Au Vietnam, un simple repas au restaurant peut vite tourner au casse-tête pour les voyageurs, tant les codes à table diffèrent des habitudes françaises.
La culture de la table au Vietnam repose sur le partage, la convivialité et un sens très précis de l’équilibre des saveurs. Un cadre qui bouscule souvent les réflexes des visiteurs étrangers, notamment américains, relève le site anglo-saxon spécialisé dans la gastronomie et les voyages qui publie cet article. En quelques minutes, sans mauvaise intention, beaucoup enfreignent les règles implicites de la restauration locale. Ces écarts ne choquent pas toujours les Vietnamiens, mais comprendre ces usages aide à montrer du respect pour un pays où la cuisine occupe une place centrale.
Manger au Vietnam, une affaire de partage avant tout
Au restaurant, les touristes ont tendance à commander leur propre assiette, comme en France ou en Amérique du Nord. Au Vietnam, cette approche individuelle passe à côté de l’esprit du repas.
La tradition du cái mâm, le grand plateau rond placé au centre de la table, reste très présente : plusieurs plats sont disposés pour que chacun puisse se servir et goûter à tout. Cette logique du « tout au milieu » fait que le dîner ressemble davantage à un repas de famille élargi qu’à une succession d’assiettes personnelles.
Au Vietnam, un repas de groupe se pense comme un ensemble à partager, pas comme une addition de plats individuels alignés par personne.
Pour un visiteur, cela implique un léger changement de réflexe au moment de la commande :
on choisit souvent les plats pour l’ensemble de la table, en concertation ;
les entrées et certains plats chauds sont réellement destinés à être partagés ;
certains mets restent individuels, notamment les grands bols de soupe ou de nouilles.
L’article rappelle ainsi que des plats comme le pho, la soupe emblématique servie dans un grand bol avec herbes et sauces à part, se dégustent généralement de façon individuelle. Chacun l’assaisonne selon son goût, ce qui serait difficile à gérer si le bol était partagé.
Pourquoi ce partage compte autant
Ce mode de service ne relève pas seulement de la praticité. Il renforce l’attention aux autres convives : on surveille inconsciemment que chacun ait sa part, que personne ne manque de rien. À l’inverse, commander uniquement pour soi peut être perçu comme une manière de se couper un peu du groupe, même si les Vietnamiens restent indulgents avec les visiteurs.
Accepter que les plats arrivent quand ils sont prêts
Autre réflexe qui déroute les touristes : l’attente que tous les plats soient servis simultanément. Dans beaucoup de restaurants vietnamiens, la cuisine envoie les assiettes au fur et à mesure de leur préparation, sans chercher une synchronisation parfaite.
L’article rapporte le témoignage de voyageurs qui se disent surpris de voir les entrées et les plats principaux arriver dans le désordre, ou d’avoir terminé de manger quand leur voisin n’a pas encore été servi. Sur des forums cités par le média, certains étrangers expliquent même avoir refusé de commencer tant que tout le monde n’avait pas son assiette, une politesse très ancrée en Europe mais qui ne correspond pas aux usages locaux.
Au Vietnam, commencer à manger dès que le plat arrive n’est pas considéré comme impoli : cela signifie simplement que la cuisine tourne en flux continu.
Plusieurs raisons pratiques sont évoquées :
des cuisines souvent petites, notamment dans les échoppes de rue et les cantines de quartier ;
un matériel réduit, pensé pour cuisiner vite plutôt que pour orchestrer un service millimétré ;
des clients habitués à ce qu’un plat chaud soit servi aussitôt prêt, sans attente.
Pendant qu’un plat sort du wok, un autre mijote encore. Résultat : un défilé de plats sur la table, qui participe aussi à l’ambiance du repas. Pour un visiteur français, adopter cette souplesse évite une source de frustration inutile.
Les condiments : l’équilibre, pas le « tout ou rien »
La troisième erreur fréquente tient à l’usage des condiments et garnitures, omniprésents sur les tables vietnamiennes : herbes fraîches, germes de soja, citron vert, piments, sauces diverses.
Selon le site qui publie l’article, les touristes américains ont tendance, dans les premières minutes du repas, à commettre l’un des deux excès : à peine oser toucher aux condiments, par peur de « mal faire », ou au contraire noyer le plat sous les sauces et les herbes.
Les chefs vietnamiens recommandent une règle simple : goûter d’abord le plat nature, puis ajuster progressivement.
Un exemple précis est donné : le pho. Le chef Viet Hong Le, cité par le média gastronomique Michelin, insiste sur l’intérêt de déguster le bouillon avant de l’altérer. Cela permet, explique-t-il, de « saisir l’âme du bouillon » avant de jouer avec le citron, le piment ou les sauces.
Peter Cuong Franklin, cuisinier installé à Hô Chi Minh-Ville, conseille lui aussi d’ajouter les herbes petit à petit au fil de la dégustation, plutôt que de tout verser d’un coup dans le bol. L’idée n’est pas de se priver, mais de garder l’équilibre entre le travail du cuisinier et la personnalisation de l’assiette par le client.
