Ce livre médiéval résiste aux décrypteurs depuis plus d’un siècle : alphabet inventé, plantes inconnues et femmes dans des bassins, voici le mystère du manuscrit de Voynich
Rédigé dans un alphabet inconnu, rempli de plantes impossibles et de femmes nues dans des bassins, ce manuscrit médiéval fascine encore les chercheurs, du Moyen-Âge à l’université de Yale aux États-Unis.
Le manuscrit de Voynich intrigue historiens, linguistes et cryptologues depuis des décennies. Le site de vulgarisation scientifique brésilien SuperInteressante, appartenant au groupe de presse Abril, revient sur ce document unique, daté du XVe siècle, dont personne ne parvient à comprendre le contenu, malgré les outils les plus modernes, y compris l’IA.
Un mystérieux codex médiéval arrivé jusqu’à l’université de Yale
Le manuscrit de Voynich est un códice, un codex, c’est-à-dire un ancêtre du livre moderne. Il se présente comme un volume relié d’environ 240 pages de parchemin, entièrement couvert d’une écriture inconnue et de dessins déroutants.
Le premier propriétaire identifié avec certitude est Georg Baresch, un alchimiste qui vivait à Prague au XVIIe siècle. Le texte original cité par SuperInteressante rappelle que l’homme s’intéressait à l’ésotérisme, ce qui correspond bien au contenu étrangement symbolique du manuscrit.
Les analyses modernes permettent cependant de remonter plus loin. Une datation au carbone 14 du support indique que le document a très probablement été produit au début du XVe siècle. L’étude du style des illustrations et de la composition des encres le rapproche d’œuvres réalisées en Italie à la période de la Renaissance, ce qui suggère une origine italienne, même si rien n’est totalement tranché.
En 1912, le collectionneur de livres anciens Wilfrid Voynich achète ce volume, qui prendra ensuite son nom. Le manuscrit est aujourd’hui conservé à la bibliothèque Beinecke de l’université de Yale, aux États-Unis, où il est catalogué sous la cote MS 408. Il fait partie des pièces les plus consultées et commentées de la collection.
Produit au XVe siècle, passé par un alchimiste de Prague, acheté par un collectionneur en 1912, le manuscrit de Voynich termine sa route à l’université de Yale, mais son sens demeure inaccessible.
Un alphabet inventé et des plantes qui n’existent pas
Le texte occupe la quasi-totalité des pages, écrit à la main à l’aide d’un ensemble d’environ 20 caractères. Ces signes ne correspondent à aucun alphabet connu, mais leur répartition et leur fréquence donnent l’impression d’une véritable langue structurée, et non d’une suite de symboles au hasard.
Les illustrations ajoutent une couche supplémentaire de mystère. Les pages sont organisées par grands thèmes visuels :
des plantes et herbes impossible à identifier avec des espèces réelles ;
des cartes et diagrammes qui évoquent l’astronomie ou l’astrologie ;
des femmes nues, représentées dans des sortes de bassins, baignoires ou cuves relisées par des canaux ou des tuyaux ;
des schémas complexes qui ressemblent à des cartes ou des plans, sans équivalent évident.
Selon SuperInteressante, ces dessins de plantes « ne sont pas facilement identifiables avec des espèces réelles » et « beaucoup semblent à moitié fantastiques ». Feuille, tige, racine, fleur : l’ensemble forme des organismes végétaux à la fois crédibles au premier regard et impossibles à faire correspondre avec la flore connue.
La piste du manuel d’herboristerie et d’astrologie
Une hypothèse récurrente veut que le manuscrit de Voynich soit une sorte d’herbier médical, un manuel d’herboristerie permettant d’identifier des plantes et d’indiquer leurs vertus. L’ouvrage mélangerait alors connaissances botaniques, recettes de santé, éléments astrologiques et croyances magiques liées à l’alchimie médiévale.
Cette idée s’appuie sur plusieurs observations :
la présence massive de plantes et d’herbes supposées médicinales ;
des diagrammes qui rappellent des horoscopes ou des cartes du ciel ;
le contexte historique où l’astrologie et la médecine étaient étroitement liées ;
le lien avec Georg Baresch, lui-même alchimiste à Prague.
