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Emprunté puis emmuré dans une cheminée en Australie : le livre a été rendu à la bibliothèque 150 ans plus tard

Emprunté puis emmuré dans une cheminée en Australie : le livre a été rendu à la bibliothèque 150 ans plus tard

Lors de travaux dans une maison de Kiama, en Australie, un vieil ouvrage a ressurgi d’une cheminée murée, stupéfiant les bibliothécaires locaux.

Ce livre, publié en 1858 et disparu depuis près d’un siècle et demi, a finalement réintégré la bibliothèque de Kiama, au sud de Sydney. L’histoire, racontée par le média scientifique en ligne qui rapporte les faits depuis l’Australie, mêle mystère familial, patrimoine architectural et règles de prêt d’un autre âge.

Un livre prisonnier d’une cheminée pendant 150 ans

Tout commence dans une maison de Manning Street, à Kiama, une petite ville côtière située au sud de Sydney. Ross Simmons, 77 ans, y supervise des travaux de rénovation. En ouvrant une ancienne cheminée condamnée, les ouvriers tombent sur une caisse à thé oubliée derrière les briques. À l’intérieur, un unique objet : un livre épais, très abîmé, mais encore lisible.

L’ouvrage s’intitule The Antiquities of Athens and Other Monuments of Greece, une édition publiée en 1858. Malgré une couverture usée et des pages marquées par le temps, il apparaît en relativement bon état pour un volume resté caché plus d’un siècle.

Le livre, publié en 1858, a passé environ 150 ans enfermé dans une caisse à thé, elle-même emmurée dans une cheminée condamnée d’une maison de Kiama.

Intrigué, Ross Simmons décide d’apporter le livre à la bibliothèque de Kiama. Là, les équipes ne tardent pas à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un simple objet ancien. Sur la page de garde figure le numéro 506, qui correspond à l’une des premières cotes de la bibliothèque municipale, ouverte en 1872 avec environ 1 000 volumes.

La responsable de la bibliothèque, Michelle Hudson, reconnaît immédiatement la rareté de ce retour tardif. « Nous n’avons jamais vu revenir quelque chose d’aussi ancien », explique-t-elle. Elle précise que, sur les réseaux sociaux de bibliothèques, on voit parfois réapparaître des livres empruntés depuis 30 ou 40 ans à la faveur du rangement d’une maison. Mais un ouvrage du XIXe siècle, disparu depuis l’ère des premiers lecteurs de Kiama, relève d’un tout autre registre.

Un traité d’architecture grecque au cœur du mystère

L’ouvrage retrouvé n’est pas un roman ordinaire. Il s’agit d’un volume de 149 pages accompagné de 70 planches illustrées, dont certaines dépliantes. Les auteurs, James Stuart et Nicholas Revett, ont voyagé en Grèce dans les années 1750 pour mesurer et dessiner avec une grande précision les monuments antiques.

Leur travail, d’abord publié au XVIIIe siècle puis réédité, a joué un rôle important dans la diffusion du style grec dans l’architecture et le design britanniques. Le livre de Kiama est l’une de ces rééditions du milieu du XIXe siècle, adaptée à un format plus compact mais toujours très richement illustré.

Dans une petite ville australienne de la fin du XIXe siècle, posséder un tel ouvrage suppose un intérêt poussé pour l’architecture, l’archéologie ou l’histoire de l’art. Les bibliothécaires estiment donc que le lecteur qui l’a emprunté n’était sans doute pas un simple curieux, mais quelqu’un ayant un profil plus spécialisé.

Le contenu érudit du livre laisse penser que le lecteur qui l’a emprunté à Kiama était probablement passionné d’architecture ou de patrimoine.

Un possible architecte en toile de fond

L’identité de l’emprunteur demeure pourtant inconnue. Le registre de prêt des années 1870, qui aurait normalement indiqué le nom du lecteur et la date d’emprunt, a disparu des archives. Aucune trace écrite ne permet donc de trancher.

Ross Simmons avance toutefois une hypothèse familiale. Son arrière-arrière-grand-père, John Simmons, possédait la maison au moment de l’ouverture de la bibliothèque de Kiama. Les recherches mentionnées par le média ayant relaté l’histoire signalent aussi la présence, il y a environ 150 ans, d’un architecte renommé appelé John Simmons dans la ville.

