« Un tarif multiplié par presque 3 » : aux Saisies, en Savoie, les camping-caristes dénoncent la flambée des prix des aires depuis l’arrivée de Camping-car Park
Aux Saisies, en Savoie, l’arrivée du réseau privé Camping-car Park a fait bondir les tarifs des aires, provoquant la colère de nombreux camping-caristes en France.
Dans une enquête relayée par le média spécialisé français qui suit l’actualité du camping-car, les aires des Saisies, dans le massif du Beaufortain (Savoie), cristallisent les tensions. Modernisées, sécurisées, mieux équipées, elles sont aussi bien plus chères depuis leur reprise par Camping-car Park en 2024 et 2025, au point que certains habitués parlent désormais de « racket ».
Des camping-caristes sidérés par la hausse des prix
Depuis des années, les aires des Saisies – à Hauteluce et Villard-sur-Doron, en France – accueillaient une clientèle fidèle. Le changement d’exploitant a fait remonter à la surface un mécontentement latent, rendu visible par les commentaires déposés sur des plateformes d’avis comme Park4night.
À Hauteluce, l’utilisatrice se présentant sous le pseudonyme « PetiteMarmotte73 » dresse un tableau très sombre de la nouvelle aire : « Aire réduite, toujours les uns sur les autres, électricité qui dysfonctionne et pas de places disponibles pendant la saison de ski et à un tarif multiplié par presque 3, sans compter l’abonnement ! », écrit-elle. Elle pointe à la fois la hausse du coût, la réduction de l’espace et des problèmes techniques.
Une autre habituée, identifiée comme G. Coral, dit sa déception face à la transformation du site : « Je suis très déçue par cette nouvelle aire. Le prix est devenu exorbitant. Et pourtant nous utilisons les aires Camping-Car-Park. Nous allions sur cette aire depuis 3 ou 4 ans. Elle était utilisable en itinérante. Ce n’est plus possible. Elle est pleine tout le temps, même en dehors des vacances scolaires, parce que la superficie a été réduite de moitié. »
À la station savoyarde des Saisies, certains utilisateurs qui venaient depuis plusieurs décennies disent ne plus se reconnaître dans les nouvelles aires, jugées « trop chères » et « saturées ».
Ces témoignages traduisent un sentiment partagé sur place : la rénovation s’est accompagnée d’un changement profond de philosophie, avec moins de souplesse d’usage, davantage de contrôle et un coût d’accès bien plus élevé.
Un appel d’offres qui change la donne locale
À l’origine de cette transformation, un appel d’offres lancé en 2024 par le Sivom des Saisies, le syndicat intercommunal qui gère notamment les équipements touristiques du secteur. Il s’agissait d’attribuer l’occupation du domaine public pour les deux aires de services, celle du Col des Saisies à Hauteluce et celle du Grand Tétras à Villard-sur-Doron.
Le réseau privé Camping-car Park a remporté la procédure, raconte le média spécialisé. La convention d’occupation signée avec la collectivité court jusqu’à fin 2031. Concrètement, Camping-car Park exploite :
l’aire du Grand Tétras à Villard-sur-Doron depuis novembre 2024 ;
l’aire du Col des Saisies à Hauteluce, rouverte fin 2025 après modernisation.
À Villard-sur-Doron, l’aire est même restée fermée depuis le printemps 2026 pour d’importants travaux de rénovation. Sa réouverture est annoncée pour début octobre 2026, ce qui montre l’ampleur du chantier.
Des aires rénovées et modernisées, mais plus petites
Sur le papier, les équipements proposés sont en nette progression par rapport à l’ancienne configuration. À Hauteluce, l’aire du Col des Saisies, située avenue des Jeux Olympiques, bénéficie désormais :
d’un système de vidéosurveillance ;
d’un accès Wi-Fi ;
d’emplacements délimités et équipés ;
d’une proximité immédiate avec le centre de la station.
En hiver, des navettes gratuites relient l’aire aux principaux pôles d’activité, avec un accès rapide aux pistes de ski nordique et alpin. À la belle saison, les sentiers de randonnée démarrent quasiment au pied des camping-cars.
Cette montée en gamme s’est néanmoins accompagnée d’une baisse de capacité. L’aire du Col des Saisies compte désormais 32 emplacements, contre 35 auparavant. À Villard-sur-Doron, l’aire du Grand Tétras est passée de 70 à 50 places. Cet ancien caravaneige, situé route du Mont Bisanne à 1 650 mètres d’altitude, reste au cœur d’une forêt de sapins, à deux kilomètres du centre de la station.
Là aussi, des navettes gratuites fonctionnent en juillet et août, ainsi que de fin décembre à mi-avril, pour rejoindre facilement les commerces et les remontées mécaniques. Randonnée, VTT, parapente : l’environnement reste très attractif.
Une note qui explose : des hausses de 60 à 70 %
Le cœur de la contestation tient à la facture finale. Les chiffres fournis par le média spécialisé montrent un changement brutal pour le portefeuille.
Période
Tarif avant Camping-car Park
Tarif après Camping-car Park
Évolution estimée
Hauteluce – 24 h (haute saison)
9,22 € + 2 € de services
23,32 €
+ plus de 60 %
Villard-sur-Doron – 24 h (haute saison)
9,22 € + 2 € de services
31,32 €
+ près de 70 %
Avant l’arrivée de Camping-car Park, une nuit coûtait 9,22 euros taxe de séjour comprise, auxquels s’ajoutaient 2 euros pour les services (eau, vidange, etc.). Aujourd’hui, en haute saison – de décembre à la mi-avril –, le tarif grimpe à 23,32 euros pour 24 heures à Hauteluce, et même 31,32 euros à Villard-sur-Doron.