Mais la piste se heurte à un obstacle majeur : l’impossibilité de faire correspondre ces dessins avec des espèces botaniques connues. Certains chercheurs envisagent que les plantes aient été volontairement déformées pour protéger un savoir jugé secret. D’autres imaginent qu’il s’agit d’un monde fictif, cohérent en lui-même mais détaché de la réalité botanique.
Manuel d’herboristerie codé ou catalogue de plantes imaginaires : sans accès au texte, personne ne sait trancher.
Une langue inconnue, une fausse piste ou une pure invention ?
Depuis le début du XXe siècle, l’ouvrage a été passé au crible par des historiens, des linguistes, des cryptologues, mais aussi par des artistes et des amateurs passionnés. Tous se heurtent au même mur : le texte résiste à toutes les tentatives de décryptage.
La distribution des symboles semble suivre une logique linguistique. On observe des régularités comparables à celles des langues naturelles : certains caractères reviennent plus souvent, d’autres se combinent en « mots » récurrents. Cette structure a convaincu de nombreux spécialistes que le manuscrit encode un véritable message, et non une simple suite de caractères aléatoires.
Deux grandes possibilités sont régulièrement avancées :
le texte aurait été rédigé dans une langue réelle, puis transcrit dans un alphabet inventé ;
la langue elle-même aurait été construite de toutes pièces, avec sa propre grammaire.
Malgré ces pistes, rien n’a été confirmé. Le média brésilien rappelle qu’aucune tentative, même en recourant à l’intelligence artificielle, n’a permis d’identifier une langue connue ou une clé de déchiffrement fiable.
Et si le manuscrit ne voulait rien dire ?
Face à cette impasse, une autre hypothèse refait régulièrement surface : le manuscrit de Voynich pourrait être une vaste supercherie. Son auteur aurait fabriqué un livre mystérieux dépourvu de sens précis, uniquement pour impressionner un mécène, vendre un « grimoire » rare ou amuser un cercle d’initiés.
SuperInteressante souligne que cette hypothèse de la « farsa », la farce, n’a rien d’absurde. Les illustrations sont « assez bizarres », et le tout pourrait être « l’œuvre fantastique ou la brise bizarre d’un alchimiste médiéval ». L’idée serait alors celle d’un objet d’art spéculatif, où la cohérence visuelle compte plus que la présence d’un texte réellement lisible.
Une œuvre cryptée en profondeur ou une farce sophistiquée destinée à tromper les érudits : les chercheurs hésitent entre deux scénarios, tous deux impossibles à vérifier avec les éléments actuels.
Des cryptanalystes à l’IA : pourquoi le code résiste toujours
Le manuscrit de Voynich a attiré des cryptanalystes dès la Première Guerre mondiale. Des spécialistes habitués aux codes militaires ont tenté de le casser en appliquant les mêmes méthodes que pour les messages chiffrés classiques : rien n’a abouti.
Au XXIe siècle, de nouvelles approches se sont ajoutées :
analyses statistiques automatisées de la fréquence des symboles ;
comparaisons massives avec des corpus de langues anciennes et modernes ;
algorithmes de détection de motifs, utilisés en linguistique computationnelle ;
programmes d’intelligence artificielle chargés de repérer des structures proches de langues connues.
SuperInteressante rappelle que ces essais, y compris avec de l’IA, n’ont rien donné de convaincant. Aucune correspondance robuste n’a été établie avec une langue existante, et les traductions proposées ponctuellement par certains passionnés ne résistent pas aux vérifications.
Ce blocage nourrit la thèse d’une langue artificielle ou d’une supercherie sophistiquée. Un faux bien construit peut imiter les statistiques d’un texte réel sans contenir la moindre information. Les chercheurs doivent donc avancer avec prudence pour éviter les interprétations abusives.
Comment la France regarde ce type de manuscrit mystérieux
Pour un lecteur français, le cas du manuscrit de Voynich évoque les grands débats autour des écritures non déchiffrées, comme le linéaire A de Crète ou certains systèmes de signes préhistoriques. Les laboratoires français travaillant sur la paléographie, la linguistique historique ou la cryptanalyse s’intéressent à ce type d’objets, même lorsqu’ils sont conservés à l’étranger.
