En 1993, en plein désert au Maroc, un Français se retrouve seul, sans radio ni téléphone, avec une 2CV détruite et dix jours de vivres.
Rapportée par un média en ligne espagnol, l’histoire d’Émile Leray ressemble à un scénario de film. Ce Français, parti seul au volant de sa Citroën 2CV dans le sud du Maroc, a survécu à une panne dramatique au milieu du désert du Sahara en transformant sa voiture accidentée… en sorte de moto de fortune, fabriquée quasiment à mains nues.
Un voyage en solitaire qui tourne au cauchemar
Quarante ans après les débuts de ses voyages au nord de l’Afrique, ce « sagace aventurier français », comme le décrit le site espagnol, n’imaginait pas ce qu’il allait vivre. En 1993, il parcourt en solitaire le Maroc à bord de sa 2CV, symbole de robustesse et de simplicité mécanique.
Sur la route, il se heurte à une première difficulté : un conflit à la frontière entre le Maroc et le Sahara occidental. L’armée lui interdit de continuer par l’itinéraire prévu. Il doit alors emprunter une voie alternative, plus reculée, moins sécurisée.
Cette déviation va tout faire basculer. Émile s’engage sur un terrain très pierreux, à une vitesse supérieure à ce que la piste autorise. Sa Citroën encaisse mal les chocs. Une roue est gravement endommagée, le bras gauche de la suspension avant casse, une partie du châssis est touchée. Le verdict tombe : la 2CV est devenue inutilisable.
Perdu au milieu du désert, à plus de 30 km de toute localité, Émile Leray se retrouve avec une voiture hors d’usage, sans aucun moyen de communication.
Aucune radio, aucun téléphone, pratiquement pas d’outillage pour réparer. Et seulement de quoi manger et boire pendant dix jours. Le décor d’un drame annoncé est planté.
Face à la mort possible, une idée folle : transformer la 2CV
Électricien de métier, avec de solides notions de mécanique, Émile refuse que « le désert soit sa tombe », selon les termes rapportés par le site espagnol. Il doit trouver une solution pour rejoindre la première ville, située à plus de trente kilomètres, sous un soleil écrasant, avec des réserves limitées.
L’option de partir à pied semble très risquée dans son état et compte tenu des distances. Il se résout donc à une autre voie : tout démonter pour reconstruire un véhicule plus simple, plus léger, qu’il pourrait faire rouler sur deux roues. Une idée inspirée, précise l’article, par le film « Le vol du Phénix », sorti en 1965, où un avion détruit dans le désert renaît sous une autre forme.
Avec des moyens dérisoires, il se lance dans ce chantier insensé. Pas de chalumeau, pas de perceuse, pas d’équipement de garage. Seulement quelques outils de base :
des pinces ;
un marteau ;
des tournevis ;
et tout ce qu’il peut récupérer dans ou sur la voiture.
Pendant douze jours, il travaille presque sans relâche à démonter entièrement sa 2CV accidentée. La carrosserie lui sert de refuge pour se protéger du vent et du soleil, tandis qu’il trie chaque pièce pour voir comment la réutiliser.
Une « moto » façon Mad Max, construite au milieu des dunes
Peu à peu, l’aventurier français se fabrique un étrange engin, décrit par le média comme une « moto improvisée », digne d’un décor de Mad Max, mais conçue dans un pur but de survie.
Il conserve une partie du châssis, un longeron, deux roues, le moteur et quelques composants-clés pour donner naissance à un 2CV à deux roues, sans carrosserie.
Émile repositionne le moteur à l’arrière, change l’emplacement du réservoir de carburant, bricole une nouvelle géométrie. Pour l’assise, il se taille un siège rudimentaire dans un morceau de pare-chocs, recouvert d’une partie du garnissage du tableau de bord. Il utilise l’axe d’origine du volant pour créer un système de direction, puis imagine une commande d’accélérateur de fortune.
L’ensemble paraît d’une extrême précarité, mais tout est fonctionnel. Le « deux-roues » bricolé n’a rien à voir avec une moto homologuée, ni même avec un side-car artisanal. C’est un demi-voiture découpée dans le sens de la longueur, un squelette de 2CV réduit à l’essentiel pour rouler, peser moins lourd, consommer peu et encaisser les pistes.
Une progression limitée à 20 km/h… en marche arrière
Reste une contrainte inattendue : la nouvelle position du moteur ne lui permet d’utiliser que la marche arrière pour avancer. Il doit donc rouler « à l’envers » d’un point de vue mécanique, ce qui limite drastiquement ses performances.
La vitesse maximale de sa « moto » de survie ne dépasse pas 20 km/h, uniquement avec le rapport de marche arrière.
À cette allure, sur une piste de cailloux, sous un soleil de plomb, chaque kilomètre devient une épreuve. Mais son engin avance. Et surtout, il représente une chance réelle de quitter cette zone désertique où, à pied, il aurait probablement succombé.
