Les touristes qui partent en Croatie à l’automne devront s’habituer à une nouvelle règle d’affichage des prix dans les restaurants, susceptible de semer la confusion.
Une mesure étonnante suscite la colère des restaurateurs croates : dès le 1er octobre, les cartes devront mentionner pour chaque plat deux prix distincts, celui pratiqué le jour même et celui en vigueur le 10 septembre. Une situation qualifiée de « chaos des prix » par le média économique allemand qui relaie cette décision, et qui inquiète tout particulièrement le secteur touristique.
Pourquoi les restaurants en Croatie devront afficher deux prix
La mesure s’inscrit dans le contexte de la lutte de l’État croate contre les hausses jugées abusives depuis l’adoption de l’euro au 1er janvier 2023. Les autorités veulent comparer les tarifs actuels avec ceux d’une date de référence récente, fixée au 10 septembre, afin de traquer les augmentations jugées excessives dans les zones touristiques.
À compter du 1er octobre, chaque plat, boisson ou menu devra être accompagné du prix du jour et du prix tel qu’il figurait le 10 septembre, directement sur la carte du restaurant.
Concrètement, un client français attablé à Split ou Dubrovnik pourrait ainsi voir sur la carte une pizza indiquée, par exemple, à 11 euros aujourd’hui et 9,50 euros au 10 septembre. L’objectif officiel : offrir une transparence maximale aux consommateurs en pleine saison automnale, alors que certains établissements sont accusés d’avoir profité de l’arrivée de l’euro pour relever discrètement leurs tarifs.
La fronde des restaurateurs contre une règle jugée ingérable
Les professionnels de la restauration, déjà confrontés à l’inflation, à la hausse de l’énergie et à l’augmentation des salaires, dénoncent une contrainte de plus. Les organisations professionnelles, citées par la presse allemande, alertent sur le risque de désorganisation totale pour les établissements.
Pour les restaurateurs, plusieurs points posent problème :
la nécessité de conserver avec précision les prix du 10 septembre pour chaque plat ou boisson ;
la mise à jour des cartes à la moindre modification de tarif ;
le risque de confusion pour les touristes, qui ne sauront plus à quel prix se fier ;
la crainte d’être montrés du doigt en cas d’augmentation, même justifiée par les coûts.
Certains professionnels parlent d’une mesure « bureaucratique » qui ne tient pas compte de la réalité d’un restaurant : changements fréquents de carte, arrivage des produits, menus de saison, promotions ponctuelles ou menus du jour.
Une mesure pensée pour les vacanciers… qui pourrait les dérouter
La Croatie vit largement du tourisme, en particulier sur sa côte adriatique. L’affichage de deux prix se veut rassurant pour les vacanciers étrangers, dont beaucoup viennent d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie ou de France. L’État entend ainsi montrer qu’il surveille les prix et protège les consommateurs.
En voulant renforcer la transparence vis-à-vis des touristes, la Croatie s’expose à l’effet inverse : cartes surchargées, incompréhension et méfiance.
Sur place, certains restaurateurs redoutent que les clients ne perçoivent ces deux montants comme un « avant/après arnaque », donnant l’impression d’une hausse systématique, même lorsqu’elle reste modérée ou justifiée. D’autres craignent d’être pénalisés par rapport aux concurrents des pays voisins, qui n’ont pas à s’astreindre à un tel affichage.
Ce que cela changera concrètement pour un touriste français
Pour un vacancier venu de France cet automne, une soirée au restaurant en Croatie pourrait se dérouler ainsi : on lui remet une carte où chaque ligne comporte deux montants. Il devra repérer le prix qui correspond à « aujourd’hui », l’autre ne servant qu’à comparaison.
Cette règle pourrait avoir plusieurs effets très concrets :
encourager les clients à comparer les hausses d’un établissement à l’autre ;
pousser certains restaurateurs à limiter leurs augmentations, par peur de voir une différence trop visible ;
inciter les touristes les plus sensibles au budget à privilégier les adresses affichant un écart faible ;
alimenter les discussions sur les réseaux sociaux, avec des photos de cartes montrant des écarts importants.
Pour un lecteur français habitué aux mentions « prix hors service » ou « prix nets », cette double indication constitue une curiosité. Elle ne correspond pas au fonctionnement habituel de la restauration en France, où les prix affichés doivent simplement être ceux effectivement payés.
Pourquoi la Croatie s’attaque autant aux hausses de prix
Comme d’autres pays de la zone euro, la Croatie a vu se multiplier les accusations de « profiteurs de l’inflation » depuis la disparition de sa monnaie nationale. Les autorités veulent montrer qu’elles ne laissent pas les professionnels gonfler leurs marges sous couvert de la conversion en euro.
Le choix d’une date précise, le 10 septembre, répond à cette logique : elle sert de repère officiel pour mesurer toute évolution ultérieure. Les contrôles pourront s’appuyer sur la comparaison entre ces deux montants, l’ancien et le nouveau, sans débat sur le point de départ.