En France, plusieurs institutions auraient vocation à participer à l’étude d’un document similaire trouvé sur le territoire :
la Bibliothèque nationale de France pour la conservation et la numérisation ;
le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) pour l’analyse linguistique, chimique et matérielle ;
les universités dotées de départements d’histoire médiévale et de philologie ;
les services spécialisés du ministère de la Culture pour la protection du patrimoine.
Sur le plan de la cryptanalyse, la France possède une longue tradition, qui va des casseurs de codes de la Première Guerre mondiale aux équipes actuelles travaillant sur la cybersécurité. Un manuscrit aussi obscur que celui de Voynich constituerait un terrain d’expérimentation idéal pour tester méthodes mathématiques et outils d’IA, même si, comme à Yale, aucune garantie de résultat n’existerait.
Manuscrit de Voynich : quelques repères pour mieux comprendre
Pour saisir les enjeux scientifiques, il est utile de replacer le manuscrit dans un ensemble plus large de questions sur les textes anciens. Voici quelques repères synthétiques :
Aspect
Ce que l’on sait
Ce qui reste incertain
Date
Début du XVe siècle, grâce au carbone 14
Année précise de production inconnue
Lieu probable
Liens stylistiques avec l’Italie de la Renaissance
Atelier, ville et auteur non identifiés
Langue
Distribution des symboles proche d’une langue réelle
Langue naturelle codée, langue inventée ou texte sans sens
Contenu
Plantes, astrologie apparente, femmes dans des bassins
Fonction exacte : manuel médical, fiction, farce ?
Propriétaires
Georg Baresch au XVIIe siècle, Wilfrid Voynich en 1912, Yale aujourd’hui
Parcours complet entre le XVe et le XVIIe siècle
Ce type de manuscrit met à l’épreuve les méthodes classiques de l’histoire du livre. Habituellement, les chercheurs s’appuient sur la langue, les références internes, les noms cités pour situer un texte. Ici, tout manque. Reste l’étude du support, des pigments, du style graphique et des comparaisons avec des œuvres datées, ce qui explique pourquoi le débat reste ouvert.
Pour les lecteurs, le manuscrit de Voynich représente aussi un cas d’école sur les limites de l’intelligence artificielle dans le domaine culturel. Un algorithme peut analyser des millions de caractères, repérer des motifs, suggérer des rapprochements. Mais sans clé de départ ni corpus parallèle fiable, il ne suffit pas à produire une traduction. L’objet rappelle qu’un texte peut rester définitivement muet, même à l’ère des grandes puissances de calcul.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Le manuscrit a probablement été produit au début du XVe siècle selon la datation au carbone 14. Son créateur reste inconnu, mais les analyses suggèrent une origine italienne. Le premier propriétaire identifié avec certitude est Georg Baresch, alchimiste à Prague au XVIIe siècle.
Comment le manuscrit a-t-il reçu son nom ?
En 1912, le collectionneur de livres anciens Wilfrid Voynich a acheté ce volume, qui a ensuite pris son nom. Le manuscrit est aujourd'hui conservé à l'université de Yale sous la cote MS 408.
Pourquoi personne ne peut-il le décrypter ?
Le texte utilise un alphabet d'environ 20 caractères inconnus et suit une logique linguistique, mais aucune clé de déchiffrement fiable n'a été trouvée, même avec l'intelligence artificielle. Il est possible que le manuscrit encode un véritable message ou qu'il s'agisse d'une supercherie sans sens précis.
Quel est le sujet principal du manuscrit ?
Les pages sont organisées par thèmes visuels : des plantes impossibles à identifier, des cartes astronomiques ou astrologiques, des femmes nues dans des bassins reliés par des canaux, et des schémas complexes. La piste d'un manuel d'herboristerie médiévale est régulièrement envisagée mais jamais confirmée.
Pourquoi les plantes ne ressemblent à aucune espèce connue ?
Certains chercheurs pensent que les plantes ont été volontairement déformées pour protéger un savoir secret, tandis que d'autres imaginent qu'il s'agit d'un monde fictif cohérent mais détaché de la réalité botanique, ou simplement d'une invention fantaisiste.