Épuisé, brûlé par le soleil, mais vivant à l’arrivée
Le trajet, lui, est un calvaire. Le média espagnol insiste sur l’état d’extrême fatigue d’Émile au moment de prendre la route « au guidon » de sa machine. Il est déjà affaibli par douze jours de travail et de rationnement.
Il souffre de déshydratation, de malnutrition, de brûlures dues au soleil et d’épuisement physique. Chaque heure passée sur sa création mécanique lui coûte encore davantage d’énergie.
Pourtant, il garde un objectif en tête : rejoindre la ville de Tan-Tan, au sud-ouest du Maroc. C’est le premier véritable centre urbain qu’il peut espérer atteindre. Malgré la lenteur de l’engin, la chaleur et la fatigue, il finit par y arriver.
Son histoire se termine bien : Émile Leray atteint Tan-Tan, puis parvient à rentrer en France avec sa « moto » de fortune, qu’il conserve toujours.
L’anecdote finale ajoute une touche presque comique à ce récit de survie. À son arrivée à Tan-Tan, un agent du pays le contrôle. Constatant l’état étrange de son véhicule, il le verbalise… parce que la « moto » ne correspond pas aux papiers officiels de la Citroën 2CV que l’aventurier présente. Sauvé par son génie, mais tout de même sanctionné pour non-conformité administrative.
Une histoire de débrouille qui parle aussi aux automobilistes français
Ce récit met en lumière la philosophie même de la 2CV, voiture culte en France : une mécanique simple, accessible, qui permet des réparations et des transformations presque inimaginables sur des modèles modernes. Émile Leray a poussé cette logique à l’extrême.
En France, les témoignages d’automobilistes ayant réparé leur véhicule avec les moyens du bord ne manquent pas, mais ils restent généralement limités à :
changer une roue avec le cric fourni ;
remplacer une courroie ou un fusible ;
réparer un tuyau ou un câble avec du ruban adhésif ou un collier de serrage ;
bricoler une durite ou une petite pièce cassée pour rejoindre un garage.
Rien de comparable avec la transformation intégrale d’une voiture en deux-roues improvisé. Cette histoire rappelle néanmoins quelques principes connus des conducteurs français :
Garder dans le coffre un minimum d’outils de base (pinces, tournevis, lampe).
Prévoir réserve d’eau et de quoi grignoter sur de longs trajets isolés.
Ne pas surestimer ses capacités de marche à pied en cas de panne loin de tout.
En France, les secours routiers (dépannage autoroutier, assistance via l’assurance auto) prennent le relais en cas de panne. Dans le désert marocain des années 1990, rien de tel pour Émile.
La survie en milieu désertique : quelques réalités à connaître
Cette aventure rappelle aussi les risques concrets d’un environnement désertique. Sans eau suffisante, sans ombre et sans possibilité d’appel, la marge de manœuvre se réduit très vite. Les guides de survie recommandent, dans ces cas extrêmes, de :
Réflexe
Objectif
Rationner l’eau dès les premiers signes de problème
Prolonger le temps de survie en limitant la déshydratation
Utiliser le véhicule comme abri
Se protéger du soleil, du vent et des variations de température
Limiter les efforts aux heures les moins chaudes
Réduire la perte d’eau et la fatigue
Recycler tout ce qui peut servir (pièces, tissus, métal)
Émile Leray a appliqué instinctivement plusieurs de ces principes : exploitation de la carrosserie comme refuge, économie de ses réserves, recyclage intégral de sa 2CV.
Son histoire, racontée par la presse espagnole, illustre de manière concrète ce que peuvent produire l’ingéniosité, l’expérience technique et une volonté farouche de rester en vie. Elle rappelle aussi que derrière une voiture a priori banale comme la Citroën 2CV peut se cacher, entre des mains expertes, une étonnante machine à survivre.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Comment Émile Leray a-t-il pu survivre seul au désert sans communication ?
Bloqué à plus de 30 kilomètres de tout avec seulement dix jours de vivres, il a refusé de partir à pied par risque de mort certaine. Il a choisi de transformer sa voiture en deux-roues pour franchir la distance jusqu'à la première ville.
Quels outils a-t-il utilisés pour construire sa moto ?
Seuls des outils basiques : pinces, marteau, tournevis, et tout ce qu'il pouvait récupérer de la voiture elle-même. Pas de chalumeau, pas de perceuse, pas d'équipement de garage.
Pourquoi son véhicule ne pouvait rouler qu'en marche arrière ?
En repositionnant le moteur à l'arrière pour alléger l'engin, la nouvelle géométrie mécanique ne lui a permis d'utiliser que la marche arrière, limitant la vitesse à 20 km/h maximum.
Que s'est-il passé à son arrivée à Tan-Tan ?
Malgré sa survie extraordinaire, il a été verbalisé par un agent car son véhicule transformé ne correspondait pas aux papiers officiels de la Citroën 2CV, soulevant un problème de conformité administrative.
Pourquoi l'histoire d'Émile parle-t-elle aux automobilistes français ?
Elle illustre la philosophie de la Citroën 2CV : une mécanique simple et accessible permettant des réparations et transformations presque impossibles sur les voitures modernes, symbole de débrouillardise française.