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À Pékin, le sol baisse de plusieurs millimètres chaque année : 128 millions de riverains pourraient subir la montée des eaux

Dans l’est de la Chine, l’expansion urbaine fragilise silencieusement le sous-sol de métropoles déjà confrontées aux crues et à la montée marine.

Le phénomène reste presque invisible à l’œil nu. Pourtant, il touche les fondations, les routes, les canalisations et les quartiers construits près du littoral. À force de prélever l’eau stockée sous terre et de bâtir toujours plus lourd, de nombreuses villes chinoises voient leur terrain s’abaisser progressivement. Une étude publiée dans la revue Science alerte sur une menace qui pourrait concerner des dizaines de millions de personnes avant la fin du siècle.

Près d’une grande ville sur deux touchée

La Chine a connu, en quelques décennies, une urbanisation d’une ampleur rare. Des millions d’habitants ont quitté les campagnes pour les zones industrielles et les grands centres urbains. Cette migration a accéléré la construction de logements, de tours, de voies rapides, de lignes ferroviaires et de zones commerciales.

Cette croissance a un coût moins visible : le sous-sol subit à la fois la pression des constructions et l’épuisement des nappes d’eau souterraines. Selon les chercheurs, près de la moitié des grandes villes du pays sont concernées par un affaissement du terrain. Dans certains secteurs, le sol descend de plusieurs millimètres par an.

Quand une nappe souterraine est trop sollicitée, les couches de terre qui l’entourent se tassent. Le terrain peut alors perdre durablement de l’altitude.

Pékin et Tianjin figurent parmi les villes surveillées. Elles se situent dans le nord-est du pays, au sein de régions très peuplées, industrialisées et soumises à une forte demande en eau. Le danger est particulièrement marqué dans les plaines et les zones proches de la mer, où quelques centimètres peuvent changer l’ampleur d’une inondation.

Pourquoi le pompage de l’eau fait baisser les villes

Sous une ville, l’eau ne circule pas dans de vastes cavernes comme on l’imagine parfois. Elle remplit de minuscules espaces entre des grains de sable, de gravier ou d’argile. Ces réserves forment des nappes souterraines, utilisées pour l’eau potable, l’agriculture et l’industrie.

Lorsque les prélèvements deviennent trop élevés, la pression de l’eau diminue. Les sédiments se rapprochent, se compactent et perdent une partie de leur volume. Le sol situé au-dessus s’abaisse peu à peu. Le problème ne disparaît pas toujours lorsque la pluie revient ou que les pompages ralentissent : certaines déformations sont irréversibles.

Le poids des infrastructures accentue ce mécanisme. Les immeubles élevés, les entrepôts, les axes de transport et les quartiers neufs exercent une pression constante sur des terrains parfois meubles. Dans une ville construite sur une plaine alluviale, cette charge peut favoriser le tassement.

  • Les prélèvements d’eau pour les habitants et les usines abaissent le niveau des nappes.
  • Les sols argileux et sableux se compressent plus facilement sous le poids des bâtiments.
  • Les périodes de sécheresse poussent les villes à puiser davantage dans le sous-sol.
  • La hausse du niveau marin rend les territoires côtiers plus vulnérables.

Le littoral menacé par un double mouvement

Un territoire côtier peut être exposé à deux évolutions simultanées : la mer monte, tandis que le terrain descend. Pour les habitants, le résultat est le même qu’une élévation accélérée du niveau de l’eau. Les digues, les réseaux d’évacuation et les stations de pompage doivent alors faire face à des volumes plus élevés.

Les projections citées dans l’étude évoquent entre 55 et 128 millions de personnes potentiellement exposées à des inondations côtières d’ici à 2120. Cette fourchette dépendra de plusieurs facteurs : la vitesse à laquelle le sol continuera de s’affaisser, l’évolution du climat, l’intensité des tempêtes et les choix d’aménagement des autorités locales.

Le risque ne concerne pas seulement les quartiers situés au bord de l’eau. Un affaissement local peut aussi perturber les écoulements, fragiliser les canalisations et retenir les eaux de pluie dans des zones urbaines très denses.

Les dommages peuvent être coûteux. Une route qui se déforme, un tunnel dont le drainage fonctionne moins bien ou une conduite d’eau qui se fissure exigent des travaux longs. Dans les quartiers anciens, les bâtiments peuvent aussi développer des fissures lorsque le terrain ne s’abaisse pas de manière uniforme.

Des effets très concrets dans la vie quotidienne

L’affaissement des sols ne provoque pas forcément un effondrement brutal. Il agit lentement, ce qui le rend plus difficile à percevoir et parfois à traiter. Les premiers signaux peuvent prendre des formes banales : une porte qui ferme mal, une chaussée qui ondule, des trottoirs déformés ou des canalisations qui se rompent plus souvent.

Conséquence Effet possible dans une ville
Tassement inégal du terrain Fissures sur les bâtiments et déformation des chaussées
Baisse de l’altitude locale Inondations plus fréquentes lors des pluies intenses
Réseaux enterrés fragilisés Fuites d’eau, pannes et travaux de voirie
Proximité du littoral Remontées d’eau salée et pression accrue sur les digues

Réduire la dépendance aux nappes souterraines

La réponse ne consiste pas uniquement à renforcer les digues. Les villes doivent aussi agir à la source en limitant les prélèvements excessifs. Cela passe par la recherche de ressources alternatives, la réduction des fuites dans les réseaux et la réutilisation de certaines eaux après traitement.

Les autorités peuvent encadrer plus fermement les forages, notamment ceux utilisés par les industries ou les grands ensembles urbains. Dans certaines régions, recharger les nappes devient aussi une piste : l’eau de pluie ou l’eau traitée peut être infiltrée dans le sol lorsque les conditions géologiques le permettent.

Surveiller le sol depuis l’espace

Les satellites permettent aujourd’hui de mesurer des mouvements du terrain très faibles sur de vastes zones. Grâce à l’interférométrie radar, les scientifiques comparent plusieurs images prises à différents moments et repèrent des variations parfois inférieures au centimètre.

Ces données servent à établir des cartes de vigilance. Elles aident les collectivités à cibler les quartiers où les réseaux doivent être inspectés, où les constructions lourdes doivent être mieux encadrées et où l’eau souterraine doit être davantage préservée.

La situation chinoise illustre un défi partagé par de nombreuses métropoles mondiales. Lorsqu’une ville grandit vite, l’eau cachée sous ses rues devient une ressource stratégique. La protéger revient aussi à protéger les immeubles, les transports et les habitants qui vivent juste au-dessus.

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