cités par le média allemand insistent toutefois sur les limites de ce type de travaux. L’étude met en évidence une association entre des taux élevés de xylitol et des complications cardiovasculaires, mais ne prouve pas de façon définitive que le xylitol, à lui seul, en est la cause directe.
Les chercheurs estiment que ces résultats nécessitent des confirmations, mais jugent le signal suffisamment fort pour appeler à la prudence, en particulier chez les personnes à haut risque cardiovasculaire.
La population étudiée est d’ailleurs constituée de patients déjà fragiles sur le plan cardiovasculaire, ce qui peut amplifier certains effets. Le niveau et la durée d’exposition au xylitol jouent aussi un rôle. Un usage ponctuel et modéré n’a probablement pas la même portée qu’une consommation quotidienne élevée via de multiples produits « sans sucre ».
Pourquoi un substitut de sucre peut-il poser problème pour le cœur ?
Les édulcorants dits « non caloriques » ou « à faible teneur calorique » ont longtemps été présentés comme une alternative plus sûre au sucre, en particulier pour les personnes diabétiques ou en surpoids. Ils ne provoquent pas les mêmes pics de glycémie et apportent beaucoup moins d’énergie.
Les travaux récents sur plusieurs d’entre eux, dont l’érythritol et désormais le xylitol, suggèrent pourtant qu’ils pourraient agir sur d’autres mécanismes :
interaction avec la flore intestinale, qui joue un rôle dans le métabolisme et l’inflammation ;
impact possible sur les plaquettes sanguines et la coagulation ;
effets indirects sur la tension artérielle ou la rigidité des artères.
Pour les chercheurs, le problème ne vient pas seulement de l’édulcorant pris isolément, mais aussi de l’ensemble du contexte métabolique des personnes qui en consomment : diabète, syndrome métabolique, obésité, sédentarité, alimentation déséquilibrée.
Quels réflexes adopter si vous consommez du xylitol en France ?
En France, le xylitol est autorisé comme additif alimentaire. On le trouve sur les étiquettes sous son nom ou sous le code E967. Il figure dans la liste des arômes et édulcorants utilisés notamment dans les produits « sans sucre » ou « allégés en sucres ».
Où le trouver ?
Que regarder sur l’étiquette ?
Chewing-gums et bonbons sans sucre
Liste des ingrédients : xylitol ou E967
Biscuits, gâteaux, desserts « light »
Mention « polyols », puis détail des substances
Produits « pour diabétiques »
Indication « édulcorant » suivie du nom
Les autorités sanitaires européennes, via l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), considèrent actuellement le xylitol comme sûr dans les conditions d’utilisation autorisées. Les nouvelles études incitent toutefois certains experts à encourager un usage modéré, surtout chez les personnes déjà à risque cardiaque.
Pour un lecteur français, l’enjeu n’est pas de bannir dans l’urgence tous les produits contenant du xylitol, mais de surveiller sa consommation globale et de ne pas s’en remettre uniquement aux édulcorants pour gérer son poids ou sa glycémie.
Alternatives et bonne gestion des sucres
Les nutritionnistes en France rappellent régulièrement que la base reste une réduction globale des sucres ajoutés, qu’ils soient « classiques » ou de substitution. Quelques principes simples peuvent aider :
limiter les boissons sucrées et les sodas, même « zéro sucre » ;
réserver les chewing-gums et bonbons « sans sucre » à une consommation occasionnelle ;
privilégier des desserts simples (yaourt nature, fruits frais) plutôt que les versions ultra-transformées allégées ;
prêter attention à la liste des ingrédients, pas seulement au nombre de calories.
En cas de diabète ou de pathologie cardiovasculaire, les choix d’édulcorants doivent idéalement être discutés avec un médecin ou un spécialiste en nutrition, qui peut mettre en balance les bénéfices (contrôle de la glycémie, gestion du poids) et les risques potentiels évoqués par ces études.
Quelle place pour le xylitol dans les recommandations actuelles ?
À ce stade, les autorités sanitaires ne formulent pas d’interdiction spécifique visant le xylitol. Les études comme celle citée par Focus Online jouent un rôle d’alerte et alimentent le débat scientifique, mais ne débouchent pas immédiatement sur de nouvelles réglementations.
Les agences de sécurité sanitaire peuvent toutefois :
réexaminer les données disponibles sur un additif donné ;
demander des études complémentaires sur certains effets (coagulation, risque cardiovasculaire) ;
adapter à terme les doses journalières admissibles ou les conditions d’usage si le risque se confirme.
Dans l’intervalle, plusieurs spécialistes plaident pour une approche de précaution ciblée : les personnes ayant déjà fait un infarctus ou un AVC, ou présentant un diabète mal équilibré, gagneraient à limiter une exposition intensive et quotidienne aux polyols comme le xylitol en attendant des données plus solides.
Un rappel : édulcorant, infarctus, AVC… ce que recouvrent ces termes
Un édulcorant est une substance qui apporte un goût sucré en remplaçant tout ou partie du sucre. Certains, comme le xylitol, fournissent un peu d’énergie, d’autres quasiment pas. Ils sont utilisés pour alléger les produits en sucres ou pour les adapter aux personnes qui surveillent leur glycémie.
L’infarctus du myocarde survient lorsqu’une artère du cœur se bouche, généralement à cause d’un caillot sanguin venu obstruer un vaisseau déjà fragilisé par des dépôts de graisses. L’accident vasculaire cérébral correspond au même type de phénomène, mais au niveau du cerveau, avec un caillot (AVC ischémique) ou une hémorragie (AVC hémorragique).
Tout produit susceptible d’augmenter la tendance du sang à coaguler ou de favoriser la formation de caillots suscite donc, à juste titre, l’attention des chercheurs, en particulier chez les personnes pour lesquelles le risque est déjà élevé. Le débat autour du xylitol et des autres polyols illustre ce mouvement de réévaluation d’additifs longtemps considérés comme anodins.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.