La date du 10 septembre sert de référence officielle : c’est ce prix-là que les restaurateurs devront afficher en parallèle du prix actuel.
Les associations de consommateurs saluent ce type d’initiatives, qui rendent plus visibles les hausses rapides. Pour les professionnels, la tension reste forte : ils estiment que les lois se multiplient au moment même où leurs charges augmentent.
Y a-t-il un équivalent en France pour l’affichage des prix au restaurant ?
En France, le cadre réglementaire repose sur un autre principe. Les restaurateurs doivent afficher clairement les prix toutes taxes comprises, à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement. Les contrôles sont assurés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’administration chargée de la protection économique des consommateurs.
La réglementation française ne prévoit pas l’obligation de montrer un « ancien prix » pour les menus ou les plats servis à table. Seuls certains cas particuliers, comme les promotions ou les soldes dans le commerce, imposent de mentionner le prix de référence avant réduction. Pour la restauration traditionnelle, seule compte la transparence sur le prix réellement payé, sans double affichage historique.
Pays
Règle principale en restauration
Particularité actuelle
Croatie
Affichage du prix actuel en euro
Obligation d’afficher aussi le prix au 10 septembre pour chaque plat
France
Affichage du prix toutes taxes comprises, à l’intérieur et à l’extérieur
Pas de double prix historique, sauf pour des promotions particulières
Pour un lecteur français, la situation croate illustre une autre manière d’encadrer les pratiques commerciales. Là où la France privilégie les contrôles a posteriori et les sanctions en cas de pratiques trompeuses, la Croatie choisit la voie d’une transparence renforcée dès la carte du restaurant.
Une nouvelle contrainte administrative pour les cartes de restaurant
Sur le plan pratique, la mise en place de cette règle représente un travail administratif considérable, surtout pour les établissements qui renouvellent souvent leurs cartes. Chaque changement de tarif impliquera une mise en page réfléchie, afin de conserver les deux montants lisibles.
Les restaurateurs devront décider comment présenter ces données :
indiquer le prix du 10 septembre entre parenthèses sous le prix actuel ;
mettre les deux montants côte à côte avec des libellés différents ;
ajouter une note explicative en bas de la carte pour éviter les malentendus.
Les menus du jour et les ardoises risquent aussi d’être impactés. Les établissements qui écrivent leurs suggestions à la craie devront soit conserver une trace écrite des tarifs au 10 septembre, soit éviter de modifier trop souvent leurs prix afin de se simplifier la tâche.
Un enjeu d’image pour une destination très fréquentée par les Français
La Croatie s’est imposée ces dernières années comme une destination phare pour les vacanciers français, attirés par la côte dalmate, les îles et les parcs nationaux. Toute polémique liée aux prix touche donc directement l’image du pays.
Pour les touristes qui préparent leurs vacances, cette double indication de prix peut avoir un avantage : permettre d’identifier en un coup d’œil les écarts les plus marqués et de privilégier les établissements les plus stables sur leurs tarifs. Pour les restaurateurs, l’enjeu sera de montrer qu’ils ne profitent pas de la situation pour augmenter brutalement leurs prix, tout en continuant à absorber la hausse de leurs propres coûts.
Un voyageur averti pourra utiliser ces informations à son avantage. Face à deux restaurants voisins, l’un affichant des écarts très faibles entre les prix actuels et ceux du 10 septembre, l’autre montrant une hausse importante, il disposera d’un critère supplémentaire pour choisir où s’asseoir. À terme, cette règle pourrait même encourager une forme de « concurrence par la modération » sur les prix dans les zones les plus touristiques.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.
Pourquoi la Croatie impose-t-elle l'affichage de deux prix au restaurant ?
L'État croate souhaite lutter contre les augmentations abusives depuis l'adoption de l'euro en janvier 2023. En affichant le prix du 10 septembre à côté du prix actuel, les autorités veulent tracer les hausses excessives et montrer qu'elles surveillent les professionnels.
Comment cela fonctionne-t-il concrètement pour un client ?
Chaque plat, boisson ou menu doit mentionner deux montants : le prix du jour et le prix tel qu'il figurait le 10 septembre. Par exemple, une pizza affichée à 11 euros aujourd'hui devrait aussi indiquer son prix de 9,50 euros le 10 septembre.
Quelles sont les principales objections des restaurateurs ?
Ils dénoncent la difficulté à conserver précisément les anciens tarifs, les mises à jour coûteuses des cartes, et le risque que les clients perçoivent toute hausse comme du « profiteering », même justifiée par les coûts réels.
Cette mesure existe-t-elle en France ?
Non. En France, seul le prix toutes taxes comprises actuellement valide doit être affiché. Le double affichage historique n'existe que pour certaines promotions ou soldes, mais pas en restauration traditionnelle.
Quel impact cela aura-t-il sur les touristes français ?
Les vacanciers français devront repérer le prix actuel parmi les deux montants affichés. Cela pourrait créer de la confusion, mais aussi les inciter à comparer les augmentations d'un restaurant à l'autre ou à préférer les établissements affichant des écarts faibles.