Un mode d’emploi pour quelques plats emblématiques
Plat
Particularité
Geste conseillé
Pho
Grand bol de nouilles et bouillon parfumé
Goûter le bouillon, puis ajouter herbes, citron, piment par petites touches
Cha giò
Rouleaux frits servis avec herbes et sauce
Enrouler le rouleau dans salade et herbes avant de le tremper dans la sauce
Plats à partager
Assiettes posées au centre de la table
Prélever avec des ustensiles communs ou les extrémités propres des baguettes
L’article rappelle notamment que pour les cha giò, ces rouleaux frits très populaires, la salade, la menthe et le basilic ne sont pas une simple décoration. Le réflexe attendu consiste à envelopper le rouleau dans les feuilles vertes, puis à plonger l’ensemble dans la sauce. Le croquant du rouleau, la fraîcheur des herbes et la sauce donnent alors tout leur sens au plat.
Les baguettes, un code à part entière
Enfin, le texte s’attarde sur les maladresses autour des baguettes, fréquentes chez les touristes peu habitués à cet ustensile.
Certaines attitudes, remarquées par les Vietnamiens, peuvent heurter sans que le visiteur le soupçonne. Planter ses baguettes verticalement dans un bol de riz en fait partie : ce geste renvoie aux offrandes funéraires dans plusieurs cultures d’Asie, et évoque la mort. Croiser les baguettes en forme de X sur la table est aussi associé à la malchance.
Planter ses baguettes dans le riz ou les croiser sur la table sont vus comme des gestes de mauvais augure, à éviter au restaurant.
L’article rappelle aussi quelques équivalents des « mauvaises manières » françaises, transposés aux baguettes : mâchouiller les baguettes, les agiter en parlant, taper sur les bols ou assiettes, piquer un aliment comme avec un pique, ou encore pointer quelqu’un avec. Dans un contexte de repas, ces gestes sont mal vus.
Le partage des plats pose une autre question : comment se servir proprement dans les assiettes communes ? L’usage recommandé consiste, lorsqu’aucune cuillère ni pince n’est fournie, à retourner ses baguettes et à utiliser l’extrémité propre pour prélever la nourriture dans un plat central. Une fois la bouchée déposée dans son bol, on reprend la prise normale.
Attention à ces réflexes si vous êtes français au Vietnam
Pour un lecteur français, certaines de ces règles se rapprochent de codes déjà connus, d’autres demandent un vrai ajustement. Comme au Vietnam, la France connaît des usages implicites à table, mais ils se traduisent différemment.
En France, chacun commande son plat, souvent sans partage systématique, sauf pour quelques entrées ou planches à partager.
Le service simultané est perçu comme une marque d’attention, surtout dans la restauration traditionnelle.
Les condiments se limitent généralement au sel, au poivre, parfois à de la moutarde ou des sauces simples.
Les baguettes ne sont utilisées que dans certains restaurants asiatiques, où les codes varient selon l’origine (chinoise, japonaise, vietnamienne…).
En voyage au Vietnam, l’un des meilleurs réflexes consiste à calquer son comportement sur celui des clients vietnamiens assis à proximité : observer comment ils assaisonnent, comment ils se servent dans les plats communs, à quel moment ils commencent à manger. Cela offre un repère concret, plus parlant que les règles théoriques.
Comment s’approprier ces codes sans stress
L’article insiste sur un point : les Vietnamiens restent dans l’ensemble indulgents envers les visiteurs étrangers. Les maladresses ne sont pas un drame, tant qu’elles ne s’accompagnent pas de mépris ou d’attitude condescendante envers la cuisine locale.
Pour limiter les faux pas, quelques stratégies simples s’avèrent utiles :
Demander au serveur si un plat se partage ou se commande par personne.
Goûter systématiquement le plat nature avant d’ajouter des sauces.
Poser ses baguettes sur un repose-baguettes ou sur le bord de l’assiette, jamais plantées dans le riz.
Commencer à manger dès que le plat arrive, sans s’inquiéter si tous les convives ne sont pas encore servis.
Ces règles, en apparence anecdotiques, permettent en réalité de mieux profiter de l’expérience culinaire vietnamienne. Elles donnent aussi un autre regard sur la cuisine : loin de la simple « dégustation » touristique, le repas devient un moment de vie partagé, avec ses codes, ses gestes et son rythme propres.
Lecture rapide : rédactrice en chef d’Eurotel, ancienne de l’hôtellerie, spécialiste des hôtels de caractère et des city-trips.
Hélène Vasseur a passé près de quinze ans dans l’hôtellerie avant de se consacrer à l’écriture. De la réception d’un palace lyonnais à la direction d’une maison d’hôtes, elle a appris à lire un hôtel de l’intérieur : ce qui fait une vraie adresse, et ce qui relève du décor.
Rédactrice en chef d’Eurotel, elle coordonne la ligne éditoriale et arpente l’Europe à la recherche d’hôtels de caractère et de destinations à raconter autrement. Sa conviction : on voyage mieux quand on comprend les lieux, pas seulement quand on les coche. Elle garde un faible pour les vieilles villes d’Europe centrale et les petits-déjeuners qui s’éternisent.