Le camping-cariste J.L Corbille détaille sur Park4night sa mauvaise surprise : « Deux étoiles pour le prix élevé de stationnement, soit plus de 70 € pour 3 jours, contre 27 € les années précédentes. Nous sommes autonomes en énergie (donc pas besoin de branchement électrique) et équipé de toilette sèche. Je viens dans cette station depuis plus de 40 ans et cette année, j’ai eu l’impression de me faire racketter. »
Pour certains habitués des Saisies, la facture de stationnement a quasiment triplé en quelques saisons, sans qu’ils aient besoin des services supplémentaires facturés.
Ce ressenti d’injustice est alimenté par le fait que des camping-caristes en autonomie complète – panneaux solaires, toilettes sèches – paient désormais le même prix que ceux qui utilisent intensivement les services fournis par l’aire.
Entre qualité de service et logique de rentabilité locale
Pour la station savoyarde, l’intérêt de faire appel à un réseau privé comme Camping-car Park tient à plusieurs facteurs : sécurisation des sites, gestion professionnelle, réservation facilitée, perception automatisée des paiements. La collectivité garde la maîtrise du foncier, mais délègue la gestion quotidienne.
Ce fonctionnement repose sur une logique de rentabilité. Les tarifs doivent couvrir :
les travaux de rénovation (réseaux, bornes, accès, nivellement) ;
la maintenance et la surveillance ;
les charges de fonctionnement ;
la rémunération de l’exploitant.
Les camping-caristes, eux, comparent avec l’ancienne situation : tarifs modérés, aire plus souple d’usage, possibilité de venir « en itinérant » sans réservation systématique. L’impression d’avoir perdu un espace simple et abordable, remplacé par un produit très cadré et onéreux, nourrit le ressentiment.
Ce que cela dit de l’évolution des aires de camping-car en France
Le cas des Saisies illustre une tendance observée en France depuis plusieurs années : la professionnalisation de l’accueil des camping-cars, longtemps assuré par des communes avec des équipements minimalistes et des tarifs très bas.
Dans de nombreux territoires, les municipalités se tournent vers des opérateurs privés ou semi-privés pour gérer ces aires. L’argument avancé est souvent le même : améliorer la qualité, encadrer le stationnement, limiter les débordements et capter des recettes touristiques plus en phase avec le coût réel des infrastructures.
Face à cela, les camping-caristes se retrouvent à arbitrer entre plusieurs solutions :
les aires privées structurées, comme celles gérées par des réseaux nationaux ;
les petites aires communales encore peu chères, parfois très basiques ;
les campings traditionnels, qui offrent davantage de services mais à un coût souvent supérieur ;
le stationnement hors aire dédiée, quand la réglementation locale l’autorise.
Les associations de camping-caristes rappellent régulièrement que ce mode de voyage reste sensible au budget stationnement. Un séjour de quelques jours en montagne, avec des tarifs dépassant les 30 euros par nuit dans certaines stations françaises, peut rapidement peser sur la facture globale des vacances.
Comprendre le terme « caravaneige » et les enjeux en altitude
Le site du Grand Tétras, à Villard-sur-Doron, est présenté comme un ancien « caravaneige ». Ce terme désigne, en France, un terrain aménagé pour l’accueil des caravanes et camping-cars en hiver, avec des équipements adaptés aux conditions de montagne : accès déneigé, alimentation électrique renforcée, parfois locaux chauffés pour les sanitaires.
En altitude, les contraintes techniques sont fortes : gel, charges de neige, usure accélérée des installations. Entretenir des bornes d’eau, des systèmes de vidange et des chaussées carrossables représente un coût important pour l’exploitant. Ces contraintes sont souvent mises en avant pour justifier des tarifs plus élevés que sur des aires de plaine.
Pour les voyageurs, l’enjeu consiste à bien anticiper le budget avant le départ. À la montagne, en France, combiner une bonne préparation (réserves d’eau, autonomie électrique, organisation des vidanges) avec une recherche d’aires communales ou de parkings autorisés peut permettre de limiter le poste stationnement, sous réserve du respect strict des règles locales.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi les tarifs des aires aux Saisies ont-ils autant augmenté?
Le changement d'exploitant vers Camping-car Park s'est accompagné de rénovations importantes (vidéosurveillance, Wi-Fi, emplacements délimités). Les nouveaux tarifs doivent couvrir ces travaux, la maintenance, la surveillance et la rémunération de l'opérateur privé.
Quelles sont exactement les augmentations tarifaires appliquées?
À Hauteluce, le tarif 24 heures est passé de 9,22 euros à 23,32 euros en haute saison, soit une augmentation de plus de 60 %. À Villard-sur-Doron, il a atteint 31,32 euros, représentant une hausse de près de 70 %.
Les aires ont-elles été modernisées en échange de cette hausse?
Oui, elles bénéficient désormais de vidéosurveillance, Wi-Fi, emplacements délimités et équipés, navettes gratuites, et meilleure proximité avec les services. Cependant, la capacité d'accueil a diminué aux deux sites.
Jusqu'à quand Camping-car Park exploitera-t-il ces aires?
La convention d'occupation signée avec le Sivom des Saisies court jusqu'à fin 2031.
Pourquoi les camping-caristes autonomes paient-ils le même prix?
La tarification appliquée est uniforme indépendamment de l'utilisation réelle des services (électricité, eau, vidange), ce qui suscite le ressentiment des utilisateurs équipés en panneaux solaires et toilettes sèches qui n'en ont pas besoin.