L’idée – très spéculative, reconnaissent les auteurs de l’article d’origine – serait que ce John Simmons, propriétaire et architecte, ait emprunté le livre pour ses travaux. Il aurait ensuite été perdu, rangé ou dissimulé dans la maison, avant de finir emmuré derrière la cheminée. Rien ne permet de le prouver, mais la coïncidence nourrit le récit autour de ce volume fantôme.

Des règles de prêt du XIXe siècle encore visibles

Si le registre de prêt a disparu, le livre contient en revanche un autre document précieux : les règles de la bibliothèque, imprimées à l’intérieur même du volume. Ce petit encart raconte beaucoup de la manière dont on concevait la lecture à Kiama dans les années 1870.

  • Durée de prêt initiale : un mois.
  • Au-delà, pénalité de trois anciens pence par semaine de retard.
  • Obligation de régler les amendes et de rendre les ouvrages avant de pouvoir en emprunter d’autres.
  • Possibilité pour un foyer d’emprunter jusqu’à trois livres si au moins six de ses membres savaient lire.
  • Interdiction de prêter à toute personne se présentant en « état d’ivresse ».

En se basant sur ces anciennes règles, la bibliothèque de Kiama a calculé, par jeu, le montant théorique de l’amende due pour ce livre rendu après environ 150 ans. En actualisant le tarif de trois pence par semaine et en intégrant l’inflation, le total atteindrait environ 28 000 dollars australiens, soit un peu moins de 20 000 dollars américains. Aucun agent de la bibliothèque n’a évidemment l’intention de réclamer une telle somme.

Appliquées au retard accumulé, les anciennes pénalités représenteraient aujourd’hui près de 28 000 dollars australiens, une somme purement théorique.

Les règles inscrites dans le livre montrent aussi à quel point les ouvrages étaient considérés comme des biens précieux. À l’époque, un volume manquant constituait une perte sérieuse pour une collection qui ne comptait qu’environ 1 000 titres. Il n’existait ni impression à la demande ni fichiers numériques. Chaque livre devait supporter des années de prêt dans une communauté avide de lecture, tant pour l’instruction que pour le divertissement.

Lecture, respectabilité et comportements encadrés

Certains passages du règlement peuvent paraître aujourd’hui presque anecdotiques, comme l’interdiction faite aux personnes ivres d’emprunter, ou l’exigence qu’un foyer compte au moins six lecteurs pour obtenir trois livres. Ils traduisent pourtant une conception très sociale de la lecture.

Dans la Kiama du XIXe siècle, la fréquentation de la bibliothèque s’inscrit dans une forme de respectabilité. Savoir lire devient un marqueur de statut familial. Pouvoir emprunter plusieurs ouvrages suppose un foyer suffisamment instruit et discipliné. L’accès au livre se trouve au croisement de la morale, de l’éducation et du contrôle social.

Quant au geste qui a conduit ce livre dans une caisse à thé derrière un mur de briques, il reste impossible à reconstituer. Personne ne sait si l’ouvrage a été volontairement caché, oublié lors de travaux ou simplement mis à l’écart avant que la cheminée ne soit condamnée. Le média qui rapporte l’histoire rappelle que le geste pourrait tout autant relever d’une appropriation discrète que d’un simple oubli.

Une chose est sûre : aujourd’hui, ce roman d’architecture antique est devenu un objet d’histoire locale. La bibliothèque de Kiama a décidé de l’intégrer à sa collection consacrée au passé de la ville. « Nous n’allons pas le remettre en circulation. Nous ne voulons pas attendre encore 150 ans pour le voir revenir », lance avec humour Michelle Hudson.

Que va devenir le livre à Kiama ?

Le volume ne sera donc plus jamais prêté au public. Il rejoint la collection d’histoire locale, un espace généralement réservé aux documents rares, aux archives et aux ouvrages qui témoignent de la construction de la ville et de ses institutions.

Pour les bibliothécaires, ce retour inespéré permet aussi de raconter au public le fonctionnement d’une bibliothèque du XIXe siècle. Le livre cumule plusieurs facettes : ouvrage d’architecture, trace d’un réseau de lecteurs érudits, fragment des premières politiques de prêt, et désormais pièce muséale.

Entre patrimoine architectural, histoire sociale de la lecture et anecdote familiale, le volume est désormais présenté comme un témoin emblématique des débuts de la bibliothèque de Kiama.

Les habitants et visiteurs pourront l’observer en vitrine, probablement accompagné d’explications sur son long séjour derrière les briques. L’objet devient une porte d’entrée pour parler de la valeur des livres dans les petites communautés du XIXe siècle, à une époque où chaque volume représentait un investissement financier et symbolique.

Ce que cette histoire dit des bibliothèques françaises

Pour un lecteur en France, cette affaire renvoie à des pratiques qui paraissent à la fois familières et lointaines. Les bibliothèques municipales françaises appliquent elles aussi des durées de prêt limitées, des relances pour les retards et, parfois, des pénalités. Mais la philosophie générale a beaucoup évolué.

Dans de nombreuses communes, les bibliothèques ont soit supprimé les amendes de retard, soit réduits les montants, pour encourager la fréquentation. Le principe reste de responsabiliser les lecteurs sans les dissuader de revenir. Les situations d’extrême retard se gèrent plutôt par des relances, la suspension temporaire du droit d’emprunt et, plus rarement, la facturation du remplacement de l’ouvrage.

Les cartes familiales existent aussi en France, mais le nombre de livres empruntables dépend davantage de l’abonnement choisi que d’un test de lecture au sein du foyer. L’idée de conditionner le prêt à la sobriété ou au comportement moral du lecteur n’a plus cours. Les bibliothèques publiques françaises sont pensées comme des lieux ouverts, accueillants, où la diversité des publics prime.

En matière de patrimoine, les établissements français réservent, comme à Kiama, un traitement particulier aux ouvrages anciens. Les fonds patrimoniaux, souvent déposés dans des bibliothèques municipales classées ou dans des bibliothèques universitaires, rassemblent manuscrits, incunables, éditions rares ou exemplaires associées à l’histoire d’une ville. Ces documents ne circulent plus au prêt, mais peuvent parfois être consultés sur place, dans des conditions encadrées.

Pourquoi les livres anciens sont si protégés

Le cas du volume de Kiama illustre bien ce qui rend les livres anciens précieux pour les bibliothèques françaises comme australiennes :

  • leur rareté : certaines éditions ne sont plus imprimées ni numérisées ;
  • leur valeur historique : ils témoignent d’une époque, de pratiques de lecture, de techniques d’impression ;
  • leur état matériel : papier fragilisé, reliures délicates, encres sensibles à la lumière ;
  • leur ancrage local : ex-libris, tampons, annotations ou règlements d’époque racontent l’histoire d’une institution ou d’une ville.

En France, comme en Australie, ces ouvrages rejoignent donc des réserves climatisées, des salles de consultation spécialisées ou des vitrines d’exposition. La priorité devient leur conservation à long terme, quitte à limiter leur manipulation directe. Les bibliothèques complètent parfois ce dispositif par la numérisation, afin de permettre une consultation en ligne tout en protégeant l’original.

L’histoire de ce livre emmuré rappelle enfin qu’un simple document emprunté peut, avec le temps, prendre un tout autre statut. Ce qui était un outil de travail ou de curiosité savante devient une trace matérielle de la façon dont une communauté s’est instruite, a rêvé d’architecture grecque depuis une petite ville australienne, et a appris à organiser le partage des livres bien avant l’ère du numérique.

Questions fréquentes

Comment le livre s'est-il retrouvé emmurée dans une cheminée?

L'article ne le précise pas. L'ouvrage aurait pu être volontairement caché, oublié lors de travaux, ou simplement mis à l'écart avant que la cheminée ne soit condamnée. Le mystère reste entier.

Qui a emprunté ce livre à la bibliothèque de Kiama?

L'identité de l'emprunteur demeure inconnue, le registre de prêt des années 1870 ayant disparu. Une hypothèse spéculative suggère que John Simmons, propriétaire et architecte de la maison, aurait emprunté le livre pour ses travaux professionnels.

Quel était le contenu du livre?

Il s'agit d'un traité d'architecture grecque de 149 pages accompagné de 70 planches illustrées dépliantes, réalisé par James Stuart et Nicholas Revett d'après leurs voyages en Grèce dans les années 1750. Le travail a influencé l'architecture et le design britanniques.

Combien d'amende aurait dû payer l'emprunteur?

En appliquant les règles du XIXe siècle (trois pence par semaine de retard) et en intégrant l'inflation, la bibliothèque a calculé de manière purement théorique une amende d'environ 28 000 dollars australiens. Aucune somme n'a bien sûr été réclamée.

Quand la bibliothèque de Kiama a-t-elle ouvert ses portes?

La bibliothèque municipale de Kiama a été ouverte en 1872 avec environ 1 000 volumes. Le livre retrouvé porte la cote 506, ce qui correspond à l'une des premières acquisitions de la collection.
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